‹ Œuvres complètes de Thomas Reid, chef de l'école écossaise, publiéesChapitre 63 sur 67 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

'parlé que de ceux qui jouent un rôle daus les opérations des sens.

5. La dernière observation que je présenterai sur le nouveau système , c'est que, tout en faisant profession de marcher dans la voie de la jréflexion et non dans celle de l'analogie^ il a cependant retenu un bon nombre des no^ lions analogiques de la philosophie ancienne sur les opéra tionsderesprit. Je signalerai spécialement cettemaxime, que les choses qui n'existent pas actuellement dans l'esprit ne peuvent être perçues, rappelées, imaginées, que par l'intermédiaire d'idées ou d'images présentes à l'esprit, et qui sont les objets immédiats de la perception , du souvenir et de l'imagination. Cette maxime est évidemment empruntée de l'ancien système, qui enseignait que les objets extérieurs font sur l'esprit des impressions semblables à celles que le cachet laisse sur la cire : que c'est par le moyen de ces impressions que nous percevons, que lions rappelons et que nous imaginons ces objets; et que ces impressions ressemblent nécessaire^nent aux réalités qui les produisent. Lorsque nous adoptons la voie de l'analogie pour nous former des idées des opérations de l'esprit, cette manière de les concevoir semble fort naturelle, et s'offre d'elle-même à la pensée; tous les objets . que nous touchons produisant une impression sur le corps, l'analogie nous porte à croire que tous ceux que nous comprenons doivent en produire une sur l'esprit.

Il paraît que c'est à des analyses de cette espèce cpie lopinion de l'existence des idées ou images des oUjetâ dans l'esprit a dû sa naissance et l'autorité universelle dont elle a joui parmi les philosophes. Nous avons déjà vu que Berkeley avait rompu avec cô dogme sacré, en affirmant que nous n'avions point d'idées des esprits, et que nous pouvions les concevoir ira*

médiateme^it et sans mtermëdiaire; mais je ne sache pas que la hardiesse de Berkeley ait trouvé des imitateurs. On rencontre également quelque différence de doctrine parmi les modeirnes, relativement à ces idées ou images par lesquelles nous percevons les objets sensibles. Tous conviennent de leur existence^ mais les uns les placent dans un endroit particulier du cerveau où Tame est censée faire sa résidence ; les autres leur assignent l'esprit même pour demeure. Descartes soutenait la première de ces opinions; et il semble que Newton ait été du même sentiment, puisqu'il propose dan^ son optique la question suivante : « An non sensorium animalium est locus cui substantia «c.sentiens adest, et in quem sensibiles rerum species per « nervos et cerebrum deferuntur, ut ib*. praesentcsa prae- « sente sentiri possint? » Mais Locke paraît placer dans l'esprit même les idées des objets sensibles; et il est évident que Berkeley et l'auteur du Traité de la jxaXure humaine ont été de cette opinion. Ce dernier fait une curieuse application de cette doctrine, en s'efforçant d'en, inférer que l'esprit n'est point une substance, ou que, si c'est une substance, elle doit être étendue et divisible, les idées d'étendue ne pouvant exister dans un sujet indivisible et sans étendue.

J'avoue que son raisonnement sur ce point comme sur plusieurs autres me paraît clair et pressant. Car, soit que Vidée de l'étendue ne soit que l'étendue elle-même sous un autre nom , comme lui et Berkeley l'affirment, ou que ridée de l'étendue soit une image et une représentation de l'étendue, j'en appelle à tout homme qui a le sens commun, l'étendue ou l'image de l'étendue peut elle exister dans un objet non étendu et indivisible .^ Toutefois en adoptant son raisonnement^ j'en voudrais faire une autre application. Il prend pour accordé que Tesprit a

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des idées de l'étendue , d'où iF infère que s'il est une substance^ il doit être une substance étendue. Moi, je pense au contraire^ et sur la foi du àons commun / pour une vérité incontestable, que mon esprit est uae substance, c'»est-à-dîre le sujet permanent de la pensée ; ma raison me convainc d'ailleurs que c'-est une substance inétendue et indivisible; d'où j'infère qu'il ne peut rien y ^voir dans l'esprit qui ressemble à l'élendue. Si ce raisonnement s'était offert à Berkeley, il aurak reconnu, je pense, qu'il en est des corps comme des esprits, et que nous pouvons penser aux corps et en raisonner sans le recours et rintermédiaire des idées.

3'avais dessein d'exanjiner avec plus de détail cette doctrine de l'existence des idées ou images des choses dans l'esprit , aussi bien que celle qui en découle et qui attribue to*it jugement et toute croyance à la perception de la convenance' ou d^ la disconvenance de nos idées ; mais ayant montré dans le cours de ces recherchas que les opérations de l'esprit que j'ai examinées^, loin de confirmer ces deux doctrines, les contredisent à pki^ sieurs égards, j'ai pensé que je ferais bien d'abandonner cette partie de mon dessein. C'est en examinant les autres facultés de l'esprit qu'il serait convenable d'en achever l'exécution.

Quoique nous n'ayons examiné que les cinq sens et les principes de l'esprit humain qui interviennent dans leurs opérations ou que l'analogie a jetés sur notre chemin," nous ne pousserons pas J)lus loin nos recherches. La mémoire, l'imagination, le goût , le raisonnement, la perception morale, la volonté, les passions, les affections, et toutes les facultés actives de Tame , offrent aux investigations philosophiques un champ vaste et pour ainsi dire sans Hmites. Beaucoup d'auteurs estimables, tant

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parmi les anciens qoe parmi les modernes, ont fait des excursions dans ces régions inconnues , et nous ont communiqué des observations utiles ; mais il y a lieu de croire que ceux qui ont prétendu nous en donner une carte générale n'ont pas été difficiles à satisfaire*, et l'ont dressée sur des données bien superficielles et bien incomplètes* Si Galilée avait entrepris d'élever un sysitème complet de phyiique , il est probable que ses travaux auraient été peu utiles à ses semblables, au lieu qu'en se bornant aux points qu'il était en état d'éclaircir , il a jeté les bases ^d'un système de connaissances qui n'a cessé depuis de s'élever et qui fait la gloire de l'esprit humain. Newton bâtissant sur ce fondement, et se^enfermant à son exemple dans la recherche de la loi de la gravitation et des propriétés de la lumière, a enrichi la science de découvertes admirables; s'il avait tenté davantage, peut-être aussi aurait-il beaucoup moins fait. Éclairé par ces grands exemples, j'ai tenté, avec des forces inférieures, quelques recherches sur une seule faculté de Fesprit humain, rsur celle qui semble le plus à la portée de l'observation vulgaire, la plus aisée à étudier et à connaître; et cependant si je l'ai décrite avec quelque exactitude, on doit confesser que les relations qu'on nous en avait données jusqu'ici étaient singulièrement incomplètes et éloignées de la vérité.

RECHERCHES SUR L'ENTENDEMENT HUMAIN D'APRÈS LES PRINCIPES DU SENS COMMUN,

DÉDICàCB . . . ^ pag. 3

XtHAPlTRE L ÏNÏRODUCTION.

SECTION I. Importance des recherches sur rentendement

humain et manière d'y procéder i i

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