DIS IMPRESSIONS SUR LES ORGANES, LES NERFS ET LE CERVEAU
Une seconde loi de notre nature, touchant la perception , c'est que , pour percevoir un objet , il feut qu^uœ impression ait été faite sur l'organe , ou par l'application immédiate de l'objet, ou par quelque milieu, placé entre
l'organe et l'objet.
Dans deux de nos sens, le toiwcher et le goût, l'application immédia^te de l'objet à l'orga^ie est nécessaire ; dans les trois autres , l'objet est perçu àaistance, mais au moyen d'un Biilieu, qui fait impression sur l'organe.
Le.s émanations des corps odorants, aspirées par nos narines, sont le milieu de l'odorat; les vibrations de l'air 5ont le milieu de l'ouie; et les rayons lumineux, renvoyés des objets à l'œil , celui delà vue. Tout objet qui ne lance ou ne r^écbit point vers l'cî^l quelques rayons lumineux, est invisible pour nous. Nous n'entendons aucun son à mioins que les vibra^tions de quelque milieu élastique , excitées par celles du corps sonore , ne viennent frapper notre oreille. Nous ne sentons aucune odeur , à mains que les émanations du corps odorant ne s'introduisent dans nos narines. Nous ne percevons aucune saveur, que par l'application du corps savoureux à la langue, ou à quelque partie de Torgane du goût. Et enfin, nous ne percevons les qualités tangibles de la matière , qu'en la touchant avec la main , ou par quelqu'autre partie de notre corps.
Cette seconde loi de la perception que l'expérience
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nous fait coanaître, est uoiverselle , invariable , oommune auK hommes et aux animaux. Par elle les limites de notre faculté de percevoir les objets extérieurs se trouvent encore resserrées , et la ^eule raison que nous puissions en donner c'est que Dieu Ta voulu , Dieu qui sait mieux que nous quelles sontjes facultés qui nous coavie»fie«t , trt quelle étendue dles doivent avoir. Chacun de nous dans le sein de sa mère a passé par im état où ses facultés perceptives étaient plus limitées qu'elles ne le sont à présent , et rien n'empêche quelles ne s'étendent davantage dans un état ftitur.
C'est une autre loi de notre nature qu'il faille pour que la perception ait lieu , que les impressions faites sur les organes des sens soient comiminiquëes aux nerfs , et par les nerfs au oerveau : quiconque sait un peu d'anatomie ne l'ignore pas.
Les nerfs sont des fils déliés ^ qui , du cerveau ou de la moëUe épinière qui en est une production , se distribuent dans toutes les parties du corps , se divisant en rameaux plus petits, à mesure qu'ils s'éloignent , jusqu'à ce qu'enfin ils échappent à la vue. Il est reconnu par expérience que tous les mouvements volontaires et involontaires du corps s'exécutent par leur moyen. Quand les nerfs qui servent un membre sont coupés, ou comprimés par une forte ligature, nous n'avons pas plus d'empire sur ce membre, que s'il ne faisait pas partie de notre corps.
domme il y a des nerfs qui sont les agents des mouvements musculaires , il y en a d'autres qui servent les organes de nos sens^ et de même que sans les premiers nous né saurions mouvoir un membre, de même, sans les seconds, nous ne saurions avoir de perception.
La sagesse divine a rendu ce mécanisme indispensable à la perception. Différentes parties du corps y concourent ,
ç^G ESSAI II. CHAPITRE II.
et thacune y remplit sa fonction. D'abord l'objet , ou immédiatement, ou par quelqu'agent intermédiaire, fait une impression sur l'organe; ensuite l'organe devient un milieu qui transmet au nerf l'impression qu'il a reçue; enfin le nerf devient milieu à son tour, et transmet l'impression au cerveau. Ici le rôle de la matière finit , du moins nous ne pouvons le suivre plus loin: le reste de l'opération est purement intellectuel.
La réalité de ces impressions, sur les nerfs et le cerveau dans la perception, est hors de doute. Plusieurs observations et plusieurs expériences ont démontré que l'organe d'un sens étant parfaitement sain , et recevant une impression même très -vive, aucune perception n'en résulte , si le nerf de cet organe est coupé ou lié fortement; et il est également bien reconnu que les lésions du cerveau nous privent de la faculté de percevoir, quand l'organe et le nerf sont en parfaite santé.
Nous avons donc des preuves suffisantes pour admettre que, dans la perception , l'objet produit un changement dans l'organe, que l'organe en produit un autre sur le nerf, et que le nerf à son tour en produit un troisième dans le cerveau. Nous donnons le nom d'impression à ces changements, parce que nous n'avons pas de mot plus convenable pour exprimer d'une manière générale un changement produit dans un corps , par une cause extérieure , sans en spécifier la nature. Que ce changement soit une pression, ou une attraction, ou une répulsion, ou une vibration, ou quelque chose d'inconnu et d'innommé, on peut toujours l'appeler impression; quant à sa nature, les philosophes n'ont jamais été capables d'en rien découvrir.
JMais quelle qu'elle soit, toujours est- il que nous ne percevons rien sans ces impressions faites sur les organes^
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les nerfs et le cerveau: nous nt pouvons dire pourquoi, mais Texpërience nous Taitteste. Dans la constitution de l'homme, toute perception, par les lois invariables de la nature, est liée à une impression, quoique nous ne puissions découvrir entre ces deux faits aucune connexion né-
cessaire. L'Etre suprême a jugé à propos de limiter ainsi notre faculté de percevoir ; il a voulu qu'il n'y eût de perception qu'à cette condition ; c'est là tout ce que nous savons.
Cependant , comme les impressions produites sur les organes, les nerfs et le cerveau correspondent exactement à la nature et aux propriétés des objets qui les excitent, nous avons droit de supposer que nos sensations et nos perceptions correspondent pareillement à ces impressions , et varient comme elles en degrés et en es^ pèces. Sans cette exacte correspondance, l'instruction que nous recevons par nos. sens ne serait pas seulement imparfaite, elle serait encore trompeuse; et nous n'avons aucune raison de croire qu'elle le soit.