‹ Œuvres complètes de Thomas, de l'Académie française;Chapitre 90 sur 100 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

De Libuiiiiis^et de tous les autres orateurs qui oatfail l'éloge de Julien. Jugement sur ce prince.

JMous venons de voir Julien écrivain et panégyriste ; voyons-le maintenant comme empereur, et objet lui-même des panégyriques de son siècle. A la tête des orateurs qui Font loué , est ce Libanius, né à Ântioche, et regardé comme l'homme le plus éloquent de l'Asie. Ce fut lui qui servit de modèle à Julien. On avait défenda à ce jeune prince de le voir , et il se faisait apporter en secret tous ses discours, qu'il achetait à prix d'or. Il parvint d'abord à en imiter parfaitement le style ; mais , dans la suite, il y ajouta ces grâces piquantes que donne la cour , et ces beautés mâles que donne la philosophie. Empereur, il fut publiquement l'ami de celui dont il avait été le disciple en secret. Il parait que Libanius n'eut que l'ambition des lettres et de cette espèce de gloire qui est indépendante de la fortune et des princes. Julien lui offrit une fortune qu'il dédaigna. Pouvant être préfet du palais , c'est-à-dire, avoir une des premières

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places de la cour , il aima mieux rester orateur et homme de lettres. C'est un exemple à proposer à ceux qui avilissent les talents par l'intrigue , et briguent quelquefois de grandes places, parce qu'ils ne savent point honorer la leur.

On voit par. l'histoire, qu'il soutint toujours le même. caractère. Julien, irrité contre les magistrats d'Antioche, avait fait mettre en prison^ le sénat tout entier. libanius vint parler à l'empereur pour ses. concitoyens. Comme, il mettait dans son discours cet accent fier et vigoureux, de la liberté et du courage, un homme, pour qui apparemment cet accent-là était nouveau*, lui dit: « Orateur, tu es bien près du fleuve « Oronte , pour parler si hardiment. » Libanius^ le regarda , et lui dit : « Courtisan , la menace « que tu me fais ne peut que déshonorer le « maître que tu veux me faire craindre ; » et il ccmtinua. Julien , qui avait témoigné d'abord beaucoup d'empressement à le voir, parut dans* la suite ie négliger. Libanius ne se montra plus^ à la cour. L'empereur, en allant au temple, le vit dans la foule , et fut étonné qu'il ne vint pai> à lui. Les. princes et tous ceux qui, sans êtreprinces, ont ou croient avoir quelque supériorité sur les antres , sont sujets à porter le despotisme jusque dans l'amitié ; ils exigent beaucoup et donnent peu. Libanius avait cette sensibilité

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convenir, ce n est pas celle de quelques grands Écrivainscomme Tacite, qui , voyant à une grande profondeur, ou rassemblant beaucoup d'idées en peu d'espace , fatiguent la fiûblesse des hommes ordinaires, et que la médiocrité calomnie, parce qu elle aime mieux blâmer les forces dans un autre , que de s'avouer l'insuffisance des siennes; Libanius ne fut pas assez heureux pour avoir ce tort dans ses ouvrages. Ce n^est pas non plus celle de Perse, qui^ placé sous Néron, voulut, en disant la vérité , échapper au tyran. Libanius , sous un gouvernement plus juste, put parler impunément des vertus et des crimes. Son obs- <;nrité n'était qu'un défaut, sans avoir rien de piquant; elle tenait seulement à un embarras de style.

^ A l'égard de son éloquence , elle a souvent de l'éclat,. et est presque toujours animée des couleurs brillantes de l'imagination. On voit qu il était prodigieusement nourri de la lecture des poètes. Leurs idées ,. leurs images lui sont fainr* lieras. Presque à chaque page on rencontre des ' traits de la mythologie ancienne, et souvent son style même tient plus du coloris du poète, que de l'orateur.

Le premier discours qu'il proiH>n(;a à la mort de Julien ressemble moins à une harangue, qu'à une espèce de chant funèbre; le second offre

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(les beautés d'un antre genre. L'indignation que le vice donne aux âmes dignes d'éprouver ce sentiment, affermit quelquefois. son style, et- lui communique un degré de force qu'il n'a pas toujours. Tel est un morceau sur quelques abus de détail, que réforma Julien en montant sur le trône, a Après avoir réglé, dit l'orateur, les a objets les plus impartants de FadministratioiT CK et de l'Empire , il jeta les yeux sur l'intérieur « du palais; il aperçut une multitude innombra- « Me de gens inutiles, esclaves et instruments <c du luxe, cuisiniers, échansons, eunuques, « entassés par milliers , semblables aux essaims a dévorants de frelons, ou à ces mouches innom- « brables que la chaleur du printemps rassemble <c sous les toits des pasteurs ; cette classe d'hom- « mes dont l'oisiveté s'engraissait au dépens du «c prince, ne lui parut qu'onéreuse sans être a utile, et fut aussitôt chassée du palais; il chassa a en même temps une foule énorme de gens de c< plume , tyrans domestiques qui', abusant du « crédit de leur place , prétendaient s'asservir les « premières dignités de l'État : on ne pouvait a plus ni habiter près d'eux , ni leur parler ima punémeut. Avides de terres, de jardins, de a chevaux, d'esclaves, ils volaient, pillaient, force raient de vendre; les uns ne daignaient pas *< mettre un prix à l'objet de leurs rapines ,

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« cVAUtres 1<^ inettaient au-dessous de U valeur; (c ceux-ci différaient de psyer de jour en jour; a ceux-làf après avoir dépouillé Forphelin, conp- « taient pour paiement tout le mal qu'ils ne lui « &isaâent pas.... C'est par ces Toies qu'ils m- « daient pauvres les citoyens riches, etqu'enx- « mêmes devenaient riches, de pauvres qu'ils « étaient. Ainsi, roultii^iant leur fortune par la N misère des autres , ils étendaient leur insitiable a avidité aux bornes de la terre , demandant, au a nom et sous l'autorité du prince , tout ce qui « flattait leurs désirs , sans qu'il fut jamais pera mis de refuser; les villes les plus anciennes a étaient dépouillées ; des monuments qui anient « échappé au ravage des siècles, étaient conduit'^ a à travers les mers pour embellir les palais de»- <i tîués à des fils d'artisans, et leur &ire des ha- « bitations plus belles que celles des rois : ces « oppresseurs en avaient d'autres sous eux qui 1^ « imitaient ; l'esclave avait son ambition comn^ « le maître ; à son exemple , il outrageait, tour- « mentait, dépouillait, chargeait de fers, et, pour c< s'eimchir, reversait sur d'autres le despotisme « que son maître exerçait sur lui. Le croirait^u (c Les trésors ne leur sufflsaieni pas; ils avaient « l'audace de s^indigner s'ils ne partageaient p<»n^ « la considération attachée à la dignité, croya"* « voiler ainsi leur servitude... L'empereur chassa

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« du palais ces animaux déTorants, ees monstre» a k cent têtes, et Youlat qu'ils regardassent

comme une grâce la irîe qu'il leur laissait. »

Il était difficile , sans doute , de mieux peindre la corruption profonde de la cour de Byzaaee t cette chsune de brigandage et d'oppression y et l'abus du crédit, dans une classe d'hmnmes qni y voués par état à des ranplois obscurs, mais ap<* prochant du prince, ou paraissant en approcher, imprimaient de loin l'épouvante, parce qu'ils habitaient le lieu où réside le pouiroir.

libanius, dans tout le reste du discours, qui est fort étendu , parcourt en détail la vie de Julien, depuis sa naissance jusqu'à sa mort; quel*quefois éloquent , quelquefois plus historien qu'orateur, toujours pittoresque dans son style, ayant en général moins d'élévation que de di'goité , et un genre de sensibilité plutôt tendre que forte-

Le discours fioît par une apostrophe touchante à Julien même. « O toi , dît l'orateur, élève et <K disciple de ceé êtres qui occupent le milieu <» entre la Divinité et l'homme; toi dont la tombe a n'occupe qu'une petite portion de terre, mais « qui par ta gloire remplis le monde ; toi qui , « en commençant ta carrière, as surpassé tous « les grands hommes qui ne sont pas Romains, *i qui, en la finissant, as surpassé eeux mêmes de

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« Rome; toi que:. les* pères regrettent pins que ce leurs propres enfants, et que les enfants regrette tent plus que leurs pères;' toi qui as eiécuté « de grandes choses, mais qui devais eu exécater « encore de plus grandes ; toi qui foulais aux <c pieds tous les genres de voluptés, excepté <( celles qui naissent du charme inexprimable de « la philosophie, protecteur et ami des dieux <c de l'empire , ô prince , 'reçois ce dernier hom- «c mage d'une éloquence faible , mais à laquelle, « pendant que tu vécus, tu daignas mettre quel- « que prix. »

Libatiius n'est pas le seul orateur de son siècle qui ait fait l'éloge de Julien ; Celsiis , qui avait été son ami , son condisciple et son rival , lorsqu'ils étudiaient ensemble dans Athènes, prononça un panégjnrique en son honneur , quand son ami fut sur le trône. Cet éloge , où un particulier loue un prince avec lequel il a quelque temps vécu dans l'obscurité, pouvait éu^ précieux; le souvenir des études de leur jeunesse, et cette heureuse époque où l'ame, encore neuve et presque sans passions, commence à s'ouvrir au plaisir de sentir et de connaître, devait répandre un intérêt doux sur cet ouvrage; mais nous ne l'avons plus , et nous n'en pouvons juger; nous savons seulement qu'il était écrit en grec. La langue d'Homère et de Platon commen-

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çait à devenir la langue dominante de Tempire. Cependant l'ancienne langue des Césars , quoique altérée , se conservait toujours , et ces empereurs daces, pannoniens et barbares, qui, du fond de là Thrace et des bords de la mer Noire, commandaient au monde, étaient loués qiiel-^ quefois dans la langue des Scipions.

Il nous reste encore un panégyrique dans cette langue , prononcé en l'honneur de Julien ; on y trouve de la noblesse dans les sentiments, quelques belles idées , et des défauts de goût. Il est (le Tan 362. Pour connaître l'esprit des différents siècles, il n'est pas inutile d'observer que Mamertin , qui prononça cet éloge , parvint , par ses talents, aux premières dignités : il occupa long-temps avec distinction le rang de sénateur; et, quand Julien monta sur le trône, il lui donna la place de surintendant général des finances de I empire. « Vous cherchiez , dit-il à l'empereur , « un homme qui eût assez d'élévation pour savoir « dédaigner les richesses , assez de courage pour « savoir déplaire, assez de fermeté pour braver « la haine ; vous avez cru trouver ces qualités « en moi , et vous m'avez choisi dans un temps « ou les provinces, épuisées par les pillages des « barbares et par des brigandages non moins « funestes que honteux , imploraient votre se- «'cours. » I^e mêrpe empereur le fit ensuite préfet

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des gardes prétoriennes , et lui confia le gouvernement de plusieurs provinces* Enfin , nommé consul par Julien, comme Pline par Tiajan,il prononça aussi un panégjrrique pour remercier son bienfaiteur et son prince ; mais il y abieo plus de distance entre les deux orateurs qu'eotre les deux héros.

Après tous ces panégyriques , il serait curieux d apprécier celui qui en fut Tobjet. Il n y a personne dont on ait dit ni plus de bien y ni pins de mal , que de Julien. L'esprit de parti lui a élevé des statues y le acèle religieux les a brisées. On Ta peint tour à tour comme le plus eoupabk et comme le plus grand des hommes. Tâchons d'écarter , s'il se peut , l'éloge et lasatire ; et, sans un faux enthousiasme , comme sans injustice, cherchons la vérité. U s'égara dans la religion. voyons du moins ce qu'il fut comme prince; en détestant son crime, discutons ses vertus: Ta^" que nous en ferons^ ne peut nous rendre complices de ses erreurs.

On sait qu'il eut l'éducation la plus austère. H apprit, dans la retraite, dans l'étude, dam I'^ loignement des plaisirs, à se former, et à com* mander aux hommes; il est vrai que peut-«tr^ il fiit forcé à la vertu par le malheur. La ^ | de son père et de ses frères, leur assassin sur le trône, l'avertissaient d'être simple et m^

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(iesie ; mais aussi, environné de meurtres , il eut à lutter contre l'exemple des crimes. Mis à la tête de Tempire , il y soutint son caractère ; on le vit à la cour dédaigner le faste, fuir la mollesse, combattre ses sens, dompter en tout la nature , se contenter de la nourriture la plus grossière ; souvent il la prenait debout , souvent se la refusait, dormait peu, n'avait d'autre lit qu'une peau étendue, sur la terre, et passait une partie des nuits ou dans soq cabinet, ou sous sa tente , occupé au travail et à l'étude. Enfin, sous la pourpre, il eut les maximes et mena la vie rigide de Caton. On dira peut-être que ce sont là plutôt des vertus d'un cénobite que d'un prince; on se trompe: on ne pense point assez cofnbien , dans celui qui gouverne, cette vie austère retranche de passions , de besoins ; Combien elle ajoute au temps ; combien elle laisse au peuple ; combien elle diminue les moyens de corruption et de faiblesse ; combien , par l'habitude de se vaincre , elle élève l'ame.

Ce qui ajoute à son mérite, c'est que, dur pour lui même , il n'en fiit pas moins compatissant pour les autres : en rendant la justice , il tempéra , par l'indulgence d'un prince , l'équité d'un juge.

On sait qua l'humanité de détail qui soulage flans le moment le malheiveux qui spufFre , il

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joignit cette humanité plus étendue qui prévoit les maux, rétablit Tordre, substitue les grandes vues à la pitié, et, sans le secours de cette sensibilité d'oi^anes qui est aussi souvent une faiblesse qu'une vertu, sait faire un bien même éloigné, et s'attendrir sur des malheurs qu^eile ne voit pas. Ainsi, il s occupa du soulagement des peuples; mais d'autres empereurs qui eurent les mêmes vues, n'étant pas contredits sur le trône , purent être humains impunément. Julien , long-tenips César, assujéti dans son pouvoir même à un tyran jaloux, qui l'avait créé par besoin et le haïssait par faiblesse, qui lui eût permis de faire le mal pour se déshonorer , et craignait qu'il ne fît le bien; qui, tout à la fois barbare et lâche , désirait que les peuples fussent malheureux, pour que le nouveau César fut moins redoutable ; Julien , environné .dans les Gaules , des ministres de cette cour, qui étai^st moins ses officiers que ses ennemis, et dé* ployaient contre lui cette audace qui donne à des tyrans subalternes le secret de la cour , et l'orgueil d'être instruments et complices de la volonté du maître ; Julien enfin , traversé en tout par ces hommes qui s'enrichissent de la pauvreté publique , eut bien plus de mérite à anréter les abus et à soulager les provinces.

Dans un empire tout militaire , et où le soldat

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féroce et avare vendait son obéissance à prix d or, il sut résister à Tavidité des troupes.

On conspira contre lui, et il pardonna.

A l'exemple de Trajan, il soumit à la loi un pouvoir qui, par la force secrète de la nature et des choses, ne tend que trop souvent à s'affranchir de la loi. Comme lui , il fit la guerre en personne ; comme lui ^ il combattit en soldat. Enfin , en mourant , il témoigna la plus grande fermeté et le courage tranquille d'un homme qui obéit à la nature , et que ses actions consolent de la brièveté de sa vie (i).

On voit , par toute la vie de Julien et par quelques-uns de ses ouvrages, que sa grande ambition était de ressembler à Marc-Aurèle. Si on

(i) Voici SCS dernières paroles telles qu*on les trouve partout : « Mes amis , la nature me redemande ce qu'elle m'a " prêté; je le lui rends avec la joie d'un débiteur qui s'ac- < quitte, L'ame n*cst heureuse que lorsqu'elle redevient libre; « et poor les gens de bien , souvent la mort est une récom- •« pense. Je la reçois comme une grâce. Si j'avais vécu plus ^ loog-ternps, j'aurais peut-être fait quelque action indigne •« de moi. Aujourd'hui je meurs sans remords, parce que j'ai « vécu sans crime. J'ai gouverné les provinces avec douceur. « J'ai détesté la puissance arbitraire. Je n'ai fait la guerre « que pour obéir à la patrie. Je remercie le Dieu éternel. Ce « serait être également lâche , et de vouloir mourir quand il * faut vivre , et de regretter la vie quand il est temps de « mourir. »

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regarde les talents , il eut plus de génie ; si on regarde le caractère, il eut plus de fermeté peutêtre , et fut plus loin de cette bonté dont on abuse, et qui, voisine de Texcès, peut devenir une vertu plus dangereuse qu'un vice.

Mais aussi, à beaucoup d*égards, Marc-Aurèlc eut des avantages sur lui; ils furent tous deux philosophes , mais leuï* philosophie ne fut pas la même. Cefle de Marc-Aurèle avait plus de pirofondeur , celle de Julien peut-être plus d'éclat. La philosophie de l'un semblait née avec lui. Elle était devenue un sentiment, une passion , mais une passion d'autant plus forte qu'elle était calme, et n'avait pas besoin des secousses de l'enthousiasme. La philosophie de l'autre semblait moins un sentiment qu'un système ; elle était plus ardente que soutenue; elle tenait à ses lectures , et avait besoin d'être remontée. Marc-Aurèle agissait et pensait d après lui ; hsr Ken , d'après les anciens philosophes ; il imitait. Un autre caractère du grand homme lui manqua : c'est dette vertu qui fait que l'ame, sans s'élever, sans s'abaisser, sans s'apercevoir même de ses mouvements, est ce qu'elle doit être , et l'est sans faste comme sans effort; en cela il fut encore loin de Marc-Aurèle. Son extérieur était simple, son caractère ne l'était pas; ses discours, ses actions avaient de l'appareil, et semblaient avertir

qu il 'était grand; suivez-le , sa passion pour la gloire perce partout; il lui faut un ihéalre et des battements de mains; il s'indigne quand on les refuse; il se venge, il est vrai, plus en homme d'esprit qu'en prince irrité qui commaackût à cent mille hommes, mais il se venge; il court à la renommée, il l'appelle; il flatte pour être flatté : il veut être tout à la fois Platon , Marc-Aurèle et Alexandre (i).

Son caractère ardent est souvent inégal ; souvent il voit le but , l'atteint et le passe ; lenfin , il eut -dans ses idées plus d'impétuosité que de règle, et, dans plusieurs de ses sentimenis, plus de grandeur que de sagesse.

Son changement de religion est nndes .grands problèmes de l'histoire. Ce changement fut-il l'effet de la persuasion ou de la politique? Pour résoudre ce problème , jetons un coup d'œil sur son siècle; nous reviendrons ensuite à JuUeu, et la question sera peut-être aisée k résoudre.

On sait que , dans l'Europe et l'Asie ensemble ,

(i) La critique qu'oo fait ici du caractère de Jalieo, a quelque rapport avec celle qui en a été fiiite dans un ouvrage très-estimable, plein de connaissances, de vues et d'esprit, qui a paru depuis peu , et qui est intitulé : de la Félicité publique. Comme il y avait déjà plus de trois ans que mon ouvrage était écrit , je n*ai pas cru , malgré cette légère re»- ^emblance , devoir rien changer à cet endroit.

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