‹ Œuvres complètes de Thomas, de l'Académie française;Chapitre 91 sur 100 · ESS\I · texte numérisé non relu

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jamais il n'y eut autant de mouvement dans les esprits qu'il y en avait alors ; les progrés du christianisme , et le choc de ceux qui combattaient pour la religion de Tempire, avaient donné cette secousse. C'était là le grand objet de toutes les nations ; et il se mêlait tantôt sourdement , tantôt avec éclat, aux malheurs de la guerre et aux fureurs politiques. Le paganisme, trop faible, avait appelé la philosophie à son secours ; et la philosophie , sentant qu'il fallait réparer Tédifice pour le conserver, des débris de l'ancien système religieux, en avait presque formé un nouveau. On s'attacha surtout à imiter plusieurs des caractères du christianisme. Aux idées pures et spirituelles d'un dieu imique, on proposa les idées platoniciennes sur la divinité; à un dieu en trois personnes, cette fameuse trinité de Platon; aux anges et aux démons, la doctrine des génies créés pour remplir l'intervalle entre Dieu et l'homme; à l'idée d'un Dieu médiateur, la médiation des génies; aux prophéties et aux miracles, la théurgie, qui, à force de sacrifices et de cérémonies secrètes, prétendait dévoiler l'avenir, et opérer aussi des prodiges; enfin, à la vie austère des chrétiens , des pratiques à peu près semblables , et des préceptes d'abstinence et de jeûnes pour se détacher de la terre, en s'élevant à Dieu. Ainsi , Terreur se rapprochait de la vérité

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pour la mieux combattre ; mais, dans cette agitation universelle , ce qui dominait le plus , c'était la fureur de connaître ce qui n'était point encore , et de franchir les bornes que la nature a posées aux connaissances comme au pouvoir de rhomme. Cette disposition était Teffet naturel de la fermentation des esprits , des malheurs des peuples, des grands intérêts politiques et religieux ; enfin de ce système des génies , imaginé ou puisé chez les Chaldéens par Platon , et renouvelé alors avec le plus grand succès. Telle était la situation des esprits , lorsque Julien parut.

Nous savons par l'histoire , quels furent son car^ictère et ses goûts. Passionné pour les Grecs, nourri jour et nuit de la lecture de leurs écrivains, enthousiaste d'Homère, fanatique, de Platon , avide et insatiable de connaissances ; né avec ce genre d'imagination qui s'enflamme pour tout ce qui est extraordinaire; ayant de plus une ame ardente , et cette force qui sait plus se précipiter en avant, que s'arrêter; d'ailleurs, accoutumé dès son enfance à voir dans un empereur chrétien le meurtrier de sa famille , et , dans le fond de son cœur , rendant peut-être la religion complice des crimes qu'elle condamne; placé entre l'ambition et la crainte, inquiet sur le présent , incertain sur l'avenir ; ses

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goûts, son îinag'inatiou , sod ame, les «ailleurs (ie sa famille, fes siens, tout semblait le préparer d'avaBce à ce changement qui édata dans la suite.

On ne peut douter, en le leant, qu^il ne fÊÉ séduit par cette espèce de iriiéologie [^tonicpie qui régnait alors, et dont il parle dms tous ses éct*îts avec enthousiasme. Son hymne au Solàl Bai est un hymne au Logos , ou à l'intelligence étemelle qui joue un si grand rôle dans PliOon.

On ne peut presque pas douter qu'il n'ait cru aux génies. Deux fois il crut Yoir celui de Tempire : lune en songe et dans les Gaules, lorsqu'il •clélibérait s'il accepterait le trône ; l'autre dans la Perse , et peu de temps ayant sa mort, kxsque , pendant la nuit , il méditait sous sa lente. Alors le génie de l'empire Itri parut triste et Hésolé , et la fiéte couverte d'uu voi4e. Julien lui-même raconta ces deua apparitions à ses anns.

Enfin, quand on le voudrait, il serait ^;alement impossible de douter qu'il n'eut un penchant profond à la superstition. Oracles, présages, sacrifices, mystères, divinations, cérémonies théurgiques, il embrassait tout, il se livrait à tout. On le voit ; l'idée que la divinité pouvait se communiquer à l'homme, idée si analogue d'ailleurs à son siède et aux idées gé-

nérales qui occupaient alors l'univers, tourmentait et agitait son esprit. On a beau dire ; je ne puis croire que sa politique seule fit sa superstition. La politique a moins de zèle, et n'a pas sartout cette activité inquiète et curieuse. L'intérêt , qui veut traîner le peuple aux autels, peut bien se mêler aux sacrifices, dans les fêtes et les cérémonies publiques ; mais l'intérêt ne joue pas l'enthousiasme religieux , tous les jours , tons4es instants , et dans tous les détails de là vie. Que penser donc de Julien ? qu'il fut beaucoup plus philosophe dans son gouvernement et sa conduite, que dans ses idées; que son imagination fut extrême , et que cette imagination égara souvent ses lumières ; qu'ayant renoncé à croire une révélation générale et unique, il cherchait, à chaque instant, une foule.de petites révélations de détail ; que , fixé sur la morale par ses principes , il avait , sur tout le reste , l'inquiétude d'un homme qui mapque d'un point d'appui; qu'il porta, sans y penser, dans le paganisme même , une teinte de l'austérité chrétienne , où il avait été élevé ; qu'il fut chrétien par les moeurs , platonicien par les idées , superstitieux par l'imagination , païen par le culte , grand sur le trône et à la tête des armées, faible et petit dans ses temples et dans ses mystères; qu'il eut, en un mot, le courage d'agir.

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de penser, de gouverner et de combattre, mais qu'il lui manqua le courage d'ignorer ; que , malgré ses défauts, car il en eut plusieurs, les païens durent l'admirer , les chrétiens durent le plaindre; et que, dans tout pays où la religion , cette grande base de la société et de la paix publique, sera affermie, ses talents et ses vertus se trouvant séparés de ses erreurs, les peuples et les gens de guerre feront des vœux pour avoir à leur tête un prince qui lui ressemble.

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