‹ Œuvres complètes de Thomas, de l'Académie française;Chapitre 94 sur 100 · Hieron, EpisU i3. ad Paul · texte numérisé non relu

Hieron, EpisU i3. ad Paul

lÀbrum tuum quem pro Theodosio principe prudenter ornatèque compositum transmisisti y lubenter legi, Félix Theodosius qui à tali Christi oratore defenditur ! illustras ti purpuras ejus y et utilitatem legumfuturis êœculis consecrâsti.

Quelques critiques ont pensé que ce panégyrique n'avait été écrit qu'après la défaite du tyran Eugène.

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A sa mort, son oraison funèbre fut proaoncée dans Milan par saint Ambroise. Cet ouvrage est parvenu jusqu'à nous , et il a , en grande partie , les défauts de ce temps-là; mais Tévéque qui osa reprocher au maître du monde le meurtre de Thessalonique , et commanda à son empereur d'expier devant les hommes et devant Dieu un crime que des courtisans féroces avaient conseillé et que des courtisans lâches n'avaient pas manqué d'applaudir, mérite bien grâce pour les défauts de goût, et pour quelques phrases peutêtre ou faibles ou barbares.

Les hommages suivirent Théodose jusqu'audelà du tombeau. Il fut ordonné que son anniversaire serait célébré tous les ans par iin éloge public prononcé dansConstantinople. Saint Jean- Chrysostôme, qui alors était l'orateur le plus fameux du christianisme et de l'Orient, et qui avait tout à la fois l'éloquence de sa religion, de son caractère et de son génie , prononça , en 339 9 cet éloge , dont une partie nous a été conservée (i). Enfin, pour qu'il ne manquât rien à sa gloire, les arts lui élevèrent des statues, des obélisques, et une colonne semblable à celle de Marc-Aurèle et de Trajan.

(1) Œuvres de S. Chrysostôme, tome XII, édition des Bénédictins.

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A. examiner en général le règne de ce prince, ses succès, ses triomphes, son application au gouvernement, enfin le mérite qu'il eut, et qu'il partagea avec si peu de Souverains , de devenir meilleur en montant sur le trône, il parait avoir mérité une partie de ces hommages. Presque tous. les historiens de lempire l'ont peint comme un grand homme , qui donna l'exemple du courage et des mœurs , se fit respecter des barbares, soutint l'éclat des victoires par celui des vertus, et jamais n'avilit, dans le palais, l'empereur qui avait vaincu sur les champs de bataille. On le voit exerçant la main de ses fils , encore jeunes, à écrire les grâces qu'il accordait aux criminels; on le voit ouvrant les prisons, et se plaignant au ciel de ce qu'il ne peut ouvrir les tombeaux ; enfin , il publia cette loi célèbre , par laquelle il défend aux juges de punir les paroles qui n'attaquent que lui. a Si l'accusé, dit-il, a « parlé par légèreté, il faut le mépriser; si c'est « par folie, il faut le plaindre; si c'est pour « nous faire outrage, il faut lui pardonner. » Cette loi parait être l'ouvrage de la grandeur d'ame et de l'humanité unies ensemble.

Quoi donc ! est-ce le même homme, qui, pour punir quelques séditieux, fit égorger une ville entière ? l'homme qui , sous prétexte d'un spectacle, fit rassembler tous les habitants dans le

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cirque, afin que, dans la paisible sécurité des jeux , se trouvant sans défense , on pût les ^orger plus aisément? afin que, mieux réanis sous les poignards, le carnage fiit plus rapide , et qu'on n'eût qu'à firapper? l'homme qui, pour prévenir tout sentiment de pitié, et étouffer d avance les impressions que la faiblesse^ les cris, les larmes pouvaient faire sur les assassins mêmes, donna l'ordre exprès de ne rien épargner, et de massacrer tout , sans distinction d'âge ni de sexe? Comment concilier tant de vertus et de fureur?

Il n'est que trop prouvé par l'histoire, que Théodose avait reçu de la nature un caractère violent. La réflexion , le sang-froid et les conseils mêlèrent quelquefois des mœurs plus douces à l'emportement d'un guerrier, et à la fierté d'un prince; mais souvent le lion rompait sa chaîne, et cette fois-là il fut terrible. Ou sait qu'il se repentit; c'est à la postérité à juger s'il y a des remords qui puissent effacer un pareil crime. Quoi qu'il en soit, avant de prononcer tant de panégyriques en Fhonneur de ce prince, il eût peut-être fallu en demander la permission aux enfants , aux pères et aux épouses de tous les malheureux que ses soldats avaient assassinés par son ordre. Mais, depuis long- temps on est accoutumé à pardonner aux hommes leurs

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crimes, en faveur de leurs vertus.. Trop heureux, quand ils daignent en avoir !

Gratien, qui eut de la faiblesse et du zèle, qui posséda peut-être le courage militaire / mais à qui le courage d'esprit et les talents manqué* rent , que les écrivains d'un parti ont comparé aux meilleurs princes , que ceux du parti contraire ont comparé à Néron; Gratien, dont le plus grand mérite peut-être est d'avoir élevé Théodose à l'empire, et qui, après un règne de huit ans, mourut à vingt-quatre , vaincu à Paris et assassiné à Lyon , eut aussi ses panégyristes. Le plus célèbre est Ausone. Il naquit à Bordeaux, qui était alors l'Athènes des Gaules. Son père était médecin, et lui, fut poète et orateur. U préféra l'art qui amuse et séduit l'imagination des honunes en leur parlant, à l'art utile et sour vent trompeur qui promet de les guérir. Nous savons qu'il enseigna l'éloquence avec éclat. On est intéressé, en tout pays, à chercher leshomr mes célèbres pour l'éducation des princes. Ya^lentinien le donna pour précepteur à son fils. Gratien, sur le trône, le fit d'abord préfet des Gaules et d'Italie, et ensuite consul. En le nommant à la seconde place de l'empire , il lui écrivit : J^ acquitte ce que je dois), et je dois encore ce que j'acquitte. Ausone, pour remercier son bienfaiteur , son élève et son prince , prononça

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alors le panégyrique de Gratien. Il s'en faot beaucoup qu'il vaille celui de Théodose, que nous avons cité; il semblerait qu'entre Iqs deux, il y a l'intervalle d'un siècle. L'ouvrage n'a aucun mérite pour le fond; et , à l'égard du style, il est quelquefois ingénieux, mais sans goût, sans harmonie et sans grâce. Ce n'est presque partout que des sons brisés et heurtés les uns contre les autres, un choc étemel de petites phrases qui se repoussent , des déclamations • des figures incorrectes , de l'exagération , enfin nulle noblesse dans les sentiments. On dirait . que l'orateur est accablé sous le poids de l'honneur qu'il a reçu. Il ne savait pas qu'il y a une fierté généreuse, qui honore le bienfaiteur même,. et une bassesse de reconnaissance qui peut l'avilir. Par exemple , au milieu de son discours, il fait un long commentaire sur la lettre que Gratien lui a écrite, sur chaque mot dont il s'est servi, sur la robe qu'il hii a envoyée, enfin sur ce qu'en le nommant consul, il l'a nommé le premier et non pas le second. Je sais bien qu'il y a dans Cicéron même de ces petits détails de vanité; mais, dans l'orateur romain, ces faiblesses d'amour -propre sont relevées par la beauté du style, par une éloquence harmonieuse et douce, par une certaine fierté de sentiment républicain qui s'y mêle , enfin par

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le souvenir de ses grandes actions, et le parallèle qu'il fait souvent de lui-même et de ses travaux , avec ces grands de Rome, endormis sous les images de leurs ancêtres, fiers d'un nom qu'ils déshonoraient , inutiles à l'État et prétendant à le gouverner, rejetant tous les travaux et aspirant à toutes les récompenses. Il semble qu'un orgueil noble donne du ressort à la vanité, et lui communique un peu sa grandeur. Mais ici on ne trouve rien de pareil : c'est un esclave peu éloquent qui remercie son maître à genoux. On n'a d'autres dédommagements que quelques épigrammes et des jeux de mots : du reste , tout est petit, faible et barbare. Il faut plaindre un siècle où , avec de pareils ouvrages , on parvient cependant à être célèbre.

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