IV
qualités, et qu'elles ne peuvent exister hors d'un sujet? j'avoue que j'ignore comment nous l'avons appris, de même que j'ignore comment nous avons appris que les qualités elles-mêmes existent. Comme c'est la nature qu^ nous instruit de leur existence, il est probable que c'est elle aussi qui nous enseigne que ce sont des qualités.
La persuasion que la figure, le mouvement, la couleur sont des qualités et supposent un sujet, est un jugement naturel, ou une découverte de la raison, ou un préjugé. Des philosophes ont soutenu cette dernière opinion; à leur avis, un corps n'est que la collection de ce qu'on appelle ses.quaHtés; ce Jfut la doctrine de Berkeley et celle de Hume , et ils l'adoptèrent sur ce fondement que l'idée de substance , ne pouvant être ni une idée de sensation ni une idée de réflexion ne devait point exister dans l'esprit. >
Pour moi , je l'avoue, il me semble absurde de soutenir qu'il y a de l'étendue et rien d'étendu, du mouvement et rien qui soit mû; cependant je ne saurais quelle raison alléguer en faveur de mon opinion ; tout ce que je puis dire, c'est qu'elle me paraît évidente par elle-même, et l'inspiration immédiate de ma nature.
Toutes les langues déposent de l'universalité de cette croyance : toutes expriment les qualités sensibles par des adjectifs, et dans toutes, l'adjectif suppose un substantif exprimé ou sous entendu; or, cett§ relation est jjrécisément celle des qualités au sujet.
Les qualités sensibles entrent pour une si grande part dans la somme de nos idées, leurs espèces sont si variées, leur nombre si grand , que si la nature ne nous enseignait pas à les attribuer à un sujet, cette attribution serait un travail difficile qui exigerait un temps consi,dérabIe et qu'on ne trouverait pas également avancé dans chaque