Preux : vaillant
365. Le roi Scotiste : le roi d'Écosse, Jacques II, allié de Louis XI, qui mourut à trente ans en 1460, par une bombarde qu ll essayait et qui éclata.
366 à 368. O0! : eut. — Ce dit-on : dit-on. — Amatisle : améthyste. — Qui ot demi-face vermeille comme une amatiste : qui eut la moitié du visage rouge
comme etc. C était une taché de vin de naissance, dont tous les auteurs ont
parlé.
369. Le roi de Chypre. Janus III, dernier de la maison de Lusignah en lignée légitime, de qui les droits ont passé à la maison de Savoie, mort
comme le e pape, le roi d'Aragon et le connétable, en 1458.
Hélas! et le bon roi d'Espagne, "370 Duquel je ne sais pas le nom?
Maïs où est le preux Charlemagne ?
D’en plus parler je me désiste;
Ce monde n’est qu'abusion.
Il n’est qui contre mort résiste, 375 Ne qui treuve provision.
Encor fais une question.
Lancelot, le roi de Behagne
Oùest-il, où est son tayon ?
Mais où est le preux Charlemagne ? 380
Où est Claquin le bon Breton,
Où le comte dauphin d'Auvergne, Et le bon feu duc d'Alençon?
Mais où est le preux Charlemagne?
370, 371. Le don roi d'Espagne : de Castille. Sans doute Jean II, qui fut père d'Isabelle et mourut en 1453. L'oubli versé par le temps sur toutes choses s'accorde avec le trait d'enjouement par lequel le poète feint que le nom lui échappe. — Bon : valeureux.
373, 374. Je me désiste d’en parler davantage. — Abusion : illusion.
375, 376. Il n'est qui : personne qui. — Contre mort résiste : qui résiste à la mort. — Ne : ni. — Provision : de quoi se pourvoir contre elle, —Treuve : trouve.
3717. Encore fais : je fais encore.
* 378. Lancelot ou Ladislas d'Autriche, roi de Hongrie au temps de Jean Hunyade, qui défendit son trône contre les Turcs. Il était aussi roi de Bohême et mourut chassé par les Hongrois, à Prague à dix-sept ans en 1457, — Behagne : Bohême.
379. Tayon : Père-grand en langage picard, duquel Paris tenait plus qu’à présent (Marot). Le poète par là ne veut désigner personne, mais seulement renchérir sur les moissons de la mort. Où est Lancelot? Mais où est son grand-père ? On remarquera que les seigneurs nommés dans ces trois strophes étaient tous morts récemment, en 1456, 1457, 1458, 1460 ; cinq ans, quatre ans, trois ans, un an avant la composition du poème, au contraire des dames de la précédente ballade qui toutes remontent à cent ans et plus.
381. L'adresse au prince est omise dans cet envoi. — Claquin. Duguesolin, qui battit l'Anglais sous Charles V. — Bon : valeureux.
382. Le comte dauphin d'Auvergne. Les comtes d'Auvergne porlaient le titre de dauphins comme ceux du Viennois. Le dernier de ces princes morts alors, décéda en 1426.
383. Le bon feu duc d'Alençon. Jean I°°, mort en 1415, père de celui à qui
BALLADE DU PAPE ET DE L'EMPEREUR En vieux langage.
Car, ou soit li saints apostoles. “ 385 D'aubes vêtus, d'amicts coëffés
Qui ne ceint fors saintes étoles Dont par le col prend li maufés
De maltalent tout échauffes;
Aussi bien meurt que cils servants, 390 De cette vie-ci bouffés.
Autant en emporte li vents.
Voire, ou soit de Constantinobles L'empérières au poing dorés,
Charles VII fit le procès. — Bon, ici signifie vieux, comme alors dans Donhomme, bonne femme. Bon papa se dit encore pour grand-père.
BALLADE" DU PAPB ET DE L'EMPEREUR. Titre ajouté. Villon imite ici le langage du xrr° siècle, non sans quelques erreurs qui seront remarquées à mesure.
885. Ou soit, répété au commencement des (rois strophes : que ce soit... ou... ou.
. 886. Li saints apostoles : ; le saint apôtre, pour dire le pape. Cet s ne marque pas le pluriel, mais le singulier quand ii est sujet.
386. Vêtu de l’aube, coiffé de l’amict. Aube et amict, vêtements de chœur. . 387. Fors : hormis. — Saintes éloles, pluriel pour singulier. — Qui ne ceint que la sainte étole. Point de couronne : c’est une monarchie spirituelle. *
388. Li maufés : le mauvais, le malin, le diable, au moyen de lexorcisme, dans lequel on jette l'étole au cou du possédé, Le mot est régime, il fallait le mau/é
389. Mallalent : volonté perverse. Tout échauffé de la rage qui l’anime contre l’homme. — Échauffés. Le mot est régime, il fallait échaufé.
390. Gils : ce, emphatique. — Servanis : serviteur. Il meurt aussi bien que le premier valet venu. Il fallait cil servant.
391. Bouffer : souffler. Oté de cette vie comme par un coup de vent, tout d’un coup. Il fallait boufé.
‘392. Li vents. Singulier. Autant en emporte le vent : cela ne pèse pas Proverbe.
893, 394. Voire : oui. — Constantinobles : Constantinople. L’s devait être omis. — Empérières : empereur. L’s du singulier devait être omis ici. — Poing dorés : la main de justice. Que ce soit l’empereur de Constantinople au sceptre doré..Il fallait doré.
Ou de France li roi très nobles 395 Sur tout autres rois décorés, |
Qui pour li grands Dieux aorés
Bätit églises et couvents;
S’en son temps il fut honorés,
Autant en emporte li vents. 400
Ou soit de Vienne et de Grenobles
Li Dauphins, li preux, li senés,
Ou de Dijon, Salins ou Doles
Li sires et li fils aînés,
Ou autant de leurs gens privés, 405 Hérauts, trompettes, poursuivants;
Ont-ils bien bouté sous le nez,
Autant en emporte li vents.
Princes à mort sont destinés, Et tous autres qui sont vivants. 410
395. Li rois : le roi, L’s du singulier devait être omis ici. — Nobles, singulier.
396. Sur tous autres : plus que tout autre. — Décorés : glorieux, singulier.
397, 398. Li grands Dieux. I] fallait le grand Dieu. — Aorés : adoré. Il fallait aoré. — Qui bâtit églises et couvents pour le grand Dieu qu'on adore,
399. S'il fut honoré en son temps : tant qu’il vécut. Prétérit de répétition : si on l’honora de son vivant.
401, 402. Li dauphins : le dauphin, singulier. — Preux : vaillant. — Sené : sage. Li senés, singulier. Que ce soit le vaillant, le sage Dauphin de Vienne. Vienne et Grenoble avaient le même dauphin. Il fallait Grenoble.
403, 404. Sire : seigneur. Li sires, le seigneur. — Li fils : le fils. — Ainés, singulier. — Que ce soit le prince souverain de Dijon, de Salins ou de Dole. Salins et Dole sont Franche-Comté. Ces capitales rassemblent les deux Bourgognes, dont les princes balançaient la fortune du roi de France. — Ou le fils
aîné, son héritier. — 1] fallait Dole.
405, 406. Leurs gens privés; leurs gens. I] fallait leur. — Hérauf, ou héraut d'armes, qui annonçaient les tournois.
407. Poursuivants : suppléants des hérauts. — Ont-ils. Il fallait 57. — Bouté : porté. Bowter sous le nez : porter dans la bouche; familièrement : manger et boire. — Ont-ils, inversion de précédence et d'antériorité : après qu’ils ont. — Il fallait on/-5l.
409. Princes ; il fallait prince. — bestinés. Il fallait destiné. — Princes sont destinés à la mort. Prince, toujours vocatif dans l’envoi des ballades, est sujet ici, par une exception, où s’accuse la solennité de la pensée. .
410. Tous autres, vivanis. I] ne fallait pas d’s, et il fallait (uit.
S'ils en sont courcés n'atainés, Autant en emporte li vents: