‹ Œuvres complètes de Villon publiées avec une introduction et des notesChapitre 9 sur 270 · Régnier, dans sa XI° satire · texte numérisé non relu

Régnier, dans sa XI° satire

Première en date des œuvres importantes du poète, le Petit Tes- ‘ tament ne présente que des ressources simples. Il n’use que d’un

vers et d’une strophe, et ne juxtapose que « deux tons, celui de l'élégie et celui de la satire : une amour contrariée faisant le motif de l’une, l’autre trouvant sa matière dans les legs ridicules dont il compose un testament, imposé par le départ où le réduit, à ce qu’il dit, la trahison de sa maîtresse.

Ce départ était véritable, il avait pour cause des méfaits que menaçait la rigueur des lois. Il a certainement donné l’idée d’une pièce, où le poète pouvait jeter à foison les brocards auxquels se complaisait sa veine et où sa malice trouvait son compte. Quoique les personnes qu’il nomme nous soient maintenant connues, l’allusion des legs nous échappe très souvent, ce qui diminue l'effet du poème. Presque tous cependant ont des traits pittoresques qui les rendent agréables à part l’allusion même, comme ceux dont il trace le portrait de Jacques Raguier au cabaret de la Pomme de pin. L’item des trois richards décrits en orphelins, celui des chanoines de Notre-Dame changés par badinage en pauvres clercs, parfaitement expliqués l’un et l’autre, sont un exemple du sel versé dans cette partie.

Deux traits plus abondants qu'ailleurs rappellent i ici la j jeunesse du poète : la mention des enseignes que les écoliers s’amusaient à décrocher, et dont il compose une partie de ses legs, avec les équi« voques qu’elles suggèrent, et l’allusion aux nippes que les mêmes écoliers laissaient en gage dans les auberges, faute d’ argent, et qu’il fallait ravoir ensuite. À ces souvenirs, le poète a joint le plaisant rappel d’un braconnage mené dans les fossés de la ville avec des compagnons de son espèce.

Deux tableaux accomplis ouvrent et ferment le poème : celui de l'hiver au commencement, et à la fin celui du sommeil qui saisit l’auteur en écrivant, suivi d'une peinture intérieure où les éclaircissements fournis par la philosophie de l'Ecole trouvent un usage aussi agréable qu'imprévu. L'ouvrage finit brusquement. La cloche de Sorbonne le termine. Quelque adresse que Villon ait mis à orner cela, il n’en est pas moins évident qu’il n’a pas eu le loisir d’achever son dessein, et cela peut expliquer qu'il l'ait recom-. mencé plus tard dans le Grand Testament.

Le petit porte sa date inscrite, 1556. Aussi longtemps qu'il n'y en eut pas d'autre, on l'appela simplement le Testament. C'est sous ce nom qu'il courut d’abord, ainsi qu’en témoigne le poète :

Je fis à mon partement Certains legs l'an cinquante-six, Qu'aucuns sans mon consentement Voulurent nommer testament,

Cette protestation badine ne devait pas empêcher le nom de se perpétuer jusqu’à nous.

Le poëte avait vingt-quatre ans quand il écrivit cet ouvrage. La maîtresse dont il feint que la rigueur en fut cause n’est pas connue.

L'an quatre cent cinquante-six,

Je, François Villon écolier,

Considérant de sens rassis,

Le frein aux dents, franc au collier,

Qu'on doit ses œuvres conseiller, 5 Comme Végèce le raconte :

Sage romain, grand conseiller,

Ou autrement il se mécompte,

En ce temps que j'ai dit devant, Sur le Noël morte saison, "10 Que les loups se vivent de vent,

Vers 1. Quatre cent cinquante-sir. Le millésime est omis : mil quatre cent cinquante-six.

4. Le frein aux dents : la main à la pâte. L'expression est dans Rabelais. — Franc au collier : travaillant volontiers comme les chevaux qui franchement tirent au collier (Marot).

5. Ses œuvres conseiller : soumettre à conseil, à réflexion, ses actes.

6. Comme Végèce le raconte. Au prologue de son livre de Re mililari, composé à la fin du rv° siècle et dont la traduction, œuvre de Jean de Meung, portait le nom d’Art de Chevalerie.

8. 11 : correspond au sujet indéterminé contenu dans ox qui précède, et signifie {out homme. On pourrait l'écrire homn.

@. Devant : avant. — Ce lemps que j'ai dit : 1456.

10, Le Noël, aous disons /a.

11. Que, conjonction de temps : alors que, quand. — Se vivent : vivent, se nourrissent.

LE PETIT TESTAMENT 53 Et qu’on se tient en sà Maison, Pouf lé frimas près du tison, Me vint un vouloir de briser La très aoureuse prisoh 15 Qui soulait mon cœur débriser.

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