‹ Œuvres complètes de VoltaireChapitre 246 sur 420 · II · texte numérisé non relu

II

Le public a quelques prétendues histoires de Pierre le Grand ; la plupart ont été composées sur des gazettes. Celle qu'on a donnée à Amsterdam, en quatre volumes, sous le nom du boïard Nestesu-

1. Le czar Pierre avait des États immenses, beaucoup d'hommes et de productions ; il forma une armée et une flotte, et dès lors il eut formé un puissant empire. Rome n*était qu'un village, et en quatre siècles de victoires continuelles elle forma un empire six fois plus peuplé que celui de Russie et six fois plus grand, si on ne compte pas les déserts pour des provinces. (K.)

2. Il était archevêque de Twer; voyez la lettre de Voltaire à Catherine, du 15 mai 1771.

3. Dans l'article Église do ses Questions sur l'Encyclopédie, publié en 1771, et faisant partie du Dictionnaire philosophique. Voltaire avait parlé des « sermons que l'ancien Platon grec n'aurait pas désavoués » ; mais il n'en citait aucun trait. (B.)

4. Jean Schouvaloff, fiU du favori de la czarine Elisabeth, Pierre Schouvaloff, avait la direction des arts en Russie. H vint saluer Voltaire à Ferney de la part de Catherine II en 1763. (G. A.) — On trouvera dans la Correspondance y aax années 1757 à 1762, 1767, 1768, 1769, 1771 et 1773, un assez grand nombre de lettres de Voltaire à ce seigneur russe.

ranoy, est une de ces fraudes typographiques trop communes ^ Tels sont les Mémoires d'Espagne, sous le nom de don Juan de Colmenar; VHistoire de Louis XIV, composée parle jésuite La Motte sur de prétendus mémoires d'un ministre d'État, et attribuée à La Martinière; telles sont l'histoire de l'empereur Charles VI, et celle du prince Eugène, et tant d'autres.

C'est ainsi qu'on a fait servir le bel art de l'imprimerie au plus méprisable des commerces. Un libraire de Hollande commande un livre comme un manufacturier fait fabriquer des étoffes ; et il se trouve malheureusement des écrivains que la nécessité force de vendre leur peine à ces marchands, comme des ouvriers à leurs gages : de là tous ces insipides panégyriques et ces libelles diffamatoires dont le public est surchargé ; c'est un des vices les plus honteux de notre siècle.

Jamais l'histoire n'eut plus besoin de preuves authentiques que dans nos jours, où l'on trafique si insolemment du mensonge. L'auteur qui donne au public VHistoire de l'empire de Russie sous Pierre le Grand est le même qui écrivit, il y a trente ans, VHistoire de Charles XII sur les Mémoires de plusieurs personnes publiques qui avaient longtemps vécu auprès de ce monarque. La présente histoire est une confirmation et un supplément de la première.

On se croit obligé ici, par respect pour le public et pour la vérité, de mettre au jour un témoignage irrécusable, qui apprendra quelle foi on doit ajouter à VHistoire de Charles XII.

11 n'y a pas longtemps que le roi de Pologne, duc de Lorraine, se faisait relire cet ouvrage à Commercy ; il fut si frappé de la vérité de tant de faits dont il avait été le témoin, et si indigné de la hardiesse avec laquelle on les a combattus dans quelques libelles et dans quelques journaux, qu'il voulut fortifier par le sceau de son témoignage la créance que mérite l'historien, et que, ne pouvant écrire lui-même, il ordonna à un de ses grands officiers d'en dresser un acte authentique *.

Cet acte envoyé à l'auteur lui causa une surprise d'autant plus agréable qu'il venait d'un roi aussi instruit de tous ces événements que Charles XII lui-même, et qui d'ailleurs est connu dans l'Europe par son amour pour le vrai, autant que par sa bienfaisance.

i. Les Mémoires du règne de Pierre /«*', 5 voU, 1728, soot do Roussel de Miss}-, protestant réfugié en Hollande. (G. A.)

2. Dans Tédition originale, ou de 1750, il y avait : « Ordonna à un de ses grands officiers de dresser Tacte suivant. » Puis était rapportée la lettre du comte de Tressan, qu*on a lue à la page 142 du présent volume, et quMI était inutile de répéter ici. Cette disposition et le texte actuel sont de 1768, dans Tédition in-4'^. (B.)

On a une foule de témoignages aussi incontestablessur l'histoire du siècle de Louis XIV S ouvrage non moins vrai et non moins important, qui respire Famour de la patrie, mais dans lequel cet esprit de patriotisme n'a rien dérobé à la vérité, et n'a jamais ni outré le bien, ni déguisé le mal ; ouvrage composé sans intérêt, sans crainte et sans espérance, par un homme que sa situation met en état de ne flatter personne.

Il y a peu de citations dans le Siècle de Louis XIV, parce que les événements des premières années, connus de tout le monde, n'avaient besoin que d'être mis dans leur jour, et que l'auteur a été témoin des derniers. Au contraire, on cite toujours ses garants dans V Histoire de l^ empire de Russie, et le premier de ces témoins, c'est Pierre le Grand lui-même.

Page 1