‹ Œuvres complètes de Thomas Reid, chef de l'école écossaise, publiées (volume 2)Chapitre 59 sur 84 · IV. t · texte numérisé non relu

IV. t

annoncé , et qui terminera ces extraits. Nous prions le lecteur d'y recoiiric. .

M. Royer-CoUard traite deux questions principales sur chacun des deux principes dont il s agit. Il s'attache d'à* bord à constater les caractères qu'ils présentent actuellement dans notre esprit; puis il recherche leur origine, et démontre qu'ils résistent à la doctrine communément reçue qui dérive toutes nos connaissances de l'expérience et du raisonnement. Il commence par le principe de causalité.

I.ï°«Le principe de causalité s'énonce ainsi: l'out ce qui commence d! exister a une causer Ce principe est nécessaire et universel; il ne souffre aucune exception dans aucun moment de la durée, dans aucun point de l'espace ; le contraire nous patraît non - seulement impossible, mais absurde.

« Cependant, dit M. Royer-Collard, ce principe n'est point une proposition identique. U ne faut point le confondre avec cette autre proposition : point (V effet sans cause; celle-ci est identique , parce que cause eX effet sont deux termes relatifs. Quand vous imposez à un événement le nom A^effet^ vous supposez ce qui est en question , savoir , une cause; vous faites une pétition de principes. Point (Feffet sans cause est la même chose que point de mari sans femme; de ce qu'il n'y a point de mari sainsfemme, il ne suit pas qu'il n'y ait point ^homme qui ne soit mari; de même quand on dit ; point deffei ^sans cause, on ne dit pas que tout ce qui arrive soit un effet et soit produit par une cause, »

1)E LA CAUSALITi ET 0E l'iNDUCTION. ^75

a^ « Le principe que tout ce qui commence a une cause-, ait M. Royer^ollard, est ou «n préjugé dénué de foûdement, ou une acquisition ^ raisonnement , ou une généralisation de Texpérience, on un principe primitif évident par lui-itlême. » —^ Il examine successivement les trois premières suppositions.

et Si ce j)riacipe est un préjugé , dit-il , il n'y a plus de philosophie : Hume est le seul entre tous les philosophes qui ait osé le soutenir. Si c'est une acquisition du raisonnement, qu'on indique les prémisses d'où on l'a déduit et le procédé démonstratif par lequel on l'a obtenu ?»

Après avoir fait prompte justice des deux premières suppositions , M. Rojer-Collard passe à la troisième, et il remarque d'abord que si le principe de causalité était une généralisation de l'expérience, il serait exprimé sous une forme générale, et non point sous une forme absolue ; car l'expérience n'enseigne point ce qui est nécessairement. H rappelle à ce propos ce passage de Leibnitz oîi ce grand homme fait à l'occasion de la doctrine de Locke la même observation : « Si Lockius, dit Leibnitz , diçcri- « men inter veritates necessarias et eas quae nobis solâ ff inductione utcumque innotescunt , satis considerasa set, animadvertisset necessarias non posse comprobari « nisi ex priucipiis mente insitis, cîim sensus quidem <c doceant quid fiat, sed non quid necessario fiât <. »

Mais M. Royer-CoUard ne se contente point de cette raison générale ; il .«ntre dans les détails , et , comme il

» T. 5, p. 358. Epist. ad BierHnginm.

a'}6 FRAGMENTS.

n'y a que deux sortes d'expërience , l'extérieure et l'intërieure, les sens et la conscience , il examine si Tune ou> l'autre de ces deux expériences peut produire le principe de causalité. '

«Loin que Téxpérience extérieure donne ce résultat universel, que tout ce qui commence d'exister a une cause ^ dit-il , elle ne donne pas même l'idée de causatioa, ainsi que Hume l'a démontré. En effet, nous ne rencontrons hors de nous ^ue contiguité ou successioâ ^ jamais production. Et quand bien même l'expérience extérieure nous donnerait Cette idée, quand les sens nous montreraient comme cause et effet , ce qu'ils ne nous montrent que comme contiguité et isuccession , le nombre des événements sans cause serait encore bien supérieur à celui des événements qui auraient une cause. Ainsi le résultat de l'expérience serait celui-ci : dans un grand nombre de cas, ce qui arrive a* une cause; dans un plus' grand nombre , il n'en a point.

« Reste rexpérience intérieure, continue M. Royer- CoUard; elle nous donne la notion de cause, et seule elle nous la donne. Elle nous apprend en effet que nous sommes Une cause , et cette cause est la seule que nous connaissions. Mais pour que le principe de causalité dérivât de cette expérience , il faudrait que la conscience nous manifestât avec la dernière évidence que nous sommes, la cause de tous les événements qui sont arrivés, qui arrivent et qui pourront arriver dans toutes les parties de l'univers; ce qui est si loin detre vrai qu'elle ne nous manifeste même pas que nous soyons la cause de la plu-

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