‹ Œuvres complètes de VoltaireChapitre 268 sur 420 · En russe, Tobolskoy. {Id · texte numérisé non relu

En russe, Tobolskoy. {Id

3. Dtns la variante rapportée page 389^ Voltaire dit qu^on peut substituer une peau d'ours à la peau de mouton, (B.)

adorer dans remblëme de cet animal la divinité qui Ta fait naître pour rhomme. Quelques auteurs prétendent que ces Ostiaks adorent une peau d'ours, attendu qu'elle est plus chaude que celle de mouton ; il se peut qu'ils n'adorent ni l'une ni l'autre.

Les Ostiaks ont aussi d'autres idoles dont ni l'origine ni le vculte ne méritent pas plus notre attention que leurs adorateurs. On a fait chez eux quelques chrétiens vers l'an 1712 ; ceux-là sont chrétiens comme nos paysans les plus grossiers, sans savoir ce qu'ils sont. Plusieurs auteurs prétendent que ce peuple est originaire de la grande Permie ; mais cette grande Permie est presque déserte : pourquoi ses habitants se seraient-ils établis si loin et si mal ? Ces obscurités ne valent pas nos recherches. Tout peuple qui n'a point cultivé les arts doit être condamné à être inconnu.

C'est surtout chez ces Ostiaks, chez les Durâtes, et les Jakutes, leurs voisins, qu'on trouve souvent dans la terre de cet ivoire dont on n'a jamais pu savoir l'origine : les uns le croient un ivoire fossile ; les autres, les dents d'une espèce d'éléphant dont la race est détruite. Dans quel pays ne trouve-t-on pas des productions de la nature qui étonnent et qui confondent la philosophie?

Plusieurs montagnes de ces contrées sont remplies de cet amiante, de ce lin incombustible dont on fait tantôt de la toile, tantôt une espèce de papier.

Au midi des Ostiaks sont les Durâtes, autre peuple qu'on n'a pas encore rendu chrétien. A l'est il y a plusieurs hordes qu'on n'a pu entièrement soumettre. Aucun de ces peuples n'a la moindre connaissance du calendrier. Ils comptent par neiges, et non par la marche apparente du soleil : comme il neige régulièrement et longtemps chaque hiver, ils disent je suis âgé de tant de neiges, comme nous disons j'ai tant d'années.

Je dois rapporter ici ce que raconte l'officier suédois Stralemberg, qui, ayant été pris à Pultava, passa quinze ans en Sibérie, et la parcourut tout entière ; il dit qu'il y a encore des restes d'un ancien peuple dont la peau est bigarrée et tachetée ; qu'il a vu des hommes de cette race ; et ce fait m'a été confirmé par des Russes nés à Tobolsk. Il semble que la variété des espèces humaines ait beaucoup diminué ; on trouve peu de ces races singulières que probablement les autres ont exterminées : par exemple, il y a très-peu de ces Maures blancs ou de ces Albinos, dont un a été présenté à l'Académie des sciences de Paris *, et que j'ai vu.

i. En 1744; voyez dans les Mélanges , à cette date, la Belation concernant un Maure blanc, — Les Albinos ne sont pas une race particulière, ainsi qu*on Ta déjà

Il eu est ainsi de plusieurs animaux dont l'espèce est très-rare.

Quant aux Borandi^ns, dont il est parlé souvent dans la savante Histoire du jardin du Roi* de France, mes Mémoires disent que ce peuple est absolument inconnu.

Tout le midi de ces contrées est peuplé de nombreuses hordes de Tartares. Les anciens Turcs sont sortis de cette Tartarie pour aller subjuguer tous les pays dont ils sont aujourd'hui en possession. Les Galmoucks, les iMonguls, sont ces mêmes Scythes qui, conduits par Madiès, s'emparèrent de la haute Asie, et vainquirent le roi des Mèdes Gyaxares. Ce sont eux que Gengis-kan et ses enfants menèrent depuis jusqu'en Allemagne, et qui formèrent l'empire du Mogol sous Tamerlan. Ces peuples sontun grand exemple des changements arrivés chez toutes les nations. Quelques-unes de leurs hordes, loin d'être redoutables, sont devenues vassales de la Russie.

Telle est une nation de Calmoucks qui habite entre la Sibérie et la mer Caspienne. C'est là qu'on a trouvé, en 1720, une maison souterraine de pierre, des urnes, des lampes, des pendants d'oreilles, une statue équestre d'un prince oriental portant un diadème sur sa tête, deux femmes assises sur des trônes, un rouleau de manuscrits envoyé par Pierre le Grand à l'Académie des inscriptions de Paris, et reconnu pour être en langue du Thibet : tous témoignages singuliers que les arts ont habité ce pays aujourd'hui barbare, et preuves subsistantes de ce qu'a dit Pierre le Grand plus d'une fois, que les arts avaient fait le tour du monde.

La dernière province est le Kamtschatka, le pays le plus oriental du continent ^ Le nord de cette contrée fournit aussi de belles fourrures; les habitants s'en revêtaient l'hiver, et marchaient nus l'été. On fut surpris de trouver dans les parties méridionales des hommes avec de longues barbes, tandis que dans les parties septentrionales, depuis le pays des Samoyèdes jusqu'à l'embouchure du fleuve Amour ou Amur, les hommes n'ont pas plus de barbe que les Américains. C'est ainsi que dans l'empire de Russie il y a plus de différentes espèces, plus de singularités, plus de mœurs différentes que dans aucun pays de l'univers.

fait remarquer dans rintrodactioo à VEssai sur les Mœurs (tome XI, page 6), où Voltaire a reproduit quelques-unes des idées qu*on trouve daus ce paragraphe.

i. Par Biiffon.

2. En 1759, on lisait ici cette phrase : « Les habitants étaient absolument sans religion quand on Ta découvert. Le Kord, etc. » bile devait disparaître lo rsde Tinsertion faite, dès 1768, des sept alinéas qui suivent celui-ci. (B.)

* Des mémoires récents m'apprennent que ce peuple sauvage a aussi ses théologiens, qui font descendre les habitants de cette presqu'île d'une espèce d'être supérieur qu'ils appellent Kouthou. Ces Mémoires disent qu'ils ne lui rendent aucun culte, qu'ils ne l'aiment ni ne le craignent.

Ainsi ils auraient une mythologie, et ils n'ont point de religion ; cela pourrait être vrai, et n'est guère vraisemblable : la crainte est l'attribut naturel des hommes. On prétend que dans leurs absurdités ils distinguent des choses permises et des choses défendues : ce qui est permis, c'est de satisfaire toutes ses passions ; ce qui est défendu, c'est d'aiguiser un couteau ou une hache quand on est en voyage, et de sauver un homme qui se noie. Si en effet c'est un péché parmi eux de sauver la vie à son prochain, ils sont en cela différents de tous les hommes, qui courent par instinct au secours de leurs semblables quand l'intérêt ou la passion ne corrompt pas en eux ce penchant naturel. Il semble qu'on ne pourrait parvenir à faire un crime d'une action si commune et si nécessaire qu'elle n'est pas même une vertu, que par une philosophie également fausse et superstitieuse, qui persuaderait qu'il ne faut pas s'opposer à la providence, et qu'un homme destiné par le ciel à et renoyé ne doit pas être secouru par un homme ; mais les barbares sont bien loin d'avoir même une fausse philosophie.

Cependant ils célèbrent, dit-on, une grande fête, qu'ils appellent dans leur langage d'un mot qui signifie purification; mais de quoi se puriQent-ils si tout leur est permis? et pourquoi se puriûent-ils s'ils ne craignent ni n'aiment leur dieu Kouthou ?

Il y a sans doute des contradictions dans leurs idées, comme dans celles de presque tous les peuples ; les leurs sont un défaut d'esprit, et les nôtres eu sont un abus ; nous avons beaucoup plus de contradictions qu'eux, parce que nous avons pins raisonné.

Comme ils ont une espèce de dieu, ils ont aussi des démons; enfin il y a parmi eux des sorciers, ainsi qu'il y en a toujours eu chez toutes les nations les plus policées. Ce sont les vieilles qui sont sorcières dans le Kamtschatka, comme elles l'étaient parmi nous avant que la saine physique nous éclairât. C'est donc partout l'apanage de Tesprit humain d'avoir des idées absurdes, fondées sur notre curiosité et sur notre faiblesse. Les Kamtschaikales

L Cet alinéa et les six qui le suivent snat dé 1763; ils étaient alors dans la préface Au lecteur, dont j'ai parié dans ma note, page 380. Ils ont été iutercal&i ici dès I7b8. (B.)

ont aussi des prophètes qui expliquent les songes ; et il n'y a pas longtemps que nous n'en avons plus.

Depuis que la cour de Russie a assujetti ces peuples en bâtissant cinq forteresses dans leur pays, on leur a annoncé la religion grecque. Un gentilhomme russe très-instruit m'a dit qu'une de leurs grandes objections était que ce culte ne pouvait être fait pour eux, puisque le pain et le vin sont nécessaires à nos mystères, et qu'ils ne peuvent avoir ni pain ni vin dans leur pays.

Ce peuple d'ailleurs mérite peu d'observations ; je n'en ferai qu'une : c'est que, si on jette les yeux sur les trois quarts de FAmérique, sur toute la partie méridionale de l'Afrique, sur le Nord, depuis la Laponie jusqu'aux mers du Japon, on trouve que la moitié du genre humain n'est pas au-dessus des peuples du Kamtschatka.

D'abord un officier cosaque alla par terre de la Sibérie au Kamtschatka, en 1701, par ordre de Pierre, qui, après la malheureuse journée de Narva, étendait encore ses soins d'un bord du continent à l'autre. Ensuite, en 1725, quelque temps avant que la mort le surprit au milieu de ses grands projets, il envoya le capitaine Bering, danois, avec ordre exprès d'aller par la mer du Kamtschatka sur les terres de l'Amérique, si cette entreprise était praticable. Bering ne put réussir dans sa première navigation. L'impératrice Anne l'y envoya encore en 1733. Spengenberg, capitaine de vaisseau, associé à ce voyage, partit le premier du Kamtschatka ; mais il ne put se mettre en mer qu'en 1739, tant il avait fallu de temps pour arriver au port où l'on s'embarqua, pour y construire des vaisseaux, pour les gréer et les fournir des choses nécessaires. Spengenberg pénétra jusqu'au nord du Japon par un détroit que forme une longue suite d'Iles, et revint sans avoir découvert que ce passage.

En 1741, Bering courut cette mer accompagné de l'astronome Delisle de La Croyère, de cette famille Delisle qui a produit de si savants géographes ; un autre capitaine allait de son côté à la découverte. Bering et lui atteignirent les côtes de l'Amérique, au nord de la Californie. Ce passage^ si longtemps cherché par les mers du Nord, fut donc enfin découvert* ; mais on ne trouva nul secours sur ces côtes désertes. L'eau douce manqua ; le scorbut

1. La découverte importante de Bering est celle du détroit qui porte son nom, et qui sépare l'Asie de TAmériqûe vers le soixante-septième degré de latitude nord; point essentiel de géographie, jusqu'alors très-problématique, et qu'il a le premier constaté d'une manière certaine. (Note de Decroix.)

fit périr une partie de l'équipage : on vit, Tespace de cent milles, les rivages septentrionaux de la Californie; on aperçut des canots de cuir qui portaient des hommes semblables aux Canadiens. Tout fut infructueux. Bering mourut dans une île à laquelle il donna son nom. L'autre capitaine, se trouvant plus près de la Californie, fit descendre à terre dix hommes de son équipage; ils ne reparurent plus. Le capitaine fut forcé de regagner le Kamtschatka après les avoir attendus inutilement, et Delisle expira en descendant à terre. Ces désastres sont la destinée de presque toutes les premières tentatives sur les mers septentrionales. On ne sait pas encore quel fruit on tirera de ces découvertes si pénibles et si dangereuses.

Nous avons marqué tout ce qui compose en général la domination de la Russie depuis la Finlande à la mer du Japon. Toutes les grandes parties de cet empire ont été unies en divers temps, comme dans tous les autres royaumes du monde. Des Scythes, des Huns, des Massagètes, des Slavons, des Cimbres, des Gètes, des Sarmates, sont aujourd'hui les sujets des czars; les Russes proprement dits sont les anciens Roxelans ou Slavons.

Si l'on y fait réflexion, la plupart des autres États sont ainsi composés. La France est un assemblage de Goths, de Danois appelés Normands, de Germains septentrionaux appelés Bourguignons, de Francs, d'Allemands, de quelques Romains mêlés aux anciens Celtes. Il y a dans Rome et dans l'Italie beaucoup de familles descendues des peuples du nord, et l'on n'en connaît aucune des anciens Romains. Le souverain pontife est souvent le rejeton d'un Lombard, d'un Goth, d'un Teuton, ou d'un Cimbre. Les Espagnols sont une race d'Arabes, de Carthaginois, de Juifs, de Tyriens, de Visigoths, de Vandales, incorporés avec les habitants du pays. Quand les nations se sont ainsi mêlées, elles sont longtemps à se civiliser, et même à former leur langage : les unes se policentplus tôt, les autres plus tard. La police et les arts s'établissent si difficilement, les révolutions ruinent si souvent l'édifice commencé, que si l'on doit s'étonner, c'est que la plupart des nations ne vivent pas en Tartares.

«f« PIEMlfeKE PAITIE. — CVAPITBE IL

serre »c L% mË.*cM,irtWM mm v% ecssii. F*riLATi»s, rixAXCKSv AftviKS»

C^AftCf, ECLKroV. <TAT »K LA BCSSIC AYAST PTCEIK LC CBA!

PliB OB pays est cnilisè, ph» il est pevplé. Ainsi la Chine el flBde soDl les pins peopWs de tous les empîr», parce qu'après la saltitode des réfoliilioos qui ont chaDgé la face de la terre, les Chinois et les Indiens ont formé le corps de peuple le ptas aaciennement policé que noos connaiasioas. Lear goaTemeawnt a pins de quatre mille ans d'antiquité; ce qui suppose, eomaM mi fa dit ' , des essais et des elforts tentés dans des siècles précédents. Les Russes sont Tenus tard ; et ayant introduit chei au les arts tout perfectionnés, il est arriré qulk ont lait plus de progrès en cinquante ans qu'aucune nation n^en aiait fait par dle-méme en cinq cents années. Le pays n^est pas peuplé à proportion de son étendue, il s'en Haut beaucoup ; mais tel qull est, il possède autant de sujets quaucun État chrétien.

Je peoi, d'après les rôles de la capitation et du dénombrement des marchands, des artisans, des paysans mâles, assurer qu'anjounThui la Russie contient au moins fingt-quatre millions dli»bitaots. De ces riogl-qualre millions d'hommes la plupart sont des serfs comme dans la Pologne, dans plusieurs profinces de FAilemagne, et autrefois dans presque toote TEurope. On compte en Russie et en Pol^^ne les richesses d'un gentilhomme et d'un ecclésiastique, non par leur reyenn en argent, mais par le nombre de leurs esclaves.

Voîci ce qui résulte d'un dénombrement fait en 17&7 des mâles qui payaient la capitation.

Harchand- I9S,000

Oo%ncrs 16,300

Fayàanà iocorpores avec \eé marcbamlà et les ouvriers .... I,S50 Raysanâ apfieleâ odoma$k'i, qui contribaent à Feotreilea de la

milice 430,îtO

Antres qai n'y cootriboeiit pas 16,0x0

Carriers de diSëreots métiers, dont les (>arents soot iocoooiis. . 1,000

Afltres qoi m sooi point incorporés dacs les disses des meiiefs. 4,7iiO

A reparier. . . . 679,4^0

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