ÎNOMS DONNÉS AUX NOTIONS GENERALES
sens figuré, on les prend aussi quelquefois pour l'objet conçu; mais cette dernière acception est rare, peut-être même étrangère à la langue. Hors le cas où il s'agit de notions et de conceptions générales , le mot idée a la même ambiguité dans la langue d« la philosophie moderne.
On ne peut dire que nous avons des notions ou des conceptions générales qu'en prenant les deux mots dans le dernier sens. En effet, la généralité est nécessairement dans l'objet conçu; elle. ne saurait être dans l'acte de l'esprit qui conçoit; car tous les actes de l'esprit sont des faits individuels , qui existent ou qui ont existé , tandis que nous avons la faculté de concevoir des choses qui n'existait pas et qui n'ont jamais existé , et celle de considérer un attribut indépendamment de l'existence. La conception d'un attribut ainsi envisagé, est une opération réelle et individuelle de l'esprit ; mais l'attribut conçu est commun à plusieurs individus réels ou seulement possibles. Or, si nous sommes naturellement enclins à confondre l'objet d'une conception avec la conception y nous sommes bien plus exposés à tomber dans cette erreur quand cet objet s'appelle lui-même co/iception.
Ce que nous appelons conceptions ou notions gêné-» raies ^ les Péripatéticiens le nommaient unii^ersaux ou prédicats. Ces dénominations ne présentent aucune ambiguité, et je les trouve beaucoup plus justes et bien moins dangereuses que celles dont nous nous servons.
C'est pour cela que j'ai presque toujours employé le mot attribut^ qui signifie la même chose que prédicat ^ et que j'ai averti à plusieurs reprises qu'en cédant à l'usage qui a consacré l'expression de conceptions générales , j'entendais toujours par-là lés choses conçues , et non point l'acte de l'esprit qui les conçoit.
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Les Pythagoriciens et les disciples de Platon donnaient le nom à! idées aux conceptions générales , et même dans leur langue , c'était le sens exclusif de ce mot. Il est à regretter que les langues modernes de l'Europe , qui ont emprunte d'eux cette expression, n'y aient pas attaché le même sens , ou plutôt n'en aient pas restreint l'acception dans les mêmes limites. Toutes manquent de terme pour exprimer sans équivoque ce qui est purement conçu, abstraction &ite de l'existence. Aucune ne distingue les choses qui ne sont que conçues, des choses qui existent. Si le mot idée était consacré à cet usage, il serait rendu à sa signification primitive et comblerait cette lacune.
En exprimant ce regret, nous séparons tdut-à-fait le mot , de la théorie des Platoniciens sur la chose qu'il exprimait dans leur langage. Nous n'avons aucun penchant à regarder les idées comme des êtres éternels , doués d'une existence propre et beaucoup plus réelle que celle des objets qui frappent nos sens.
Les Platoniciens furent conduits à donner l'existence aux idées , par le préjugé que nous ne pouvons rien concevoir qui n'existe réellement. Une fois cette existence admise, le reste du système ne souffre point de difficulté; car ce qui est simplement conçu , n'a ni commencement ni fin , ni temps ni lieu , et n'est point sujet au changement; et les conceptions de la Divinité ont été les exemplaires de l'univers et de tout ce qu'il renferme , par cette raison que la conception de l'œuvre dans l'esprit de l'artiste, précède nécessairement son exécution.
Voilà les attributs des idées de Platon : ajoutez-y celui de l'existence , et vous avez toute sa mystérieuse philosophie sur les idées \ retranchez- le et supposez que les idées ne sont point des choses qui existent mais des l^hoses purement conçues , le mystère s'évanouit , et la