‹ Œuvres complètes de Thomas Reid, chef de l'école écossaise, publiées (volume 2)Chapitre 34 sur 84 · DE QUELQUES ERREURS RELATIVES A LA COITCEPTION · texte numérisé non relu

DE QUELQUES ERREURS RELATIVES A LA COITCEPTION

I. Tou> ceux qui ont écrit sur la logique, à l'exemple d'AristPte» distribuent les opérations intellectuelles en

l56 ESSAI IV. CHAPITRE III.

trois classes : les simples appréhensions ou conceptionâ | les jugements, les raisonnements. Ils enseignent que le raisonnement s'exprime par un syllogisme, le jugement par une proposition^ et la simple appréliension par un seul terme y c'est-à-dire , par un ou plusieurs mots qni ne forment point un sens complet , et qui ne sont que le sujet ou le prédicat d'une proposition. S'ils entendent par-là, qu'une proposition , ou même un syllogisme , ne puisse pas être une simple appréhension, ou, en d'autres termes, une pure conception , je pense qu'ils sont dans l'erreur.

Tout }ugemeat, tout raisonnement, suppose la conception. Nous ne pouvons , ni porter un jugement sur une proposition, ni la faire entra:* dans un raisonnement, si nous n'en avons l'intelligence; mais nous pouvons la concevoir distinctement , sans porter sur elle un jugement. Il arrive souvent que nous n'avons aucune évidence ni de la vérité, ni de la fausseté d'une proposition; que nous ne prenons même aucun intérêt à savoir si elle est vraie ou fausse. En pareil cas, nous n'en affirmons rien, nous n'en nions rien, et cependant nous la concevonis parfaitement.

Il est possible qu'un homme parle, plaide, écrive avec d'autres intentions que celle de découvrir la vérité. Il peut alors employer ce qu'il a de savoir, d'esprit et d'invention , sans faire aucun usage de son jugement. En effet , lorsque ce n'est point la vérité , mais un autre but qu'on poursuit, le jugement n'est plus qu'un obstacle^ ou ne sert qu'à discerner les moyens d'atteindre la fin . qu'on se propose ; aussi le met-on de côté , ou ne l'exercet-on que dans ce but.

Le but de l'orateur est , dit on , de persuader ; c'est ce qu'il peut faire avec habileté et succès, sans prendre la peine d'examiner s'il a tort ou raison. Il s'en faut donc d«f

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