‹ Œuvres complètes de Thomas Reid, chef de l'école écossaise, publiées (volume 4)Chapitre 65 sur 77 · III · texte numérisé non relu

III

que nous jugeons qu'il y a dans le feu une qualité propre à exciter la sensation de chaleur, dans la neige ^ un6 qualité propre à exciter la sensation de blancheur; mais ce jugement n'est point une déception , Mailebranche en convient ; loin que la raisoq le combatte , c'est elle qui nous le dicte impérieusement. Ne voyons-nous pas que le feu est chaud et que là neige est blanche ? Non , si l'on entend par là que le feu éprouve la sens^ation de chaleur^ et la neige cellede blancheur; et c'est là ce qu'entend nécessairement Mailebranche, puisque la déception n'est possible que dans ce cas. Mais peut-on s'étonner assez qu'un philosophe tel que Mailebranche raisonne d'après une supposition si absurde? Peut-on s'étonner assez qu'un philosophe tel que Cpndillac , emploie tant de travail et d'art à expliquer comment nous répandons nos sensations sur les objets^ et comment les modi/îcations de notre ame de-^ (tiennent les qualités de ce qui caviste hors d'elle? Quoi! nous répandons le plaisir et la douleur sur les objets! Quoi ! le plaisir et la douleur deviennent les qualités de ce qui existe hors de nous! Parlez-vous en figure, et ne voulez-vous dire autre chose , si ce n'est que nous rapportons aux objets comme causes , nos sensations comme effets? Dites-le donc, et dites-le dans la langue d'un phi- ' losophe. Énoncez- vous comme un fait psychologique, qu'en transportant nos sensations, c'est-à-dire nos manières d'être dans les objets, nous nous persuadons que les objets en sont iaffectés comme nous le sommes nous-mêmes ? Le sens commun se révolte contre cette assertion. Une équivoque aussi grossière ne mériterait pas d'être relevée , si elle n'a-

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