‹ Œuvres complètes der A.F Ozanam (volume 3)Chapitre 12 sur 24 · AUX GENS DE BIEN · texte numérisé non relu

AUX GENS DE BIEN

Septembre 1848.

Le lendemain des journées de Juin, quand les ruines du clos Saint-Lazare et de la Bastille fumaient encore, F Ère nouvelle, qu'une popularité inattendue répandait dans les faubourgs de Paris, en profitait pour s'adresser aux insurgés désarmés, pour leur tenir uii^langage qui ne les ménageait pas, qui ne les irritait pas, et pour leur apprendre à mieux connaître désormais les grands coupables qui les avaient trompés. Les gens de bien louèrent la fermeté de nos paroles, ils nous firent Thonneur d'y trouver quelque chaleur de cœur et une sincère passion des intérêts du peuple. Aujourd'hui nous leur demandons la même indulgence, car c'est à eux que nous avons affaire. Maintenant que l'appareil des bivouacs n'attriste plus nos boulevards, maintenant que l'orage parlementaire de l'enquête s'est déchargé de tout ce qu'il portait de foudres, il nous est permis de ne plus taire des vérités qui ont cessé d'être dangereuses, et d'adresser aux bons citoyens une page plus émue que de coutume, sans crainle

Sai NËI.ANGES.

que les mauvais la ramassent el qu'elle serre â bourrer les fusils des barricades.

On a dit aux gens de bien qu'ils avaient sauvé la France, et nous ne trouvons pas qu'on les ait flattés, car les gens de bien sont, à notre avis, la France même, moins les égoïstes et les factieux. C'est l'immense majorité des huit millions d'électeurs qui ont donné au pays son assemblée ; ce sont les liuil cent mille gardes nationaux qui se levaient en juin ponr la défendre. Mais il ne suffit pas d'avoir sativé la France une ou plusieurs fois : un grand pays a besoin d'être sauvé tous les jours. La Providence, qui a résolu de nous tenir en haleine, permet que le péril succède au péril. Vous allez el vcne!! tranquillement d'un bout à l'autre de la ville pacifiée; Mais le danger, que vous vous félicitez de ne plus voir dans les rues, s'est caché dans les greniers des maisons qui les bordent. Vous avez écrasé la révolte : il vous reste un ennemi que vous ne connaissez pas assez, dont vous n'aimez pas qu'on vous entretienne, et dont nous avons résolu de vous parler aujourd'hui : la misère.

Vous avez voulu la dissolution des ateliers nationaux, et vous avez raison. Vous vous réjouissez de ne plus voir les jardins publics encombrés de travailleurs jouant au bouchon la paye de leur oisi-

é, et Ici plnees sillonnées par des bandes d'où-

vriers réunis sous un drapeau où l'organisation du travail était inscrite, et qui en portait la ruine dans ses plis. Mais, parce que les jardins et les places sont vides, pensez-vous que les ateliers particuliers soient pleins, et qu'il ait suffi, comme les habiles l'assuraient, de licencier les chantiers de la nation pour faire sortir de terre les constructions, battre les métiers des tisserands, et fumer les cbeminées de toutes les usines? Voici deux mois que l'industrie jouit de cette paix qui devait lui rendre la vie, et à Paris le nombre des individus sans travail qu'il faut sauver de la faim est encore de deux cent soixantesept mille.

On les assiste, en effet, et peut-être le souvenir des cinq millions votés dans ce but et dont vous supportez votre part calme votre conscience et satisfait votre humanité. Mais ceux qui ont l'honneur d'être les distributeurs des secours publics sont moins rassurés. Ils entrent, par exemple, dans le douzième arrondissement, l'une des places de guerre de l'insurrection, et sur quatre-vingt-dix mille habitants environ, ils trouvent huit mille ménages inscrits au bureau de bienfaisance, vingt et un mille neuf cent quatre-vingt-douze secourus extraordinairement, en tout soixante et dix mille personnes environ vivant du pain précaire de l'aumône. La moitié de ces quartiers, toute la Montagne-Sainte-

UÊLANCES.

Geneviève et tout le voisinage des Gobelins, se composent de rues étroites, tortueuses, où le soleil ne pénètre jamais, où une voiture ne s'engagerait pas Bans danger, oi'i un homme en frac ne passe pas sans foire événement et sans attirer sur les portes des groupes d'enfants nus et de femmes eu haillons. Des deux côtés d'un ruisseau infeci, s'élèvent des maisonsi'de cinq étages, dont plusieurs réunissent jusqu'à cinquante familles. Des cliamlires basses, humides, nauséabondes, sont louées à raison de un franc cinquante centimes par semaine quand elles sont pourvues d'une cheminée, et de un franc vingt-cinq centimes quand elles en manquent, \ucun papier, souvent pas un meuble ne cnche la nudité de leurs tristes murs. Dans une maison de la rue des Lyonnais, qui nous est connue, dix ménages n'avaient plus de bois de lit. Au fond d'une sorte de cave, habitait une famille sans autrecouche qu'un peu de paille sur le sol décarrelé, sans autre mobilier qu'une corde qui traversait la {ùèce ; ces pauvres gens y suspendaient leur pain dans un lambeau de linge pour le mettre à l'abri des rats. Dans la chambre voisine, une femme avait perdu trois enfants, morts de phthisie, et en montrait avec désespoir trois autres réservés à la même fm. Les étages supérieurs n'offraient pas un aspect msolant. Sous les combles, un grenier man-

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sardé sans fenêtres, percé seulement de deux ou-

Ivertures fermées chacune par un carreau, abritait un pauvre tailleur , sa femme et huit enfants ; chaque soir, ils gagnaient, en rampant, la paille qui leur serrait de gîte, au fond de la pièce et sous la pente du toit.

Ne parlons pas des mieux partagés, de ceux qui aiaient deux lits pour six personnes, où s'entassaient pêle-mêle, bien portants et malades, et des garçons de dix-huit ans avec des filles de seize. Ne parlons pas du délabrement des habits, qui est tel, que dans la même maison vingt enfants ne peuvent fréquenter les écoles faute de vêtements. Du moins faut-il que ces malheureux trouvent quelque part leur nourriture, et que, s*ils périssent de consomption, il ne soit pas dit qu'ils meurent littéralement de faim dans la ville la plus civilisée de la terre. Plusieurs vivent des restes que leur distribuent à travers les grilles du Luxembourg les cuisiniers de la troupe casernée dans le château. Une vieille femme s'est nourrie huit jours des morceaux de pain qu'elle ramassait dans les immondices et qu'elle détrempait dans l'eau froide. Il est vrai que la bienfaisance de la nation arrivait au secours d'une si cruelle détresse : les distributeurs qui vont frapper tous les dix jours à la porte des ouvriers sans travail y laissent un bon d'un kilogramme de viande

308 UELANGES.

et trois kilograirimes de pain pour chaque bouche; c'est à peu près la valeur de douze centimes et demi par jour, et c'est pour le douzième arrondissement seul la somme (Jucrme de cent qualre-vingt-diihuil mille francs par mois.

Assurément le quartier Saint-Jacques et celui du Jardin-d es-Plan tes ne donnent pas toujours le spectacle de la même désolation. Nous y connaissoss des rues marchandes, des maisons pauvres, mais habitables, des chambres étroites, mais bien tenues, conservant les resles d'une ancienne aisance, des meubles cirés, du linge blanc, et cette propreté qui est le luxe des pauvres. Mais la comparaison n'en est que plus douloureuse entre le souvenir de ce bien-être, fruit d'un long travail et d'une sévère économie, et le dénûment de ces ouvriers robustes, de ces actives ménagères, qui s'indignent de leur désœuvrement, et qui, après de longues journées consumées aux portes des chantiers et des magasÎDs où on ne les embauche pas, se plaignent de périr d'ennui autant que de besoin. Là du moins il n'y a plus de place pour cette excuse familière aux cœurs durs, que les pauvres le sont par leur faute, comme si le défaut de lumière et de moralilé. n'était pas la plus déplorable des misères et la plus pressante pour les sociétés qui veulent vivre. Là, quand le visiteur accompagne les secours officiels

d'une parole qui en couvre l'humiliante insuffisance, à mesure qu'il pénètre dans Tintimité des familles, il y trouve moins de sympathies que de blâme pour l'insurrection, moins de regrets pour le club que pour l'atelier. Le petit nombre de ceux dont l'esprit malade nourrit encore des rêves incendiaires finissent souvent par se rendre à une conversation amicale et sensée, et par croire à ces vertus dont on Igur avait fait détester le nom : la charité, la résignation, la patience. Parmi ces gens des faubourgs qu'on a coutume de représenter comme un peuple sans foi, il en est bien peu qui n'aient audessus de leur chevet une croix, une image, un rameau bénit, bien peu qui soient morts à l'hôpital des blessures de Juin sans avoir ouvert leurs bras au prêtre et leur cœur au pardon. Dans les greniers infects et sur le même palier que la paresse et la débauche, nous avons vu les plus aimables vertus domestiques, avec la délicatesse et Tintelligence .(|!a*on ne rencontre pas toujours sous des lambris dorés; un pauvre tonnelier, septugénaire, fatiguant ses vieux bras pour nourrir l'enfant qu'un fils mort dans la force de l'âge lui avait laissé; un jeune sourd-muet de douze ans, dont l'instruction a été poussée" à ce point, qu'il commence à lire, qu'il prie, qu'il connaît Dieu. Nons n'oublierons jamais une humble chambre, mais d'un arrangement irré-

prochable, où uni; boOtte femme 3*At»féï%ne, dans le costume de son pays, travBillail avec ses quatre jeunes filles propres, modestes, et ne levant les yeux de leur ouvrage que pour répondre poliment aux questions de l'étranger. Le père n'était qu'un manœuvre et servait les maçons ; mais la foi que ces braves gens avaient gardée de leurs montagnes éclairait leur vie, comme lu rayon de soleil qui {^lissait à travers leur fenêtre et qui éclairait les saintes images collées sur les murs.

On s'effraye avec raison de cette multitude d'enfants qui grandissent pour le désordre et pour le crime, sans autre éducation que les exemples du cabaret et les tentations de la place publique. On ne sait pas assez que, dans le douzième arrondissement, quatre mille garçons et filles ne fréquentent pas l'école, faute de place dans les écoles. On ne sait pas que le faubourg Saint-Marceau n'a qu'un asile dont la porte reste fermée à quinie cents enfants de deux à sept ans. En préseï^ ces tristes chiffres, nous ne voudrions pas c que )a commission des asiles et le conseil municipal contestent à la charité privée le droit de recueillir les enfants et de les instruire, et qu'on ne trouve pas les trente mille francs nécessaires pour fonder dix écoles de plus, pendant qu'on autorise le théâtre Saint-Marcel à reprendre le cours de ses

représentations, et une nouvelle salle de spectacle à s'ouvrir dans la misérable rue du Grand- Banquier.

Voilà les maux, non d'un seul arrondissement, mais de plusieurs arrondissements de Paris ; non de Paris seulement, mais de Lyon, de Rouen, et de toutes les villes manufacturières du Nord. Voilà les périls du présent, jugez de ceux qu'amènera l'hiver, quand la rigueur de la saison suspendra le peu qui reste de travaux de bâtiments, et jettera quarante mille désœuvrés de plus sur le pavé de la capitale ! Nous n'avons assurément pas l'habitude de nous rendre les échos des alarmes publiques ; mais nous ne pouvons oublier cette parole d'une sœur de Charité : « Je crains bien la mort, disait-elle, mais je crains encore plus l'hiver prochain. » Et nous aussi, nous le craignons; et en descendant de ces escaliers délabrés, à chaque étage desquels nous avons vu tant de souffrances présentes, tant de dangers pour l'avenir, nous n'avons pu contenir notre douleur, nous nous sommes promis d'avertir nos concitoyens, et il faut bien qu'ils nous permettent de nous adresser à tous avec la franchise des gens de cœur et de leur dire :

Prêtres français, ne vous offensez pas de la liberté d'une parole laïque qui fait appel à votre zèle de citoyens. La mort de l'archevêque de Paris vous

lÊ

■m HEUHGES.

couvre d'honneur, mais elle vous laisse an | exemple. Ceux qui vous ont vus au choléra de 1852 el aux ambulances de Juin ne peuvent pas douter de votre courage, et quand des hommes tels que M. Fissiaux, M. de Bervenger, M. Landmann, tels que les trappistes de Staouëli, ont pris l'initiative des réformes pénitentiaires, de Téducation professionnelle, des colonies agricoles, on ne peut plus contester votre compétence. Depuis quinze ans plusieurs d'entre vous se sont voués à l'apostolat des ouvriers, et, au pied des arbi-cs de liberté qu'on leur a fait bénir, ils ont reconnu qu'ils n'avaient pas affaire à un peuple ingrat. Défiez-vous de ceux qui le calomnient, de ceux qui vous entretiennent de leurs regrets, de leurs espérances, de leurs prophéties, de tout ce qui fait consumer en pensées inutiles les heures que vous devez à nos dangers ot à nos besoins. Défiez-vous surtout de vous-mêmes, des habitudes d'une époque plus paisible, et doutez moins du pouvoir de votre ministère eldesa popularité. On vous doit cette justice, que vous aimez les pauvres de vos paroisses, que vous accueillez charilablement t'indigent qui frappe à votre porte, et que vous ne vous faites pas attendre s'il vous appelle au chevet de son lit. Mais le temps est venu de vous occuper davantage de ces autres pauvres qui ne mendient point, qui vivent ordi^i-

Jl

rement de leur travail, et auxquels on n'assurera jamais de telle sorte le droit au travail ni le droit à Tassistance, qu'ils n'aient besoin de secours, de conseils et de consolations. Le temps est venu d'aller chercher ceux qui ne vous appellent pas, qui, relégués dans les quartiers mal famés, n'ont peutêtre jamais connu ni l'Eglise, ni le prêtre, ni le doux nom du Christ.'Ne demandez point comment ils vous recevront, ou plutôt demandez-le à ceux qui les ont visités, qui ont hasardé de leur parler de Dieu, qui ne les ont pas trouvés plus insensibles que les autres hommes à une bonne parole et à de bonnes actions. Si vous craignez votre timidité, votre inexpérience et l'insuffisance de vos ressources, associez- vous. Usez du bénéfice des lois nouvelles et formez des sociétés charitables de prêtres. Épuisez le crédit qui vous reste auprès de tant de^amilles chrétiennes, pressez-les à temps, à contretemps, et croyez qu'en les forçant à se dépouiller elles-mêmes, vous leur épargnez le déplaisir d'être dépouillées par des mains plus rudes. Ne vous effrayez pas quand les mauvais riches, froissés de vos discours, vous traiteront de communistes, comme on traitait saint Bernard de fanatique et d'insensé. Souvenez-vous que vos pères , les prêtres français du onzième et du douzième siècle, ont sauvé l'Europe par les croisades ; sauvez-la encore une fois

ru MÉLANGES,

par la croisade de ta charité, et, puiS^iï^eueici

ne versera pas de sang, soyez-en les premiers

soldats.

Riches,

— Car si votre nombre est diminué, nous connaissons des proTÎnces que la détresse publique n'a fait qu'effleurer, et des fortunes sur lesquelles elle a passé comme un nuage, — pendant les premiers mois d'une révolution dont nul ne pouvait marquer les limites, vous fûtes excusables de prévoir l'avenir, de songer à ¥os enfants, et de réunir J'épargne nécessaire pour les chances de la spoliation et de l'exil. Mais la prévoyance a ses limites, et Celui qui nous n appris à demander le pain de chaque jour ne nous a jamais conseillé de nous assurer dix ans de luxe. Nous vivons dans des jours sans exemple où il peut être sage de sacrifier l'avenir au présent, et l'économie au besoin de la circulation. Rouvrez les sources de ce crédit dont vous accusez l'épuisement. Dépensez, ïie vous refusez point vos plaisirs légitimes dans un moment où ils peuvent devenir méritoires. — Faites l'aumône du travail, et faites aussi celle de l'assistance. Ne craignez pas de nuire au petit commerce en habillant de vos deniers ces milliers de pauvres, qui assurément n'achèteront ni vêtements ni chaussures avant six mois. Donnez pour les asiles et les écoles, etn'ou-

EXTRAITS DE L'ÈRE iNOUVELLE. 275

bliez plus ces maisons de refuge, ces providences, ces trois maisons du Bon Pasteur^ obligées de réduire au quart, au dixième, le nombre de leurs pénitentes, et de fermer leurs portes au repentir^^quand Dieu lui ouvre les portes du ciel.

Représentants du peuple, Nous respectons la grandeur et la difficulté de Yos devoirs. Nous ne sommes pas de ceux qui, par la témérité de leurs accusations, ont le malheur d'affqilblir le dernier pouvoir capable de sauver la société. Vous poursuivez avec une juste lenteur votre œuvre, pour laquelle l'histoire vous louera d'avoir consumé les mois, si vous avez travaillé pour les siècles. Mais vous n'aurez pas travaillé pour un jour, si vous négligez cette formidable question de la misais, qui ne souffre pas de retard. Ne croyez pas avoir assez fait, pour avoir voté des subsides qui achèvent de s'épuiser, réglé les heures de travail, quand le travail n'est encore qu'un rêve, et refusé le repos du dimanche à des ouvriers qui vous reprochent le désœuvrement de leurs semaines.

Ne dites pas que les inspirations vous manquent. Nous connaissons dans vos rangs d'excellents esprits et dans vos cartons des propositions fécondes. Les familles des déportés, c'est-à-dire près de quatre mille personnes, vous pressent de les rejoindre à leurs chefs, et de les arracher à ces faubourgs où

1» nUKK.

irlle» at donnent qiu; le dan^erem specUcle de leur dâresse et de lear ress^ilimeat. Une pétitioD »ignéede tingt raille bommes voas sopplie de les former en colooi«8 agricoles pour rAlgérie. Les Undes de Bretagne et les terres incultes du midi de la France vous demaodeol cent mille Iras qui, retirés de riodiii^trie, feraient autant de concurrents de moins aux ateliers encombrés, et donneraient autant de défenseurs à la propriété combattue. Noua n'ignorons ni les obstacles, ni les rivalités, ni les imperfections qui arrêtent chaque projet et qui éternisent les débals. 3lais nous n'avons jamais vu que les grands pouvoirs fussent institués pour des circonstances faciles; nous estimons que les rivalités d'aniour-proprc doivent s'effacer devant le besoin public, et qu'enfin mieux vaut faire imparfaîlement que ne rien faire.

Ne dites pas que le temps vous manque. Sous les fusillades de l'insurrection, l'Assemblée nationale demandait k la nuit les heures que lui refusait te jour. On vous voyait h toutes les barricades, haranguant les factieux, encourageant les défenseurs du l'ordre, et rhisloire n'oubliera ni ceux d'entre vous qui y perdirent la vie, ni ceux qui la sauvèrent à leurs conciloyens. Pourquoi ne vous voit-on pas où est le péril du moment présent? Pourquoi n'arracheriuit-vous pas vos matinées aux solliciteurs qui

Buraqui

les disputent pour visiter aussi ces quartiers déshérités, pour monter ces escaliers obscui's, pénétrer dans ces chambres nues, voir de vos yeux ce que souffrent vos frères, vous assurer de leurs besoins, laisser à ces pauvres gens le souvenir d'une visite qui honore et console déjà leur malheur, et redescendre enfln pénétrés d'une émotion qui ne supportera plus de délais, qui mettra le feu sur vos lèvres et le frémissement dans l'Assemblée, qui la forcera, s'il le faut, de se déclarer en permanence, et de ne pas se séparer sans avoir vaincu la misère, comme dans la mémorable nuit du 24 juin elle a vaincu la révolte?

Ne dites pas enfin que l'argent vous manque. Qaand il faudrait puiser ailleurs que dans les ressources accoutumées, quand vous n'auriez plus rien à attendre de l'économie et du crédit, attendez tout encore de la générosité de la France. Annoncez-lui hautement les mesures qui la sauveraient, et le déficit qui en retarde l'exécution. Ouvrez une souscription nationale pour les ouvriers sans travail, non-seulement de Paris, mais de toutes les provinces. Mettez- la sous le patronage et sous le contrôle de ce que vous avez de plus grands citoyens, de plus éclairés, de plus respectables. Que vos neuf cents noms aient l'honneur d'y figurer les premiers; que les évéques siégeant à l'Assemblée invitent

■m «ÉLANCES.

leurs collègues cl les trente mille curés de France i'i jiublier In souscription dans toules les chaires; (|ue le miiiislro del'intèrieur ordonne aux quaranl'; mille maires de l'afficher, de la jMipulariser dans toutes les communes ; recevez en nature comme en argent, (jue les comptes soient publics et fréquemmeiil rendus ; failes-eg une affaire de sécurité pour los limiilcs, de patriolisrae, de charité pour tous, et je m'étonne bien s'il reste un financier qui vous refuse un billet de banque, et un paysan qui ne TOUS apporte une poignée de blé.

Citoyens de toutes conditions.

Vous dont la rigueur des temps a retranché le superflu, et vous qui manquez du nécessaire, vous pouvez plus que les autres pour des maux que vous connaissez. Tous ceux qui ont l'expérience de la bienfaisance publique savent que les pauvres ne sont jamais mieux secourus que par les pauvres. À défaut de l'obole que la Providence ne laissera pas manquer, vous vous devez les uns aux autres l'assistance mutuelle des bons offices et des bons exemples. Quand d'autres porteraient au trésor public l'or à pleines mains, vous aurez mieux mérité Àè la patrie en donnant le spectacle du dévouement, de la résignation et de l'espérance. -Le Christianisme a fait de l'espérance une vertu, faites-en la gardienne de cette société menacée. GardfôE-vous fipfin,

car c'est le péril des âmes honnêtes et des cœurs haut placés, gardez-vous de désespérer de votre siècle, arrachez-vous à ces découragements qui renoncent à rien entreprendre quand ils assistent, disentils, à la décadence de la France et de la civilisation, et qui, à force d'annoncer la ruine prochaine d'un pays, finissent par la précipiter.

LES Causes de la misère.

Octobre 1848.

Le droit au travail, vaincu à l'Assemblé nationale, se venge de sa défaite dans les clubs et dans les banquets : tout annonce un de ces débats qui ne s'achèvent pas en un jour, qui survivent à leurs juges, et que la Providence tient ouverts pendant des siècles, s'il le faut, pour l'éducation des hommes. C'est qu'en effet cette discussion mémorable introduisait à la tribune une question devant laquelle avait reculé jusqu'ici la timidité de nos parlements, la question de la misère. Mais, comme

Joules les conlrovenes qui oomnieiiceait ^us a plas émus qu'itistniiu ; toute la passion des Wateurs n'a remédié ui à l'ÎDsartîsaDce de leors tluAvs tii à l'inêviUiblc a^eodant des erreurs ils passé. Habitués jusqu'ici à ne considérer que 1'îb-| * béret temporel dans le gouvememeol des hommot ; len polilifjuijs n'ont cherché les causes de la misère que dans un désordre matériel, et deux écoles 96 Honl formées, qui ont tout ramené à la produis tion ou îi la distribution des richesses. D'un côte, l'fiiiuiennc école des économistes ne connaît pas de plus grtind dnii}^r social qu'une production iosufflinnte; pas d'autre salut que de la presser, de It multiplipr par une concurrence illimitée; pâ' il'iiiiln! loi ilii Iravriil (jue celli; de l'intérêt pfir.^ûiinel, u'est-à-dire du plus insatiable des maîtres. D'un autre côté, l'école des socialistes modernes in(!l tout 1g mal dans une distribution vicieuse, et (^roit avoir sauvé la société en supprimant la concurrence, en faisant de l'organisation du travail une prison qui nourrirait ses prisonniers, en apprenant aux peuples à échanger leur liberté contre la certilurle du pain et la propiesse du plaisir. Ces deux systèmes, dont l'un réduit la destinée humaine à produire, l'autre à jouir, aboutissent par deux voies diverses au matérialisme, et nous ne savons si nous avons plus d'horreur de ceux qui hu-

Tïiilient les pauvres, les ouvriers, jusqu'à n'en faire que les instruments de la fortune des riches, ou de ceux qui les corrompent jusqu'à leur communiquer les passions des mauvais riches.

Pour nous, qui faisons profession de spiritualisme, nous avons une opinion plus haute de la destinée des hommes. Comme nous respectons en eux des personnes immortelles qui disposent de leur éternité, nous les croyons maîtres à beaucoup d'égards de leur bonheur ou de leur malheur dans le temps. Assurément, nous ne méconnaissons pas Tempire des événements extérieurs, les crises politiques qui suspendent l'activité du travail dans nos villes changées en place de guerre, les crises industrielles qui jettent dans les rues la population des manufactures, les crises domestiques qui tarissent les ressources d'une famille désolée par la mort du père ou par les maladies des enfants. Nous croyons à la possibilité de tempérer ce qu'il y a d'imprévu dans la condition humaine, par la prévoyance des institutions. Nous estimons la société perfectible ; nous en poursuivons, non le renversement, mais le progrès. Et cependant nous déclarons qu'on n'aura rien fait tant qu'on ne sera pas allé chercher, non au dehors, mais au dedans, les causes de la félicité de l'homme et les principes ennemis de son repos, tant qu'on n'aura pas i^oy\.4 \^

HËUNGES.

lumière el la réforme dans ces désordres inlérieurs que le lemps ne répare pas, plus incurables que les maladies, plus durables que les cbômages, et qui multiplieront encore les indigents longtemps après que l'herbe des cimetières aura couvert les dernières traces de la guerre civile.

Dieu ne fait pas de pauvres; ii n'envoie pas de créatures humaines dans les hasards de ce monde, sans les pourvoir de ces deux richesses qui sont les premières de toutes, je veux dire l'intelligence et la volonté. Et les richesses morales sont si bien l'origine de toutes les autres, que les choses matérielles ne deviennent des richesses à leur tour que par l'empreinte de l'intelligence qui les façonne, et de la volonté qui les emploie. C'est ce que nous voyons jusque dans nos vieilles industries, dans ces professions encombrées, où un homme venu des champs, en blouse et en sabots, mais avec un espritdroit et une activité persévérante, finit par forcer les avenues de la fortune et par vieillir sous des lambris dorés. Et, d'un autre côté, qui de nous n'a connu sur les bancs des écoles quelqu'un de ces jeunes gens bien pourvus et bien doués, qu'un vice a perdus, et qui, au bout de dix ans, épuisés d'esprit, de santé et de ressources, ne vivent pins que de l'aumâne secrète de leurs anciens camarades, ou ineui'fnl à l'hôpital? I,e droit au travail, inscrit

la première page de la Constitution, empêcherail jamais que, dans plusieurs industries, dans imprimerie, par exemple, \m certain nombre l'ouvriers nomades errent d'atelier en atelier, ne ïayaillant chaque semaine qu'autant de jours qu'il le faut pour passer le reste dans le plaisir, sans autre asile pour le chômage que le dépôt de mendicité? Et d'autres, cependant, attachés aux maisons honorables dont ils soutiennent la prospérité, trouvent dans un labeur assidu, dans des privations mé* ritoires, le moyen de nourrir leurs vieux parents, et d'entourer encore de quelque aisance le berceau de leur jeune famille !

Pourquoi donc taire au peuple ce qu'il sait, et le flatter comme les mauvais rois? C'est la liberté humaine qui fait les pauvres ; c'est elle qui tarit ces deux sources primitives de toute richesse, l'intelligence et la volonté, en laissant l'intelligence 5'éteindre dans l'ignorance; la volonté s'affaiblir par r inconduite. Les ouvriers le savent mieux que ttous : en temps ordinaires, en dehors des années le disette et de révolution, la terre de France n'est pas ingrate; le nombre de ceux qui n'y parviennent pas à vivre de leur travail n'est pas d'un sur quinze, 3t de ce nombre la moitié n'est tombée dans l'indijence que par défaut de lumières ou de moralité, )ar l'incapacité, l'imprévoyance, qui a rendu leur

JM VÊU!!GES.

métier stérile dans leurs msios, ou par le libcrtiliage, qui en a dissipé les fruits.

A Dieu ne plaise que nous pensions calomnier ceux que l'Évangile bénit, rendre les classes souffrantes responsables de leurs maux et servir l'insensibilité des mauvais cœurs qui se croient dispensés (le secourir le pauvre quand ils ont établi ses torts ! Nous serions aussi justes de nous en prendre à l'indifférence et à l'égoïsme des chefs d'industrie, si la plupart n'ont jamais songé aux besoins moraux de leurs ouvriers, s'ils leur refusent, avec le repos du septième jour, le droit de s'arracher à la misérable eondition d'instruments de travail, s'il est vrai que plusieurs poussent la perversité jusqu'à écarter de leurs ateliers tout ce qui pourrait y introduire la tempérance et l'économie, persuadés que le vice, en déshonorant le travailleur, le rend plus maniable et le livre à la discrétion du maître! C'est ce qu'affirme un écrivain grave, M. Villermé (1), et c'est ce que nous oublions pour accuser aujourd'hui, non les torts personnels des hommes sur lesquels nous ne pouvons rien, mais l'insuffisance des institutions qu'il appartient au journalisme de signaler, mais l'erreur de la société qui prête l'autorité de son patronage aux tentations les plus ca-

{!) Tableau de l'état physique et moral des ouvriers, lome (II, pages 58 et 75.

pables de hâter la corruption et par conséquent r appauvrissement des classes ouvrières, qui fait si peu pour les instruire, et, par conséquent, pour les * enrichir.

De ces trois passions qui sont la ruine des mœurs populaires, le jeu, le vin et les femmes, la société française a proscrit la première, et c'est son honneur d'avoir fermé les bureaux de loterie et les maisons de jeu de la même main dont elle ouvrait les caisses d'épargne. Mais, pour les deux autres désordres, elle en est restée h la politique des vieux pouvoirs, qui, désespérant de vaincre le mal, l'ont érigé en institutions publique, pour y trouver une branche de l'evenu ou un moyen de gouvernement. Ne dites pas qu'il était plus sûr d'autoriser la prostitution pour lui donner des règles que de la réduire à se cacher dans des ténèbres où elle défierait toutes les surveillances. En morale, nous ne connaissons pas de mal nécessaire; vous-mêmes vous avez éprouvé la vanité de ce sophisme qui rassurait la conscience des anciens politiques, lorsque, supprimant les jeux publics, vous n'avez pas reculé devant la poursuite des jeux clandestins. Rome n'est pas seulement une capitale de cent cinquante mille âmes : c'est une cité italienne, toute brûlante des feux du soleil ; c'est le rendez-vous annuel de trente mille étrangers, de tous les désœuvrements, de tous les

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Kpleeii, <ie tous les vices. Et cependant elle n'a jamais connu l'ignominie de la prostitution publi- (jue, jamais le gouvernement des papes n'y autorisa une maison de débauche, et Léon XII ne craignait pas d'y fermer les cabarets. De là, chez un peuple si passionné, le petit nombre di^s naissances illégitimes, la pureté des mœurs et la beauté du sang, la dignité de ces pauvres gens du Transtevere qui n'ont jamais donne leur ivresse en spectacle sur les places publiques, el dont on a si souvent accusé l'humeur farouche parce qu'ils ne souffrent pas que l'étranger manque de respect à leurs Glles. Pour noiiB, qui insultons l'Italie de notre dédaigneuse pitié, nous ne pouvons passer le soir les barrières de la ville la plus civilisée de la terre sans heurter à chaque pas, je ne dis pas des hommes, mais des femmes, des enfants avinés. Nous avons des règlements qui mettent les cabarets à la discrétion de 1% police, et nous laissons se multiplier sans restrictions, sans conditions, les tavernes qui sont dans chaque rue l'école du désordre, le rendez-vous de toutes les conspirations, les dépôts d'armes de toutes les émeutes. Nous avons des impôts écrasants sur le sel, sur la viande et toutra les consommations nécessaires, et jamais nous n'avons trouvé dans l'arsenal de nos lois fiscales le secret d'arrêter la multiplication des distilleries, de haus-

ser le prix des spiritueux, de décourager le commerce die ces liqueurs détestables, altérées, sophistiquées, qui font plus de malades que toutes les rigueurs des saisons et plus de coupables que toute rinjustice des hommes! Quelles réformes a-t-on introduites dans les plaisirs publics, chez cette population de Paris, si éprise de plaisirs, et qui se laisserait mener au bout du monde, non pas avec du pain, comme on Ta dit, mais avec des fêtes? Quel pouvoir a songé à ce puissant moyen d'enseignement que l'antiquité, que l'Église ne dédaigna jamais? L'hiver dernier, la préfecture de police délivra quatre mille permissions de bals nocturnes. Elle ne met plus de terme à ces divertissements insalubres que le bon sens de nos pères resserrait du moins dans les six semaines du carnaval. Chaque

année elle autorise l'ouverture d'un nouveau théâtre dans quelque misérable rue des faubourgs, où l'on jette aux fils du peuple et à ses filles l'écume d'une littérature dont le cynisme révolterait la chasteté du parterre de l'Opéra. Et, quand pendant six mois la jeunesse des classes laborieuses a prolongé ses soirées et passé ses nuits dans ces antres enfumés où sa santé court autant de périls que ses mœurs, vous vous étonnez de l'en voir sortir étiolée, chétive, incapable de fournir le contingent militaire, et peuplant chaque année

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ftaes plus nombreuses les hôpilaux el les

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e pensons pas nous être acquilLiîs envers le peui nous lui avons appris à lire, à écrire, à conip- ; el encore nos écoles insuffisantes repoussenlla moitié de ses enfants. Quand il s^agissaït aser les derniers restes de l'insurrection, noui «vions besoin ni de délais ni de formalités pour sser vingt camps sur les boulevards de Paris, sur esplanades, el jusqu'au pied de l'Hdtel de Ville. is, au bout de quatre mois, quand le douzième ifirrondissemenl compte quatre mille enfants sans ^le, quand la charité particulière, touchée de ca lénûmcnt, fait les derniers efforts pour leurouvrir des écoles qui seraient les camps pacifiques de la civilisation, ce n'est pas assez de six semaines de démarches, d'ajournements et de débats pour vaincre les conflits et les scrupules de je ne sais combien de conseils, de comités et d'administrations, effrayés d'une nouveauté si grande, el qui craignent ta ruine de l'État, si l'instruction des jeunes ouvriers se trouve livrée à des sœurs, à des frères, à des instituteurs capables de leur enseigner autre chose qu'à épeler les syllabes d'un journal, et â charbonner sur les murs l'ordre du jour des barricades. Ah ! que ces esprits timides sont loin de s entendre avec nous, qui, au lendemain de la pre-

mière communion, après trois ans d'études dans la meilleure des écoles chrétiennes, quand le fils de l'ouvrier en sortirait tout couvert de couronnes, ne tenons pas son éducation pour finie ; qui voudrions l'accompagner d'un patronage intelligent chez son maître d'apprentissage, lui ouvrir des écoles d'adultes chaque soir et chaque dimanche, et inaugurer dans les faubourgs de Paris autant de Conservatoires des arts et métiers, autant de Sorbonnes populaires, où le fils du mécanicien, du teinturier et de l'imprimeur, trouvât, comme celui du médecin et du jurisconsulte, le bienfait de l'enseignement supérieur, les plaisirs de l'intelligence et la joie de l'admiration! Non, je ne m'étonne plus de l'opiniâtreté des politiques à écarter le repos du dimanche, je n'accuse plus leur complicité avec les passions irréligieuses, je n'accuse que leur paresse à remplir le vide de cette journée, dont le prêtre ne réclame qu'une heure, et qui laisserait tant de place à la sollicitude d'un pouvoir bienfaisant, aux cours publics, aux bibliothèques du peuple, aui exercices militaires pour les jeunes gens, aux sociétés d'émulation et d'assistance mutuelle pour tous. Eh quoi ! les hommes des professions savantes, des gens qui ont fait dix-huit ans d'études, les médecins, les avocats, les notaires, se rouilleraient, se relâcheraient s'ils n'avaient leurs con-

HéLANèES. I. W

m UÉUTIGES.

(»urs, leui's conférences, leurs chambres de discipline; les astronomes, les philologues, les moralistes de l'Institut désespéreraient du progrès de la science si le fauteuil numérolé et le jelon de présence ne les réunissaient chaque semaine; et tous blâmez l'incapacité, l'incurie de l'ouvrier, la défeutiiosité routinière de ses méthodes, le désordre systématique de sa conduite, quand vous n'avez jamais encouragé, quand vous redouiez les associations qui le rapprocheraient de ses égaux, qui le soumettraient à une police fraterneUe, qui l'entoureraient d'exemples en même temps que de lumières, et lui assureraient cette éducation de toute la vie, nécessaire à l'homme, toujours faible et toujours tenté !

En ébauchant ce rapide programme des réformes que réclamera la démocratie chrétienne, nous n'avons pas voulu nous donner la stérile satisfaction de dresser un réquisitoire de plus contre la sociélé, qui a déjà trop d'ennemis. Nous ne sommes pour elle que des amis sévères dont la jalousie ne souffre rien de vicieux dans ce qu'ils honorent et défendent. Pourquoi le tairions-nous? Notre pensée est, en effet, de commencer et d'entretenir, parmi les chrétiens, une agitation charitahie contre les abus qui font depuis cinquante ans la détresse d'un peuple libre, et qui désormais feraient sa honte. Notre

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pensée est de tenir dans la vigilance et dans Tin* quiétude le zèle de tant d'honnêtes gens qui, le lendemain des journées de Février, auraient de grand cœur abandonné le quart de leur fortune pour sauver le reste, et qui, venant à croire que la Providence les tient quittes celte fois, commencent à mesurer moins généreusement leurs sacriGces. Notre pensée est enfin de persuader tous ceux qui font un peu de bien que la ville de Paris ne les a pas déchargés de leur devoir en votant six millions pour la subsistance des ouvriers sans travail jusqu'au mois d'avril prochain, c'est-à-dire treize centimes par personne et par jour, et qu'il n'est pas encore temps d'oublier la misère publique, quand même l'hiver et le choléra ne seraient pas là pour nous en faire souvenir.

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