‹ Œuvres complètes der A.F Ozanam (volume 3)Chapitre 2 sur 24 · AVANT-SCÈNE, LES PYRENEES ET LA MER · texte numérisé non relu

AVANT-SCÈNE, LES PYRENEES ET LA MER

Gayarnie, 21 août; Biarritz, !•' septembre 1852.

En Italie et sur les bords du Rhin, ma pensée était distraite par les ouvrages des hommes. Dans ce pays-ci, où Thomme a peu fait, je ne vois plus que les œuvres de Dieu. Vraiment Dieu n'est pas seulement le grand législateur, le grand géomètre, il est aussi le grand artiste. Ne méprisons plus la poésie comme le rêve des imaginations malades, ou comme le passe-temps des sociétés blasées. Dieu est l'auteur de toute poésie, il l'a répandue à pleines mains dans la création, et, s'il a voulu que le monde fût bon, il l'a aussi voulu beau. Quel poëte a jamais conçu, ^piel architecte a jamais dessiné un sanctuaire comparable à celui que TÉternel s'est bâti à luî*même au plus profond des Pyrénées, dans un lieu où il n'était adoré que par des pâtres? On l'appelle le Cirque de Gavarnie. Mais plutôt qu'un cirque, représentez-vous l'abside d'un temple, taillée à pic dans les rochers hauts de deux mille auôlre cents pieds. Quand nous arrivâmes au bas

e IÊLA5GES.

do ces nuirai lies pn^li^^ieuses , des nuages rougis par lo sc»loil couchaut eu voilaient le sommet, et flottaient eomme uue ilrajH?rie. Puis quand le vent eut di^sijK* ces vajKHirs, le faîte Je Tédifice parut couronné de neiires éternelles sous le paTillon bleu du tirmament. î.a voi\ des cascades gémissait comme une prière s;ms fin : s'il restait encore des athées^ c'est ici que je voudrais les amener pour les voir tonilHT à genoux, terrassés et ravis. Rien n'égale ce sjHH^tacle* si ce n'est le chaos qu'on traverse pour y arriver, La des Mocs énormes de trente, quarante piiHls de haut, s'écivulent les uns sur les autres, depuis la cime de la montagne jusqu'au fond du pivcipice où rugit le g;ive. On dirait les restes da comhat dérrit par Milton, quand les esprits bons et mauvais arrachéivnt les collines du ciel pour s'entr'ccraser. Mais les sjxvtacles pathétiques sont plus rares dans les Pyrénées que dans les Alpes. Les Pyrénées n\>nt pas les horreurs sublimes du mont Blanc : elles ont plus d'élégance que de majesté. Les beautés des Pyrt^'nées, ce sont celles de la vallée d'Ossau, de la vallée dWrgelès et du pont d'Espagne. Peu de glaciers, mais de riants mamelons que baignent des gaves limpides; des croupes arrondies et couronnées de verdure, des pics qui montent vers le ciel avec une légèreté merveilleuse, et dont la crête de granit rose se noie dans Téclatante lumière

du midi. Nulle part on ne voit de plus belles eaux. Ce ne sont plus, il est vrai, les grands lacs de la Suisse; mais la Suisse n'a pas plus de cascades, elle n'a pas dans les flancs de tous ses rochers des torrents si abondants et si purs. Je trouve en effet comme un sentiment de pureté morale sur ces hauteurs que le pied de l'homme souille rarement, au bord de ces eaux qui ne désaltèrent que l'isard et l'aigle, au milieu de ces plantes qui ne fleurissent que pour parfumer la solitude. David avait vu de près les sommets du Liban, quand il s'écriait : «Le Seigneur est admirable sur les lieux hauts : Mirabilis in alfis Dominm. »

Si les hommes des Pyrénées n'ont pas entrepris de lutter de hardiesse avec les pics qui les environnent, il ne faut pas croire non plus qu'ils n'aient bâti que des taupinières. Souvent un fier donjon s'élance du rocher pour garder l'entrée de ces vallées délicieuses où nos pères marchaient avec moins de sécurité que nous. Tous les caprices de la Renaissance ont décoré le château de Pau, et l'art ogival n'a peiit.-(|tre jamais achevé des nefs plus harmonieuses, plus heureusement éclairées que celles de la cathédrale de Bayonne. Dans ce coin de terre il y a deux peuples historiques, deux peuples conservés, les Béarnais et les Basques. Il faut visiter dans leurs jours de fêtes ces Béarnais, qui font gloire

8 IIÊL\.'(GES.

d'être restés « fins, féaux et couitois. » Pen< que les provinces environnaates sultissenl peu à l'ignominie de la blouse et du pantalon, les paysai de la vallée d'Ossau ont le bon esprit de garder le costume de leurs ancêtres : les femmes, le capulet qui voile si bien leurs têtes pudiques; les hommes, le béret, la veste rouge, la ceinture éclataule, la culolle courte et la guêtre, qui donnent ;'i toute la personne un tour vif et dégagé. Jamais on ne vil gens plus lestes à la danse, pendant que le raéné- Irîer, trônant du baut de son tonneau, exécuté un air mélancolique et monotone, sur une espèee de guitare à quatre cordes qu'il frappe d'un tampon, à peu près comme on se ligure la cithare et le plectrum des anciens, Mais jamais aussi on ne vit gens plus recueillis à la procession, et je ne saurais oublier ces deux longues files de montagnards qui se déroulaient au cbant des hymnes sur la place de Laruns le soir de la Notre-Dame d'août. J'admiraîa surtout de grands vieillards, droits comme les pins de Jeurs forêts, portant avec dignilé des manteaux qu'on ne voit plus que dans les peintures du moyen âge. Derrière, venaient le maire et les adjoints en habits de paysans ; l'écliarpe officielle se nouait sur leur pourpoint violet ; de longs cheveux encadraient leurs visages respectables et fins, types de cette race ingénieuse et polie, aussi habile, assure-t-on, à

^H m rËLERINAGE AU P&ÏS DU C1D. 0

^^oursuivre une affaire en justicL! qu'une bêle fauves dans la monlagne. Le peuple basque a moins de charme el plus de gravité. Sans doute c'est plaisir de suivre les jeunes gens à ces jeux de paume où deux villages, deux cantons, se livrent un combat de vigueur et d'adresse. Les anciens siègent au banc des juges, et pourquoi tairais-je qu'une fraîche retraite, ménagée dans le mur, garde la bouteille, conseillère des cas difficiles? Mais plus encore que ^ son jeu de paume, chaque village entretient avec.*; jalousie son cimetière : ee lieu de deuil esl tout planté de rosiers; ony voit peu de sépultures délaissées, et nul n'entre à l'église sans avoir prié sur la tombe des siens. Le culte des mortsest le signe des races qui vivent longtemps, qui ne laissent perdre ni l'esprit de famille ni l'hérilage des traditions. Chaque année des centaines de Basques, séduits par les beaux vaisseaux mouillés à Bayonne ou-au Passage, vont tenter la fortune en Amérique, Enrichis, ' ils ont bâte de revoir la maison de leur père, d'envoyer un jeune frère s'enrichir aux mêmes colonies, , et d'orner de leurs présents l'église à l'ombre de laquelle ils dormiront à côté des aïeus. Quoi d'éton- J nnt si des hommes qui ne savent pas oublier gar~3 dent religieusement la langue de la patrie, si les 1 prêtres el les lettrés veillent sur elle comme sur un feu sacré, si les Basques de nos jours parlent encore

10 mélauges.

riiliomc*. (les vieux ibères, ces aînés des Germains ehl<!s()rJu*s, el Tun des premiers peuples qui aient quiltt! le voisina^^e de Babel pour voir coucha le Hdieil dans les mers de l'Occideut?...

Les montagnes sonl toutes divines; elles portent rernpnûiile de la main qui les a pétries. Mais que din*> de la mer, ou plutôt que n'en faut-il pas dire? La ({rand(Mir infinie de la mer ravit dès le premier aspect; mais il faut la contempler longtemps pour ap|)reii(lre (|irelle a aussi cette autre partie de la beauU^. (|u'on appelle la grâce. Homère le savait bien, et c\ist pounfuoi, s'il donnait à l'Océan des dieux terribles et des monstres, il le peuplait en mônio tem|)s de nymphes et de sirènes enchanteresses. J'ai vu le jour s'éteindre au fond du golfe de dascogne, derrière les monts Cantabres dont les lignes liîirdies se découpaient nettement sous un ciel trè^-pur. Ces montagnes plongeaient leur pied dans une brume lumineuse et dorée qui flottait audessus des eaux. Les lames se succédaient azurées, vertes, quelquefois avec des teintes de lilas, de rose et de pourpre, et venaient mourir sur une plage de sable, ou caresser les rochers qui encaissent la plage. Le flot montait contre Técueil et jetait sa blanche écume, où la lumière décomposée prenait toutes les couleurs de Tarc-en-ciel . Les gerbes capricieuses jaillissaient avec toute l'élégance de ces eaux que

l'art fait jouer dansles jardins des rois. Mais ici, dans le domaine de Dieu, les jeux sont éternels. Chaque jour ils recommencent et varient chaque jour, selon la force des vents et la hauteur de$ marées. Ces mêmes vagues, si caressantes maintenant, ont des heures de colère où elles semblent déchaînées comme les chevaux de TApocalypse ; alors leurs blancs escadrons se pressent pour donner l'assaut aux falaises démantelées qui défendent la terre. Alors on entend des bruits terribles, et comme la voix de Tabîme redemandant la proie qui lui fut arrachée aux jour» du déluge. Au delà de cette variété inépuisable, appax^ut l'immuable immensité. Pendant que des scènes toujours nouvelles animent le rivage, la pleine mer s'étend à perle de vue, image de l'infini, telle qu'au temps où la terre n'était pas encore et quand l'esprit de Dieu était porté sur les flots. David avait aussi admiré ce spectacle, et peutêtre du haut du Carmel son regard embrassait-il les espaces mouvants de la Méditerranée, lorsqu'il s'écriait : « Les soulèvements de la mer sont admirables : Mirabiles elationes maris. »

Tout ceci est peut-être bien solennel pour un début de voyage; mais on sait que les pèlerinages s'ouvrent par des psaumes.

LE tnEMirS DE SAINT-JACQI.E*.

PonUriiLle, la lu rto^embro. — Mîranda .le EI>ro,!£l7.

Li! ifl novfinilire, par une tiède matinée, nous passions la Bidassoa, et nous bissions fuir derrière nous l'île des Faisans, à demi détruite par loseauï, ^ sans que la France ni l'Espagne aient rien fait pour ' saucer le coin de terre où fut signée la paix des Pyrénées. La route suivait la côte du Guipuzcoa. D'un côté s'élageaienl les cimes abruptes, les pentes j * ■ boisées, les coteaux cultivés qui rattachent les Pyré- • nées aux Aslurics. Ile l'autre côté, de fréquentes échappées de vue laissaient apercevoir la mer. Ces grands aspects, la douceur de l'air, la verdure encore tonte vive et fraiclie dans une saison si avaii^ i cée, faisaient de ce pays un paradis terrestre, mais unparadisensanglantéparles passions des hommes; car nous apercevions de loin le château elles bastions démantelés de Fontarabie. Gardez-vous de laisser ^ l'écart cette petite et vaillante cité. On y enirc comme il convient d'entrer en Espaitne, par des ruines, par une porte menaçante et des rea^

parts croulants. Devant vous monte une rue, la plua espagnole que vous trouverez d'ici jusqu'à Tolède, toute bordée de maisons antiques, avec les armoiries sur la porte, avec les balcons, les galeries, les grilles d'où les dames de céans voient et se laissent ■ voir. Au haut de la rue s'élèvent deux nobles édifices, le château de Charles V, dont la masse noire et cyclopéenne a essuyé nos boulets ; l'église, ; intacte au milieu de cette ville délabrée, comme pour rappeler que le Dieu des ruines est aussi celui des résurrections, Fontarabie ne se tient pas pour morte; les pécheurs de sardines y forment unetribu-^ fière de la pureté de son sang et do l'honnêteté de ses filles. Les palais n'y sont plus que des masures, mais des masures pleines de soleil, d'entants et de joyeuses chansons.

A quelques milles de Fontarabie, les rochers du rivage s'ouvrent, et les collines s'arrondissent pour 5 former le port du Passage. Uuand l'Espagne régénérée aura reconstruit ses flottes, elles trouveront . un abri sur dans ce Gibraltar du Nord. Voici le 1 riche village de Renteria, et des vergers de pommiers dignes d'une ferme de Normandie. Bientôt une longue chaussée conduit aux portes de Saint- Sébaslien. Quoi de plus pittoresque et de mieux posé que cette ville au pied de sa montagne pressée de^^ lar la mer ? Pourquoi l'aut-il queleas

Il faut se figurer l'Espagni; comme une montai immense dont les pentes se plongent dans des me) , tièdes ou brûlantes, et dont le sommet porte k vaste plaine sillonnée à son tour par d'autres montagnes. Ce plateau forme les deux Castilles, l'Estramadure et la Manche, élevé de deux mille pieds audessus de l'Océan, dévoré tour à tour par les l'eux Ldu soleil et par des vents glacés. Les Espagnols rMisent ; « Six mois d'enfer, six mois d'biver. » Les inois d'hiver commençaient, lu lieu des chaudes brises qui caressaient hier le golfe de Biscaye, nous ■ trouvions ici le souffle des frimas et des neiges.

Le paysage était triste et saisissant : aussi loin

, que s'étendait la vue, une campagne nue, sans

irbres, depuis longtemps dépouillée de ses récoltes;

' au levant et au couchant deux chaînes Spres et noires

découpant leurs arêtes sur un ciel nuageux; à nos

pieds, TLbre roulant ses eaux avec le caprice d'un

torrent ; aux deux bouts du pont qui le traverse, les

rues de Miranda, étroites, misérables, déshonorées

de baillons et d'immondices. L'église de Saint-Ni-

^^ colas, avec son abside romane, sa nef humble et

^K basse, ses fenêtres avares de lumière, rappelle le

^^^ temps où les chrétiens pauvres, peu nombreux,

^^Hmoins occupés de bâtir que de combattre, dispu-

^^Hlaient encore ce coin de terre aux mécréants,

^^^v Oes groupes animés consolaient la tristesse de

ispu- '

Pas un pouce de terre perdu sur ces hauteurs ; les villages se succèdent nombreux et bien bâtis. Là des filatures et des forges, ici la maison de l'émigrant qui a fait fortune en Amérique et qu'on appelle Y Indien. Le gros bourg de Tolosa marque cette première rampe d'un escalier de géants. Au delà, le pays devient plus sévère, la route plus escarpée : nous la poursuivons cependant au grand trot de nos mulets. Qui n'a entendu parler des attelages espagnols, de cette longue file de mules attachées deox à deux, que le mayoral gouverne du haut de son siège avec autant de dextérité que de hardiesse, mais non sans les animer par une conversation soutenue, par des noms flatteurs, des cris pathétiques: a Brava, Capitanal Adelante^ Catalanal Animo, Pastoral » Tant fut procédé du geste et de la voix, que Pastora tomba sur le flanc, et ne se releva que sous les sifflements du fouet. 0 pays de Garciîaso et de Montemayor! terre classique de l'églogue, pouvez- vous supporter cette profanation du nom de vos bergères ! Enfin les bœufs viennent renforcer tardivement nos haquenées, et nous font franchir le rude passage de Salinas. La nuit nous dérobe la florissante ville de Vittoria, et le jour nous surprend à Miranda de Ebro, sur la frontière de la vieille Castille. Nous pouvons nous croire sur la frontière de Sibérie.

18 UELANGES. ^H

rendaient de France ou d'Italie à Saint-JacMjues de Compostclle, Que de pauvres gens y cheminèrent dans les larmes, allant chercher la rémission de leurs péch(5s, la guérison d'un malade, la délivrance d'un captif! Et à travers quels périls, quand les bandes sarrasines battaient le pays, quand les eaux débordées emportaient les chaussées et les ponts ! On lit dans la légende de sainte Bonne, vierge de Fisc, que, faisant le pèlerinage de Saint-Jacques avec une grande troupe de fldèles réunis par le même danger, elle arriva au bord d'un torrent dont le pont était ruiné de telle sorte, que nul de la compagnie n'osait le franchir. Et le Christ apparaissant à la sainte, lui dit : « Lève les bras vers le (e ciel et passe. » Or, comme elle commençait à ' marcher sur les poutres chancelantes, ses compagnons lui criaient: « Madame, ne vous hasardez « point: car vous vous noierez sans faute. » Mais au même moment une multitude de saiats descendirent du ciel, papes, évêques, la mitre en tête et couverts de leui's ornements, et ils se rangèrent dans le torrent des deux côtés du pont: et la pèlerine passa. Quand elle fut sur l'autre rive, le Christ lui dit encore : « Appelle tes compagnons, car nul « d'entre eux ne périra, si tu tiens les mains le- « vées au ciel tandis qu'ils traverseront les eaux. » Quelques-uns des pèlerins hésitaient à s'achemi-

ner sur la parole de la sainte ; mais un autre, plus pur et dont les yeux étaient dessillés aux choses du ciel, déclara qu'il voyait les bienheureux papes et évêques rangés des deux côtés, et, s'avançant le premier d'un pas rapide, il entraîna toute la bande après lui.

II ne fallait pas moins qu'une garde toute céleste pour rassurer les pèlerins du douzième siècle. Les carabiniers de la reine d'Espagne, qui nous escortent depuis hier,nous tranquillisent moins qu'ils ne nous alarment, en nous rappelant que nous voyageons en compagnie de dix-sept millions de réaux, par des chemins où l'on n'est pas sans rencontrer quelque soir six escopettes derrière un buisson. Toutefois la solitude se peuple, les noms historiques se succèdent sur la route. Nous laissons à l'écart les montagnes d'Auca dont les évêques siégèrent aux premiers conciles d'Espagne. Voici l'enceinte murée de Briviesca, où le roi Jean P"" convoqua les Gortès de 1388. Enfin le riche hameau de Gamonal annonce les approches de Burgos ; et les tours de la cathédrale qui se découvrent publient qu'un jour, sur cette terre aride et indigente^'inspiration chrétienne est descendue.

30 lELàSGBS.

Là TILLE DES HEROS.

Burgos, le 18 nofemlre 1852.

Le premier abord de Burgos n'a rien d'héroïque. On y entre par le faubourg qui suit la lÎTe gauche de TArlanzon^ en tout semblable à bos faubouifis^ boi*dé d'auberge? et d'entrepôts, et qui n'a d'espagnol que les cloebers des églises et les galeries suspendues au dernier étage de quelques maisons. Un pont de pierre, fortement assis sur le lit capricieux de la rivière, conduit à la rive droite. Là se dépl(»e la cite de Burgos, avec tous les dehors d'un cheflieu de province de second ordre : un large quaii {e»polon) orné d'arbres maigres et de statues médiocres; plus loin, la plaça mayor^ entourée de portiques, où ne cessent d'errer des groupes de Castillans jeunes et vieux, aussi fièrement enfoncés dans leur oisiveté que dans leur manteau. Derrière la place, se prolonge la rue de la Colombe {calle rfc la Paloma) , nom poétique et trompeur du quartier mercantile, où toute empreinte nationale s'efface sous les progrès de la civilisation européenne. Ici les maisons ont des portes, des vitres presque en-

UN PËLERINÀGI AU PAYS DU JUt 21

tières, et jusqu'à des cheminées. Mais, si vous conservez une âme chimérique, si vous êtes épris de ruines et d'infortunes, consolez-vous. Cette prospérité apparente ne fait que vous cacher des ruôs' abandonnées, des espaces déserts où quelque décembre garde un grand nom. Prenez pour guide un de ces enfants en haillons, je ne jure point qu'il refusera vos maravédis, mais assurez-vous qu'il sera fier de vous montrer la ville des héros .

Au nord de ia ville moderne, et en redescendant vers l'ouest, se déroule l'antique ceinture de murailles, à demi détruites, mais larges encore et menaçantes, couronnées de créneaux, et percées de portes dont l'arcade en fer à cheval rappelle le temps des Maures. La tradition s'attache comme le lierre à ces vieux débris. On dit qu'en 884, un chef chrétieri, Diegos Porcellos, ayant défait les Sarrasins dans les gorges de Pancorbo, bâtit cette enceinte pour y mettre à l'abri les femmes, les enfants, le butin de ses soldats, et la nomma du nom germanique de Burgos {Burg , château) . Ce fils des Goths voulut retremper sa race dans le sang des hommes du Nord. Sa fille, SuUa Bella, épousa un seigneur allemand, venu en pèlerinage à Saint- Jacques de Compostelle, et retenu dans ces contrées par le pieux désir de combattre les mécréants. De cette union seraient descendus à différents degrés

n « MÉLÂNAES.

Nuiio de Rasura, le comte Fernan Gonzalez, les sept infants de Lara, le Cid. La légende a trouvé le moyen de réunir en une seule lignée tous les héros de la Castille.

lia légende a ses raisons : en faisant remonter dans la nuit des temps la généalogie de ses héros, elle cherche à les affranchir de la suzeraineté des rois. Elle personnifie ainsi l'antique rivalité da comté de Castille et du royaume de Léon. L'histoire de ces temps obscurs laisse voir les princes de Léon étendant jusqu'à Burgos une autorité mal affermie. Mais la légende prend soin de leur en faire trancher les nœuds par un crime; Ordono II invite à une fête les chefs des Castillans et les met à mort. Le peuple soulevé abjure les rois et se donne des juges. Nuno de Rasura et Laïn Calvo jugent dans Burgos, comme autrefois Josué et Gédéon dans Israël. On ne sait rien de leur gouvernement. Mais comment douter de leur existence, quand on vous aura montré, dans une des salles de TAyuntamiento, la chaise de bois, basse et sans ornement, d'où ils prononçaient leurs sentences selon les fueros de la nation (1)?

Un monument plus considérable, mais d'un

(\) Ici et pour ce qui va suivre, je consulte souvent une récente et instructive notice, Apuntes sobre Burgos, publiée dans cette ville avec des illustrations qui ne manquent ni de goût ni de fidélité.

m PËLER1M6E AU PAYS DU GID. 23

moindre caractère, marque le lieu où fut la maison

de Fernan Gonzalez. Qui croirait que Philippe II,

rombrageux monarque, érigea cet arc de triomphe

' en rhonneur du grand comte de Castille qu'on voit

souvent armé contre les infidèles» mais toujours

l'épée au poing contre les rois ? Il est chanté dans

les ballades comme Tinfatigablb chef qui conquiert

' ' un à un les châteaux voisins de Burgos, refoulant

f.. les musulmans au midi, les Navarrais au nord, et

■ réunissant la Caslille, au dixième siècle, en un seul

comté libre et héréditaire. Le ciel le seconde contre

les infidèles, et Tamour de sa femme contre ses

ennemis chétiens. A Piedrahita, il combat depuis

^rois jours sans pouvoir rompre les escadrons des

ïûécréants, quand l'apôtre saint Jacques apparaît à

ses côtés, monté sur un coursier blanc, armé d'une

^tincelante épée, et frappant d'estoc et de taille

Jusqu'à ce qu'il ait fixé la victoire. Deux fois trahi par les rois de Navarre et de Léon, et jeté dans les cachots de leurs châteaux, Fernan Gonzalez en sort deux fois par les artifices de sa femme dona Sancha et par le dévouement de son peuple. A la nouvelle de sa captivité, tous les hommes de Burgos se sont levés. c( Tous ont fait le jurement, tous d'une seule « voix, de ne point rentrer en Castille, sans le Comte « leur Seigneur. A leur tête, ils mènent sur un « chariot son image taillée en pierre ; ils ont rd-

c< solu, s'il ne revient pas, qu'ils ne reviendront « point eux-mêmes, non ! . . . et comme de bons vasc< saux, ils cheminent au bord de TArlanzon, au pas « des bœufs, et mesurant leurs journées sur le soc< leil... Il s'agit d'affranchir la Castille du cens c( féodal qu'elle doit à Léon (1). » En effet, le grand Comte n'a pas d'autre pensée. Convoqué aux cortès de Léon, il s'y rend hardiment sans peur de cette prison où il a langui de si longs jours ; il s'y rend, montant un cheval de prix et portant sur le poing un vigoureux faucon . Le roi convoite ces animaux superbes et les achète pour une somme payable à terme fixe, et qui doit doubler par chaque jour de retard. Livraison faite, la discorde éclate entre les deux contractants. Après plusieurs années de guerre, Fernan, victorieux, demande pour toute condition le prix de ses bêtes. Les arbitres désignés reconnaissent que tous les trésors du royaume n'y suffiraient pas; et Fernan obtient en échange de sa créance l'indépendance absolue de son comté. « Le c< Comte le tint pour bon, car il lui pesait beaucoup c( de baiser la main d'un autre homme, et il rea-

(1) Juramento Uevan becho,

Todos juntos a una voz.

De 110 volver a Gastilla Sin el Gonde, su senor.

La imagen suya de piedra Llcvan en un carreton, Resueltos, si alras no vuelvc, De no volver ellos, nonl...

a daît à Dieu beaucoup ite grâces pour avoir délice vré de rallégeance dé Léon la glorieuse Casce tille (1). » Ainsi chante la ballade espagnole; les peuples mêlent volontiers à leurs origines la ruse et Théroïsme. Garthage se souvenait de la peau de bœuf qui avait mesuré son territoire, et toute la Grèce mettait à côté d'Achille l'artificieux Ulysse.

Si maintenant votre guide, plus jaloux de suivre

l'ordre delà légende que de ménager vos pas, vous fait descendre de la hauteur solitaire où s'élève l'arc de Fernan sur la place de la cathédrale, il vous montrera au portail du noble édifice une file de têtes sans corps. La tradition veut que cette sinistre décoration rapelle les sept têtes coupées des sept infants de Lara. Ne craignez pas que j'abuse de mes avantages, et pour avoir acheté tout à l'heure TZ/iV loire véritable des sept infants de Lara^ au coin du marché aux herbes, chez une marchande de ballades qu'entourait une nombreuse clientèle de muletiers, ne pensez pas que je menace de vous répéter i'uu bout à l'autre ce long récit. Je remarque seulement que la scène s'ouvre, comme celle des Niebelungen, par la querelle de deux femmes au milieu

(1) El Conde lo hubo por bien,

Porque mucho le pesaba De bcsar maiio a niiifçuflo; Y a Dios muchas gracias daba Por sacar de subjecioii De Lcon a Caslilla honrada.

MBLANGbS. I. ^

d'une noce : dona Lambra veut être vengée sur l'époux et les sept fils de sa rivale. Déjà, par ses artifices, Gonzalo Bustos de Lara, le loyal chevalier, est tombé aux mains d'Almanzor, roi de Gordoue; il vit captif, mais dans une captivité honorée à la cour du musulman. Cependant ses sept fils, les sept infants, traîtreusement engagés dans une embuscade, succombent sous le nombre, et leurs têtes coupées arrivent à Gordoue. « A la table d'Almanzor « est assis don Bustos de Lara : car il est bien digne « de manger avec les rois, l'illustre seigneur. Et « après lui avoir servi mille viandes, selon l'usage, « le roi lui dit : c< Ami Gonzalo, un mets précieux « nous fait faute. » Le noble hidalgo répondit en « découvrant ses glorieux cheveux blancs : c< A a votre table, seigneur, on ne saurait avoir faute c< de rien. » Là-dessus vint un large bassin couvert c< d'une nappe, et dessus, sept têtes, rameaux morts c< de ce tronc dépouillé. Gonzalo considère le bassin c< et dit : c< Ah ! fruits précoces ! qui vous a trans- « portés de Burgos aux champs des infidèles (1)? »

(1) En este vino una fuente

Que cubria una toalla^

Y en ella siete cabezas,

De aqiiel tronco niuertas ramas.

Mira ia fuente Gonzalo

Y dice : « Ay fruta temprana Quîen vos trasportô de Burgos À los campos de Arabiana? »

m PÈLERINAGE AU PAYS DU CID. 17

Tout le monde sait le reste, et comment Mudarra le Bâtard poursuivit la vengeance de ses frères. Les gens de Burgos montrent la tour, d'où la première ouvrière de tant de maux, dona Lambra, se précipita de désespoir. On l'appelle encore la tour de la Suicidée.

Mais ces légendes guerrières ne sont à vrai dire (jue les préludes de l'épopée castillane. Tout le génie de la vieille Castille a passé dans l'histoire du Cid. L'action commence à Burgos au manoir paternel du héros; elle s'achève près de Burgos, au sanctuaire national de Saint-Pierre de Gardena. Au bord d'une rue déserte, jadis r.etentissante du bruit des hommes et des chevaux, un pilier de pierre, entre deux petits obélisques, s'élève sur l'emplacement de la maison où naquit l'invincible batailleur. Ainsi l'atteste l'inscription :

si sstë sitio estuyo là gâsa y nâciô el âno de nxxvi Rodrigo Duz de Vivâr llamado el Cid Gâmpeâdor.

Si la chronique du Cid semble placer son fief héréditaire au bourg de Vivar, les ballades lui donnent maison de ville et pignon sur rue. Là, sans doute, il jura de venger l'outrage de son vieux père. Là il introduisit Ghimène, en descendant du château de Burgos, où furent célébrées ses noces.

Là souvent la noble dame languit dans l'attente du guerrier :

En los solares de Burgos A su Rodrigo aguardando.

Quelques pas encore, et vous êtes au pied de l'église de Sainte- Agathe {Sanf Agueda)^ restaurée au quinzième siècle, mais dont l'étroite nef rappelle les proportions des premières basiliques espagnoles. Sainte-Agathe était cependant un sanctuaire vénéré, une des trois Iglesias juraderas^ où les accusés se purgeaient par serment. Franchissez le seuil, et vous assistez au second acte du poëme espagnol, à la lutte du Cid contre le roi. L'indépendance de la Castille, si bien acquise par Fernan Gonzalez, n'a duré qu'un siècle. Les princes de Léon, fortement établis dans Burgos, poussent leurs chevauchées royales à travers la contrée, levant le tribut et forçant la noblesse au service féodal. De leur côté les Ricos hombres se retranchent dans leurs coutumes défiantes et jalouses. L'antagonisme des chefs de guerre et du souverain politique se fait jour en Espagne comme en Grèce ; la dispute éclate entre le Cid et Alfonse VI, comme entre Achille et Agaftiemnon. Mais la colère du Cid est chrétienne, elle éclate dans une église et pour de graves soupçons : le roi Alfonse VI, accusé par la rumeur publique

d'avoir fait mourir son frère don Sanche, est requis de se justifier. c< Et le jour que le roi devait jurer, c( étant à Sainte-Agathe, le Cid prit dans ses mains « le livre des saints Evangiles, et le posa sur l'autel. « Et le roi don Alfonse étendit les mains sur le livre, ce et le Cid commença à l'interroger en ces termes : « Roi don Alfonse, vous venez jurer, touchant la « mort dû roi don Sanche votre frère, que vous ne a l'avez pas tué, que vous n'avez pas été dans le <c secret du meurtre. Dites : (.cJelepire^^yyonseices a autres hidalgos (1). » Et le roi et ses hidalgos « répondirent : c< Nous le jurons. » Et le Cid ajouta : c< Si vous en avez su ou ordonné quelque chose, « puissiez-vous mourir de la mort du roi don Sanche, « votre frère! qu'un vilain vous lue, et non le fils « d'un noble! qu'il vienne d'une autre terre, et c< ri(m de Caslille ! Le roi et les fils de nobles qui c( juraient avec lui répondirent : Amen, » Et le Cid voulut que le roi répétât par trois fois le même serment. La seconde fois le roi changea de couleur; la troisième, il fut très-irrité contre le Cid et désormais il ne l'aima plus (2). Lu tradition, qui souvent se dégrade en descendant le cours des siècles, a gâté ce beau récil. Elle prête aux con-

(1) On reconnaît ici les conjuratorcs des anci^^nncs lois germaniques.

(2) Çronica delCidy cap, lxxviii ctLxxix.

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temporains du Cid une sii|jerstiLion triviale, et fait jurer, non plus sur l'Evangile, mais sur un verrou {el verrojo), qu'on montre encore à la porte de l'église.

Or Alfonse VI n'avait pas oublié son ressentiment ; et, comme un jour le Cid était venu letrouverenlre lîurgos et Vivar, le roi lui dit : « Ruy Diaz, sortez d(3 ma terre. » Le Cid donna des éperons à sa monture el sauta dans une terre de son patrimoine ; a Seigneur, lui dil-il, jene suis passurvotre terre, a mais sur la mienne. » Le roi reprit fortement courroucé : « Sortez de tous mes royaumes et sans « délai. » — Ici commence l'exil du Cid. C'est à Burgos qu'il en faut lire l'histoire, près de celte porte moresque par laquelle le banni passa, sur les ruines de ces murs vers lesquels il retournales yeux. Il la faut lire dans le Pocme du Cid, plus ancien que les Romances, plus ancien que la Chronique, et dont le texte mutilé débute par la disgrâce du héros : « Mon Cid Ruy Diaz entrait dans Burgos; il « menait en aimpagne soixante bannières. Hommes « et femmes sortent pour le voir. Les gens de Bur- « gossont aux fenêtres, pleurant de leurs yeux, tant « ils ont de douleur; et de leurs bouches tous « disentune même parole : «Dieu ! quel bon vassal, « s'il avait un bon seigneur! » Mais nul n'osait l'ia- « viter. Le Campeador s'achemina vers son gi

« quand il y arriva, il trouva la porte bien ferce mée... Les gens du Cid crient d'une forte voix : « ceux du logis ne veulent répondre mot. Mon Cid « poussa son cheval ; il était I la porte, il retira le «pied de l'étrier, il frappa. La porte ne s'ouvrit « point, elle était bien close. Une fillft de neuf ans « se fit voir : « Gampeador, bénie est l'heure où «vous avez ceint Tépée! Mais le roi Ta défendu. « Hier au soir, vint sa lettre avec grande solennité « et scellée fortement. Pour rien au monde nous «n'oserions vous ouvrir ni vous héberger : sinon,' A nous perdrions notr^^voir, nos maisons et de plus t les yeux de nos têtes. Cid, à notre mal vous n'avez «rien à gagner; mais puisse vous aider le Créa- « teur avec toutes ses saintes vertus! » Ainsi dit « l'enfant, et elle rentra dans la maison. Le Cid vit « maintenant qu'il n'avait nulle grâce à espérer du « roi. Il s'éloigna et chemina rapidement par Burgos. « Il arriva à Sainte-Marie. Aussitôt il descendit de « sa monture, il se jeta à genoux et pria de cœur. La « prière faite, aussitôt il chevaucha, sortit par la « porte et prit gîte au bord de l'Arlanzon. Près « de la ville, sur la grève, il campa et planta sa « tente (1). »

Quand l'exilé s'agenouillait à Sainte-Marie, avant de sortir par la porte du fleuve, l'humble église était

(i) Poema del Cid^ vers 15 y sgg.

encore bien loin du moment où, sous les auspices de saint Ferdinand, elle devait élargir ses on urailies, élever fum voûtes et devenir Notre-Dame de Burgos. ï^ourtant la cathédrale puissante garde avec piété lesouvenir du héros humilié qui pria sur ses dalles. Dans une des^salles capitulaires, un grand coffre est suspendu comme la châsse d'un saint. Au-dessous on a placé le portrait du Cid, tout bardé de fer, comme pour soutenir envers et contre tous le récit que vous allez lire. Il était beau de sortir de son fief accompagné de soixante bannières. Mais il fallait nourrir ceux q«i les suiyaien|v « Alors le Cid prit à « part Martin Antolinez, son neveu, et l'envoya c< trouver à Burgos deux juifs, Rachel et Bidas, avec « lesquels il avait coutume de- trafiquer de son bu- « tin; il leur mandait qu'ils vinssent le trouver au « camp. Cependant il fit prendre deux coffres grands c< et garnis de fer, munis chacun de trois serrures, « si lourds qu'à peine quatre hommes pouvaient en c< soulever un, même vide. Et il les fit remplir de c< sable, et couvrir la surface d^or et de pierres préce cieuses. Et quand les juifs furent venus, il leur « dit qu'il avait là quantité d'or, de perles et de c< pierreries, et que, ne pouvant emporter ce grand c< avoir avec lui, il les priait de lui prêter sur ces a deux coffres ce dont il avait besoin. Et les juifs « lui prêtèrent trois cents rnaron d'or et trois cents

« d'argent. » Mais, quand le Cid eut pris Valence, il renvoya les trois cents marcs d'argent et les trois cents d'or pour dégager ses deux coffres de sable, a priant Rachel et Bidas de lui pardonner, car il « l'avait fait avec chagrin (1 ) . » — Ce dernier trait me louche. Je croyais le Castillan ravi d'avoir joué un si bon tour à deux infidèles. Mais son honneur chrétien en souffre, et il a besoin de pardon,

L'Achille de l'Espagne ne restera pas en repos sous sa tente ; au bout de sa lance désormais libre et souveraine, il porte la guerre aux mécréants. Il n'aura pas de paix qu'il n'ait enlevé Valence, a l'honneur et la joie des Maures, la ville aux fortes murailles, dont les blancs créneaux reluisaient de loin au soleil (2). » Le siège sera long et la famine cruelle, ce Le père ne donne plus de conseil au fils, « ni le fils au père, ni l'ami à l'ami ; ils ne peuvent «se consoler. C'est une mauvaise condition, sei- « gneurs, de manquer de pain, de voir mourir de « faim enfants et femmes (5). » Le poëme suit don

(1) Cronica ciel Cid, cap. xc et ccxiv. Je reviens ici à la Chronique dont le récit est plus court.

(2) expressions d'une complainte arabe sur la prise de Valence, publiée pour la première fois dans la préface du Cancionero de Baena,

(3) Poema ciel Cid :

Nin (la cdii.-i'jo pndro a fijo, nm fijo apadre; Kin aniigo a ainigo; no !^e j)ue(ien consoiur Mala cuiiita os, scùorcs, aver mençjua de pan, Fijas c mugicros verlos morir de fambre.

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