‹ Œuvres complètes der A.F Ozanam (volume 3)Chapitre 18 sur 24 · TRINITÉ ÉGYPTIENNE · texte numérisé non relu

TRINITÉ ÉGYPTIENNE

Paracliatli i Branria, (la toute- l Vishnou, puissance) \ Si va.

TRIMTÉ THIBÉTAINE.

Osirei, \ ( Om,

Kneph [Dieu). {Hor, ' Ha,

Typhon. \ ( Um .

TRINITÉ PERSANE. j TRINITÉ TAÏTIKNNE.

ÎOromase, ( Tane {le Père) ,

Mylhra, ! lOro [le Fils),

Ârhîman. I {TsiToai [l'Esprit).

Des recherches plus nombreuses amèneraient sans doute de nouveaux résultats.

(1) Tacite, de Germania,

(2) Gumilla, tome I, Vue deê Cordillères; Mac -Car ty, Annales des VoyageSy îles de la mer du Sud; Journal des Voyages, tome XXVIlï.

350 UËUNGE?.

fut point un fétichisme grossier, mais un totfâlothéisme ptir, une sorte de chrisliunismeprimitif(t). Enfants d'un Dieu Irès-bon, et fils d'nn homme pécheur, les premiers humains durent à ce titre emporter avec eux et le souvenir de la révélation divine et celui de la déchéance paternelle. Les membres de la grande famille marqués de ce dou-

[t) Les saint-simonieas oui liien seuti \e faible de leur sjslËme historïtjDe : ils se soiil efforcés d'éliminer les recherches d( s Orienlaiisles qui cODlrarâiunl leurs vues, a 11 on est, dj seul- ils, de ces « fragmenU hialoriqucE comme des lambeaux de terrain, sur le«- B quels le géologue peut faire des hypothèses plus ou moins ingé- « nieuses. mais où il ne porte jamaiE le cachet de la certitude ■ suientiiique... L'histoire de la civilisation européenne n'a pas « seulement l'airantage de présenter une longue suite de termes ;

• mais encore aucune autre époque historique a'esl mieux connue.

* 11 jr a plus : on peut affirmer k l'arauce. que si l'interpolation de « la si-r'to orientale est comi^lète, elle n'offrira dans son ensrmble > que l'un des termes qui nous sont connus. > (Dwlrine, première année, p. M,)

Ainsi c'esl sur le développement d'une populalion de deux ^cenls milions. pris |>[iur base, <|ue les fils do Saint-Simnn s'appréit b établir la loi du genre humain; et, portant leur prévention is l'élude de l'histoire entière, (oui progrès ne leur appurail que lime terme de la civilisation européenne. Un esprit consciencieux penserait, ce me semble, que la marche des peuplée de l'Europe D'est au coniraire qu'un terme du iléveloppemeiU total du genre humain; qu'une loi générale doit être établie, niin sur une série de faits particuliers, mais sur l'examen de tous les phénomènes auxquels elle se rapporta, et qu'il est téméraire h l'homme de vouloir ïurcer la nature b rentrer dans les cadres étroits qu'il a tracés. De plus, l'histoire mjlhologique de l'Europe elle-même dément l'hypotlièso de Suinl-^inion; filles d'une même souche, toutes les rjces humaines étaient Ifârilièrcs des mêmes crejancee révélées ' l'observalion l'ulteste ; l'observation, non point restreinte . el tronquée, m^iis étendue b tous les peuples chez lesquels la science ■ pu pousser ses investigations.

RËFLEUONS SUR LA DOCTRINE DE SAINT-SIMON. ^Sî

ble seeau se dispersèrent, et bientôt la différence des temps, des lieux, des situations politiques, vint altérer le fond de l'antique croyance. Chaque religion se revêtit de couleurs locales et de mensonges poétiques. Le peuple d'Israël resta seul fidèle dépositaire des traditions du genre humain. Moïse et les prophètes apparurent pour garder et entretenir ce précieux trésor, jusqu'au jour où Dieu, rappelant à lui toutes les nations, leur restituerait leur antique héritage.

Ce jour arriva.

LE GURISTIAIVISME.

A cette époque, Tempire romain, le colosse de l'antiquité, commençait à chanceler sur ses pieds d'argile; le vieux paganisme voyait ses dieux méprisés languir sur leurs autels, et ses fables surannées ne savaient plus trouver le chemin de la persuasion. Le corps social s'ébranlait jusque dans ses fondements : les esclaves avaient déjà senti l'iniquité du joug qui pesait sur eux, et Spartacus avait levé la tête. Le sang des guerres civiles fumait encore dans les champs de Pharsale et sur les rives

8» VEU^GBS

du Tibre : le pouvoir entre les mains du plus fort" était une arme terrible, qui tuait l<i liberté, et plaçait le plus faible entre la servitude et la mort.

La pbilosopbie et les sciences, également incapables d'eipliquer t'bomme et la nature, après dvoir parcouru tout le champ des hypothèses, épuisé toutes les rêveries, s'étaient arrêtées pour s'abîmer dans le doute. La poésie el les arts, dégénérés de leur antique grandeur, s'étaient faits courtisans, et ne savaient plus offrir à l'àme ni consolations ni jouissances. Il manquait un point fixe à raclivité de l'homme ; découragé en présence de sa propre dégradation, cet être malheureux s'était abaissé plus que jamais vers la terre : il avait cherché à s'endormir dans l'ivresse des voluptés sensuelles pour ou- ^B blier son opprobre; il s'était reposé dans l'abru- ^H: tissement du désespoir.

^H^ Mais les voluptés étaient incapables de remplir ^H un cœur créé pour de plus hautes destinées. Il y ^H avait donc un malaise immense, un vide que rien ^H ne pouvait combler. On attendait de l'Orient des ^H hommes qui devaient conquérir le monde (1) : de ^B tous les points du globe s'élevait comme un soupir ^M universel, pour invoquer le désiré des nations.

(1) Tieile, Suâtone, Gicéron.

nonce la bonne nouvelle aux pauvres d'Israël, prêché la loi de paix et d'amour, prouvé sa mission par sa vie, sa mort et ses prodiges, remettait ses pouvoirs à ses disciples, et disait à douze pécheurs : « Allez et enseignez par toute la terre. » C'était l'heure où le Christianisme, en la personne de Pierre, venait pieds nus, le bâton de pèlerin à la main, prendre possession de Rome, au nom de son Maître crucifié.

Et il lui fut dit comme au prophète : ce Soufflez « sur ces ossements, et commandez à la vie. » Il commanda : la vie descendit sur ce vaste champ de mort, et le genre humain se ranima, et le monde fut renouvelé.

Si j'avais à énumérer tous les caractères sacrés de la religion du Christ, toutes les marques de sa mission, longue serait ma tâche. 11 faudrait d'abord exposer le vaste tableau de l'attente des nations et la nombreuse série des prophètes, qui venaient rappeler l'antique promesse. Puis apparaîtrait Jésus avec ses prodiges, sa vie, sa mort, sa résurrection, et enfin l'excellence de sa doctrine, son influence bienfaisante, ses victoires et ses triomphes. Car telle est la nature du Christianisme, que ses bases sont accessibles h toutes les intelligences, et que parmi ses preuves, les unas, historiques, et pour ainsi dire matérielles, peuvent s'adresser aux

«tUNSES.

iiers; les autres, r&fE p]iilosophî(|ues, présentent un aliment solide aux ftmes les plus élevées, aux pensées les plus hardies.

Mais ce n'est point une démonstration de la divinité du Christianisme que je dois établir : jâ Die bornerai à une appréciation rapide de sa doctrine et de ses bienfaits.

A l'homme dégradé, repu des délices de la chair, te! que nous venons de le contem|)ler, l'Évangile révèle une nouvelle existence : Car l'homme nsuil pas neutement de pain, mais de îoute parole qui nort de la bouche de Dieu. Et il le réveille de son assoupissement pour lui découvrir toute l'horreur de sa turpitude, il lui tend la main pour le relever; il le fait renaître de l'eau et de l'esprit, et le place ainsi palpitant d'espérance et de joie dans une vastf carrière, dont le seuil est sur la terre, et le terme dans les profondeurs de l'éternité : Soyez paiifaits

COMME VOTRE PÈRE CÉLESTE EST PARFAIT. Et qu'oH ne

dise point que le précepte est au-dessus des forces de celui qui doit le mettre en pratique. S'il livrai que l'homme va s'élevant sans cesse sur l'échelle du progrès, le but que la religion lui propose ne devail-il pas être placé si haut, qu'on pût s'en approcher sans cesse, sans jamais le dépasser? En même temps que le Christianisme dicte cette

RÉFUqpONS SUR Li DOCTRINE DE SAINT-SIMON. SS5

loi, il donne Tessor à toutes les paissances intet lectuelles et morales. 11 s'adresse d'abord au sentiment religieux pour en faire Tâme de la vie humaine, il le développe en lui donnant une direction sublime. Le polythéisme avec ses dieux multiples et charnels, ses images grossières et licencieuses, ses fables absurdes, avait corrompu le cœur et outragé la raison de ses sectateurs, qui lui rendaient à juste titre rindifférence et le mépris. La religion du Christ, au contraire, charme Timagination par des tableaux tour à tour pleins de magniHccnce et de grâce, elle réchauffe, elle épure les affections, en leur présentant des objets sacrés ; elle parle à rintelligence, en lui offrant des idées imposantes, des vérités fécondes, que les écoles philosophiques les plus célèbres n'avaient qu'à peine pressenties. A ce grand système l'unité préside ; non pasTunilé absolue, rêvée par les panthéistes de tous les siècles, mais l'unité créatrice et conservatrice, le Dieu unique et simple, foyer de toutes les existences, principe et fin de toute créature. Vers lui seul doivent converger toutes les pensées, tous les sentiments, toutes les œuvres. Revêtu de toutes les perfections qui font naître l'amour, il fait un précepte d'aimer ; de la charité naissent la foi et l'espérance, car on croit et on espère en celui qu'on aime. Glorieuse triade de vertus ! sur leurs ailes, l'homme

s'élance vers son Père céleste, qui le comble à son tour de consolations et de lumières, qui lui promet pour prix de ses combats et de ses peines une vie immortelle, délicieuse. Oh! que ne puis-je montrer ici toutes les profondeurs de celte doctrine céleste ? que ne m'est-il permis de dévoiler à tous les regards la beauté, la grandeur de ses dogmes, la douceur et la majesté de ses enseignements? Mais puisque des limites étroites me resserrent, qu'il me suffise d'observer qu'en s'environnant d'un culte et de mystères, le Christianisme fait preuve d'une vaste connaissance des besoins de Thumanité. Car telle est la grandeur de l'homme, que rien de fini ne saurait le satisfaire, il se dégoûte bientôt de ce qu'il possède et de ce qu'il comprend. Il lui faut un horizon sans bornes, des abîmes qu'il ne puisse sonder : il lui faut des mystères. Et cependant telle (ist sa faiblesse, que Pâme, incapable de s'alimenter continuellement d'idées pures, esl obligée, pour soutenir son attention, d'emprunter le secours des sens : ce qu'elle pense, ce qu'elle éprouve s'exprime par des signes; les pensées, les émotions religieuses ont aussi leur expression nécessaire, ijiévitable : cette expression, c'est le Cî///e. Ainsi une religion sans culte et sans mystères méconnaîtrai! les exigences de la nature humaine, elle serait à la fois trop élevée pour l'ignorant.

puisqu'elle ne parlerait pas à ses sens ; trop basse pour le savant, puisque, s'expliquant tout entière à son esprit, elle ne saurait pas apaiser ce besoin de l'infini qui le presse de toutes parts.

Comme la religion de FÉvangile se résume dans l'amour de Dieu, de même sa morale est renfermée tout entière dans l'amour des hommes, et proclame en quelques paroles tous les principes organisateurs de la société, a Qu'il est doux, a qu'il est heureux de vivre ensemble comme des a frères (1) ! Tu aimeras ton prochain comme (c toi-même. Ne fais pas à autrui ce que tu ne ce voudrais pas qu'il te fût fait (2) . » A ces mots de ralliement, les membres de la grande famille se tendent la main, l'édifice social s'élève, le pouvoir y préside, le Christianisme lui prescrit ses devoirs. Soyez justes^ ô vous qui jugez la terre (3) ! En même temps il revêt le chef d'une autorité sacrée, il le présente au peuple au nom de celui de qui toute paternité procède (4) . Aux PUISSANCES ÉTABLIES RESPECT (5), et les chréticns rendent à César ce qui est à César, prient et combattent pour ceux qui les persécutent, et la

(i) Psaumes.

(2) Évangile, (5) Ecclésiaste.

(4) Épître de saint Pierre.

(5) Épître de saint Paul.

338 tlËLANGES.

légion thébéenne se laisse massacrer par les satellites de Ma>:imien, plutôt que de tourner ses armes contre son souverain légal : une aurtiole de vénération entoure la léte des rois ; représentants de la Divinilé, leur personne est inviolable ef lacrée, A tous liberté, et Jésus prêche la fraternité de tous les fils d'Adam, les justices de Dieu, qui, mm égard pour les personnes , rend l\ chacun selon ses œuvres, l'abaissement des riches, l'élévation des pauvres; el saint Paul annonce la liberté des enfants de Dieu, non cetle licence effrénée qui ouvre la barrière à tous les crimes; mais celle noble indépendance de l'âme, lorsque, affranchie du joug de la chair, elle ne craint plus ceux qui peuvent donner la raorl au corps, et se meut librement vers le bien. Fan ce que dois, disaient nos catholiques ancêtres, adi'ienne que pourra. — A la voix de l'Evangile, les chaînes de l'esclavage tombent, le despotisme croule de toutes parts, Théodose prend le sac et la cendre, pour, expier le massacre de ses sujets rebelles ; Clovi» est baptisé avec tout son peuple; les princes eow munient à côté du dernier de leurs vassaux, ièfl mêmes tombeaux reçoivent les grands el les petits»' la même crois veille sur leur cendre. CiUBiil, AUOUR ENTRE LES HOuuEs, et ce précepte fait des martyrs, ce précepte fait les Vincent de .

ouvre la main du riche, remplit celle du pauvre, élève les hospices, attache la piété vigilante au lit de la douleur, donne un denier à la veuve, un asile à l'orphelin, un refuge au coupable repentant, détruit les haines, met le prêtre entre les deux ennemis qui brûlent de se déchirer, crée le droit des gens, et place le souverain Pontife comme médiateur entre les princes chrétiens, alors que la discorde a armé leurs bras (1). Au sein des familles, la loi de paix et d'amour répand les mêmes bienfaits ; elle bénit Tunion conjugale, elle entoure le père de la tendresse et du respect de ses fils, elle parle au jeune enfant par la bouche de sa mère, elle éteint les premières étincelles de la jalousie, elle fait asseoir au foyer domestique le calme et le bonheur. La vie du chrétien est une fête continuelle. Écoutez avec quelle onction, avec quelle grâce la sagesse divine se plaît à tracer ce riant tableau : a Réjouis-toi, mon c< fils, avec l'épouse de ta jeunesse, comme le faon « avec la biche qu'il a choisie ; que ton épouse soit c< pareille à la vigne abondante qui suspend ses « grappes aux murs de ta maison ; que tes fils « se multiplient autour de ta table, ainsi que les c< rejetons de l'olivier. Les enfants sont la cou-

(1) Giiizot, Leçom d'histoire.

MEUNGES.

o ronne de leurs pères, et les pères ToBtla gloire « de leurs fils. Que ton père se réjouisse, et que « celle <jui t'a engendré tressaille d'allégresse, a Les frères qui se prêlenl secours sont comme une « cité fortifiée (1), » 0"^ si après cela on reproche au Christianisme de n'avoir pas assez fait pour l'ordre social, de n'avoir pas donné une forme précise au gouvernement des peuples, qu'on saclie que la religion catholique doit comme telle i s'étendre à tous les lenips et à tous les lieux ; car la vérité religieuse ne change point, tandis que le 4 sort des empires, toujours imparfaits, est de se re- 1 nouveler sans cosse selon les circonsliinecs; el li's formes de gouvernement varient et se succèdent d'après les besoins des peuples. Seuls, au milieu de ces révolutions et de ces ruines, les grands principes moraux que l'Evangile a promulgués demeurent inébranlables, destlm* à servir de à tout édiOce politique (2).

ligues

(1) Proverbes, ftaumes.

JS) C'est répélor conln' le Christianisme une accuÈ-ition banale, vide de senn, que de lui repracher une prétendue prèdileclion pour le despotisme el In Ijraanie. Qu'ils sachent, ceux qui parlent ainsi, sous l'inapiralion de l'ignorance et du préjugé, que les règles de l'Index, dictées par le saint concile de Trente, frappent ks doctrines machiavéliques d'une sévère réprobation.

■ Item. Quae ex gentilïuni placilie, moribus, excmplis lyranni-

• cam polîticam fovent; el, quam rationem status faiso appellanl,

• inducuni, di-1eanlur. i {Index. Régulai de coneelîone, § 3.) S'il esl un certain nombre de fidèles chrétiens dont les opiiiii

^B nÈFLEXtONS suit LA DOCTIUNE DE SAmT-SlHO».

Portons plus loin nos regards, voyous s'il est vrai que le Christianisme ait couvert les sciences d'humiliaLion et de mépi'is. Ouvrons les Livres qui servent de règle à la croyance : ils nous apprendront que Moïse, l'élu de Dieu, fut instruit dans toutes les connaissances des Égyptiens (1); que Salomon, le favori du Seigneur, le plus sage des rois, était aussi le plus savant des hommes. « Venez à moi, dit la Sagesse, et je vous ensei- « gnerai, La science est plus précieuse que l'or, « et ses paroles sont plus douces que le miel : ses « chemins sont beaux, et ses sentiers pacifiques, tt Elle est pareille à un arbre de vie : heureux a celui qui peut en (coûter les fruits ! Dites à la « Sagesse : Tu es ma sœur, et que la science soit o votre amie (5). a Jésus est monté au temple : à peine adolescent il étonne par ses réponses les docteurs delà loi. Bienlât il prêchera aux pauvres, en paraboles sim|)les et naïves, des vérités inac- ' cessibles aus plus grands génies de la Grèce ; il philosophera avec Nicodèmc, le plus éclairé des Juifs; il appellerai lui Paul le sage, avec Pierre le pêcheur. Déjà les apôtres ont reçu d'en haut les

particulières penchoil vers le deEpotisme, ils sa trouvent, sans le savoir, en con Ira die lion aTcc les principes de leur docirine, el c'est injustice que d'imputer à h religion des erreurs qu'elle désavoue.

(!) Exode.

^[2) Pmerbei.

Ul ULàHfiKS.

dons de la science et des langues, Us aiinôncenr parole devant tes rois et jusqu'au sein de l'Aréopage; et les premiers Pères de l'Eglise sont des philosophes d'Athènes et d'Alexandrie. Saint Clément, saint Justin le martyr, Athénagore, disciples de Platon, viennent se rendre à la religion do Christ. Sainl Iréaée fonde à Lyon des écoles m même temps que des aulels. Origèae, Tertullien, sainl Jérôme, font retentir au loin l'éloquence de leur vois, et dévoilent aux regards surpris toute la profondeur de la doctrine qu'ils confessent, Basile et Grégoire, sortis des écoles alhénienDes, étonnent le monde par leur science et leur vertu : partout où le Cbristianisme surgit, il s'entoure de lumières (i). Mais voici venir les tiers enfants du

(1) Ha Mrait-ce pas ici l'occasion de ciler les pensées profondes,

lei encourageantes maiimps des caiDU Pères sur l'ulilité, la beauté,

l'excellence des EciuDces eldesartsT Mais ce srul sujei drroanderail

- des TOlumes ; il nous suffira maintenant d'en présenter quelijues-

ones.

4 La philosophie, dit s:iirt Clément d'Alexandrie, conduit i li

■ Traie sagesse. L'emploi des démonslra lions donne une codtîc-

■ tion entière des vérités qu'elles élablissenl ; la philasophLc avec ( leur secours pénètre la vériié et la nnlure des choses etisf tantes... Bepoutier l'étude det tciencet profanes, c'ett oont damner Ihomme à descendre au rang dei brutes. ■ (Strotnates, livre IV, p. 282 et sui>antes; livre VI, p. 655 et suivantes.)

t Les sceptiques, selon saint Jean Damascène, se contredisent euitn^.mea, qunnd ils refusent !i la philosiphie le droit de connaître les choses. L n'j a rien dé plus eicellent que la connaissance; >lle est la lumière de l'âme raisonnable. Cherchons, explorons

Nord. Une force invincible les arrache des forêts de la Germanie et des rivages redoutés de la Bal-

« par des investigations persévérantes, consultons même les livres a des sages païens, nous y puiserons des vérités utiles, en les dé- « gageant des erreurs qui peuvent s'y trouver jointes. » (Capita philosophica, cap. i, 3, p. 9.)

Cette doctrine était aussi celle de saint Basile, lorsqu'il adressait aux jeunes disciples de la religion et de la science ces mémorables paroles : « Il faut s*entretenir avec les poètes, les historiens, les « rhéteurs, tous les hommes enfin, lorsqu'il en doit résulter « quelque secours pour l'éducation . » Et plus loin : « J'ai suffîsam- « ment démontré que ces enseignements étrangers ne sont point ff ini tilesau bien des âmes. »

Kal iroiviTaî;, xal Xc^ottcici;, xai pinropat, xat iràatv âvôpûtrotç é(uffXYjTéov oBev fxsXXtî itpo; ttiv r«; ^\)x^i 8TCip.eXeîav éf^iXtiO. ti; foio6«t. Ôrt fxÈv oùx àxpri(XTcv '^'J%aXi fXft67i{i.ftTa toc l^(i>6ev ^-yj Taûra îxavôç tipriTAi. {Delegendis Gentilium libris,)

« La science, disait saint Augustin, ne peut jamais être mau- « vaite, puisqu'elle est la conquête de Tintelligence et de la rai- « son. » Scientia mala nunquam esse potest, quia ratione et intelligentia paratur. (S. Augustinus, de Quantitate ammœ, cap. vil.)

Écoutez saint Jérôme : « Ceux qui ont employé leur jeunesse à « Tétude des beaux-arts recueilleront dans un âge avancé les fruits « les plus doux de leurs travaux. » Senectus eorum qui adolescentiam suam honestis artibus instnixerunt, œtate fit doctior, usu iritior.processu temporis sapientior, et vetet'um studiorum fiiictu* dulcissimos metit, (S. Uieronymus, Epist. ad Nepotian.)

Ce tangage est aussi celui des Justin, des Origène, des Gré;:oire, des docteurs du moyen âge, des grands hommes dont rËglisr) se glorifie à une époque plus mo.ieme. Que penser donc de ceux qui accusent le catholicisme de prêcher le mépris des lumières? Que penser d'eux, sinon qu'ils blasphèment une doctrine qu'ils ne connaissent pas, qu'ils ne veulent pas connaître? Il leur serait si facile de parcourir les écrits des saints Pères!... Mais non, ils y liraient la condamnation de leur système : ils détournent donc les yeux pour ne pas voir le soleil qui dessillerait leurs paupières et dissiperait leurs rêves ; car leurs rêves leur sont plus chers que la lumière du jour.

Si c'est le nom de profane donné à la science par la religion ;

3tl 11E[.A^XES.

lique, et les pousse vers le Capîlole. A comme ces avalanc-lies orageuses qui se précipiteni (lu liaut des iiionls, enlraînant avec elles loul et qu'elles rencontrent sur leur passage, les lartjarei! s'élaneenl vers Rome la superbe, cniraioant avec eux les débris de la civilisation latine : leurs chels farouches viennent s'asseoir triomphants sur les sépulcres dos Césars. Oh ! qui arrêtera leur c-ourse impétueuse? Qui pourra mettre à l'abri de ce choe terrible tous hs monuments de l'esprit humain, trêves il grands frais par quinze sièrlcs de travaux, et qu'un seul jour peut-être va détruire? Qui osera dompter ces cœurs féroces, se placer entre le vainqueur et le vaincu, et imposer aux cofnquéranls les lumières des peuples subjugués? Ces prodiges seront l'œuvre du Christianisme. Voyezvous ces pontifes qui arrêtent aux portes de leurs cités Attila le fléau de Dieu ? Bientôt ils feront plus : des assemblées d'évêqucs rédigent les constitutions des empires, les lois des Bourguignons, les décrets du concile du Tolède (1). Des

si c'est ce mat qui les ôRraje, qu'ils bb rassurent et daignent jeter le!i jeui sur la livre élémentaire dont ils ont peut-être perdu k souvenanc: : le Jardin de* Racinei grecques. Ils y appreniiront qiw le mot de profane {itftfniii} signiGc clair, évident, caractère es- Ecnliol du toule science, tandis que Je sceau de la roligion est le myilère, I incompréhensibilité, attribut r

(1) Guiiot, Leçon» d'histoire.

prêtres et des abbés entreprennent la restauration des lettres au temps de Charlemagne : durant les siècles belliqueux du moyen âge, tandis que les preux ne savaient pas signer, attmÂu qu\h étaient gentilshommes j les sciences et les arts restaient comme un dépôt précieux entre les mains des fils du monastère : les disciples de saint Benoit consacraient leurs veilles à multiplier les copies d'Horace et de Virgile ; des prêtres fondaient la Sorbonne et TUniversilé. Enfin, quand l'aurore des belles-lettres reparut, quels furent leurs premiers disciples? Bessarion, Baronius, Bellarmin, qui étaient-ils? Et lorsque le concile de Trente se rassembla, n'y vit-on pas, de l'aveu de Ginguené lui-même, toutes les grandes lumières de répoque? La sainte Église romaine se réjouissait de ce réveil de l'esprit humain, comme la mère qui se réjouit ,en voyant se développer l'intelligence de son jeune enfant. Le clergé s'empressait de favoriser le progrès des lumières, et marchait lui-même à leur tête. Du fond d'un cloître, le moine Roger Bacon donnait l'essor aux sciences naturelles : Copernic, le chanoine de Frauenburg, concevait le système du monde; Christophe Colomb découvrait une moitié de la terre ; Keppler et Pascal élevaient à un haut degré de perfection les mathématiques et l'astro-

546 UEUNGKS.

nomie; GasscDdi, qu'on appelaiL lu bon pretn,^ Descartes, qui allait à Loretle implorer [lour ses travaux la proteclioii du ciel, Leibiiitz, dont la vie fut consacrée à la réunion des comiminious catholique et protestante, ressuscitaient la philosophie et fondaient des écoles célèbres dont les écoles de nos jours se glorifient encore d'être lea héritières, liuet, Kirclior, Bossuet, Vico, redraicnt l'antiquité de ses ruines. Hi>d;rai~je les missionnaires portant avec eux les sciences chrétiennes jusqu'aux plages lointaines de la Chine et du Japon, les vasles collcclions drs bénédictins de Saînt-Maur, des oratoriens et des jésuites? Nommfr rais-je Malebranche, l'émule de Platon, Itourdaloue, Fcnclon, Fleury, la gloire du sacerdoce -français; les Lamoignon et les d'Aguesseau, chez qui la vertu semblait héréditaire comme la îsse; Malpighi, Baglivi, Euler, Laplace et Lavoisier, qui portèrent les connaissances physiques à un haut degré de perfection : et cet illustre Benoît XIV, dont les louanges retentirent jusqu'à la cour des Czars, jusqu'à la l'orle Ottomane? Dirais-je l'ingénieuse sollicitude de câ| prêtres vénérables, dont les soins rendirent la vie morale aux êtres malheureux, qui semblaient séparés pour jamais de la société des hommes : car l'éducation des sourds-muets

REFLEXIOfIS SDR LA DOCTRINE DE SAINT-SIMON.

encore une de ces célestes révélations du Christianisme? Compterai-je enfin ces innombrables établissements fondi's par la piélc catholique, où de saintes femmes, de zélés religieux, consacrent h l'enseignement primaire et à l'instruction du pauvre une vie obscure, mais pleine d'œuvres?

A côté des sciences apparaissent les arts ; enTanls de l'inspiration, le Clirislianisme leur sourit; il leur donne un élan sublime, il leur prête des ailes comme à la colombe, pour s'élever vers Celiii qui Kouffie où il, veut, qui distribue à son gré l'enthousiasme (1) et le génie. Écoulez ces voix harmonieuses : c'est Moïse entonnant l'hymne au Dieu libérateur; ce sont Judith et Débora, bénissant 1 Dieu qui frappa l'étranger par la main d'une femme; c'est David qui célèbre les grandeurs du > Irois fois Saint : « Louez le Seigneur, anges du « ciel, et vous aussi, enfants des hommes, louez le « Seigneur sur la lyre et la cithare; frappez les « cymbales rclenlissanles, embouchez la trompette, « faites frémir les cordes du ps;iltérion, pour chan- « ter un cantique à Jéhovah (2). » C'est Salomon qui convie tous les arts à orner le temple et les cé-

(] ] Ce mot, dont nn a Irnp iitinBé, est prie dam son énergie primilive ; l'Eallioiisiastne, (vdiumaip;, esl celte action irtys'érieuse de Dieu sur l'âme, qui l'eiaJte, l'illuininc, <]ui la remplit de sa divinité.

— {2} Psaume*.

3iH MELANGES

rcmonies du culte; ce sont les prophètes dont les pensées ardentes se débordent comme un torrent de flammes; c'est rÉcriturc entière qui n'est ellemême qu'un long poëme plein de grâce et de majesté, oA rEspril-Sainltouràlour soupire avec Roth et Tobie, gémit avec Job et Jérémie, tonne avec Isaïe et Éïéchiel. A des époques plus modernes, le feu sacré des arts s'entretient à l'ombre de la croix. tandis que l'ignorance couvre l'Europe. L'architecture goLbique s'élève avec ses milie arceaux, ses mystérieuses rosaces , ses innombrables aiguilles élancées au ciel, comme autant de désirs et de prières. Sous leurs voûtes résonnent les chants religieux : aux accents solennels des orgues, le Te Deum et le Dies irx montent dans les airs, l'un comme l'hymne magniCque de la reconnaissance, l'autre comme un cri de mort mêlé d'espérance et de terreurs. Là des artistes inconnus sculptaient ces tombeaux superbes de nobles seigneurs et de preux chevaliers que nous admirons encore. Puis le siècle de Léon X se leva radieux de gloire et de génie. Le catholicisme, qui avait rempli de grandes pensées Pétrarque et Dante, inspira le Tasse, Michel-Ange et Raphaël. D'une main il éleva la basilique de Saint-Pierre, de l'autre il traça le Jugement der- 'ter de la chapelle Sixtine. Sur les pas des grands litres vola une foule nombreuse : Léonard 4e

Vinci, Rubens et le Poussin se plurent à reproduire sur la toile les mystères du Christ et les Iriomphes des saints. Le Puget et Canova consacrèrent leur ciseau au culte de celte religion vénérable, dont la foi remplissait leur cœur, et dont les préceptes réglaient leur vie. Ghérubini et Mozart firent entendre des mélodies sacrées , pareilles à des accords angéliques échappes aux concerts du ciel. Enfin c'est Rome, c'est toujours Rome qui est dépositaire des traditions des beaux-arts ; c'est à ce foyer de pensées catholiques que de jeunes hommes vont chercher tous les jours des idées puissantes, de majestueuses images; et, s'ils s'arrêtent encore quelquefois aux classiques tombeaux des Césars, c'est surtout sous les portiques du Vatican, et aux pompes pontificales, ou bien au sépulcre des apôtres et dans les catacombes des martyrs, qu'ils vont attendre Tinspiration.

On a assuré que l'Évangile jette l'anathème sur l'industrie, et prêche l'oisiveté de la vie contemplative ; et cependant, aux jours de l'innocence et du bonheur, les Livres saints nous montrent le premier père cultivant de ses mains les jardins délicieux d'Éden ; et plus tard il lui dit : Tu mangerai ton pain à la sueur de ton front. Les patriarches apparaissent livres à la vie pastorale : Moïse ordonne le partage des terres entre les fils d'Israël, et

ubB^^

35U MÉLiNGES.

commande les travaux de l'agriculture. Ouï rons-nous les éloges donnés par la Sagesse l'homme laborieux, le blâme déversé sur le lâche, les louanges de la femme forle? « Elle s'est levée a avant le jour, elle adistriliué la tâche à ses sera vantes, ses mains ont filé la laine et le lin, elle a « vendu au Cananéen le fruit de son travail : elle « n'a point mangé son pain dans l'orsiveté : ses » œuvres font sa gloire (1). » Oublierons-nous que Jésus-Christ et ses apôtres travaillaient de leurs mains, et que saint Paul le recommande à son disciple? Déchirerons-nous ces pages atlendiissantes de l'Évangile, où toutes les comparaisons sont tirées de l'agriculture et des ouvrages des champs, et la paraboledu serviteur inutile? Ignorons-nous qu'aux époques de barbarie le défrichement et la culture des terres furent dus aux communautés religieuses ; que partout où les missions catholiques ont pénétré, elles ont porté la charrue en même temps que la croix, et enseigné l'art de féconder la terre avec celui de gagner le ciel? Entin n'esl-il pas au milieu de nous des maisons consacrées au repentir et pénitence, où la religion recueille des malheureux pour les occuper à des œuvres utiles? Les couvents de trappistes et les établissements de

(i) Proverbe».

uts de C^H

fuge ne sont-ils pas des lieux de travail et d'industrie? et le Christianisme ne flétrit-il pas l'oisiveté en l'appelant la mère des vices?

Que des voix ne s'élèvent donc plus pour dire que la religion catholique a perdu l'intelligence des besoins de l'humanité : ces besoins lui soat coo^ nus, elle sait venir au-devant d'eux pour les satisfaire; elle chérit les sciences, les arts et l'industrie; bien plus, elle les sanctifie en les faisant tendre au Créateur; elle apporte du ciel le feu sacré de l'amour pour les vivifier. Elle n'a de mépris que pour le vice, et d'anathème que pour le crime.

Chargée d'entretenir dans les cœurs, comme sur autant d'autels, les flammes divines de la foi, de l'espérance et de la charité, l'Église, mère commune de la grande famille, préside à son développement, l'unit dans une communauté de croyances et de promesses, la guide vers un même but.

L*épOQUE ACTUELLE.

Ici- les disciples de Saint-Simon nous arrêtent: c< Les croyances, disent-ils, vont s'affaiblissant de

HÉUSGES.

ii«jour en jour, le temps vient où il n'y aura plus « (le foi dans le monde, le prolestantisme et la phi- « losophie ont enlevé à l'Eglise toute sa vieille au- « torité. Aussi les catholiques ne sauraient-ils esj-O plif^uer les attaques dirigées depuis trois ceuls 'iéanstontre elle, et, méconnaissant la perfectibi- ■«lité humaine, ils sont obligés de considérer «comme un égarement immense les trois siècles , « écoulés depuis Luther jnstju'à nous. » m

Cette objection soulève une question grave, phi--, losophique : l'appréciation do l'époque actuelle. î^. catholicisme, qui proclame l'homme perfectible,,, saurait se trouver en contradiction avec luKi ôme; sûr de ses destinées el de celles du genre humain, ii s'avance d'un pas calme et majestueus à travers les tempêtes, parce qu'il en connaît les causes et en prévoit le terme.

Posons d'abord cet axiome, que l'humanité, soit qu'elle apparaisse dans l'homme individuel, soit qu'on la considère dans la société tout entière, esjt toujours la même, composée de mêmes éléments, soumise à la même toi, aux mêmes progrès. Le genre humain vit et se meut comme un homme; lui aussi a sa raison et son intelligence; sa naissance, son enfance et sa jeunesse, sa santé et ses maladies.

Cette vérité étant reconnue, jetons nos regards

sur la vie de Thomme, et nous y trouverons le mystère de la vie du genre humain.

Voyez comme l'homme est faible aux premiers jours de son existence, combien son intelligence est débile, comme sa raison semble assoupie! Que de peines, que d'enseignements répétés flfe faut-il pas pour l'enfanter à la vie intellectuelle et morale! Mais aussi voyez-vous comme il est timide, simple el crédule, comme il accepte avec empressement tout ce qui lui est enseigné, comme il y ajoute ses propres exagérations, ses propres erreurs! Trop faible encore pour apprendre par lui-même, il se courbe volontiers sous le joug de l'autorité, il croit. Bientôt un jour viendra où rintelligence plus développée sentira sa force, se demandera compte de ses idées et scrutera ses croyances : c'est l'âge du doute, de V examen. Que si, désespérant d'atteindre à, la vérité, et pressé d'ailleurs par ses passions naissantes, l'homme renonce à sa haute destinée •pour se plonger tout entier dans les jouissances matérielles, malheur à lui! mais si, au contraire, il aspire à la découverte du vrai, s'il s'applique sans relâche à reconnaître ce qu'il y a de certain et de douteux, de primitif et d'altéré dans ses vieilles croyances, alors le temps n'est pas loin où, débarrassant la vérité qui lui avait été enseignée, des préjugés et des erreurs qui avaient pu s'^ mêl^^ ^V

354 MÈHSr.ES.

la corrompre, il la réiablira dans tout son écli croira, non plus par instinct, ma.is par conviction^ c'est là le plus bel âge de l'homme, l'âge où il s'avance d'un pas sûr dans les voies de la véi-ité et de la vertu.

foi insliactive, examen, foi raisonnée ou condition : telles sont les trois époques, telle est la loi de la raison humaine dans Thomnie individuel, telle doit^elle être encore dans la société.

Le genre humain aussi fut faible aux premières années de sa vie : le Créaleur lui devait secours et appui comme un père à son enfant. Il fallait lui donner non-seulement une vie matérielle, mais une existence morale. Aussi avons-nous montré les iraces d'une révélation antique, première éducation de l'homme, rappelée sur les hauteurs du Sinaï, puis développée et consommée par his enseignements du Fils de Dieu. Toute rantiquité païenne, toute la lutte du Christianisme el du fOff lythéisme, ne fut que le long combat de la chair et de l'esprit, le laborieux enfantement de la société à la vie intellectuelle. Enfin la matière fut vaincue, le Christianisme triompha, l'Église fut chargée du vénérable dépôt de la doctrine, et les peuples crurent dans la simplicité de leur cœur. Mais un jour a société se demanda compte des idées qu'elle avait reçues, elle aussi eul son époque dedoute etd'etuk

men^ et, comme cet examen se pouvait faire de plus d'une manière, il était naturel qu'ici il fût sagement borné, et là excessif; que les uns, après avoir fait table rase de leurs croyances, tombassent dans le découragement, qui en est la suite, tandis que d'autres marcheraient de toutes leurs forces dans les routes de la science pour parvenir à la vérité.

Ces considérations, qu'on ne doit point regarder comme une pure hypothèse, puisqu'elles reposent sur l'étude de l'esprit humain, expliquent tout ce qui s'est passé depuis trois cents ans : le protestantisme du seizième siècle, l'incrédulité du dix-huitième, les doctrines égoïstes d'Helvétius et de Diderot, et les saturnales impies de 93.

Mais, de plus, ce système rend raison de la tendance religieuse des travaux scientifiques actuels, et de la direction nouvelle qu'ont prise depuis quelque temps la philosophie, l'histoire et la littérature. Le temps n'est plus où l'athéisme était de mode, où l'épicuréisme passait pour le sceau des esprits forts : du fond de l'abîme, l'esprit humain a jeté un long regard vers la lumière, il a secoué ses ailes, il s'est élevé à des pensées morales, platoniques et chrétiennes. Des génies puissants, partis chacun d'une sphère d'idées particulières, sont arrivés au même résultat : MM. de Maistre, de Bonald et Cousin ont fait suc-

JS6 VnAKGBS.

ctfder des doctrines graDrles et généreases auit^fr solaotes maximes de Condillac et de Volnev. Dci philosophes, méroe de Tépoque de Coadillac, se sont associés à ce mouvemeot, el la science s'est embellie des écrits de MM. Porralis, Degérando, Uromigui^rc. D'un autre côlé. le catholicisme s'esl choisi dans la personne de MM. de ChateaU' briand et de Lamennais, de glorieux dérenseurs, Et, tandis que MM. Guvier et de Humboldt prouvaient l'accoiii des recherches savantes avec les Livres de Moïse, un professeur illustre, malgré son allachement i\ la seclc protestante, proclamait loyalement les bienfaits de l'Église; Benjamin Constant rendait un hommage éclatant à la religion chriïtienne, dans un ouvrage entrepris sous une inspiration athée ; M. Micliaud retraçait d'une main pieuse les nobles souvenirs des croisades; M. Alphonse de Lamartine faisait entendre les accents d'une poésie vraiment chrétienne, semblable aux chants magnifiques des prophètes, semblable aux chœurs harmonieux de \a vieille Jérusalem.

Tournez maintenant vos regards sur les peuples qui nous environnent ; dites, quelle est cette main invincible qui entraîne dans le sein du catholicisme les savants de l'Allemagne protestante? quelle est celle énergie victorieuse qui a ramené Il giron de l'Église les Creutzer, les Schlegel, '

REFLEXIONS sua U DOCTRINE DE SÂINT-^IHON. 357

Haller, les Stolberg, les d'Eckstein, devenus les appuis inébranlables de leur mère adoptive? dites, comment se fait-il que l'Angleterre émancipe le catholicisme, et se sente poussée elle-même vers cette grande unité dont un roi tyran la sépara ? Comment se fait-il qu'aux États-Unis le nombre des catholiques, qui était de cinq mille à l'époque de l'indépendance américaine, soit de cinq cent mille aujourd'hui? Jetez les yeux sur l'Irlande et la Polo» gne, et voyez ce que peut encore la vertu de la croix : ou bien encore relournez-vous vers la Suisse, vers les jeunes républiques de l'Amérique méridionale. Là, tandis que le protestantisme se montre surtout favorable à l'aristocratie, par laquelle il avait pénétré dans T Europe, le catholicisme, fidèle à la cause des peuples, veille au maintien des antiques libertés : il règne encore dans les cantons de Schwitz, Ury, Unterwalden ; il fleurit dans les murs de Mexico et de Lima : Guillaume Tell avait murmuré sa naïve prière, le jour où il donna l'indépendance à sa patrie, et les derniers soupirs de Bolivar expirant se collèrent sur le crucifix.

Oh ! que c'est donc avoir la vue courte et l'esprit faible, que de s'en aller faisant l'oraison funèbre du Christianisme, parce qu'on a abattu quelques croix dans Paris, ou parce qu'une cabale

irréligieuse s'est opposée quelque part .aux processions publiques 1 Pour nous, nous acceptons 1'^ poque actuelle comme la fin des temps de doute, comme l'heure où Vexamen achève de s'opérer, où la conviction va avoir son tour. Nous osons le dire, et nous offrons de le prouver par des chiffrea : lors même qu'on mettrait à part les ravages de la reforme protestante, l'Église a toujours tu augmenter le nombre de ses fils, et elle en compte aujourd'hui plus que jamais (1). Mais voici l'ius-

(1 ) En comparant le nombre des ralholiiiiies avanl la venue de Luther avec te nombre acluel^ on obtient pour résultat un accroi»jepient remarquable. ^^^

AngleUrre, Écos'e, Irlande lO.OOO.OOO'

NorToge, SuMe, Danpmazk 5,000.000

Allem»sne 28,000.000

Poli^ne et Hongrie 1fl,UUI),000

FMnce 34.0011000

Eapoene et Portugal 12,000,000

Halle 1S.OUII,000

Russie, Grèce, Asie, Afrique 5,(iO'l,0UO

Total llb,uuu,0OO

Ce nombre paraîtra exagéré sans doute, si l'on songe aux diiïirentes hérésies de Wiclef, de Jean Duss, etc., qui ravageaient déjl l'Angleterre et l'Allemagne ; au paganisme qui occupait encore une partie considérable des régions septentrionales, et aux restes nombreux de musulmans qui habitaient l'Espagne, jusqu'à l'édil qui les expulsa.

Luther parut ; mais les conquéles de l'fglise dans l'Amérique, dans le Levant, l'Inde et la Chine, sur les cdles de l'Afrique et dans les iles environnantes; de plus, le déveluppement de la population en Euri'pe, ont amplement dédommagé le catholicisme de ces pertes. ■ En 1S80, dit Bblte-Vrun, auteur proteBtanl, on comptait

^ tant où les brebis séparées du troupeau rentreront ^ au bercail, où les peuples, reconnaissant ration-

« 288,000 paroisses. » {Géographie, t. I ) Or une paroisse représente communément en Frunce 1,000 à 1,200 habitants. En réduisant ce nombre à la moitié, et en comptant seulement 500 fidèles par chaque cure, on obtiendrait une somme totale de 140,000,000 de catholiques. Depuis cette époque le domaine de la foi s'est étendu bien loin dans les conirées américaines: et lors du voyage.de M. de Humboldt, on y comptait, dit-il, 23.000,000 de disciples de rÉglise. Remarquons en outre que depuis 1080 la population a fait de grands progrès, et nous pourrons établir le dénombrement suivant :

Angleterre, Ecosse, Irlande 6, ''00.000

Suède, Norvège, Russie d'Europe 1,000,000

France 30,01^0,000

Espagne et Portugal 18,000,000

Italie, Sicile, ctc 1X,000,000

Allemagne 10.00i>,000

Pologne, Lithuanie, Gallicie, otc 10,''0î>,000

Autriche, Bohême, Hongrie, Croatie, Illyrie. . 24,O'»",O0O

Grèce, Turquie, Archipel 1,0»0,000

Am<5rique 23,000,000

Afrique, Açores, Canaries, îles du cap Vert, Bourbon, etc. . * 1,000,000

Asie Mineure, missions de Bagdad, de JalTa, de

Jérusalem et de Damas, Maronites, Nestoriens

nouvellement réunis, etc., ctc 4,000,000

Inde, Thibet, Coihinchmc, Chine, Tonkin, etc.. 4,000,000 Accroissement comparai ivenicnt à l'époque du

Luther 35,000,000

Si Ton observe que le catholicisme admet au

nombre de s'?s fils tous les hérétiques et scliis-

mttii|ues de bonne foi, par conséquent tous les

enfants au-dc<sous de l'âge de raison qui ont

reçu le biptéme, ce qui peut s'évaluer au tiprs

environ de la iiopulation, en élevant le nombre

dos chrétiens séparés de l'Église à 100,000,000

le nombre des catholiques s'accroîtra encore

de 30,000,000

Somme toUle 180,000,000

Que serait-ce si on considérait la quantité incertaine, probable-

aSD MËUVGES.

Dellemcnt la diviaité de leurs croyani uité dii l'Église, qui en est la garde et l'interpi-èlc. se rallicTOiit aiilour d'elle, el marcheront d'un pas sûr sous la bannière du cnthdlicisme, dans ks chi^mins du Ja civilisation et du bonheur. I}s msBobeponl toujours, toujours : car la route est belle, les JjorriGs de la perfection no sont pas posées, d le est placti dans le sein de Dieu même,

Jwi

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