‹ Œuvres complètes de VoltaireChapitre 243 sur 420 · AVERTISSEMENT DE BEUCHOT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT DE BEUCHOT

les Russies que Pierre le Grand descendait en droite ligne. » C'est juste, dit Lomonossoff; mais Pierre le Grand ne fut pas czar par la raison que son grand-père avait été patriarche. Voltaire n'a tenu aucun compte de cette critique ; mais il a fait son profit de toutes les autres, à en juger par celles qui sont conservées dans les journaux russes dont j'ai parlé.

Le volume de 1759 avait une préface divisée en six paragraphes. Le premier a été changé et divisé en deux : les autres forment à présent les paragraphes m à vu de la Préface historique et critique.

L'ouvrage était en circulation depuis peu de temps, lorsqu'on vit paraître une Lettre du czar Pierre à M. de Voltaire sur son Histoire de Russie, 1761, in-12 de 39 pages. Ce pamphlet, sorti des presses de Dalles, à Toulouse, avait pour auteur La Beaumelle, qui depuis longtemps s'acharnait sur Voltaire, et qui, suivant son usage, remplit son écrit de passion et de personnalités.

Dans sa lettre à Schouvaloff, du 41 juin 4764, Voltaire accuse réception de Remarques sur le premier tome de l'Histoire de Russie. Ces remarques avaient été imprimées, en 4760 et 4761, dans les premier et deuxième volumes du Nouveau Magasin des sciejices utiles, qui se publiait à Hambourg; elles sont de Gérard-Frédéric Muller, né en 4705, mort en 4783 *. Voltaire ne savait pas qui en était l'auteur ; mais à sa manière d'écrire certains noms, à sa prodigalité des s, c, k^ h, il pensait que ce devait être un Allemand : il ne se trompait pas, comme on voit ; et, plus piqué que convaincu de ses critiques, il lui souhaitait plus d'esprit et moins de consonnes.

C'est probablement de la même main que sont les Observations extraites d'un journal de Hambourg, rapportées dans le Journal encyclopédique, du 4" décembre 4762, avec des notes qui semblent avoir été dictées par Voltaire. C'est à quelques-unes de ces observations que répondait Voltaii'e dans le passage qui fait partie de la note de la page 389.

La seconde pai-tie de V Histoire de Russie ne vit le jour qu'en 1763. L'auteur, pour la terminer, interrompit ses Commentaires sur Corneille. En tête de cette seconde partie était une préface intitulée Au lecteur, dont la partie conservée forme, depuis 4768, le paragraphe viii de la Préface historique et critique de V^oltaire (voyez pages 389 et suivantes). J'ai mis en variante la partie qui avait été retranchée, lorsqu'en 4768 l'auteur fondit en une seule les deux préfaces de 4759 et 4763.

C'est dans la préface de 4763 (aujourd'hui paragraphe viii) qu'il est question de l'exil en Sibérie de Charles de Talleyrand, prince de Chalais. Voltaire discute et conteste l'ambassade auprès d'Ivan Basilovitz, dont on prétend que Charles de Talleyrand fut chargé. Malgré les justes raisonnements de Voltaire, celte fable a été répétée depuis. P.-C. Levesque, qui, auteur d'une Histoire de Russie, n'était pas fâché de prendre Voltaire en défaut, a lu, en 4796, à l'Institut, un mémoire sur les anciennes relations de la France avec la Russie, et il fait tout son possible pour accréditer le

\, C'est le même à qui est adressée la lettre latine qu'on trouvera dans la Cof" respondance, à la date du 28 juin 1746.

AVERTlSSEiMENT DE BEDCHOT. 375

récit d'Oléarius sur l'ambassade et l'exil de Talleyrand. Or, de ces deux circonstances, Texil n'est contesté ni par Voltaire ni par personne. La difficulté réelle porte uniquement sur le titre d'ambassadeur du toi de France, donné par Oléarius à Talleyrand. Ce titre ayant encore été donné à Talleyrand, dans un article d'un journal français, du 29 mars 4827, le prince russe A. Labanoff publia une Lettre à M. le rédacteur du Globe, au sujet de la prétendue ambassade en Russie de Charles de Talleyrand, Paris, F. Didot, in-8"; seconde édition, augmentée d'un post-scriptum, contenant une Lettre de Louis XIII, 1828, in-8°. Le prince Labanoff appuie l'opinion de V^oltaire, et réfute celle de Levesque. La question de l'ambassade est tranchée par la lettre de Louis XIII, du 3 mars 1635, adressée à l'empereur et grand-duc Michel Fœdorovitz. Le roi de France réclame Talleyrand comme son sujet, mais dit qu'il était arrivé à Moscou de ta part de Delhlem Gabor, C'était donc de Bethlem Gabor ( prince de Transylvanie, comme le dit le prince Labanoff), et non du roi de France, que Talleyrand tenait sa mission ou ambassade.

La lettre de Louis XIH avait été publiée, en 1782, avec des Éclaircisse^ ments, par G. -F. Muller, dans le tome XVI du Magasin pour l'histoire et la géographie, par Busching; l'article est intitulé Éclaircissements sur une lettre du roi de France Louis XIII, etc. Ces Éclaircissements^ publiés peu avant la mort de Muller, mais quatre ans après celle de Voltaire, qui ne pouvait ni en profiter ni y répondre, ont dû cependant être écrits en 1763, puisque Muller parle du tome second de V Histoire de Russie, comme venant de paraître. L'humeur contre Voltaire perce à chaque phrase, et va (page 351 ) jusqu'à reprocher à Voltaire de répéter la fable du chapeau cloué sur la téta d'un ambassadeur. Lorsque Voltaire parla, en 1759 (voyez pages 420-421 ), du chapeau cloué, ce fut comme d'un con^c; lorsqu'il en parla en 1763 fvoyez page 391), ce fut comme d'un mensonge. Je ne prétends pas que Voltaire soit infaillible ; mais on voit que parfois ses détracteurs sont bien injustes.

La première partie de V Histoire de Russie avait dix-neuf chapitres; la seconde n'en a que seize, mais ils sont suivis de Pièces justificatives concernant cette histoire.

Une critique de la seconde partie se trouve dans le recueil allemand de Busching, ayant pour titre : Pièces et Nouvelles littéraires de la Russie,

Au chapitre m de la seconde partie (voyez page 535), Voltaire cite, sans le nommer, un ministre dont on a imprimé des Mémoires sur la cour de Russie. Ce ministre doit être Weber, ambassadeur ou envoyé de Saxe. C'est du moins à ce Weber que Mylius {Bibl, anonymorum, n® 846, page 147, et n*» 2370, page 302) attribue un ouvrage allemand, publié en 1721, in-4®, dont il existe deux traductions françaises : l'une sous le titre de Mémoires pour servir à l'histoire de Vempire russien, sous le règne de Pierre le Grand, La Haye, 1 725, in-1 2 ; l'autre intitulée Nouveaux; Mémoires sur Vétat présent de la Grande-Russie ou Moscovie, Paris, 2 volumes in-1 2.

Palissot, qui a donné une édition peu estimée des Œuvres choisies de Voltaire en 55 volumes in-S», a ajouté à V Histoire de l'empire de Russie

Page 1