I. Distinction de la sensation et de la perception
' (fRAGMEITT de Ul. 3* ULfpV DE LA 2^ AHVBE.)
Que chaque opération des sens soit complexe, et qu'elle renferme à la fois une sensation , une perception et un jugement, c'est ce dont vous pouvez vous assurer en réfléchissant sur ce qui se passe en vous à chaquç instant. La philosophie de l'esprit humain est une science de faits; les leçons, les livres peuvent diriger votre attention, vous aider à classer et à retenir ceux que vous observez ; mais ils ne tiennent pas lieu de l'observation. Il faut que les faits reposent sur l'observation , non sur l'autorité; si les faits étaient loin de vous , vous seriez obligés de recourir à l'autorité; mais quand ils sont en vous-mêmes, l^'autorîté est un mot vide de sens.
SENSA.Ï10N ET PEnCIi:PTIO^. 4^1
Ne considérons pas en ce moment les qualités des corps dans ce qu'elles ont de différent , mais uniquement dans ce qu'elles ont de commun , qui est d'être , les unes et les autres , les objets de nos perceptions.
Vous vous approchez du feu : que se passe-t-il en vous? Vous éprouvez uue sensation qui est agréable , si vous avez froid , mais qui peut devenir désagréable si elle est trop vive ; puis vous jugez qu'il y a dans le feu une pro^ priété qui la cause. Voilà deux choses ; laquelle fixe le plus votre attention ? la sensation , parce qu'elle est ordi^ nairement accompagnée de plaisir et de douleur, et parce que la qualité qu'elle vous suggère est une qualité obscure. Vous vous appuyez contre un corps dur ; d'abord vous êtes affecté d'une certaine manière en vous-même, ensuite vous percevez la dureté et l'étendue au-dehors« Voilà deux choses encore ; laquelle domine ? la perception, parce que la perception est claire et dictincte tandis qu'elle était obscure dans le premier cas , et parce que la sensa<- A A^ t^/Ctii tion est rarement accompagnée de plaisir et de douleur. Dans le premier cas , c'est la sensation qui enveloppe la perception et donne son nom à la qualité perçue; dans le second cas, c'est la perception qui enveloppe la sensation et donne son nom à ce que vous sentez.
Mais la sensation n'est pas moins réelle dans ce dernier cas que dans le premier ; il ne tieut qu'à vous de la re** cueillir, en observant attentivement ce qui se passe en ""
vous. Si vous n'êtes pas capable de ce degré d'attention , pressez le corps dur , et la sensation se manifestera aussitôt par la douleur rvous ne douterez pas que la douleur
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4o^ FRAGMfBTTS.
(|ui est en vous ^ ne soit distincte de la dureté et de Tétendue qui sont dans ite corps extérieur.
ComfAént la sensation dé U dureté qui est en tous , vous suggère- 1- elle la conn^ilssance de la solidité et de Ttétendue qui sont hors de vous ^ qui existaient avaùt la Mttsation , et qui continuer6i^t d'exister après qu'elle sera éva'nèuie? nous l'ignorons. Il n'y a pas de pont jeté sur Tâl^ilie qui nous répare du monde extérieur ; ce n'est pas nôtre raison qui le franchit ; la nature est notre seul
Je presse cette table de la main ; je sens qu'elle est dure ? cela veut dire quej'éprouve une certaine sensation^ de laquelle je conclus sans raisonnement , sans comparaison d'idées, quHl y a quelque chose d'extérieur qui résiste à msi force oompressive.
Ainsi voilà une sensation et une conclusion suggérée
par la sensation , c'est-à-dire une sensation et une percep-
tîori. Comparez-les ensemble. La sensation est &k vous^
la chose solide est hors de vous. La sensation «l'exi^ie
qu'au moment où vous la sentez ^ la perception de la
i^hose solide est d'une telle nature , que ^musjugejz sans
-â^lance y selon l'expression de Reid, que cette chose
existait avant d'être perçue , et qu'elle continuera d'exife*
ter quand elle aura céss^ d'être perçue. La sensation n'a
ni étendue , ni cohésion de parties , la chose solide a tout
cela. La sensatioti peut aller jusqu'à la douleur, la chose
«ôlidè n'en est pas susceptible. Comment donc connais-
jk)ns*'nous la solidité, puisque ce n'est pas par la sènsa-
ïiott , à laquelle elfe ne ressemble eh aucune manière? Jfe