TOC
Puisque papes, rois, fils de rois
Et conçus en ventres des reines, | Sont ensevelis morts et froids, 415 En autrui mains passant leurs règnes,
Moi, pauvre mercerot de Rennes,
Mourrai-je pas? Oui, se Dieu plaît.
Mais que j'aie fait mes étrennes,
Honnèête mort ne me déplaît. 420
Ce monde n’est perpétuel.
Quoi que pense riche pillard, Tous sommes sous mortel coutel.
Ce confort prend pauvre vieillard,
411. Ils, courcés, atainés : il ne fallait pas d’s. — Conrron : courroucés. — Ne: ni, pour ou. — Atainés : affligés.
413, 414 Fils de roi et conçus etc. Double apposition dont le sujet est omis.
415. Morts et froids : attributs joints au verbe ensevelir. Ce n’est pas une énumération. On les mit en terre morts et froids. 416. Autrui, génitif : d'autrui. — Règne : royaume. — En autrui mains passant leurs règnes : tandis que leurs royaumes passent aux mains d'autrui. 417. Mercerot : petit mercier. — Moi pauvre mercerot de Rennes : prosopopée. Le poète se substitue un personnage de fantaisie pour s'appliquer les leçons de la mort des grands : on ne sait pourquoi mercier, ni pourquoi de Rennes. ; 418. Mourrai-je pas ? Ne mourrai-je pas? Le futur n’est pas le sens. Est-ce que je vais m’étonner de mourir? — Si Dieu plaît : s’il plait à Dieu. 419. Mais que : pourvu que. — J'aie fait mes étrennes : j'aie vendu ma pacotille. Boutade plaisante. — Aie, deux syllabes, 420. Honnëte mort: une mort convenable. Le badinage continue. — Ne me déplaît : ne me déplait pas.
421. Ce monde : la vie en ce monde. — N'est : n’est pas. 422, Riche pillard : enrichi de rapines. — Quoi que pense. I1 s’agit de la pensée que suppose sa conduite, 423, Sommes : nous sommes, — Coutel : couteau. Nous sommes tous sous le couteau de mort.
424. Confort : consolation. — Prend : reçoit. Le sens. est celui-ci: C’est ce qui console le pauvre vieillard.
Lequel d'être plaisant raillard 425 Ot le bruit lorsque jeune était,
Qu'on tiendrait à fol et paillard,
Se vieil à railler se mettait.
Or lui convient-il mendier,
Car à ce force le contraint; 430 Regrette hui sa mortet hier;
Tristesse son cœur si étreint
Que souvent, n'était Dieu qu’il craint,
Il ferait un horrible fait.
Si advient qu'en ce Dieu enfreint, 435 Et que lui-même se défait.
Car s’en jeunesse il fut plaisant,
Ores plus rien ne dit qui plaise.
Toujours vieux singe est déplaisant,
Moue ne fait qui ne déplaise. 440
425, 426. Raillard : compagnon de débauche. — 0f : eut. — Le bruit :la réputation. — Lequel ot le bruit d'être plaisant raillard lorsqu'était jeune. Qui quand il était jeune eut renom de joyeux compère.
427, 428. Tenir à : regarder comme. — Paillard : un drôle. — Se : si. — Railler : faire la débauche. — Qu'on liendrait etc. Qu'on regarderait comme un fou et un drôle, si, vieux, il se mettait à faire la débauche.
429. Or : maintenant. — Lui convient=il : il lui faut. Car la nécessité le contraint à cela. , |
430. Regretle : il regrette. — Sa mort : de ne pas mourir. — Hui : aujourd'hui., — E! hier. Il voudrait mourir aujourd'hui; il voudrait être mort hier.
432, 434. La tristesse étreint son cœur de sorte que souvent, n'était la crainte de Dieu (qui le retient), il ferait une action horrible, il se tuerait.
435. Si: pourtant. — Advient : il advient. — Qu'en ce Dieu enfreint, Qu'il enfreint Dieu (le commandement de Dieu) en cela.