‹ Œuvres complètes de Thomas Reid, chef de l'école écossaise, publiées (volume 3)Chapitre 4 sur 81 · DES PRINCIPES D ACTION EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

DES PRINCIPES D ACTION EN GÉNÉRAL

des autres, mais de lui-même, selon les différents temps et les différentes circonstances; suivant qu'il se trouve dans la société de ses supérieurs, de ses inférieurs ou de ses égaux ; sous les yeux des étrangers , ou dans le sein de sa famille, ou loin de tout regard humain ; enfin selon qu'il est dans la bonne ou la mauvaise fortune et de bonne ou de mauvaise humeur. Les hommes mêmes qui ont avec nous les relations les plus familières nous sont mal connus ; nous ne voyons qu'un petit norhbre de leurs actions , et cette observation ne peut nous conduire qu'à des présomptions, jamais à la certitude sur les principes qui: les font agir.

On peut sans doute parvenir à connaître d'une manière certaine tes principes d'après lesquels on agit soi-même, parce qu'on en a conscience; mais cette connaissance demande une étude attentive des opérations. de notre ame, ce qui se rencontre très-rarement^ II. est peut-être plus commun d'avoir une juste idée du caractère de l'homme en général ou des personnes avec lesquelles oa vit, que de bien connaître son propre caractère.

La, plupart des hommes par orgueil et par vanité sont sujets à, se croire meilleurs qu'ils ne le sont réellement ; et quelques-uns , par mélancolie ou par de faux principes, religieux, sont portés. 3 s'estimer moins qu'ils. ne valent.

Il nous faut'donc examiner notre coeur avec scrupule et impartialité pour parvenir à une notion claire des divers principes qui influent sur notre conduite. Nous pouvons juger de la difficulté de cette étude par les systèmes, opposés et contradictoires que les philosophes ont imaginés sur ce sujet, depuis les siècles les plus reculés jusqu'à x nos jours.

Durant la période de la philosophie grecque, les Platoniciens, les Péripatétlçiens , les Stoïciens, les Epicuriens

avaient chacun leur système ; dans le moyen âge, lesScho* lastiques et les Mystiques mirent au jour des opinions diamétralement opposées;.et depuis la renaissance des lettres, aucune controverse n'a été plus vivement agitée , surtout parmi les philosophes anglais, que la dispute sur les. mobiles de la volonté humaine.

On a déterminé à la satisfaction des savants, quelles sont les forces qui dirigent les planètes et les comètes, dans les régions illimitées de l'espace; mais on n'a jamais pu satisfaire personne sur les forces que chacun sent en soimême et qui dirigent notre conduite.

Les uns ne reconnaissent pour principe que l'amour de soi; les autres ramènent tout à l'amour des plaisirs sen» suels diversementmodifié par l'association des idées;eenx-ci admettent une bienveillance désintéressée de compagnie avec l'amour de soi ; ceux-là réduisent tout à la raison et à la passion; d'autre* à la passion toute seule; et il n'y a pas moirçs de dissidences sur le nombre et la distribution des passions.

Les noms qu'on donne aux divers principes d'action ont si peu 'dé précision , même dans les écrivains îes'plus corrects et les plus purs de chaque langue , que ce n'est pas une petite difficulté de les désigner et de les classer convenablement.

On ne peut pas dire que les mots appétit , passion, affection, intérêt, raison, aient une signification déterminée. On les prend tantôt dans un sens plus large, tantôt dans un sens plus étroit ; le nïême principe est appelé tantôt de l'un de ces noms, tantôt de l'autre; et souvent on donne le même nom à des principes d'une nature très-différente.

Pour remédier à cette confusion de mots* il semblerait peut-être convenable d'en inventer de nouveaux ; mais il

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