RELIGION
soberge, envoya un évêque baptiser Vladimir, pour ajouter à son patriarcat cette partie du mondée
Vladimir acheva donc Pouvrage commencé par son aïeule. Un Grec fut le premier métropolitain de Russie ou patriarche. C'est de là que les Russes ont adopté dans leur langue un alphabet tiré en partie du grec ; ils y auraient gagné, si le fond de leur langue, qui est la slavone, n'était toujours demeuré le même, à quelques mots près qui concernent leur liturgie et leur hiérarchie*. Un des patriarches grecs, nommé Jérémie, ayant un procès au divan, et étant venu à Moscou demander des secours, renonça enfin à sa prétention sur les Églises russes, et sacra patriarche l'archevêque de Novogorod, nommé Job, en 1588.
Depuis ce temps l'Église russe fut aussi indépendante que son empire. Il était en effet dangereux, honteux, et ridicule, que l'Église russe dépendit d'une Église grecque esclave des Turcs. Le patriarche de Russie fut dès lors sacré par les évéques russes, non par le patriarche de Gonstantinople. Il eut rang dans l'Église grecque après celui de Jérusalem ; mais il fut en effet le seul patriarche libre et puissant, et par conséquent le seul réel. Geuxde Jérusalem, de Gonstantinople, d'Antioche, d'Alexandrie, ne sont que les chefs mercenaires et avilis d'une Église esclave des Turcs. Ceux même d'Antioche et de Jérusalem ne sont plus regardés comme patriarches, et n'ont pas plus de crédit que les rabbins des synagogues établies en Turquie.
C'est d'un homme devenu patriarche de toutes les Russîes que descendait Pierre le Grand en droite ligne'. Bientôt ces premiers prélats voulurent partager l'autorité des czars. C'était peu que le souverain marchât nu-tête une fois l'an devant le patriarche, en conduisant son cheval par la bride. Ces respects extérieurs ne servent qu'à irriter la soif de la domination. Cette fureur de dominer causa de grands troubles comme ailleurs.
1. Tiré d*un manuscrit particulier, intitulé Du Gouvernement ecclésiastique de Russie, (Note de Voltaire,)
2. Dans la première édition, au lieu de la dernière phrase de cet alinéa, on lisait : « Le patriarche Photius, si célèbre par son érudition immense, par ses querelles avec TËglise romaine et par ses malheurs, envoya baptiser Volodimer, pour ajouter à son patriarcat cette partie du monde. » Cette faute de faire PhotiuS contemporain de la princesse Olha fut indiquée par un Russe à Voltaire, qui dit d'abord qu'au lieu de Photius, il fallait lire Polyeucte (voyez sa lettre à Schouvaloff, du 11 juin 1761), et changea ce passage dès 1768; au lieu de Vladimir, Voltaire écrivait Volodimer. (B.)
3. « C'est juste, remarqua le Russe Lomonossoff,à qui l'on soumettait le manuscrit de Voltaire avant l'impression ; mais Pierre le Grand ne fut pas czar par la raison, que son grand-père avait été patriarche. »
Le patriarche Nicou, que les moines regardent comme un saint, et qui siégeait du temps d'Alexis, père de Pierre le Grand, voulat élever sa chaire au-dessus du trône; non-seulement il usurpait le droit de s'asseoir dans le sénat à côté du czar, mais il prétendait qu'on ne pouvait faire ni la guerre ni la paix sans son consentement. Son autorité, soutenue par ses richesses et par ses intrigues, par le clergé et par le peuple, tenait son maître dans une espèce de sujétion. Il osa excommunier quelques sénateurs qui s'opposèrent à ses excès, et enûn Alexis, qui ne se sentait pas assez puissant pour le déposer par sa seule autorité, fut obligé de convoquer un synode de tous les évêques. On l'accusa d'avoir reçu de l'argent des Polonais; on le déposa; on le conûna pour le reste de ses jours dans un cloître, et les prélats élurent un autre patriarche.
Il y eut toujours, depuis la naissance du christianisme en Russie, quelques sectes, ainsi que dans les autres États : car les sectes sont souvent le fruit de l'ignorance, aussi bien que de la science prétendue. Mais la Russie est le seul grand État chrétien où la religion n'ait pas excité de guerres civiles, quoiqu'elle ait produit quelques tumultes.
La secte de ces raskolnikis, composée aujourd'hui d'environ deux mille mâles, et de laquelle il est fait mention dans le dénombrement S est la plus ancienne; elle s'établit, dès le xii* siècle, par des. zélés qui avaient quelque connaissance du Nouveau Testament; ils eurent et ont encore la prétention de tous les sectaires, celle de le suivre à la lettre, accusant tous les autres chrétiens de relâchement, ne voulant point souffrir qu'un prêtre qui a bu de l'eau -de-vie confère le baptême, assurant avec Jésus-Christ qu'il n'y a ni premier ni dernier parmi les fidèles, et surtout qu'un fidèle peut se tuer pour l'amour de son Sauveur. C'est, selon eux, un très-grand péché de dire alléluia trois fois; il ne faut le dire que deux, et ne donner jamais la bénédiction qu'avec trois doigts. Nulle société d'ailleurs n'est ni plus réglée ni plus sévère dans ses mœurs : ils vivent comme les quakers*, mais ils n'admettent point comme eux les autres chrétiens dans leurs assemblées; c'est ce qui fait que les autres leur ont imputé toutes les abominations dont les païens accusèrent les premiers Galiléens, dont ceux-ci chargèrent les gnostiques, dont les catholiques ont chargé les protestants. On leur a souvent imputé d'égorger un enfant, de
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