‹ Œuvres complètes de Thomas Reid, chef de l'école écossaise, publiées (volume 3)Chapitre 3 sur 81 · DES PRINCIPES DICTION EN GÉNÉRAL. S · texte numérisé non relu

DES PRINCIPES DICTION EN GÉNÉRAL. S

Ce n'est point sans une grande défiance que j'entame un pareil «ujet ; presque tous les auteurs de quelque nom qui l'ont traité ont abouti à des conclusions différentes, et nul n'a été assez heureux pour satisfaire ceux qui l'ont suivi.

U est une branche des connaissances humaines trèsjustement estimée , qu'on appelle la connaissance' du monde et des hommes : elle consiste à savoir d'après quels principes les hommes se conduisent en général , et elle est le fruit ordinaire de l'expérience et d'une sagacité d'observation que donne la nature.

Un homme de quelque discernement , qui a eu l'occarsion de traiter d'importantes affaires avec une foule de personnes d'âge, de sexe, de rang et<le profession différente, apprend à juger de ce qu'il faut attendre des hommes en une circonstance donnée et des meilleurs moyens de les amener à faire ce qu'il désire. Cette connaissance joue un si grand rôle dans la vie pratique qu'on la nomme connaissance des hommes , connaissance de la nature humaine.

Elle serait d'un grand usage à celui qui méditerait sur le sujet que nous nous sommes proposé , ipais elle ne suffirait pa^ à elle seule pour le foire pleinement connaître.

L'homme du monde conjecture avec un haut degré de probabilité la conduite que tiendra tel individu dans telles circonstances données, et c'est là tout ce qu'il a besoin de savoir ; entrer dans le détail des divers principes qui influent sur les actions humaines, leur assigner leurs différents domaines , leur donner des noms distincts , les définir, n'est pas son affaire mais celle du philosophe. Et en effet c'est un sujet hérissé de grandes difficultés par plusieurs causes.

La première est le grand nombre de principes qyi déterminent les actions humaines.

L'homme a été appelé, non sans raison , un abrégé de l'univers. Son corps qui exerce une grande influence sur son ame, étant une partie du monde matériel, est soumis à toutes les lois de la matière inanimée; pendant une certaine période de son existence , l'état de l'homme ressemble beaucoup à eelui d'un végétal : il s'élève par degrés insensibles à la vie animale , et enfin à la vie rationnelle, et il réunit alors les principes qui appartiennent à tout ce qui existe.

Une autre cause de la difficulté qu'on éprouve à démêler les différents principes d'action de l'humanité, c'est que la même action , et souvent la même conduite ou la même suite d'actions, peut procéder de principes très-différents.

Les hommes qui sont entêtés d'une hypothèse n'en cherchent ordinairement pas d'autre preuve, si ce n'est qu'elle sert à expliquer les phénomènes pour lesquels on l'a in ventée./ C'est un genre de preuve fort dangereux dans toutes fes sciences,' et auquel il ne faut jamais se fier; bien moins encore quand les faits à expliquer sont des actions humaines.

La plupart des actions humaines procèdent de principes divers qui concourent à les diriger; et selon que nous sommes disposés à juger bien ou mal de l'individu ou de l'espèce, nous imputons le fait aux meilleurs principes ou aux pires > laissant de côté d'autres motifs qui n'ont pas eu moins de part à l'action.

U n'y a que deux méthodes pour découvrir les principes qui font agir les hommes 7 c'est l'observation de la conduite d'autrui et l'observation de nos propres actes et de notre conscience. La première offre beaucoup d'incertitude , la seconde beaucoup de difficulté.

Les caractères des hommes sont extrêmement variés, et nous ne pouvons observer la conduite que d'une bien pe- , tite partie de l'espèce. Un homme diffère non-seulement

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