THÉORIES SUR LA CONCEPTION
.«dont il parle ? Est-ce un animal «loitié homme, moitié dbeval ? Non ; et j'en conclus que l'id^îe n'est pas ce que je conçois. Il reste donc que l'idée soit une image de l'animal, et que cette image soit l'objet immédiat de ma conception , tandis que l'animai en est l'objet éloigne.
Si c'est là ce que pensent les philosophes , je réponds jd'abord^ que ma conception n'a pas deux objets, qu'elle «'en a qu'un seul, et qu'il est aussi immédiat qu'il soit
possible.
Je réponds , eu second lieu , que l'objet de ma conception est mi animal, et non l'image d'un animal. Je sais^ce quje c'est que concevoir un animal ,^ ce que c'est que concevoir l'image d'un animal : je distingue parfaitement ces •deux conceptions , et je ne puis m'y tromper. Ce que je conçois jQst ua corps vivant, d'une certaine forme et d'une certaine couleur. Or, l'image des philosophes n'est point UB corps; eUa n'a ni forme , ni couleur, ni mouvement, ni vie. Qu'est-ce donc que cette image? îl m'est impossible de le comprendre,
M'expliquera^t-on , en troisième lieu , comment it se fait que l'unique objet de ma conception soit une idée, tandis q»e je ne puis concevoir ce que c'est qu'une idée? A ia vérité, quand je le concevrais, il ne serait pas prouvé pour cda qu'il y eût des idées, pas plus qu'il n'est prouvé qu'il y a des centaures, parce que je puis concevoir un centaure. Tantôt les philosophes disent que nous avon$ la perception des idées, tantôt que nous en avons la conscience; je n'ai aucun doute /sur l'existence des chio^es que je^perçois, et dont j'ai la conscience; mais la réflexion la plus attentive ne me découvre point que je perçoive des idées , et la conscience iite me les montre point au-'dedans de moi..
La perception et la conscience sont des opérations de
j5a ESSAI IV. CHAPITRE II.
Tesprit tout a fait différentes , et il est assez ëtradge qiie les philosophes n'aient jamais déterminé quelle est celle des deux par laquelle nous discernons les idées. C'est comme si quelqu'un affirmait positivement qu'il a eu la perception d'un objet ^ mais qu'il ne sait si c'est par les yeux, par les oreilles, ou par le toucher.
Mais un homme qui conçoit un centaure De pettt-îl pas dire qu'il en a une image distincte dans l'esprit ? Sans doute il le peut , et je n'ai rien à objecter s'il entend par là ce qu'entend le vulgaire qui n'a jamais ouï parler de la théorie philosophique des idées* Par une image distisfcte dans l'esprit, le vulgaire entend une conception distincte; et cette manière de s'exprimer est naturelle puisqu'il y a entre la conception et une image une analogie si frappaiite que la faculté de concevoir s'appelle ànagination dans toutes, les langues. Image dans V esprit n'est ea ce sens qu'une périphrase , pour signifier imagination. Mais coaclure de là qu'il y a une image réelle dans l'esprit , nae image distincte de l'esprit quiconçoit, c'est se laisser trorn* per par l'eni^pression. Autant vaudrait conclure des mots délibérer et balancer^ dont on se sert si souvent pour exprî* mer les actes de la volonté que l'esprit a réellement uoe balance , dans laquelle il pèse les motifs et les arguments^.
Nous ne sommes que trop enclins à prendre à la lettre les termes analogiques qui , dans toutes les langues , ex-* priment la conception. Mais quand nous résistons à ce pen* chant et que nous observons avec attention ce qui se passe en nous , nous n'avons pas plus de raison de croire que nous avons des images dans l'esprit , que des balances, ou d'autres instruments mécaniques..
Nous ne connaissons ce qui se passe en nous que par la cpnscience; et la conscience ne nous manifeste que nos divers genres de pensées, l'entendement, la volonté^ le»