‹ Œuvres complètes de Thomas Reid, chef de l'école écossaise, publiées (volume 4)Chapitre 66 sur 77 · LOCKE, BERKELEY, LEIBNITZ · texte numérisé non relu

LOCKE, BERKELEY, LEIBNITZ

vait sa source dans le principe de Descartes, si elle n'a* vait passé de là tlans la iangue philosophique qu'elle a corrompue, et si elle n'avait engendré ùn^ foule d'erreurs et de disputes.

On voit que pour prouver que quand le monde n'existerait pas. Dieu ne serait pas trompeur, Mallebranche s'appuie sur deux raisons ; la première, que l'existence du monde n'est pas une vérité nécessaire; la seconde, que les sens nous trompent dans une infinité de rencontres. Les observations précédentes suffisent pour démontrer le peu de solidité de ces deux arguments, et par conséquent le peu de consistance du principe qu'ils supportent, et qui fonde lui-même toute l'opposition de Mallebranche au système de Descartes.

La base , sur laquelle il replace l'existence des corps après avoir renversé celle de Descartes, est bien plus faible , si elle n'est pas plus inexacte. L'argument , tiré de la révélation ,. est un cercle vicieux évident; car il suppose que la révélation est prouvée indépendamment des corps , tandis que les preuves de la révélation sont dans des livres qui sont des corps. C'est en vain que Mallebranche essaie de prévenir cette objection en disant que quand bien même ces livres seraient des fantômes. Dieu seul aurait pu les produire ; Arnauld lui a répondu d'une manière qui ne souffre pas de réplique. Si je dois croire ce que je lis dans la Bible, parce que Dieu seul peut me le représenter , j'ai même raison de croire ce que je lis dans l'Alcoran : tant que je suis seul avec Dieu dans le monde, et que Dieu seul me parle , je n'ai aucun moyen de dis-^

388 FRAGMETÏTS.

cerner la vérité entre des assertions contradictoires dont il est également l'auteur; c'est au point que les arguments des athées contre son existence acquièrent dans cette hypothèse la même autorité que ceux des défenseurs de la religion qui la démontrent.

Du reste, Mallebranche n'avait aucune pente au scepticisme; il incline bien plutôt vers le dogmatisme. Il convient que nous avons un penchant extrême à croire qu'il y a des corps qui nous environnent ; il convient que nous les voyons hors de nous; il ne dispute que sur la nature et le degré de force des preuves , et il abaisse celle de Descartes de la certitude à la probabilité. Son erreur comme celle de son maître consiste à chercher la preuve de l'existence du monde où elle n'est pas , et à faire une trop grande part au raisonnement dans la connaissance humaine. On se trompe quand on le regarde comme le premier auteur du système de Berkeley; c'est à Locke qu'appartient en tout cet honneur.

Locke, partant du même point que Descartes, est loin de regarder l'existence des corps comme évidente par elle-même. « Outre l'existence de Dieu et de la notre , dit- « il , l'esprit a encore une autre perception qui regarde <( l'existence particulière des êtres finis hors de nous. Que (( l'idée que nous recevons d'un objet extérieur soit dans a notre esprit, rien ne peut être plus certain , et c'est une a connaissance intuitive ; nous avons le sentiment inté- (€ rieur de l'introduction actuelle des idées qui nous ce viennent de la part des objets. Mais de savoir s'il y a fi quelque chose de plus que cette idée qui est dans notre

MALLEBR Alf CHE , LOCKE, BERKELEY, LEI'BNITZ. SSq

<f esprit , et si de-là nous pouvons inférer certainement « l'existence d'aucune chose hors de nous qui corres- « ponde à cette idée , c'est ce que certaines gens croient « qu*ôn peut révoquer en doute. »

Locke décide en deux endroits , que nous ne pouvons pas iiiferer certainement l'existence d'une chose, de l'idée de cette chose dans notre esprit. « Avoir l'idée d'une chose a dans notre esprit , dît-il , ne prouve pas plus l'existence « de cette chose , que le portrait d'un homme ne démontre « son existence dans le monde, ou que les visions d'un « songe n'établissent une véritable histoire. — Tant s'en « faut que nous ayons de l'existence des autres êtres une (c connaissance qui nous soit évidente par elle-même que « nous n'en avons pas même une évidence démonstrative. »

Sur quoi donc sç fonde nôtre certitude de Fexîstence des corps? — « Il est ^vident, dit Locke, que Tesprit ne « connaît pas les choses immédiatement, mais seulement « par l'intermédiaire des idées qu'il en a ; et par consécc quent notre connaissance n'est réelle qu'autant qu'il y a •( de la conformité entre nos idées et la réalité des choses. »

C'est donc de la conformité des idées aux choses qu'elles rieprésentent que dépend la réalité de notre connaissance des choses extérieures. Mais quelle preuve avons - nous, dfe cette conformité? Locke se pose cette question, et voici eomment il te résout^

« Mais quel sera ici notre cntenum, dit-il , et comment « l'esprit, qui n'aperçoit rien que ses propres i^es, conte naîtra-t-il qu'elles conviennent avec les choses mêmes ? i< Quoique cela ne soit point exempt de difficultés, je

390 FRAj&M-ENTâ.

« crois pourtant que nous pouvons être assurés que nos m idées simples sont conformes aux choses. Puisque l'esa prit ne saurait se les former à lui-même , il faut néc^s- <c sa i rement qu'elles soient produites par des. choses qui « agissent naturellement sur lui. Il s!ensuit de là. que nos <c idées simples sont des productions naturelles et régu- « Hères des choses existantes hors d^ nous qui opècent « réellemeiU sur nous , et qu'ainsi elleSs ont toutes lacon- « formité à, quoi elles sont destinées et que notre état a exige; car elles nous représentent les chpses sous. les « apparences quelles sont capables de produire en nous; « et cette conforipité suffit ppui; noujSf donner une coar « naissance réelle. i>

Assurément la preuve^ si c'en est une ^ est extrêmement faible; mais Locke ne pouvait concevoir le moindre doute sur la conformité des idées aux choses sans tom-* her dans* le scepticisme. Aussi soutient-il. ailleurs avec assurance que les idées, des qualités premières des corps ressemblent à ces qualités , et que les exemplaires de ces idées existent réellement dans les corps. Et cependant le doute reparaît dans d'autres passages :\\ convient que la connaissance des corps, déduite de la conformité que les idées ont avec eux, n'a point la même certitude que k connaissance intuitive ou la démonstrative ; mais il pense cepeu-* dant qu'elle va au-delà de la simple probabilité, ce, Que si, « après tout cela , dit>il , il se trouve quelqu'un qui veuille ce mettre en question l'e^dstence de toutes choses , il doit « considérer que nous avons une assurance tellq , qu'elle « suffît pour nous conduire dans la re'cbeiiçhe du bien et.

MALLEBRAirCHE , I,OC&£, BERKELEY, LEIBICITZ. Sgt

«dans la fuite du mal que les choses extérieures nous « causeut; à quoi se réduit tout l'intérêt que nous avons « à les connaître.i^r— Les Sceptiques ne vont pas plus loin ; ils nous permettent d'obéir aux impressions du plaisir et de la douleur , pourvu que nous leur accordions que la connaissance des êtres auxquels nous les rapportons comme à leurs causes, n'est ni évideate par elle^mèihe, ni sus* ceptible de démonstration.

Telle est l'opinioQ, de Locke sur ht perception Ses choses extérieures.. On^ voit qu'il cherche à franchir par la conformité 4^3 idée^ aux chosies l'abîme que Desci^ries avait essayé de surmonte^ pax* la vjéracité divine, et M air lebranche p£fr la réyélAtioo. Mais cette. confonnité: impossible, et qu'on n/e pourrait dékndUtrei;, sielie était possible, que par ui^ cercle yicieux , ne saurait remplacée lé témoin gnage des sçn^, la seule autorité qui nous atteste l'exis* tence du Wûi>d,e extéirieur. Le^ bon sens; de Locke le lui dit , et V 4aiis, plusieurs parties: de son ouvrage^ il égale l'autorité des sens à cçUe de nos autres facultés , et dé-* clare quç 1| connaissance des corps est évidente par elle^^i^me^. Mais s'il est assez raisonnable pour être in-« conséquenjt , il est trop philosophe pour sacrifier aon,sys« tème ; cette opinion est isolée dans sa philosophie ;^ eMe n'en,^Q.utient aucune partie; tandis que l'autre est Je prin-^ cipe et ],e lien cpmmuQ de$ théories. Iqs plus importantes* En voici un exemple.

' Dans le système de Locjce qui*, admet d& la manière la plus générale a que l'esprit n'a point d'autres . objet» « de ses pensées que ses propres idées qui sont la seule

3gi FRAGMENTS.

^ chose qti^il edntëHîj^lfe où pUfifeé cottteînpîer, » il ne «uffit pas que lefe idées des corps ressétabletit àui corps, il faut de plœ que les idées. des esprits i?essenibtent aux esprits , sans quoi r^xisleDce des esprits sera mise en questîoïi. À cet é^Ard\. Locke àyoue que sa théorie est en défaut : «Nous ne pouvons non plus connaître^ dit-il, ic qu'il y ait dies esprits finis réièlf«rient existants par les et idées que nous avons nousrmêmes de ces sortes d'êtres , « qu'un homme rie peut Venir à connaître par les idées « qu'il a dès Fées et des- centaures, qu'il y a des choses « actnellément exista^t'Cs qui répondent à ces idées. » Que feit Locke pour résoudre c^të difficulté ? A Texeniple de Matlebraôcfae , il a recours à la révélâtioil. Ainsi la rêvélation e§t , selon lui , la seule preuve certaine de Fèxîsténoè-d^eî nio& semblables cousidétés comtne créatures intelligentes, de nfiâfiîe:que,. sélort Mallebranche , elle est la seule preuve certaine de l'existence dé là matière. Cfe côté singulier de k philosophie de Locke li'à point été rèmairqué àiitant qa*il devait l'^t^e.

Quand oa ne connaît de Locke que sIei réputation méritée à beaucoup d'égards ,€iu quand- on ti'a fai^ qu'une étude rapide et superficielle dé sa philosophie , oh doit ràfuscF diç croire qu'un esprilr si exact ait pu' asseoir les foâdeiiieBts de la* connaissance sut; la t^èséemblànof- des idéfô âttx corps: C'est celte absurdité qatî fournit à Berkeley ses armes les plus sûres ; il ne lui faut pas de grands efSirts pour montrer qu'unj^ idée ne peut ressembler qu'à' une idée, et pour ^ên tirer cette èonsequêâce rigourehse, le principe des idées adthis, que, ce tous lés

MALL£BRA.NCHEj LOCKE, BERitELEY, LEIBITITZ. 3y5

* corps dont rassémblàge bompose ce magnifique univers^ « n'existent point hors de nos esprits. » Berkeley arrivant enfin à la véritable conséquence du principe de Cescartes^ ne se contente point dé rejeter 1 existence des corps comme dénuée de preuves, il la nie comme impossible ; il nie jusqu'à l'illusion commune, il prétend que la matière est un raffinement philosophique y ignoré du vulgaire, «et que celuici n'imagine pas que ses perceptions aient un autre objet que ses idées. A Tégard dés esprits, Berkeley adopte l'opinion dé Matlebranche; il pense qu'ils ne peuvent pas être représentés par des êtres passifs et inertes tels que les idées, et que nous les connaissons par une perception immédiate et directe. Comme selon Berkeley lés idées excluent les corps, et que selon Mallebranche les idées. ne démontrent point absolument la réalité des corps , ces. hommes piétix, qui mettaient tes intérêts de la religion bien avant ceux de la philosophie ^ craignirent sans, doute que l'introduction des idées dans le monde des esprits ne èôttipromît son existence comme elle avait compromis l'exisfenice du monde matériel ; et cette crainte si légtfimë a été justifiée pat Hume qui , bien libre de cette partialité en faveur des esprits, a démontré sans répliqué qu'ils ne soutiennent pas mieux que lés corps l'épreuve fetaie de la conformité de l'idée aVec l'objet. C'est Hume qui est le père du scepticisme moderne , et ïe créateur dû néant universel ; Mallebranche et Berkeley , bien qu'idéalistes, peuvent être comptés parmi les dogmatîstes les plus impérieux.

Cet exposé rapide des systètnes de Mallebi'ànéhe , de

394 FRAGMEKTS.

Locke et de Berkeley montre assez qu'ils découlent tous du principe de Desçartes qui concentre toute évidence primitive dans le fait de conscience, et de Thypothèse scholastique des idées qui en est l'auxiliaire ipdispensable. Mais à mesure qu'ils s'éloignent de la source commune, on voit les quatre systèmes acqi^nr ^e nouveàux^ prin* cipes et manifester des tendances dîff^éi'Çiites , comine ces individus d'une même famille en qui la oature développe peu à peu des contrastes qu'elle avait cachés ei^ quelque sorte dans les traits indécis et les pçncbaQts uoilbnnes du premier âge.

Tous admettent Thypothèsa des idées. Nous ne voyons pas les corps ; et , selon Mallebranche ,, Dieu lui-m^e ne les voit pas et ne ssiura.it les. voir. Il ne les connaît que par les i^ées qu'il en a, et par la volonté qu'il ai, eue de les appeler à l'existence : de sorte que l'univers a été créé sans êtfe a,perçu, et qu'il pourirait si'^né^ntir s$ms disparaître*

Descs^rtes. ,1 M^^H^brai^he et Lpd&e m^aintiennent le monde extérieur; ils prétendent seijilement prouver sa réalité ep. la déduisapt de la réalité des idées ; mais Berkeley le supprime; selon lui, 1^ idées mêmes sont Içs corps ; il n'y en, a pias d'autres.

Jjà preuve de la ressemblance des idées aux corps eu v ipemes, se présente à Il)esçartes et à Mallebranche, comçie a LQ<*ke; elle ss^tis&it Locke; nfais elle est rejetée par Pescartes et Mallebranche qui en cherchent une meilleure.

Dçsca^tes croit la rencontrer dans l'idée de Dieu; Mal-

M ALL£BR ANCHE , LOCKE, BERKELEY, LEIBNITZ. SqS

lebranobe conteste la preuve de Descartes ^ U: a'en trouve de solide que dans la révéUtion.

Ainsi la révélation écartée , Mallebranche pressant la doctrine de Descartes aboutit au pur idéalisme; Berkeley atteint le même résultat en, pressant les conséquences de la doctrine de Locke.

On voit que c'est }e dessein d^édifîer toute la philosophie sur un seul fait , c'est-à-dire toute la connaissance sur une faculté unique , qui a le plus contribué à égarer pescarte$ et Mallebranche sur ses. pas; au lieu que les^ principales racines du système de Locke et de Berkeley se trouvent dans l'hypothèse des idées. Sous ce rapport , la doctriae de Mallebranche est unç modification de celle de Descartes ; la doctrine ^o Eierkeley une modification, de celle de Locke.

L'hypothèse des. idées admise , le seul système conséquent est celui de Berkeley ; le plus mauvais, de tous points, celui de Locke :.sa raison, comparée à celle de Descartes, de Mallebranche et de Berkeley, paraît faible; mais il a sur eux l'avantage d'avoir ouvert la route de l'observa-^ tion , et d'avoir été lui-même uu observateur plein de sagacité, de finesse et de candeur, .

Nous ne rappeUerons.pas quelques autres, système^ dout nousavons rendu compte; mais, quand il s'agit des théories imaginées pour expliquer la perception externe, comment passer sous silence le grand nom de Leibnitz et l'harmo-r nie préétablie, la plus ingénieuse, je ne dirai pas de&. découvertes ,. uiais des inventions métaphysiques ? Leibnjtz ne sépare point la loi particulière de la percçptiqu^

SgÔ FRAGMENTS.

des lois générales de l'union de l'ame et du corps; par là il généralise le problème qu'il pose à -peu -près en ces termes : Je veux mouvoir mon bras et je le meus ; comment une substance, elle-même intangible, peut-elle mouvoir ce qu'elle ne saurait toucher ? Un mouvement quelconque dans une partie de mon corps opère à l'instant dans mon ame le sentiment et la connaissance; comment une substance qui ne sent ni ne connaît , produitelle des effets qUe sa nature ne contient pas ? Supposera-t-on une influence du corps sur l'ame et dé l'ame sur le corps ? C'est dire avec les Péripatéticiens que le corps envoie des pensées à l'ame ; c'est dire aussi que Tame peut changer à son gré la vitesse et la direction de tous les mouvements qui s'exécutent «dans le corps, accélérer ou retarder la circulation du sang , en un mot , troubler tout l'ordre des phénomènes de la nature animale ; ce qui est déitienti par Texpérience , et même impossible à l'égard du plus grand nombre de ces phénomènes que l'ame i^nbre. Aura-t-on recours à Dieu pour interpréter les volontés dé l'ame au corps, et pour communiquer les mouvenients du corps à Tame? Dans ce système, qui est cçlui des causes occasionelles , l'intervention continuelle de la cause générale , fait de chaque cas particulier un nf^iraclé ; et Dieu , employé comthe machine , Deus ex machiftâ y nt résout pas mieux Un problème qu'il ne dénoue un draiiie. Il li'y a qu'une manière de résoudre celui de la communication de l'ame avec le corps, et la voici. C'est une loi de la monadologie que le seal fait de la création d'une substance renferme une multitude d'autres

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^I^ALLEBR ANCHE, LOCHE, BERKELEY, LEIBNITZ. Sq^

faits dérivés, qui sont les modifications successives qu'elle doit subir en "Vertu de la force et de l'activité dont elle est douée. Ces modifications lui naissent de son propre fonds et les unes des autres ; de sorte que chaque i^nonade possède eu elle-même continuationem seriei operalionum suarum , et la raison de tout ce qui lui est arrivé ou arrivera. C'est ce qui fait dire à Leibnitz (\}ie le présent est gros de T avenir; que le futur se pourrait lire dans le passée et que V éloigné est exprimé dans le prochain. Mais comme il y a deux natures de monades , il y a deux ordres de faits ; les uns sont la suite des pensées dans les monades intelligente3 ou âmes ; les autres la suite des mouvements dans les aggrégats des éléments de la matière. Les lois morales ou rationnelles président aux faits de la première classe; les lois mécaniques aux faits de la seconde. Les pensées de l'ame se succèdent selon les lois qui lui sont propres, comme si elle exis^it seule avec Dieu; les mouvements des corps se succèdent selon les lois invariables de la mécanique, comme s'il n'y avait que des corps dans l'univers: Quelle difficulté y a-t-il maintenant d'admettre la ,coordinatio^ éteruelk du monde moral et du monde physique, et la correspondance invariable des pensées et des mouvements ? Cette supposition résout toutes les difficultés en substituant l'harmonie à l'influence ; seule, elle explique comment le mouvement suit U pensée sans en dépendre, et comment il la précède ss^ns la produire; seule enfin, elle a le mérite de rainener l'unité dans la création, et de né donner à l'ynivers qu'un maître dont la prévision toute<*puissante a ^^ Étire concourir en^

i^emble des substances et des événements d^une nature sî opposée.

Telle est en substance , Thypothcse de Tharmonie préétablie qui fut, dit Fontenelle, quelque chose d'imprévu et d'inespéré sur une matière où la philosophie semblait ' avoir fait ses derniers efforts. Elle se rattache, comme on le voit, au système des monades, qui découle lui-même du principe de la raison suffisante. La philosophie de Leibnitz est un grand tout qui embrasse Dieu , l'homme , les animaux, l'univers, et dont les parties étroitement liées entre elles ne se détachent point , et ne se resserrent pas non plus dans les dimensions étroites d'un résumé. Ce qui la distingue entre toutes les autres^ c'est l'originalité, la hauteur et l'étendue. Leibnitz a étonné les plus grands hommes du plus grand siècle qui ait lui sur la terre; ses erreurs sont comptées parmi les titres de l'esprit humain; et le degré d'admiration qu'excitera ce vaste génie sera toujours la mesure de l'intelligence de ses lecteurs.

Bonnet veut que les jeunes philosophes s'occupent beaucoup de cette métaphysique transcendante, ne fût-ce, ditil, que pour fortifier leur entendement ; il aurait pu ajouter, et pour apprendre par un si grand exemple, que la métaphysique transcendante n'est , le plus souvent , qu'une sublime méprise sur l'objet et les limites de la connaissance humaine. Quand l'harmonie préétablie ne rencontrerait pas des difficultés insolubles , elle ne serait encore qu'une hypothèse; et à ce titre elle n'aurait pas plus d'ai> torité que les fictions poétiques de l'Iliade et de TÉnéide. La vraie philosophie, qui n'a guère que des lois prohibi-

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