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vices ; mais avec un sentiment si tendre et si pur , comme on parle de l'objet qu'on aime et dont on a besoin pour son bonheur; on veut qu'un tel homme ait exercé lé métier infâme de corrupteur ? On veut qu'il se soit servi de la religion pour sanctifier des intrigues honteuses, et 6ter au crime ses remords ? Jusqu'à quand se trouvera-t-il des hommes qui ne veulent point qu'il existe de vertu sur la terre ! et qui pourra se croire désormais à l'abri de la calomnie, si la sainte mémoire de Fénélon ne l'est pas ?
Ce n'était pas ainsi qu'en jugeait son siècle, lorsque, dans son exil de Cambrai, il recevait l'hommage des souverains ; lorsque, dans la guerre de la succession, nos ennemis lui servaient d'escorte sur ses terres, et que Marlborough et le prince Eugène, en ravageant la France, se faisaient gloire de respecter en lui une vertu qui semblait appartenir à l'Europe entière. Ces honneurs qu'il a reçus de son vivant le vengent assez des outrages qu'on ose faire à sa cendre ; ce> pendant tous les Français, monsieur, vous doivent de la re^ connaissance pour avoir entrepris de défendre sa mémoire. Les grands hommes de chaque pays sont la propriété la plus chère des nations; un instinct involontaire nous porte à les honorer dans les siècles mêmes où ils semblent être nos accusateurs , et où leurs grandes qualités nous reprochent nos vices et nos faibles$es; il semble que nous nous rapprochions encore des hommes célèbres par l'admiration qu'ils nous inspirent. Jamais, monsieur, la mémoire de Fénélon n'a été plus honorée qu'elle ne l'est aujourd'hui en France; son nom est parmi nous celui de la vertu , et on ne le prononce plus sans un respect mêlé d'attendrissement.
L'Académie française lui décerna, il y a quelques années, les honneurs d'un éloge public. Un homme vertueux qui est aujourd'hui à la tête de l'administration des arts (i), fait
(i) M. le comte d*AiigiTilliers.
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rxécoter, par ordre du gouvernement, la statue de cet homme célèbre , avec celles de Sully, de Descartes , du chancelier de l'Hôpital et du président de Montesquieu. Bientôt on T joindra celles de Turenne et de Pascal ; dans peu , ces statues seront exposées aux regards publics. Nous osons parmi nous rappeler quelques institutions d'Athènes; et la France aussi a ses Périclès qui se servent du pouvoir des arts sur une nation sensible, pour y nourrir l'enthousiasme des vertus, et entretenir ou réveiller le sentiment de la grandeur nationale.
La France et TEurope entière honorent Fénélon; milord Chesterfield ose l'outrager. Si Fénélon vivait encore, il pourrait imiter le trait de Scipion , qui , accusé d'un crime devant le pe\iple assemblé , dit pour toute réponse : J*ai combattu pour vous et sauvé la patrie ; allons rendre grdces aux dieux ^ tl imi le monde suivrait encore Scipion au Capitole.
LETTRE
DIT MÊME A M. CHABRIT.
Nice, 4 décembre 1784.
Je VOUS fais compliment , mon cher législateur , non de ce Mècle, mais des siècles passés et à venir. Je vous fais mon compliment bien sincère de ce qu'enfin vous vous êtes remis à louvrage de toutes vos forces, et avec toute l'activité de votre tète. Enfin, votre temps est à vous, c'est une propriété précieuse , et la seule peut-être qui vaille la peine d'être' estimée pour celui qui veut et qui sait en faire quelque chose. Un jour de travail, quand on a un grand plan , un grand but à remplir, laisse plus de joie et plus de paix au fond de Tâme, que toutes les dissipations ridicules de Paris qu'on ap-