OPIJVIOHS SUR LES UNIVERSAUX. 25'J
abstraction faite de la qualité des angles et de la longueur des cotés , n'est-ce pas concevoir séparément des choses qui, dans le fait, sont inséparables; car où est le triangle réel qui n'ait pas des angles et des côtés d'une certaine dimension? Et n'est-ce pas une vérité d'expérience, qu'il est possible de concevoir distinctement un triangle , sans connaître et, par conséquent, sans concevoir la plupart des propriétés sans lesquelles il ne peut pas exister de triangle?
Voyons maintenant comment Berkeley explique la généralisation. Il ne nie point absolument qu'il y ait des idées générales, il nie seulement qu'il y ait des idées générales abstraites. «Une idée, dit-il, qui prise en ellecc même est particulière, devient générale lorsqu'elle recc présente toutes les idées particulières de la même es- « pèce. Pour éclaircir ceci par un exemple , supposons « qu'un géomètre veuille démontrer la manière de cou- « per une ligne en deux parties égales, et qu'il tire d'a- « bord une ligne d'un pouce de longueur. Cette ligne , « qui en elle-même est particulière, ne laisse pas que « d'être générale dans sa signification , puisqu'elle repré- « sente une ligne quelconque , et que tout ce qu'on dé- « montre d'elle , on le démontre de toutes les lignes pos- « sibles, ou, en d'autres termes, d'une ligne en général. « Et comme la ligne particulière est devenue générale « dès qu'elle a été employée comme signe , de même le « caractère de signe imprimé au mot particulier ligne^ « en fait un terme général. »
J'observe qu'une idée particulière ne peut pas être établie le signe de toutes les idées semblables , c'est-à-dire, le signe d'une espèce, s'il n'y a déjà des espèces. Or, être d'une espèce , c'est avoir tous les attributs qui la caractérisent et qui sont communs ^ tous les individus qui lui IV. 17
a 58 ESSAI V. GHJLPITR£ VI.
sippartieiineat. 11 n'y a donc point d'espèce sans attributs généraux , QÎ de conception d'une espèce sans conception des attributs généraux qui lui sont propres. La conception d'une espèce est donc une conception générale abstraite.
Il est impossible à coup sûr , qu'une idée particulière devienne pour notre esprit le signe d'une chose dont notre esprit n'aurait aucune conception. Je ne dis pas que l'es* prit ait l'idée de l'espèce, mais je dis qu'il comprend né*cessairement ce qu'elle signifie, quand il représente ce qu'elle signifie par un idée particulière; autrement l'idée particulière représenterait une chose que Tesprit ne concevrait pas.
Quand, à l'aide d'une figure particulière, je démontre une propriété générale d'un triangle, celle-ci, par exemple , que les trois angles sont égaux à deux droits , il faut bien que je conçoive distinctement ce que c'est que le triangle en général, et que je distingue les attributs qui appartiennent à tous les triangles, de ceux par où les triangles particuliers peuvent différer. Or , concevoir distinctement ce qui est propre à tous les triangles, c'est avoir la conception générale d'un triangle, conception sans laquelle il serait impossible de s'assurer qu'une démonstration s'applique à tous les triangles.
Cette observation n'a point échappé à Berkeley; il v répond ainsi : « Quoique l'idée que j'ai en vue , dans une «démonstration, soit, par exemple, l'idée d'un triangle « isocèle rectangle dont les côtés sont d'une longueur « déterminée , je ne laisse pas d'être certain que la déc( monstration s'étend à tous les triangles"" rectilignes, de « quelque nature qu'ils soient, parce que, ni l'angle droit , « ni l'égalité et la longueur des côtés , n'y sont entrés « comme éléments. »
Mais si dans l'idée que vous avez en vue, vous n'avez
OPIIMIONS SUR LES UNIVEUSAUX. uSq
pas distingué ce qui est commun à tous les triangles de tout ce qui ne l'^st pas , comment savez-vous avec certitude qu^il n'y a pas un seul élément de votre démonstration qui n'appartienne à tous les triangles ? Avoir cette certitude , est-ce autre chose que concevoir distinctement ce qui est commun à tous les triangles , à l'exclusion de tout ce qui ne leur est pas commun ? Or , c'est là ce que j'appelle la conception générale abstraite d'un triangle. Berkeley prend avantage de ce que Locke a parlé en termes très- forts et peut-être trop forts de la difficulté attachée à la formation des idées abstraites, de la peine qu'il faut prendre , et de l'habileté qui est requise pour en venir à bout; il en conclut qu'elles ne sont pas nécessaires au langage, qui est une chose si facile et si familière à tout le monde.
Il y a^ à la vérité, quelques conceptions abstraites, pour lesquelles il ne suffît pas d'une intelligence commune ou peu exercée ; mais il y en a prodigieusement qui ne surpassèat point la capacité des enfants. On ne parle point sans conceptions générales; car il entre né* cessairement des termes généraux dans le tissu de la phrase la plus courte et la plus simple. La difficulté de former des conceptions générales est très-exactement mesurée par la difficulté d'apprendre à parler ; car elle est , avec celle d'articuler les sons, la seule que les enfants aient à vaincre.
Or , nous surmontons cette difficulté de si bonne heure , que nous ne nous souvenons pas même de ce qu'elle nous a coûté d'application et d'efforts. Les enfants , ayant le plus grand intérêt à comprendre et à être compris , déploient pour atteindre ce double but tout ce qu'ils ont d'activité et d'intelligence; et ce travail
a6o ESSAI V. — ^ CHAPITRE VI.
de comprendre et d'être compris n'est autre que celui de former des notions abstraites.
Gomme tous les mots d'une langue , à l'exception des noms propres, sont des termes généraux, à mesure que Penfant acquiert l'intelligence de ces termes, il acquiert, des notions générales. La plupart des hommes n'ont guère d'autres conceptions générales que celles (Jui sont attachées aux termes dont l'usage leur est familier. La signification de quelques-tms de ces termes leur a été révélée par une définition , qui a tout -à -coup déposé dans leur ititelligence une -conception générale , claire et précise ; ils ont appris celle du plus grand nombre , en observant dans quelles occasions ceux qui les entouraient, en faisaient usage. Formées de cette dernière façon, les conceptions sont en général moins distinctes, et il est rare qu'elles soient exactement les mêmes dans tous les esprits.
« Quoi ! dit Berkeley^ deux Bnfants ne pourront causer « hochets et bonbons, s'ils n'ont rassemblé et comparé «d'innombrables dissimilitudes; s'ils n'en ont extrait, « par l'abstraction, des idées générales; et s'ils n'ont atta- « ché ces idées à tous les noms dont ils se servent?»
J'en demande pardon à Berkeley, mais quelque étrange que cela lui paraisse, il est évident que deux enfants^ qpi s'entretiennent de hochets et de bonbons et qui s'enitendent, attachent le même sens aux termes généraux qu'ils emploient, et les comprennent par conséquent; ils ont donc des conceptions générales.
5. Passons maintenant à la doctrine de Hume. Il convient avec Berkeley en ce point essentiel, « que les idées « générales ne sont rien que des idées particulières ana nexées à un terme qui leur donne une signification plus a étendue et qui leur communique la propriété de rap-
OPINIONS SlJR LES DNIYER^AUX. 26 1
fK peler lorsqu'il en est besoin^ t6u3Ji€& individus semblables. « L'idée particulière^ dit Hume., devient générale par « cela seul qu'elle est annexée à un terme général , c'est-à- « dire à un tei::ine que l'habitude a uni. à beaucoup dau- « très idées, particulières ,^ et qui est propre à Içs réveiller (( dans l.'imagina.tion. Lçs idées abstraites sont donc indice viduell^s en elles-mêmes ^.quoiqu'elles deviennent gén.é- « raies- par représentation. L'image intellectuelle est i'i- « mage d'un objet particulier , bien qu'elle serve au i^ai- « sonnem^nt comme si elle était ui^iverselle, »-
Il ijt'est pas iiiutile de remarquer que ceUe théorie, vantée par Hume comme unç des plu^; grandes et des pliis précieuses découi^ertes qui ait été faite récemment dans la république des lettres^ ne diffère point de l!ppinioii des Norainalistes^ sur laquelle on a disputé dans toutes les écoles depuis le commencement du. do]Uzi.ème. siècle jusqu'à la reformations et que Hobbes a v^it reproduite avant que Berkeley s.'en.emparât de nouveau. Voyons si Hume a^ réussi, comme il s'en flatte^ à l'asseoir sur des fondements inébranlables.
Il prétend' d'abord prouver par trois arguments qu'il est impossible de concevoir une quantité ou une qualité sans avoir une notion, précise du degré de chacune.
Voilà certes une grande entreprise ; mais quand Hume en viendrait à bout.,, celp ne l.e mènerait pas, à la çQu^plusion qjb^'il a e» vue..
.. Car en. premier lieu , il y a d'autres at-tributs que la quantité et la qualité ;. et , ce qu'il faudrait prouver, c'est qu'il est impossible de concevoir un attribut quelconque sans, la notion précise du degré d^ cet attribut. Chacune des dix catégories d'Aristote est un geiu*e , et peut devenir un attribut. Quand donc on aurait prouvé de deux d'entre eUes, savoir, de ta quantité et de la qua-
aÔa ESSAI V. CHAPITRE VI.
litë^ qu elles ne sont pas des conceptbns générales , il nés* tarait à prouver la même chdse des huit autres.
D'un autre côté, quand il serait impossible de conce*voir une quantité et une qualité sans avoir une notion précise du degré de chacune , il ne serait pa^s impossible pour cela d'avoir une conception générale de quantité et de qualité. La conception d'un poids d'une livre est la conception d'une quantité et du degré précis de cette quantité; et cependant c'est une conception générale abstraite , puisqu'elle peut être l'attribut d'un grand nombre de corps de toute espèce. Ce qu'il faudrait prouver encore , c'est que nous ne pouvons pas concevoir la quantité et la qualité^ ou tout autre attribut, sans les attacher à un individu.
Or, cette preuve n'est pas , ce me semble , chose facile. Je conçois ce que l'on entend par un Chinois aussi distinctement que ce que l'on entend par un Anglais ou un Français. Il est vrai qu'un Chinois ri'est ni une quantité, ni une qualité ; mais ce mot n'en exprime pas moins ua attribut commun à tous les individus d'une nation nombreuse. Je le conçois cependant, sans avoir vu de ma vie un seul individu de cette nation ; et par conséquent sans en imaginer un qui me représentée la nation tout entière.
En supposant donc que Hume parvint à démontrer que la conception de la qualité et de la quantité renferme nécessairement la conception du degré, il serait loin d'avoir démontré qu'il n'y a pas de conceptions générales abstraites.
Mais laissons cette fin de non^-recevèir et passons aux arguments qu'il emploie pour prouver cette proposition extraordinaire.
Le premier est celui-ci : « Il est impossible de distin-
opmioNS SUR IMS umvERSAux. 263
« guer des choses qui ne sont point actuellement sépare râbles; la longueur d'une ligne ne diffère point de là « ligne ; on ne saurait l'en distinguer. »
Nous avons feit voir plus haut que la Conception sépare avec la plus grande facilita des choses inséparables de leur nature j et il suffit pour s'en convaincre de l'exen^ple allégué par Hume^ pour démontrer le contraire. Quand je dis, ceci est une ligne ^ je dis et j'entends une cbose^; quand je dis, ceci est une ligne de trois pouces ^ jd di$ et j'entends une autre chose. Si ce n'est pas là distinguer la ligne et la longueur de la ligne , je ne sais pas ce que c'est que distinguer.
Voici le second argument : tf Chaque objet sensible , « c'est'-à-dire ehaque impression, est un individu dont là «c quantité et la qualité ont des degrés déterminéç; m^is « tout ce qui est vrai de l'impression est vrai de f idée , « qui n'en diffère qu'en force et en vivacité. »
Certes la cooséqueiice découle rigoureusement des pré- Q;iisses« S'il est vjrai que les idées ne diffèrent des objets sefisibies qu'en force et en vivacité, comme il est certain que tous les objets sensibles soat individuels , il s'ensuit nécessairement que toutes les idées sont aussi individiieUes. Je demande la permission de tirer des mêmes prémisses, deux conséquences qui ne sont pas moins lé-' j^itimes.
i^ Si les idées ne diffèrent des objets sensibles qu'en fecce et en vivacité, l'idée d'un 4ion est un lion un peu Hioips fort et moins vif; de là cette importante question : l'idée fl'un lion ne peat^Ue pas mettre en pièces et dé- ^Bdjrér l'idée d'une brebis, celle d'un bœsuf, cette d'un ebeval, même celle d'un homme, et en général toutes les idées propres à la nourrir ?
a*^ Si les idées ne différent des objets sensibles qu'en
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force et ea vivacité , il suit de là que les pures concep-* lions ne sont pms des idées; cas!' elles diffèrent des objets sensibles sous beaucoup d'autres rapports^ Les objets sensibles existent réellenoent dans un temps et dans un lieu déterminés; les pures conceptions n'existent point, et n'ont ni temps ni lieu. Donc il peut y avoir des conceptions générales, quand il; n'y aurait point d'idées abstraites;.
Yoici le troisième argument : «C'est un principe gé^ <c néralement reçu des philosophes qu'il n'existe dans la. <c nature que des individus, et qu'on ne peut pas suppo*^ a ser un triangle réel dont les angles et les côtés n'aient « upe mesure et des proportions précises; mais ce qui- « est absurde dans le (ait doit être absurde dans l'idée ,. a puisque rien die ce qui est représenté par une idée claire cr et distincte , n'est absurde ou impossible. »
Je conviens qu'il n'existe que des individus; car ui> être et un individu sont deux mots qui signifient la même chose» Mais il. ne suit pas dé là que le même attribut ne puisse pas être commun à plusi^Jtrs individus, fi peut être commun à plusieurs figures d'être triangulaires, à plusieurs corps .d'être fluides; et d'où vient? c'est que triangulaire et fluide ne sont pas des êtres , mais des dÂ^ tributs, des êtres.
Quant à ce principe que rien dfe ce qui est représenté par une idée claire et distincte n'est absurde ou impossible, je renvoie à ce que j'en ai dit plus haut '. Il esb évident que la science mathématique se compose en par-. ti«^ de démonstrations ad absurdum ^ dans lesquelles, nous sommes requis de supposer, et par conséquent de concevoir des choses réellement impossibles. Nous rai-.
' Essai IV, chap. iw.
OPINIOirs SUR LES UWIVERSAUX. a65
sonnons dans cette supposition jusqu'à ce que nous arrivions à des conséquences non-seulement impossibles^ mais absurdes; et quand nous y sommes arrivés, nous conduons de là que la supposition était impossible , et que la proposition contradictoire est vraie.
Il est donc évident, d'après la nature de la démonstration ad àbsurdumy je ne dis pas que nous avons des idées claires et distinctes des choses impossibles, mais que nous pouvons les concevoir clairement et distinctement.
Hume essaie ensuite d'expliquer comment une idée particulière annexé^ à un terme général, satisfait à tous les besoins du langage et remplit toutes les fonctions attribuées aux idées abstraites.
« Lorsque nous avons, dit-il, remarqué de la ressemc<.blance entre différents objets qui se présentent à nous, <c nous leur appliquons le même nom , quelques diffé- <c rences qu'il y ait dans leurs degrés de quantité et de (c qualité, et dans leurs autres propriétés. Lorsque ce nom (c nous est .devenu familier, il nous suffit de l'entendre (c pour avoir l'idée de l'un de ces objets et pour l'imaginer « avec tous ses détails. Mais au moment même où cette (C idée apparaît , l'esprit étend la vue sur les autres objets oc auxquels le nom convient également, et veille à ce que (C nous ne pensions rien de contraire à la nature d'aucun « d'eux. Si cela nous arrive , les idées individuelles de ces ce objets se présentent à l'instant dans notre esprit, et nous « découvrent notre erreur. Quand elles ne viennent pas ce ainsi iiéeldiner , c'est que les facultés de l'esprit sont ima parfaites , et beau(K>up de raisoimements vicieux procè-. <c dent de cette imperfeetion. »
Telle est , eu substance , là manière dont Hume explique ^ le paradoxe, (je cite ses expressions) que certaines
a66 ESSAI V. CHAWTBE VI,
« idées sont particulières en elles-mêmes , et générales dan» « leur représentation. » Je ferai quelques remarques sur cette explication.
I . Hume convient que nous observons de la ressem-^ blance entre plusieurs objets, et une ressemblance telle, qu'elle nous conduit à leur imposer le même nom. Il n'en faut pas davantage pour prouver que nous avons des conceptions générales. En effet la ressemblance suppose des attributs communs ; or , s'il y a des attributs communs à plusieurs objets , et si nous sommes capables de les observer, de les comparer, de les concevoir, de les nommer, nous sommes capables de formeg des conceptions générales.
J'avoue que nous avons quelquefois la perception indistincte de la ressemblance, sans savoir en qudi elle (oonsiste. Ainsi j'aperçois confusément que deux personnes se ressemblent, sans pouvoir dire sur4e«champ quels sont les traits de la ressemblance; mais Tanalyse de chaque visage , et la comparaison de l'un et de l'autre , m'apprennent bientôt ce qu'ils ont de commun. Et ce que je découvre ainsi par une observation attentive, un peintre, acccNitumé à cette sorte d'analyse , le démêle au premier eoup^'oeil.
il y a donc des notions confuses de re^emblancê , et ces notions, que les animaux peuvent probablement avoir OOTmne nous, résultent d'une coimparaison grossière et rapide. Mais il y a aussi des notions distinctes de ressemiïlance, que nous a^uérons par l'analyse. C'est l'analyse e» effet, qui résout chaque objec en ses attributs divers, et qui noQs enseigiie^e plusieurs <ibjets se ressemblent en quelques attributs , et dififièrent par qttelques autres. Alors , seulement , iimis imposons aux attributs qui leor sont comtnuns, un nom qui a le caractère de terme
OPIIfïOWS SUR LES UNIVERSAUX. 267
général, parce qu'il signifie une cho^e commune à plusieurs individus* Ainsi , quand je compare des cubes de différentes matières , je reconnais qu'il leur est commun d'être terminés par six carrés égaux ; et c'est cet attribut seulement qui. est signifié par l'application que je fais à tous du terme général cube. De même, si je compare du linge et de la neige, j'aperçois qu'ils sont de la même couleur, et je les appelle blancs ; mais cette dénomination ne signifie ni le linge ni la neige; elle signifie un attribut qui leui* est commun.
a. «Quand nous avûng Temarqué, dit Hume, de la « ressemblance entre plusieurs objets, nous leur appli- « qoons successivement le même nom. »
Hume confond deux sortes de noms qui ne sont pas de la même nature, et qui n'ont pas la même Vaîefur dans le langage. H y a des noms propres, et des noms communs ou appellatifs ; les premiers sont les noms des individus. La ressemblance de plusieurs individus , n'autorise point à leur appliquer le même nom propre, la destination ^'on nom propre étant précisément de distingueruB seul individu de tOQt autre. De là cette maxime de grammaire, que les noms propres n'ont point de pluriel. Le nom propre ne signifie que l'individu qu'il désigne; il n'affîrme, il ne nié rien de cet individu.
Le nom commun on appeUalif n'appartient à aucun individu; c'est un teirme générait, qui signifie des attributs qui sont ou qui peuvent être à plusieurs. Les noms communs expriment donc des attributs communs. Ainsi tfuand j'applique la dénomination de fi^ ou de frère à diverses personnes^ elle signifie et elle affirme tout ensemble que cet attribut convient à chacune d'elle.
Itsnitde là que, selon les réglés de la grammaire et du bon sens , appliquer le n>énie nom à plusieurs^ individus