RÉPUTATION DE VILLON
‘récits qui les composent, le premier l’a pour principal acteur, et il sert de modèle aux méfaits des six autres.
Repue franche, c’est manger sans payer. Voici comment l’autéur adresse $ôn invocation dans le prologue :
Vous qui cherchez repues franches Et tant jours ouvriers que dimanches... - Les hoirs de maître Pathelin, Qui savez jargon jobelin, Capitans du Pont à billon, | Tous lés sujets François Villon.
. I s'agit de leur enseigner à dérober de quoi manger, à l'exemple de Villon, dépeint dans ce qui suit comme procurañt à ses compagnons, par divers tours de sa façon, les mets d’un repas l’un après l’autre.
. .Gecin’est pas vol à main armée. La même légende qui . dans le caractère de Villon rayait le poëête, rayait aussi le coqüillard. Henri Estienne, dans son Apologie pour Hérodole, a parlé de lui dans le même sens. Telle était en ce genre ‘sa réputation, she le mot villoner, formé sur son nom, avait passé dans l’usage pour dire dérober. Même Fauchet, dans ses Origines, croit qu’on ne l’avait lui-mêmesurnommé Villon qu’à cause de ce mot, « un vieux mot, dit-il, qui. signifie tromperie ». Ainsi l’idée du vol se résumait en lui. " En même temps c'était l’art de le faire-avec adresse,et par analogie, de’‘jouer de malins tours. C’est pour des farces que Rabelais le met en scène, dans deux récits certainement controuvés, contant dans l’un que le poète, s'étant retiré à Saint-Maixent, y fit jouer un jour la Passion en poitevin, et que le sactistain des cordeliers de l’endroit ayant refusé une chape et une étole qu’on lui demandait pour la représentation, il fit courir sur lui ses diables, qui firent tant de peur à la jument du sacristain, qu’elle s’emporta, le traîna et le mit en pièces, si bien que quand elle revint au couvent,. on ne put recouvrer du moine qu'un pied, qui demeurait pris dans létrier.:
L’autre récit est que Villon, étant en Angleterre près d’'E- douard V, roi de ce pays, ce prince lui fit voir les armes de France peintes auprès de sa chaise percée, et que Villon répondit qu’elles étaient là à propos, que Thomas Linacre son médecin les avait sans doute ordonnées pour faire l'effet d’une médecine, par la peur qu’elles causaient au roi.
Telle était la légende. Quant à la réputation du poète, l'éclat qu’elle avait jeté de son vivant fut cause que, loin de l'anéantir, sa mort la fortifia. Quelque temps sans doute les allusions semées dans son œuvre hi soutinrent; mais l’es-
time était telle que le temps les effaça sans qu’on prit moins de soin de réimprimer le poète. La première édition, parue en 1489, ne fut pas suivie de moins de quinze autres jusqu’en 1532, dans l’espace de quarante-quatre ans. L’année 1533 Marot donna la sienne, pour complaire à François Ier, preuve qu’on le lisait à la cour, et la fit précéder d’un jugement accompli.
D’autres éditions suivirent, jusqu’à ce que Ronsard, en détournant le goût de cette veine de poésie, produisit une éclipse dans la renommée de Villon, laquelle se rétablit au siècle suivant, quand l’étoile de Ronsard pâlit. Depuis 1542 on avait cessé de l’imprimer, mais les érudits l’estimaient toujours. Pasquier, dans ses Recherches sur la France, lui consacre un chapitre entier, et Fauchet l'appelle « un des plus nobles esprits dont Paris et la France puissent se vanter ». Ce jugement passa aux savants et critiques qui formèrent sous Louis XIII le noyau de la naissante Académie française. Colletet, dans son manuscrit des Vies des Poètes français, consacre à Villon un article. La Bibliothèque de Paris conserve un exemplaire des poésies de Villon, corrigé . sur l’édition de Marot, d’une main qu’on croit celle de Ménage. Patru, oracle de la génération qui produisit Boileau et Racine, a écrit que le goût de Villon « était aussi fin qu’on pouvait l’avoir en son siècle ».
L’éloge que Boileau a fait de lui dans l’Art poétique, nous demeure comme l’écho de cette estime.
Villon sut le premier dans ces siècles grossiers Débrouiller l’art confus de nos vieux romanciers.
Le goût que Lafontaine avait pour le poète, confirmé par limitation qu'il en fait, en est un autre témoignage.
Les recherches d’ancien français menées depuis la fin du règne de Louis XIV, et dont le nombre allait croissant, furent cause de donner de Villon une édition nouvelle, en 1723, que d’autres suivirent à différentes époques. Cependant le goût public n’en était pas touché. Longtemps encore, pour les gens même instruits, Villon ne devait être qu'un nom, rapporté dans les littératures.
Ce n’est que de nos jours que l’attention et le zèle se sont déclarés pour son œuvre, et qu’on a vu renaître autant qu’il est possible, après tant de changements et d'années écoulées, quelque chose de l’ardente estime qui salua le poète en son temps. Cela a tenu en partie aux-recherches originales menées depuis trente ou quarante ans sur cette matière si difficile, bien différentes des essais dont on se
contenta jusque-là. Tout le sujet a été repris à pied d'œuvre, biographie, texte et le reste, avec un complet succès.
N'oublions pas au moins que pour se manifester le goût n'avait pas attendu ces lumières. Car le siècle écoulé nous a laissé de Villon un éloge aussi généreux qu'éclairé, émané ñon pas de Sainte-Beuve, mais d’un poète, vrai juge en ces matières. Théophile Gautier, dans ses Grotesques, en est l’auteur. En lui la Muse française renouvelait après trois siècles l’hommage décerné par Marot. L'un et l’autre jugements méritent de nous instruire : je les donne à la fin de cette préface. j |
On s’est plaint que la critique ancienne avait méconnu l'œuvre de Villon. La moderne s’est certainement trompée, en noyant son estime dans l’éloge de quantité d'auteurs qui méritent bien moins qu’on en parle. Mettre presque à son rang Charles d'Orléans, le comparer à Rutebeuf, dépeindre en lui le successeur de Châtelain ou d’Alain Chartier, n’est pas seulement manquer à la justice dans le discernement des talents, c’est se condamner à mal entendre une œuvre qui domine de beaucoup la littérature du moyen âge, par le génie du poète et le progrès des temps. de
Il y a tout un fatras de littérature rimée, inappréciable pose l’histoire de la langue, que notre siècle a tiré de ’oubli, et qui mériterait d’y rentrer si le goût seul était consulté. Comme il s'étend sur quatre siècles, cela fait un amas prodigieux, dont il importe de distinguer le poète. Plus on l’en rapproche, plus on essaie de l’y faire rentrer, de lui marquer sa place dans cette nécropole, plus mal on se dispose à le comprendre. :
Par exemple on a cru se conformer à l’histoire en rattachant au genre de la sotte chanson la ballade de la grosse Margot. La sotte chanson est un amusement d'école, où le contre-pied des beautés d’une maîtresse forme un tableau de laideurs accumulées, aussi dégoûtant qu’insipide; c’est une caricature clichée de la poésie galante d’alors. La pièce de Villon est sans rapport à cela. Il n’y est pas dit que Margot soit laide. Ce qu’elle peint n’est pas la difformité, mais l’abjection, et une abjection réelle, exempte de convention et d'exercice scolaire. On a blâmé aussi l’Epithalame, à cause des figures et des délicatesses, qu’on a fait rentrer dans le maniérisme galant des poètes du temps de Charles VI.
Autant vaudrait rabaisser Pétrarque parce qu’il reprend les thèmes de Guido Cavalcanti. En vérité cela est bien diffétent; le génie met partout sa marque.
La seule œuvre antérieure à Villon qu’on puisse comparer à la sienne, c’est le Roman de la Rose, seul poème du moyen âge qu’un moderne lise avec plaisir. Encore ne faut- il parler que de la partie de Jean de Meung, considérable par l’étendue, le talent, la richesse des connaissances et le retentissement. Dans Jean de Meung, Villon trouvait un maître digne de l’instruire; quand il a pris aux autres, ce n’était que des thèmes indifférents. :
Théophile Gautier a puissamment remarqué la nouveauté . de cette poésie. A le bien prendre, elle accuse la Renais-
sance, qui avant d’être une floraison nouvelle du goût anti-
que, a commencé par s’engendrer d’une maturité des esprits. Villon appartient aux temps nouveaux. Il fait partie d’une suite d’auteurs antérieurs à la Pléiade, qu'on pourrait appeler les pré-ronsards et qui forment la première époque de la renaissance des lettres en France. Ils sont cinq, dignes qu'on les retienne et qu’on les compare entre eux: Villon, l'auteur de l’Avocat Pathelin, Marot, Rabelais et Despériers. Leur rapprochement n’est pas une fantaisie d'école; ils se tiennent entre eux pie la langue, par le tour, par les allusions transmises de l’un à l’autre, même par des imitations, enfin par-le commun oubli où les précipita le succès de la Pléiade ; si bien que le discrédit de celle-ci les fit remonter ensemble dans l’estime. Le xvire siècle les réimprima tous et négligea Ronsard et ses disciples. Il n’y a pas de partie mieux liée aux yeux de l’histoire.
Qui souhaitera de rendre à Villon son dû fera donc bien de s'adresser là et d’en tirer, par la comparaison de l’inspiration et du style, de nouveaux motifs de l’admirer.
On l’a qualifié poète lyrique. Non, son genre, c’est la satire. Ses deux Testaments ne sont pas autre chose. Sur un thème de complaisance, il y enfile des brocards contre les gens du temps. Dante dans son Enfer procède ainsi, et c’est un rapprochement qu’on ne peut omettre de faire; sans aller plus loin, car la satire de Dante est tragique, et l’étoffe qu’il joint est prise de l’épique, tandis que chez Villon elle est prise de l’élégiaque, et que sa satire est comique. Elégie, c’est plainte exhalée soit par la douleur, soit par l'amour. Villon n’est en ce genre surpassé par personne. Pour sa satire, la peine qu’on a à en comprendre les allusions, en diminue pour nous le prix, il y faut un commentaire comme pour Dante; mais ce qui se fait sentir indépendamment de cette aide, c’est la verve qui l’alimente, rapide,
dre agréable. Les prover
LS
surtout la ballade de l’Appe
abondante et brillante, riche en images et en vocabulaire, expression d’un De également admirable. | |
L'œuvre de Villon ne contient pas trois mille vers. Atteint par la mort à trente ans, il n’a pu laisser davantage. Quel-
ues ballades insérées dans le Grand Testament sont sans oute (comme j'ai dit) ses plus anciens ouvrages, peut-être aussi une partie du Codicille. Le Petit Testament fut sa première pièce d'importance, le grand contient toute l’idée que nous nous faisons de son talent. Ses prisons, ses condamnations ont inspiré les sept pee du Codicille, où brille . Une piéces de circonstance, plus longue, célèbre la naissance de Marie d'Orléans. Sept autres sont de sujets divers. Enfin les neuf ballades en argot ou jobelin traitent, autant qu’on peut le débrouiller, ceux ui pooEns hanter l'esprit des larrons membres de la oquille,
Le corps des deux Testaments est un vers de huit pieds, distribué en strophes de huit vers. Des ballades et des rondeaux de divers mètres y sont insérés çà et là. La ballade est un poème de trois strophes à refrain, parfois redoublées, suivies d’un envoi ordinairement supposé à quelque prince, qu’on ne nomme pas. Le rondeau ramène en coupure, puis en chute de la pièce, deux fois les mots par lesquels il commence. En plusieurs endroits de ses poèmes, Villon a pratiqué l’acrostiche, principalement celui de son nom, servant quelquefois de signature. ,
La langue diffère peu de celle de Marot, de Despériers et de Rabelais, Elle omet volontiers de déterminer les noms, et pratique l’inversion du régime des verbes, ordinairement privés de leur pronom. Marot y a relevé de « longues parenthèses », effet d’une négligence du poète, qu’ila l’art de ren-
bes et manières de parler proverbiales, qu’on nommaiït reproviers, abondent chez Villon comme chez Lafontaine, et font parfois difficulté.
La mesure des vers est soignée, régulière, avec une atten-
tion fidèle aux apocopes. La rime l’est moins. Comme Lafon-
taine encore, Villon rime chichement, quoique il tienne compte de ls, marque du pluriel ou non, omis ou maintenu à la rime, et de telles autres finales. |
Le Paris du temps revit dans la muse de Villon. Peuple et bourgeois y sont dépeints, à côté de la peinture moins honnête des tavernes et des mauvais lieux. C’est la raison sans doute pourquoi Gaston Paris a cru définir ses talents en le comparant au « moineau parisien ». Mais on ne pouvait plus mal tomber, puisque la variété des tons, l’essor hardi, un vol puissant, une harmonie délicate font le pres-
tige de ses poèmes, et qu’il n’est pas de comparaison classique de cygne ou d’aigle qui ne lui convienne.
Villon compose ses deux Testaments de rimes croisées, sans alternance obligatoire de masculine et de féminine. Ces rimes sont ordinairement pleines. Nous n’en pouvons juger toujours, faute souvent de savoir comment il pronon-
ait. : | |
: On sait seulement que laprononciation de Paris autorisait la rime de Marne et gouverne, Montmartre et tertre,. la Garde et perde, la Barre et erre, ardre et aherdre, part et cp âme et diadème, même de Bretagne et d’enseigne.
arot témoigne que cela avait lieu par un fait inverse de celui d'aujourd'hui, où a se prononce comme è. E se prononçait comme a. Paris disait : gouvarne, tartre, etc.
A tous nos poètes avant la Révolution, l’ancienne prononciation de oi en oue avait permis de faire rimer cloitre et fenêtre. La prononciation ci-dessus serait contraire à cet accord, si elle avait lieu ailleurs que devant r et les liquides, et il est vrai que poire rime avec barre. Marot ne manque pas de remarquer dans cette rime l'effet de la même prononciation de Paris. Dans les mêmes conditions que tous nos anciens poètes, Villon n’en fait pas moins rimer toile et telle, loir et clerc, Antoine et Seine, étroite et disette, exploits et lais, mot et mai.
Ces remarques faites, avouons que la rime de Villon n’est pas toujours exacte et quelquefois fait place à l’assonance : assemblant courge et rouge, Bourges et bouges, merle et méle, fuste et fusse (feusse), peuple et seule, enfle et temple, dame et âne, mâles et Charles, branle et tremble, prophetes et fesses, bible et évangile, règnes et étrennes, groseilles (écrit groselles) et telles. Certains philologues estiment, sans pouvoir le prouver, que quelques-unes de ces finales rimaient dans la prononciation, que quelques autres, sans rimer à notre mode, étaient du moins conformes à certaines règles que les poètes suivaient alors. Toujours est-il qu’en vertu de ces règles mêmes, Villon se sera contenté à meilleur marché que nous ne faisons. On a répété qu'il rime richement. Non pas. Ce que les Parnassiens nomment consonne d’äppui manque couramment dans sa versification. Il fait rimer soin et coin, fuir et impartir, quelogne et besogne, pere et mére, pâques et Jacques, tendre et vendre, terre et
‘querre, canard et tard, signes et gélines, mois et fois, fanlaisie et partie, cruel et éternel, méfit et baudit, bureau et
tombeau, Héloïs et Denis, Buridan, Rouen et antan, nom et Aragon, perpétuel et coutel, décolla et n'y a, Thibaud et haut, Lecornu et secouru, Saint Génerou et Poitou, sots
‘et mots, decus et dessus, ho et credo, Grigny et Billy,
cuveaux, drapeaux et bordeaux, bluteaux et pourceaux,
pays et Paris, passot et pot, Margot et surcot, éclat et état, exil et subtil, bel et Jouvenel, écot et tripot, faim et foin, noir et pouvoir, commun et chacun, vola et loua, va et porta,
etc. Il est vrai qu’on trouve chez lui en abondance des
rimes fort riches, mais par l'effet de la licence qu’il prend
de faire rimer les composés de même origine : partir, départir, impartir; advient, devient, souvient; chassé,
déchassé, pourchassé; et aussi les mots pareils one conseiller infinitif et conseiller substantif, bruit substantif et bruit troisième personne de bruire. Cela est au rebours
d’un soin méticuleux de la rime, quoique la poésie n’en
reçoive aucun dommage. Aussi bien cela ne doit-il pas compter pour une négligence du poète, puisqu'il s’y adonne
- si constamment; c’est seulement une facilité qu’il prend.
Au contraire le peu de soin s’accuse de temps à autre, dans
le même mot répété deux fois : finer et finer, cœur et cœur,
quoi et quoi, volée et volée, dire et dire, change et change, os
et os, qui riment ensemble.
: A côté de pareilles libertés, il faut noter l’étonnant scruule que met le poète à aligner ses consonnes finales, qui ui fait mettre l’s, le 7 ou l’x du pluriel à des singuliers, en cétte sorte :
Enregistrer j'ai fait ces dits Par mon clerc Frémin l’étourdis
C’est d'humaine beauté l’issues… Les épaules toutes bossues.
David le roi sage prophètes, Voyant laver cuisses bien faites.
Ces cheveux blonds, sourcils voutis, ‘ Ce beau nez droit, grand ne petiz.
Laboure et fauche champs et prez, S’'aucunement tu n'es lettrez; Assez auras se prends en grez
D’aucune chose vaussit mieux...
Je me jugeasse, ainsi m'ait Dieux
Ailleurs c’est l’x-signe du pluriel qui disparait, pour s’ac-
corder à un mot qui ne l’a pas.
Beaux enfants vous perdez la plus Belle rose de vos chapeau.
Si vous allez à Montpipeau.
M. Thuasne, qui a examiné ce point, estime que la liberté . se prend à la faveur de la confusion laissée par l’ancienne déclinaison française qui mettait l’s au cas sujet singulier, et l’ôtait au cas sujet pluriel. Marot semble confirmer cela quand il note ces endroits ainsi : pluriel pour singulier; ajoutant même : à la mode antique. Il est certain au moins
ue cette licence va plus loin. Car elle s'étend d’abord aux déinehces verbales. Suppression de l’e dans la première personne :
Par la main Thibaud d’Aussigny.…
Qu'il soit le mien je le reni.
Cuidiez-vous que sous mon capel...
Comme de dire: j'en appel.
Suppression de l’s au pluriel :
Quand mourut n'avait qu'un haïillon, C’est de quoi nous émerveillon.
. Suppression même de la désinence du subjonctif,au point de faire contresens.
Mais toutefois fou s’y fia Bien est heureux qui rien n’y a.
Il faut fiât, signifiant ferait. Fou s'y fierait : tel est le sens.
Ensuite les finales substantives : Etan pour etang :
Dessus rivière ou sur étan; Mais où sont les neiges d’antan.
Ny pour nie | Ne bon bruit que d'homme banni, Ne los que dettes mettre en n:.
Inversement Tabary, ainsi orthographié dans les actes, devient Tabarie.
Je lui donne ma librairie.
Lequel maître Guy Tabarie
Je suis comme assuré qu’un passage qui a donné de la difficulté, s’éclaire si l’on tient compte de ces substitutions : rie y étant mis pour ris.
Leur bonne grâce, mais leur rie, Ne que monnaie qu’on décrie.
Viennent aussi les finales d’adverbes. Don pour donc, ou pour oue. (que M. Thuasne démontre être l’orthographe régulière), rien pour riens (s adverbiale régulière), à genouillon pour a genouillons. Sur s’adjoint l’e muet et devient sure.
Enfin, cas plus extrême encore, pour cet alignement de la rime, des mots sont refondus. Pouilly devient Poullieu, et Louviers. mis en rime avec vieux, Gouvieux, mieux, indi-
ue suffisammeni malgré les manuscrits que le poète l’avait écrit Louvieux, ainsi que l’écrit M. Longnon.
I] se peut que d’autres mots également transformés ne soient que des variantes autorisées par un usage encore flottant, des prononciations diverses ou indécises ; je n’en fais donc pas état, quoi que les orthographes qui précédent donnent à penser à cet égard. J’avoue aussi que cela contraste beaucoup avec la négligence constatée ailleurs dans les rimes. Aussi n’en prétends-je rien conclure absolument, je me borne à ces constatations, et à remarquer que ces alignements de finales, même renfermées dans la seule ortho-
raphe, n’ont pu être effacées de mon texte, parce que {hors
e cas où les copistes en seraient cause) ils tiennent à une intention positive du poète, et intéressent l’idée qu'il se faisait de la versification. En un seul cas par exception, j'ai passé outre, celui de fia, que j'ai remplacé (selon notre orthographe) par fiét, parce qu’une rime estropiée m’a paru moins grave qu’un contresens. ;
Quant à la mesure, voici les règles que suit Villon.
Depuis le xvne siècle nos poëêtes n’ont admis le muet venant après une voyelle que si une élision empêchait de l'entendre. Villon l’admet sans élision et le compte toujours dans la mesure, excepté quand il tombe à l’intérieur des” mots : par exemple dans les futurs de la première conjugaison muerai, paiera, deux syllabes; salueront, trois. Il n’y a à cela que trois exceptions certaines, v. 120, 1497 et 165 du Grand Testament, que voici : |
En mûrté ne me voudraient voir Ne me tiendraient non une matinée A menue gent menue monnaie, et le cas régulier du mot eaue, dont l’e muet compte dans le Roman de la Rose, et ne compte plus chez Villon. En
conséquence je l’ai supprimé partout où uneélision ne s’en charge pas.
L’hiatus, ou rencontre d’une voyelle finale avec une initiale, est permis. Selon le besoin du vers, après ne, ce, faisant hiatus, l’élision peut être omise. Dans les mots comme ouvrier, meurtrier, etc., le groupe de lettres rier précédé de la consonne ne compte que pour une syllabe.
Pour la césure, dans le vers de huit syllabes, le poëte n’en a pas de régulière. Dans le vers de dix, la césure est après la quatrième syllabe. Aucun e muet non élidé n’est toléré à la cinquième.
Villon use du vers de huit syllabes presque constamment, et toujours quand ce n’est ni rondeau ni ballade. Celles-ci sont en vers de dix le plus souvent. Dans la quatrième du jar-
on, il y a de petits vers de quatre et même de trois syllabes.
a strophe ordinaire du poëête est un huïitain, avec quatre rimes pareilles, les deux du milieu jointes, les autres alternées, et quatre autres rimant deux à deux, ce qui, en Do de rs chaque rime par une lettre de l'alphabet, donne ababbcbc.
Une autre strophe est faite d'un dizain avec trois rimes areilles dans chaque moitié, deux jointes vers lé milieu de a Strophe, une isolée au second et au neuvième vers ; les
autres vers, 1, 3, 8, 10, rimant deux à deux, en cette façon : ababbccdcd.
Une troisième strophe introduit deux rimes plates au milieu de la précédente, portant à douze le nombre de vers ainsi rangès :ababbnnccdcd.
Enfin une quatrième strophe a onze vers : elle est formée de la précédente, où l’on met seulement une rime simple au lieu de la première redoublée : ababnnccdcd.
Ces troisdernières sHopnee sont de vers de dix syllabes, et composent toujours des ballades; la première est tantôt de dix syllabes, tantôt de huit. Sur dix pieds elle ne sert que "pour la ballade; sur huit, elle compose le corps de plus longs poèmes. |
L'envoi des ballades a dre vers quand la strophe est de huit ; six ou sept quand la strophe est de dix ou davantage.
L'édition de Villon parue première en 1489, est imprimée par Levet. Les suivantes, sorties de diverses autres presses, contiennent assez de variantes, U toutes n’étant pas dues à la négligence, prouvent qu’on s’efforçait d’amender l'ouvrage. En 1333 paraît celle de Marot dont les amendements ontfait
loi pour toutes celles qui parurent ensuite, et de nouveau pour celles que le xvine siècle publia. Quoique amendé, le texte restait douteux, corrompu en beaucoup d’endroits; en outre plusieurs pièces demeuraient inconnues et dans les deux Testaments mêmes, 338 des vers qui s’y trouvent aujourd’hui manquaïient. M
L'abbé Prompsault, signalé en son temps par l’érudition et le bon sens dl apporta à l'étude des anciens textes, donna dans une édition nouvelle ces vers manquants en 1832. Ce fut la première en date des éditions savantes de Villon.
La seconde ne devait paraître que soixante ans plus tard, par les soins de M. Longnon, qui longtemps adonné à des recherches sur les personnes dont le poète a parlé, tira Villon comme par miracle, du triple chaos où il plongeait. Un texte correct, une histoire véridique du poëte, l’état civil de ses légataires, virent à la fois d jour en 1892. Iln’y a pas d'exemple dans toute l’histoire des lettres d’une pareille résurrection. Quelques pièces omises des éditeurs, retrouvées par M. Byvanck, Hollandais, prenaient place dans cette édition. | |
Ces études prirent alors un grand développement. Plusieurs auteurs, qui s’y adonnaient à la fois, les avancèrent. Gaston Paris dans plusieurs articles de la Romania, Marcel Schwob dans divers articles et des conférences, furent les ouvriers de cette tâche. Une seconde édition de M. Longnon | pou en 1911, enfin en 1914 une troisième, où M. Lucien
oulet, qui fut chargé de Îa revoir, apportait assez de changements heureux pour qu’on la regarde comme originale.
En même temps M. Pierre Champion poussait de nou- “velles reconnaissances sur les personnages des Testaments, et éclairait des points auparavant obscurs. En 1923 enfin M. Thuasne a donné en trois volumes une dernière édition accompagnée d’un travail considérable que personne n'avait essayé : à savoir une récolte de textes originaux propres à éclairer le sens des mots, des tournures et des allusions du poète, en chacun des endroits qu’on a peine à comprendre.
C’est muni de ces savants travaux, aidé des lumières qu’ils apportent, appuyé au besoin de leur autorité, que j'ai composé cette édition-ci. |