‹ Œuvres complètes de Thomas Reid, chef de l'école écossaise, publiéesChapitre 27 sur 67 · II. la · texte numérisé non relu

II. la

i'jS CHAPITRE VI. — Section vur.

dra bien qu'elle s'avoue coupable, et qu'elle confesse qu'elle n'est ni une impression, ni une idée; car, hëlas! i! est notoire qu'elle est étendue en longueur et en largeur, qu'elle peut être grande ou petite , Jarge ou étroite, triangulaire, quadrangulàire , cirèulaire; par conséquent, à moins que les idées et les impressions ne soient étendues et figurées, elle ne peut se donner ni pour ime impression ni pour une idée.

On peut demander, en seccmd lieu ,.à quelle classe d'êtres appartient la figure visible ? Si l'on m'adressait cette question , tout ce que je pourrais faire ce serait de donner quelques indices, à l'aide desquels ceux qui connaissent la carte des catégories auraient la chance de découvrir la place qu'elle y occupe. Elle n'est autre chose , comme nous l'avons dit , que la position des différentes parties du corps figuré relativement à l'œil qui le voit.* Prises ensemble les différentes positions des différentes parties du corps par rapport à l'œil , forment une figure réelle qui est réellement étendue en longueur et en largeur, et qui représente une figure qui l'est réellement aussi en longueur, en largeur et en profondeur. C'est ainsi que la projection d'une sphère est une figure réelle, qui, avec de la longueur et de la largeur seulement, représente la sphère qui a les trois dimensions. La projection d'une sphère, et la perspective d'un palais, sont des représentations du même genre que la figure visible , et, quelque place qu'elles aient dans les catégories, celle de la figure visible n'en peut être fort éloignée.

On peut encore demander s'il y a quelque sensation affectée à la figure visible , "et qui la suggère dans le fait de la vision ; bu par quel autre moyen cette figure visible est transmise à l'esprit?

Cette question a quelque importance, en ce sens qu'elle

QUESTIONS Sim LA. FIGURE VISIBLE. j«o

mtëresse l'idée ^ju'on doit «e faire de la faculté de voir Pour l'éclaircir jiutant qu'elle peut l'être, il est nëcessairê de comparer te sens de la vue avec les autres, et de faire cert^nes suppositions qui uous conduiront à distinguer des choses très-aisëes à confondre, quoique d'une nalure entièriement dif]f<»*eBte.

Nous avons trois de nos sens qui nous font connaître leurs objets à distance : ce sdnt l'ouïe, la vue et l'odorat. Dans l'ouïe et dans l'odorat, l'esprit reçoit une sensatfcm ou une impi-ession que les lois de sa constitution lui font regarder comme un signe de quelque chose d'extérieur; mais la position de cette chose extérieure relativement à l'organe du sens, n'est pdint révélée à l'esprit par la sensation. Lorsque j'entends le bruit d'une voiture , je ne pourrais jamais, antérieurement à Texpérience déterminer si le corps sonore est au-dessus ou au-dessous de moi, ni s'il est à gauche ou à droite. Cette sensation me suggère donc un objet extérieur qui en est la cause ou l'occasion; mais elle ne me suggère point la position de cet objet» ni la direction dans laquelle il se trouve.

On peut dire la même chose de l'odorat;- mais il n'en est pas du même du sens de la vue.

Lorsque je vois un objet, l'impressiou que sa couleur me fait peut être considérée comme une sensation qui me suggère quelque chose d'extérieur dont elle est l'effet; mais je stiis en outre informé de la direction et dé la' position de cette chose par rapport à l'oeil; je sais qu'elle est précisément dans telle direction,' et nou pas dans-telle autre. Cependant je ne trouve rien dans ma consciraice qu'on puisse appeler sensation, û ce n'est la sensation de couleur : la position de , l'objet coloré n'en est point une; en vertu des lois de ma constitution , elle s'introduit dans mon esprit avec la couleur

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âaos qu'il soit besoin d'une sensation nouvelle pour lui ouvrir le chemin.

Supposons que l'ôeil fut constitué de manière que les rayons émanés de chaque point de l'objet ne se rassèm-' blassent pas, comme ils le font, en un seul point de la rétine? mais qu'ils se répandissent sur toute sa surface; ceux qui connaissant la structure de l'œil comprendront clairement que s'il était ainsi fait, il verrait la couleur des corps comme nos yeux la voient , mais qu'il n'apercevrait ni leur figure ni leur position. Les opérations d'un tel œil seraient absolument semblables à celles de l'ouïe et de l'odorat; elles ne nous donneraient aucune perception de la figure et de l'étendue, mais simplement celle de la couleur. Cette supposition n'est point tout-à-fait imaginaire; c'est à peu près le cas de la plupart de ceux qui ont ia cataracte. Cheseldéha observé que leur cristallin n'exclut pas les rayons delà lumière, mais qu'il les qparpille sur la rétine; en sorte qu'ils voient les objets comme un œil sain les voit à travers les vitres d'une fenêtre lorsqu'elles sont couvertes d'une couche de givre; ils perçoivent la couleur des objets, mais ils ne perçoivent ni leur figure ni leur grandeur.

Si nous supposions à présent que les objets nous envoyassent les sons et les odeurs en ligne droite, et que chaque sensation de l'ouïe et de l'odorat nous suggérât la direction et la position précise de son objet , alors les opérations de l'ouïe et de l'odorat seraient semblables à celles de la vue. Nous sentirions et nous entendrions la figure et la position des objets, dans le même sens que nous la voyons; chaque odeur et chaque son serait toujours associé à quelque figure dans l'imagination^ comme l'est réellement la couleur.

Noiïs avons lieu de croire que les rayons de la lumière font quelque impression sur la rétine; mais nous n'avons

QUESTIONS SUR LA FIGURE VISIBLE. l8f

point conscience de cette impression; les philosoplies et les anatômistes n*en ont jamais enti*evu. ni la nature ni les effets. Est-ce une vibration dans le perf, ou un uiouvèoient de quc^ue fluide subtil contenu dans le ^lerf , ou qiuelque autre effet que nous ne saurions nommer parce qu'il nous est inconnu ? nous l'ignorons. Quelle que soit cette impressiont, nous l'appellerons V impression maté^ rielle^ en nous ressouvenant bien qu'elle n'est point une impression sur l'esprit, mais sur le corps; et qu'ainsi elle n'est point une sensation , et ne peut pas plus ressembler à cedernier fait, que la figure ou le mouvement à la pensée. Or cette impression matérielle faite sur un point de la rétine, eu vertu des lois de notre constitution, suggère deux choses à l'esprit, d'une part la couleur, et de l'autre la positioïi de l'objet. Personne ne peut dire pourquoi cette même impression matérielle n'aurait pas pu nous suggérer ou le son, ou l'odeur, ou tous deux à la fois, conjoititement avec la couleur et la position de l'objet. Tout ce qu'on peut dire de raisonnable à cet égard ; c'est que , puisque cette impression matérielle ne nous suggère que la couleur et la position apparente, les lois de notre constitution et la volonté du Créateur l'ont ainsi réglé; et puisqu'il n'y a point de connexion nécessaire entre les deux choses suggérées par cette impression , on peut croire que, si l'auteur de la nature l'avait voulu , la couleur agirait pu l'être sans la position, ou réciproquement la position sans la couleur.

Supposons donc, puisque nous en reconnaissons la possibilité, supposons, dis-je, que nos yeux eussent été tellement faits qu'ils nous eussent suggéré la position de l'objet, sans nous révéler en même temps la couleur ni aucune autre qualité; quelle aurait été la conséquence de cette disposition ? c'est qu'avec de tels yeux nous aurions perçq

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latigure visH>l^ des corp^sans qu'il S0 produi&it diicuoe seosation du inipression sur l'esprit ; car la figure perçue étaat entièrement extérieure, on ne peut l'appeler une impression sur l'esprit sans abuser grossièrement du langage. Si Ton objectait qu'il est impossible de percevoir une figure, sans qu'il y ait quelque impression produite sur Fespiill, je deioanderiiis d'abord la permission de ne pas ad^ mettre cette iinpossibilité gratuitement et sans quelque preuve, et j'avouerais ensuite que je n'en ai point encore trouvé. Je ne puis pas du tout concevoir ce <}u^ ctntead par une impression ^^y^are sur l'esprit; je conçois bi«i l'impressiop d'une figure sur de la cire ou sur qudque 9Utre corps, propre à la recevoir; mais une impressioa de figure sur l'esprit ,. c^est ce qui me paraît absolument inintelligible; et quoique je me forme une conception très-distincte de la figura, je ne puis cependant, après le plus rigoureux examen , trouver aucune impression de la figure dans mon espi^t.

Pour mettra fin à nos suppositions, rendons aux yeux,, tels que nous les avons imaginés , la faculté d'apercevoir la couleur , ou m'accordera aisément que la figure est alors perçue de la même manière qu'aijparavant, avec cette sçule diffëi^ence que la couleur y est jointe.

Ce préambule nous ramène à la question, proposée. II ne paraît pas qu'il y ait de sensation appropriée à la fi^ gure visible , c'est-à-dire de sensatipn «chargée de la âug^ gérer à l'esprit; cette figure semble être suggérée immédiat^meqt par l'impression i^térieile sur l'organe , im^. ^ressi<w dont noqs n'avor^s point conscience. Pourquoi, e^ qffet . l'impression matérielle faite sur la rétine ne pp\]rrait-cile pas annoncer la figure visible , comme Tim-^ pressiçia matérielle d'une balle sur la m^ain qui la serre, &it connaître la figure réelle de ce corps? Dans le premier cas,

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