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il concliu à la pm^^ap?
talc, nt ses conclusions rurent adjugées. La létu du comte loinba au tuilicudes mui-mures de la nation. Pour calmer le mécontenlement, Bacon fut encon; cliiirgt; de publier une jusLilicalion du procès, el il le lit sous ce titri; : Déclaralion des intriguei â Irahùom de Robert, dernier comte d'Essex {{]. L'indignation universelle accueillit celle nouvelle bassesse. La vue de cet homme qui avait si oulrageiisemeut forfait à la reconnaissance et à rainilié devint insupportable à ses concitoyens; il y euf contre sa vie des tentatives de vengeance terrible ; il fallut qu'il se tint reniermé chez lui, seul avec ses remords; et, les rôles changeant, l'accusateuf l'uL obligé dV'ci-ire sa |)ropre apulogîe (2). Mai^ cette apolo^âe, tout en constatant les Ècrujiule» qui avaient précédé sa détermination et la modération avec laquelle il s'était efforcé de l'accomplir, ne Irahit p^s moins les motifs qui l'avaient dictée. On en jugera par un court passage, où l'embarras du stjle témoigne parfailemoit des inquiétudes de la conscience. c< Vous pouvez vous ra]>peler que la « reine connaissait sa force e! regardait sa parole o comme un ordre souverain. Vous savez qu'à « l'exemple des plus excellents princes ses prédt'-
(1) \uir les Œuvres complètes de timon, en anglais,
(ï) Uefte apologie se trouvi: auasi daus les Œuvre» complUet.
« cessenrs, elle n'attachait point irrévocablement sa a confiance aux charges qu'elle accordait, et sec< parait quelquefois ses faveurs particulières des « offices publics. Ainsi, moi qui occupais dans le c< monde un poste envié et périlleux, moi qui sac< vais que la reine avait coutume de conduire jusce qu'au bout une fortune commencée par elle, et (c qu'elle était conslante dans ses bontés; moi qui c( avais récemment reçu des preuves extraordi- « naires de sa bienveillance, je résolus d'endurer ^ c< cette épreuve, et de faire ce qui m'était demandé, « dans l'attente d'un avenir meilleur. »
Cependant Elisabeth vint à mourir; Jacques I** lui succéda, avec moins de vices peut-être, mais avec plus de faiblesses ; jaloux de son savoir pédantesque, comme elle l'était de sa fabuleuse beauté; voulant, lui aussi, faire trembler, mais tremblant lui-même; s'altachant à de frêles créatures, entre les mains desquelles il abandonnait le sceptre, et qui le laissaient tomber dans la boue. Sous lui, le peuple anglais apprit à dédaigner la majesté des rois; le parlement, ne se sentant plus guidé par une main ferme, prit une attitude ombrageuse; la cour garda ses habitudes adulatrices, mais l'encens qui s'y brûlait s'adressait moins au monarque qu'aux idoles qu'il avait élevées à ses côtés, et qui disposaient de sa puissance.
VELiSCES.
Bacon n'avuit |K(înt reçu le prn Jk
ung. On (lit même qu'à ses im)*ortuiiïtés, denntMS pluii p^ess•1nte<^ depuis la morL d'Esses, b reïni! un jour avait répondu : « Quelle aulorilc « jtctil a^oir comme magistrat celui qu'on mé- « prise coflime liomme? » A l'enlrée du nouveau rè^e, â^é di; quaranle-deui ans, il demeurait dvlaissé el les mains vides au dernier échelon deU hiérarchie, il voulut se préparer des destinées plos prospères ^ar une élude approfondie des sccntts de ta foTpne; el quelque lenips après, il donna le résultai de ses réflexions dans un opuscule inlitnlé : Fd>er forlunx lux. Cet écrit ofrue, sotis de modestes dimensions, un Imité presque complel d'ambition prati([ue {Doctnna de amliilu vilie. comme l'appelle l'auteur lui-même). Nous croyons en devoir tracer une succincte analyse. L'bisloire n'est que la révélation des âmes. GVsl pourquoi toute l'histoire politique de Bacon est dans œ livre. Là sont prises sur le fait les pensées dont la réalisation va devenir pour lui l'œuvre de chaque jour. Tout ce qui dans sa vie aurait pu nous paraître commandé par les circonstances, arrache piir la surprise; tout est là prévu, médilé; rien n'est laissé au hasard, presque rien à la Providence : on eût aimé à clierclier, à trouver dfs ^xciises au génie coupiihle; et voilà qu'on est con-
fondu en présence de ses calculs et de sa désolante sagacité.
« Au premier abord, il semble insolite et nouveau d'enseigner aux hommes à devenir des artisans de leur fortune. Toutefois, si la fortune peut être l'instrument de la vertu et Tauxiliaire des bonnes actions, elle n'est point indigne de former l'objet d'une étude sérieuse. Il est d'ailleurs de l'honneur des lettres de faire savoir au vulgaire que la science n'est point pareille à l'oiseau qui s'élève solitairement dans les airs et se charme luimême de ses propres chants ; mais que plutôt elle ressemble à l'épervier, qui sait quand il lui plaît planer à de grandes hauteurs, et qui sait aussi au moment propice descendre et saisir sa proie.
« Plusieurs règles générales et quelques préceptes particuliers sont comme les premiers délinéaments de cette science de la fortune qui n'est point faite encore. Les règles générales se rapportent à la connaissance d'autrui et à la connaissance de soi-même.
ce II y a six manières d'arriver à la connaissance des hommes : l'élude de leur physionomie, de leurs paroles, de leurs actions, de leur caractère, des fins auxquelles ils tendent, enfin les rapporls des tiers.
« 1" La physionomie : il ne faut point trop s'en
Ifr ail vieil .-xiage : Fronti -nulla ftiies^ i esl vi-ai (te l'aftpecl général du visïi^, qu*un boi hiibilf p(-utt(mJ0(irs cotn|)oscr à son grt'. Maq. jour» :tu8si il ) a daas \es yeux» snr les l('vrûs.c Ui tniîU, i|ui;l(|Ucâ innuiemcnis l«jgejs qui lr| sent IVri'orl; ta iiauire prisonniéri^ se fait a prendre par des signes qu'oD a* est poinl maiU| rtiprimtT. Viiiiiemetit l'esprit se couvre d'un tii airiiii, un regard exercô tiail toujours par ai le défaut de la cuirasse et par pénétrer jiisqH nu. 2° l.es paroles : il est vrai que te langage le fard de la pensée; mais sous ce fard la if| se fait jour dans les paroles que la surprise ai clic, ou qui échappent dans le (rouble. Le d d'œuvre de l'arL, c'est de Catiguer la dissimulât en lui opposant la dissimulation, et de lui arrac son secret par l'impatience, selon ce proverbe pagnol : « llites un mensonge, on vous dira la « rilé. » 3° Bien que les actions soient les ga les plus sûrs de la volonté, il serait imprudent leur accorder une foi entière avant d'en avoir r sure la grandeur et pesé l'iinportanee. Souveni fraude se fait précéder d'un fantôme de lopu et se prépare la confiance d'Sutrui par sa fide dans les petites choses, afin de mieux tromper d; les grandes. 4" et 5° La clef qui ouvre infaillil: ment les plus secrètes entrées des cœurs, c'est l'e
men attentif des caractères que donne la nature, et des fins vers lesquelles tendent les désirs des hommes. L'observateur doit se garder d'un excès de finesse, qui lui ferait supposer dans le commun des hommes une habileté qu'ils n'ont pas. Il en est d'autres qu'il faut scruter jusque dans les plus profonds replis de l'âme. On dit que Tigellinus, voyant qu'il ne pouvait égaler les ministres des plaisirs de Néron, descendit dans les arrière-pensées du tyran, et partagea ^a puissance en se faisant le minisire de ses craintes. 6"* Il faut savoir user avec discernement des observations et des rapports d 'autrui. Les ennemis d'une personne vous apprendront ses défauts et ses vices; ses amis vous diront ses vertus et ses qualités; vous saurez par ses serviteurs son humeur et ses habitudes; ceux qui l'approchent de plus près et qui l'entretiennent vous feront part de ses opinions. La rumeur publique mérite peu de foi, et les jugements des supérieurs sont suspects, parce que rarement il leur est donné de voir à découvert dans Tesprit de ceux qui leur obéissent et qui les craignent.
a Après la connaissance des autres doit venir la connaissance de soi-même. Il est nécessaire de se soumettre à un examen rigoureux, de ne point se traiter avec trop de bienveillance, de se demander compte de ses facultés, de ses forces, de ses res-
^^^«om^ee9, ot anssi de ses dé&ats, de $es imsaffl ^H tl à& ubslacles quu l'oo doil craindre. On aiflj ^^ surera auj choies et aui hommes de son ïH^ pour rcconiiaiti-i; s'il coovient de .s'ahandooj MO italurel ou iIl- s'imposer quelque contn poareliriLsir entre toutes les carrières celle ol se seulini le y'\ùà le plus leste et le plus sûr,fl
kl'on préToirn le moins de rivaux, où l'on autour rie t^oî tini^ plus grande solitude de L el de rerlus,
« Il est licau de se connaitn?, mais c'est vêÊê l'on ne médite ensuite l'iirl de se montrer élm ^Hà cacher à propos, de parler ou de se Utire, dei ^^^^cliir et (In j:e relever, fie modifier an deffiv conTi nable ses [lenchanls ou sa eouduite. — Ce ne point l'œuvre d'une médiocre prudence, quei parvenir à donner aux autres une haute opinic de Foi, en fiiisant valoir avec tact el délicatcssesi talents, ses mérites, et jusqu'aux avantages qu'( a reçus de la fortune. L'ostentation, traitée un K sévèrement par les moralistes, doit rencontrer pli de tolérance du côlé des politiques. Car, ain qu'on a coutume de dire : « Calomniez audaciei À sèment, il en reste toujours quelque chose ■ » ( peut dire encore : « Vanlez-vous avec audace, toi « jours quelque chose en demeurera dans l'opinic M de vos auditeurs. »> Il n'est point rare de rei
coôtHwdes esprits solides qui sontpuuis d'une dis* | crétion trop scrupuleuse, et qui, faute de vent, n «font point voile sur la mer de ce monde, — On ne ^ Hmit pas metlre moins d'art et d'importance à ca- IPfeher ses défauts, ses malheurs, ses injures. Pour dérober ses défauts à la censure publique on peut employer une triple industrie : les précautions, les prétextes et les aveux. Les précautions sont innombrables : l'usage des prétextes doit être soumis à cette règle qu'un poëtc a ingénieusement tracée,: J Ssepe latet vitinm proximilale boni. Si donc nous 1 avons PHnarqué en nous quelque vice, caclionS'te'.4 sous le masque et le manteau de la vertu voisine : , la lenteur s'appellera gravité, la faiblesse se nommera douceur. Il est utile encore, en embrassant ' quelque entreprise, de répandre le bruit qu'on a des raisons pour ne pas faire les derniers efforts et n'employer qu'une partie de ses ressources; ainsi pnssera-t-oo pour n'avoir point voulu, alors qu'oa n'aura point pu. L'aveu hardi d'un défaut quï ne* " peut se cacher est un remède peu délicat, mais d'une efficacité souveraine. Celui qui professe un mépris absolu pour les qualités qui lui manquent ressemble aux marchands habiles qui ont coutume d'exalter la valeur de leurs marchandises et ' de déprécier celles de leurs concurrents. Le comble j de l'habileté, maisaussi lecomble de l'impudence,
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de publier hautement sfs vices faire :!li>ii«; t'I, ppur mieux en imposer à Ti piifin, de oindre la liiiiîdilê el le scrupule on de lints où i'ou sait (|u'chi excelle. Aia«:i sodI )b JKietes qni. déTendaal avec chaleur un vers jii^b atlaigui:, dêloumenl la critique et l'appelhsl avec une iiKjuirtude feinte »ur le passait* iga'il^ MTCBil l« plus lieau de li'ur œuvre. — Il n*t!ât poinl facile de déterminKf dans quelles cîi'coiistance»!! LÔent de fiiirler el dans quelles de se la ire. tSitn îo'nne laciluriiilé profoode, des conseils impéné- Irables, des menées mplérieuscs, puissant qwt qiM^H conduire au but et soljïciteat toujours l'adîralioij, cependanl nous voyons les potiliqnes Iff |iUis litnirt'ux dL'Jaiynur soiiveiil de flîssimuler l'otijeL auquel tendeni leurs elforts. Sylhi- en est un illustre exemple. — Oue l'esprit soit flexible; employiîz vos efforts à rendre la volonlé sou[tle el obéissante aux occasions et aux ci ['constances. Us cuillères graves et qui ne savent pas changer noi d'ordinaire plus de dignité qne de bonheur.
n Les précoptes particuliers sont nombreux : en voici quelques-uns qui serviront d'exemples : 1° On s'^ccoutum(-Ta à juger du prix de toute chose en raisonjdu rapport qu'elle peut avoir avec les fins qu'on s'est proposées; les éléments de celte sorti' de itlalbé ma tiques intellectuelles consistent dans
it^.
la connaissance exacte des puissances qui, à différents degrés, contribuent à la formation et à la multiplication de la fortune. Au premier degré je place l'empire de soi-même; au second, les richesses; au troisième, la bonne renommée : les honneurs viennent en dernier lieu. 2° Gardonsnous d'une grandeur d'âme qui nous ferait porter nos désirs au-dessus du point que peuvent commodément atteindre nos forces. Ne ramons point contre le courant des choses. Il est sage, ce conseil d'un ancien : Fatis accède deisque. 3° N'attendons pourtant pas toujours que l'occasion vienne nous saisir, sachons quelquefois la provoquer et marcher à la tête des événements pour les conduire au terme de nos volontés. 4** 11 est téméraire de former (les entreprises qui consumât beaucoup de temps. La tyrannie d'une occupation trop prolongée est souvent fatale. C'est pour cette cause que les hommes adonnés à des professions laborieuses, les jurisconsultes, les orateurs, les théologiens les plus savants, ne savent point fonder leur fortjine ni l'îigrandir. 5° Imitons la nature, qui ne fai<f rien en vnin. Ce ne sera point un travail difficile si nous combinons nos spéculations et nos affaires de façon que l'une soutienne l'autre, et qu'un échec reçu sur un point puisse se réparer par un avantage que nous remporterons ailleurs. Rien ne convient moins
1IÊI.1KCS.
I un |Kililiquc (|ue de s'eostiTelir dans U conleo)pbdoD ot dan? le soin d'nne seule cho^. 6'\: ncms atlachons point trop élroîlemcnl à un parti,) un poste, à une espéi'ano^, quelque solidili- q« nous pt'ti^ions y voir. Mais ayons toujours unefe- TM^lre ouverte pour fuir au mouienl de l'orage, iik parle dérnbce pour rentrer après. 7* Il est bieadt W! rappeler ce mol de Bïas, pourni qu'on n'en fiwe point (in U5age perfide : a Aimez vos amis, sait « vous dler le droit de les haïr un jour; haïssant tt enneinis en vous réservant la possibilité dslB o aimer. »
On doit se tenir averti que l'auteur n'a préienila choisir el propcser ici que des rèj^les que la morale a\ùue el des moyi:ns lionnêtes; pour ceux ([m chercheraient la fortune par des voies plus courtes, mais fangeuses, il les renvoie à l'école Jd Machiavel (1). — Néanmoins nous trouvons dan* 1(!B récits de Bacon d'autres maximes que nous 716 saurions passer sous silence et qui font corp? de doctrines avec celles-ci : « Quand le vice esl « utile, dit-il quelque part, le fuir, c'est |ié- « cher (2). » Ailleurs, à celui qui craint d'avoir offensé le prince, il conseille de rejeter la faute
(1) Vojd Fiihei- ftirlunœ sitœ, thapilm de neuf pages in-foli' «■l'rt il.ins le livre de Diiinilale el aiigmenlh, (5) Ornomenlii riitioiialin.
in COS.
mr les autres (1). Enfin, dans un autre passage, il se propose pour modèle le philosophe Arislippe, qui, s'élant joté aux pieds deDenjs le tyran, répondil aux reproches d'un spectateur indigné : « Est-ce ma « faute si Denys a les oreillesaux pieds (2)î »
Bacon ne tarda pas à mettre en pratique des principes et des exemples si profondément médités. Cette fortune si longlemps rêvée et si savamment poursuivie, il allait bientôt l'atteindre. I! avait su obtenir dans le parlement, par son éloquence et par son opposition modérée, autant de crédit qu'il lui en fallait pour attirer sur lui l'allentron du gouvernement sans exciter sa colère. Tandis qu'avec des insinuations malveillantes il écartait ses rivaux, son humilité lui gagnait la faveur des grands. J\ pai'vint à trouver accès auprès du roi lui-même; il jugea probablement que ce prince avait les oreilles placées au même endroit que Denys, et il en prit le chemin. Ainsi, d'une part, il flallait la vanité de Jacques en lui dédiant ses ouvrages, en lui prodiguant dans ses pompeuses préfaces les louanges les plus démesurées, en le comparant
(1) te dignitate et augmenta, lib. VIII, c. it.
(2) De dUjnitalf, pn'face: Propterm non sunt dninnandi viri di ulii mm res postulat aliquid de sua dignilale remittunt sire impc- | mnle ncceBsitele sîtc impcranle occasione, quoad quaniTl)! hiiinile videalur et scrrile primo intuilu, tamen vérins rem tcsttmanli c< «huntiirnon perso nip si' d tcmporiipsiservire.
^^ en méi ^m avec l.
xluxees.
îmr i^ lour à Derm^ Trismégîste et ^^aESSST en même temps il flaltait sa paresse, par l'hablldr avec laquelle il aliordait lt£ aflaires les plus ardues, en (lissimulnil les dirticultês, et faisail Uir au besoin devaul La voloalé royale toutes les o\tyxtîunsdti la raUoii. C'cUil là ce qui convenait 0]«veîlleuseinent à rindolcnco de Jacques, et ceqn'il appnlail triiiter les afiaires tuaribus modù (1). Aussi récoin pensa-t-il bacon, en lui conférant sofr cessivempnl les honneurs de la chevalerîii, les l;hl^ ■ gtë de conseiller savant, de sollicileur général, de juge de la m:iiso;i du roi, d'iiLlorney général, ik niembre du c||u»eil privé. Nous ne dirons point les bassesses (|iij accompagnèrent le cours de cette élévation rapide Çi]. t^nlln, après ;ivûir louglemp?
(1) Il n'csl pas inutile d'ei,lraire ici un passage it'uD Ménnire lie Bacoa sur la paciliuution de l'Église, et de coujparer le laagige qu'il lient an roî Jncquea avec celui dans Icijuel il essayait de tiiarriierb reine Elisabeth.
< Je soumets Ininiblement îi votre jugement souverain loules Irf • idées que je propose ici ; c'est comme une obole que je liens
■ jeter dans le Irésn- de votre; sagesse. l)e même (jue les astranoiiia
■ oliserveot que la réunion des trois astres en conjonction produil -I d'admirables etfeb; ainsi, puisque en. Votre Majesté se réunisscM
■ trois lumières : 1» lumière de û nature, h lumière de la tcientc < et pr-^essus tout la lumtére de l'Esprit-Sainl, votre r^gne ne g doit-il p»s ^tre comme une heui'L-use lon^tcllatïon leTce sur l<
■ ciel de vos ËtaUT •
(Sj J'invoquerai cependant la dis^TÙce de son ancien rival Cote. il laquelle Bacon travailla avec une haineuse persévcranc«, aijiuilkiDnant le mêconleiileDiciit rojal, que la Terineté de ce jnrïsconsultr rigide avait provoqué. Il prit aussi une part honteuse i la perie di* Waller Rawicigh, qui, condamné t mort
mendié la succession du yieux garde des sceaux: Egerton, qui ne mourait pas assez vite au gré de sa cupidité, il l'obtint; et, en 1619, il changea le tilre de garde des sceaux contre ceux de lord chancelier d'Angleterre, baron de Vérulam, vicomte de Saint-Alban, et s'assit, courtisan impur, sur le siège de Thomas Morus.
Il était arrivé à l'apogée de ses espérances : la Providence le plaçait au poste d'honneur, et sur les frontières pour ainsi dire de la prérogative royale et des libertés publiques; il se voyait environné de la double majesté du monarque et de la nation : cependant il ne comprit ni la grandeur ni le devoir de sa nouvelle dignité, il ne parut se soucier que de deux choses, assurer 9a position et remplir ses coffres. Robert Carr, comte de Somerset, le premier favori de Jacques, avait fait place à George Villiers, qui devint bientôt marquis et duc de Buckingham, et maire du palais sous ce roi fainéant : Bacon se tourna du côté de l'astre nouveau qui se levait sur l'horizon, travailla à la perte de Somerset, pour s'attacher par d'indissolubles liens à la fortune de Buckingham. Il se lit une gloire d'imprimer son nom avec le sceau du
règne, sortit ensuite de prison, et, mis h la tète d'une flotte anglaise, fut arrêté de nouveau au bout de quinze ans, victime d*intrigucs diplomatiques, et, sur Tavis de Bacon, subit le dernier supplice.
n» «ar les <tiplAmes qui «lonnôrent des ûires ih-
goiCuncs fît <Ie<< pouvoirs esorhîlnnls n ce |iWsomptaenx parvenu. )t l'aida à eoricbir ses partul! et ses créatures par des concessions de inonopot<« f|iii écn^^aienl le commerce. II alla même jusqii'i s'occuper des domaines du favori el se faire son iulcndatil. En même lemps, le luxe dont il aimait Si ftVuYironner engloti lissait des sommes énorme;. Il arait si lon^t^mps baissé les yeux devant ses supérieurs, qu'il se plaisait maintenant à éblouir de son opulence les regards de ses inférieurs el de ses ^^ui. Jamais il n'y avait eu d'ordre dans l'admintstration de ses affaires privées; deux fois daus» jeunesse ses créanciers l'avaient conduil en pri=rtn : malnleiiiintses (ioniestiqiics infidèles se pi-évjjiiieiil de sa faiblesse, dilipidaieiit ses biens, abusiiieoî môme du sceau du roi en son absence. Devenii le premier magisirat de son pays, il ne rougii pas de tendre la main pour accepter les présent de cjius qui attendaient de lui des sentences. Oh dit pourtant que dans ses jugements IVquité ne fui jamais tniliie; mais s'il ne vendit point la justice, il souITHl qu'elle lui fût payée. — La mesure était remplie. En vain il se cramponnai! nu sac de laine (I) où l'ambition l'aTait lait par-
(t) On R»il([iic 1o dinnccli«r d'AnjjlcIcrrc ^îpge d» pnrlt-inonl «"
venir en rampant. Un coup de foudre Ten fît descendre.
Au commencement de la session de 1621, la Chambre des communes, organe des sentiments de la nation, atlaqua les monopoles; et, ne pouvant atteindre le marquis de Buckingham, qui en était le premier auteur, tourna sa vengeance contre Bacon, qui les avait sanctionnés. Le 21 mars, elles présentèrent à la Chambre des lords un acte d'accusation qui chargeait le lord chancelier de s'être laissé corrompre par des présents dans l'administration de la justice. Le lord chancelier, abandonné du |:alron pour lequel il avait encouru la honte, délaissé du roi, accablé par ses propres souvenirs et par l'opinion générale, qui n'avait point oublié ses turpitudes passées, le lord chancelier fut malade, demanda du temps pour se défendre, et ne se défendit pas. Ln commission chargée d'instruire son procès établit qu'en vingt-sept différentes occasions il avait reçu plus de six mille livres sterling, des meubles, des diamants, des prêts gratuits, et jusqu'à une douzaine de boutons : car toute proie était bonne à cette insatiable cupidité. Le lonl chancelier répondit à ces incriminations par un aveu général de ses fautes et par une humble supplique où il conjurait la Chambre de ne lui infliger d'autre peine que celle de la destitution. La Chambre
MEUSQES
IM |Miinit se cAoïcnler oi il'un Ici aveii, ni iCm tel cyiîmeiil : clic exigea de llacoa un<.- corir<%»iut diîlaiIlcL> do tous les griefs porlês contre lui : i) \i fil, cl en conjurant Leurs Seigneuries « d'èlremi- « séric^irdieuses pour un roseau brisé. » Mais LéWs Seigneuries étaient liniilaines : en t-crasant le » ^eau, ellus pensaient humilier le fam^j dont il atiil êlé l'instrument ; elles le foulèrent aux pied: eornpssion. Le 5 mai, les procodnres étant acll^ vécs, les lords envoyèrent leur messager aux Communes pour leur faire savoir (|u'ils étaient prêts rendre jugement contre le lord chancelier, si elles venaient le requérir, leur orateur porUint la parole pouridhs. Li's Communes se rendirent à celle invilalion, l'orateur so pi'éseula à la Ijurre, et, apri; trois protoiids sululs, il dit : « Les chevaliers, ci- « toyeiis bourgeois des Communes ont adressé leun ti plaintes ù Vos Seigneuries au sujet des acitf a exorbitants de corruption et de subornation eoBiu mis par le lord chancelier. Nous apprenons qw (I Vos Seigncnries sont prêtes n rendre leur jugï- « ment : c'est pourquoi, moi, leur orateur, je viens M en leur nom demander humblement qu'il voie « plaise de prononcer la sentence contre le lord <i chancelier, ainsi que la nature de ses faute* « l'exige, » Et le lord grand juge, prenant la Wrole, répondit ; o Monsieur l'orateur, sur la plaiDtc
UACON. *89
« (les Commiines contre le vicomle de Saiiit-Alban, « cliancelierdu royaiiine, l;i haule cour l'a trouvé a toupalile, selon son propre aveu, des crimes et « des actes de corruption dénoncés par les Com- « munes, cl de plusieurs autres crimes de même « nature. En conséquence, la cmir, l'ayant averti <i de se défendre et ayant reçu ses excuses, a cru « devoir, nonobslant, procéder au jugement; et, H par ces motifs, la cour prononce: — i" Que le « lord vicomte de Saint-\lban, chancelier d'An- « gleterre, est condamné à une amende de qua- « rante mille livres; 2" qu'il sera em|(risonné à « la Tour durant le bon plaisir du roi; 5° qu'il « sera toujours incapable de remplir aucun ofGce, « place ou emploi dans le gouvernement et dans « les finances publiques; 4" qu'il ne siégera jamais « au parlement, et ne pourra demeui'er dans le « rayon de la cour. — Voilà le jugement et la réo solution de la haule coui' des lords (1). »■
Il est "des caractères que l'adversité retrempe: le maibeur qui venait de frapper ISaeon acheva de briser les ressoits de son âme. Après s'être tenu tnnle ans courbé sur les degrés du trône, vieillard débile, il ne put relever la tète. Durant les cinq années qui s'écoulèrent du jour de sa disgrâce à
(I) Journal de la ClismLre dtis lords, ïénnce (tes '20 murs. St avril, SOivril, 3 mai IG31. Vnjex aussi Itiiliworl.
deiavMt, il meaané^ ■Mfr «n p^a do^tid il avûl été. Il
IveaMBl B liberté, rescsMpûoa Je a sacttle, l'abnigxbeD ie U danse ^â Ir Uiiiaî li lie la cour, et oiGo les leUres lie gwit» ipâkit Immtnl ie toute îtuafiecîir. liats-$es npox n'ciaini fHacoiMPpli». Connue l'Onlcur ronuii), sinb ki dâiôeax omlingË» de Tu^cqIodi, rv^rt.-t(3ÉI le ymn ora^cMx de Catilina, les lriompl»es du F*rura et les acclamatioDS brayaoles de ses ctJEali: aiusi Bauju Un^iis^aîl dans sa docte reiraile « rappel-int atcc euvîc le temps de son esclanp doré, el cbcrviiaot à reprendre ce joug p^ani m avait biàsé sur son front de si déplorables nca- Irio'S. On ^oufl'n; a le \':'ir implurer loin à four Buckingliam,qui l'avait pijé de lanld'ingralitiide: 1-j princf! de Gallis, qui ne l'aim^iil pas, el qu'il apiwttu son rédt'inpteur; Jacques lui-mèiue, qu'il noiumc hon créateur el presque son Dien. Il est décliiraiit de lire ces lettres où le génie deriiommea la parole divine sonl profanés en même leiniis, cl employés à des sollîcitalions d'^ulanl plus dégradantes qu'elles n'étaient pas dictées par une impél'ieuNe nécessité, — « Sire, \oici un an et demi que " diiie ma misiVc. Mon imprévoyance ne m'a hdsse « que peu de Ijîens, yuère plus que je n'en avais « trouvé dans la succession de mon père. Mes di-
BâGOR. 401
« giiiiés me rcslent, comme des marques de votre faveur passée, mais aussi comme autant de fardeaux pour ma fortune présente. Les pauvres debris que j'avais conservés de mon ancienne opulence, soit en vaisselle, soit en joyaux, je les ai distribués à de pauvres gens auxquels je devais, gardant à peine ce qui convenait pour ma subsistance. En sorte que, pour conclure, il faut que je dévoile ma misère aux yeux de Votre Majesté, et que je m'ccrie : Si tu deseris nos^ perimml — Vous ressemblez au Créateur, qui produit et ne détruit pas. Aussi, moi qui ai longtemps eu le bonheur d'approcher de Votre Majesté, ai-je assez de foi aux miracles pour être assuré que vous ne souffrirez pas que votre créature soit entièrement défigurée, et qu'une tache efface pour jamais de votre livre un nom que votre main sacrée s'est plu si souvent à agrandir. Ayez assez pitié de moi, mon seigneur et maître, pour ne pas permettre qu'après avoir porté les sceaux je sois réduit à porter la besace. — S'il arrivait que Votre Majesté me crût encore propre à quelque chose, et voulût bien me conférer quelques fonctions publiques, je voudrais me conduire de façon que rien ne pourrait me décourager. Je me tiendrais heureux de me retrouver à votre service, ne fût-ce qu'en qualité de pionnier ou de
t garson de e
, an hatssanl ces «
i, il se comparait aux mendiants qui se ûmom
\a porte des églises, demandaDt l'obole As
I passants et promettant df la payer avec des prières.
l£c passant couronoé Ql comme tant d'autres, il
\m&sa tomber l'obole dans la main du Tncndianl,
I mais ii aa dwlourna les yeux a\cc mépris, cl nuit
eoiivia point .j le raivrc dans son palais. '
Bacon mourut dans la solitude, en 16'26, 1
l'ige de soixante-six ans.
Et maintenant ne sonl-ce point deux visions difféientesqui viennent de passer devant nos jeiii* D'où vient que cet homme de génie et cet hoinait d'Étal portèrent tousdeux le même nom de François Bacon? Jamais il n'y eut tant de dissemblance entre deux frères ! N'y a-t-il point là quelque erreur de la postérité, quelque confusion de deui indivuadilités distinctes ; ou bien ne serait-ce pas le renouvellement de ce vieux r^cit mythique qui fait assepir Hercule aux pieds d'Omphaleî Non.
(1) Lettre de Bacon, b la lin du i' eu anglais.
La proximité des temps ne permet pas le doute, le symbolisme n'est ici de nul secours : ces deux hommes ne sont qu'un homme, ces deux histoires ne sont que l'histoire d'une seule vie. Oui, celui que nous avons vu, au premier réveil de sa raison, secouer si fièrement la servitude de l'école; celui qui, par la seule puissance de sa pensée, renversa une autorité usurpatrice, vieille de deux mille ans; celui de qiJt la science recevait des lois et devant qui la nature se plaisait à dévoiler ses mystères ; celui qui s'était fait un si vaste empire et s'y mouvait avec tant d'aisance et de majesté, qui se révélait par de si admirables ouvrages, bravait si généreusement la colère et la jalousie de la multitude des esprits subalternes, et s'agenouillait si magnifiquement devant Dieu ; celui enfin qui nous apparaît, exerçant une si heureuse influence sur le développement des connaissances humaines et sur la prospérité des nations, couronné de tant de rayons de gloire : c'est le même que nous avons trouvé faisant dès sa jeunesse l'apprentissage de la servitude des cours, et qui durant quarante ans se traîna dans les fangeux sentiers du pouvoir, Iressaillant d'espérance ou de crainte à la parole d'une reine capricii use ou d'un monarque imbécile, et ne s'arrêlant jamais ni devant le crime ni devant l'ignominie; c'est le même qui traçait pour son
UÉLAK6BS. I. 28
^Bange de M odieuses nuiime, qui mcndinl 4l ^^^enlaits vi lrahi>sait sod bieafaîu^ur ; c'est I ^''inèinc cocorL> qui eierra une si funeste inBoeia
SOT \e^ destinées de son ^a\s, qui reçut on aflni relcoti^sant et mérité, qui ne sut poiot cDonMl SCS cIiËveui blaoes de J'Iionneur d'uae inforWI noblement porti^, et laissa plnnersur son tomlxa
tdc siniNtres souvenirs. C'est le mèmej et, si ont irons au cœur quelques senliments de pitié; i ■DUS uu voyons pas sans tristesse la cogoée au tnM d'uD vieux chêne, le serpent dans le nid des n teaux, un volcan sous de riantes contrées, uri Itlessurc dans uu corps plein de vie ; si dous vofO^ avec douleur l'erreur et lii folie, la souffrance flb mort, cl cette Infirmilé (jui est dans toutes le choses terrestres même les plus grandes cl les pb belles, nous pleurerons ici : car il y a plus qu'erreur el folie, il y a plus que la souffrance et li mort ; il y a avilissement d'une grande âme, il j '< une sublime créature à qui Dieu avait donné uni mission glorieuse, et qui s'est dégradée. Vousélie envoyé, Bacon, ainsi que le corbeau de l'arche, i (le Vastes découvertes : et, comme lui, vousjelan sur une honteuse pâture, vous avez oublié d'oi vous étiez venu, et vos ég-arcments ont alarmé le hommes qui vous attendaient au rendez-vous sacr ^ du devoir. Votre exemple a pu faire maudire i
science et douter delà vertu. Vous êtes grand, mais vous avez été mauvais. Et, malgré les honneurs de votre nom, nul homme de bien, vous apercevant à travers les âges, ne s'écriera avec une sainte jalousie : c< Je voudrais être lui ! »
Pour nous, que le passé doit instruire, quelles leçons tirerons-nous de ces récits? Qui nous dira comment Tintelligence et la volonté peuvent former entre elles une si bizarre alliance, que Tune aperçoive le bien, et que l'autre choisisse le mal ? Gomment se peut faire ce prodige, que la lumière inonde l'entendement, et que l'âme reste glacée? Qui donc a brisé l'accord qui devrait unir ces deux puissances de l'homme dans une juste proportion? Qui peut le rétablir?... car Bacon n'est point seul, et j'entends des milliers de voix lamenlables qui s'ccrient avec lui :
.... Video ineliora proboquc ; Détériora sequor
Et cependant ce n'est point ici une loi fatale à laquelle tous les hommes soient sujets ; il en est plus d'un qui traversèrent la vie tête levée; il en est plus d'un chez qui toutes les puissances de l'âme s'associèrent dans une harmonie parfaite pour faire des actions mémorables et montrer à l'humanité qu'elle ne doit point désespérer de soi.
s. THOMAS DE CANTORBÉRY
La phi!oso|)hie est une grande el magnifiqui conceplioii, mais c'est une conception tiumaine. Éclose aux faibles lueurs de quelque lampe solitaire, accueillie dans de savantes écoles, peu connue de la multitude, elle est adoptée de temps â autre par de rares génies qui s'en font les docteurs et les interprètes, el qui obtiennent ainsi le nom de sages. Mais la philosophie est une idée et non une puissance; elle demeure dans les régions de l'intelligence; elle n'agit guère sur le domaine de la volonté ; c'est presque toujours une clarté sans chaleur. Nous en avons vu quelque preuve dans la vie de lîacon. — La religion est une conceplion divine; c'est plus encore, c'est une puissance-, car ce que Dieu conçoil, il le veut. Depuis le commencement elle est dans le monde : elle y est •a.
TtsiUe, agissante, accessible à lou< ; mais toujour j fl *c irouve UQ cerbùa Dombrd d^hommes choL^ij (|ai se font d'une manière plus spéciale ses dmpies et ses instruments; elle ne s'enrenne pas dm* leur esprit, elle le détwrJe, s'empare de leurTi)- 'loott;, envahit Idule leur âme et se reproduil liani toute leur vie. Les sainis sont donc sur la lenr les repri^sentanls de celle chose divine; \h la n'présentent chacun sous un aspect dirTéreot, climun avec un caraclêro qui lui est propre, selon lesikle 011 ils sont nés, selon la mission qu'ils ont reew. Saint Thomas de Cantorbéry est une de asgli> rietiaes figures qui nous apjHiraissent au bbth %e, soulfiiiinl sur Ii'iir lête IVdilice rJi?irm. Avant dont; i\c. retracer son histoire, il imporh (rerfjioser les principes dont la défense reposa fur lui, il importe de voir si la pensée qui le con(lui=ii an martyre était une pensée individuelle conw en un jour d'orteil, ou si c'était celle de siècles chrétiens qni l'avaient préc('dé.
Sur Lôiile la faee du glolte il existe des sociéip où les hommes meltent en commun leurs Iravau» et leurs lumières pour passer le inoins malk"-
s. THOMAS DE GANT01\BËRY. 499
reusement possible les heures de leur pèlerinage, et pour accomplir leurs destinées terrestres. Ces sociétés sont diverses comme les besoins qui leur donnent naissance, resserrées dans d'étroites limites, vivantes quelques siècles, puis éteintes pour toujours. L'Église est une société formée pour l'accomplissement des destinées immortelles du genre humain. Présente dans tous les lieux et dans tous les âges, elle rassemble toutes les âmes qui veulent marcher sous ses auspices, elle les accompagne dans leur course et jusqu'au delà du tombeau. Elle réunit dans une alliance mystérieuse les générations qui sont encore dans les combats de la vie acluellc, et celles qui traversent les expiations de la vie future ou qui se reposent dans ses triomphes. Ainsi elle est indépendante de ces sociétés passagères qu'elle voit naître et mourir, elle n'est point soumise aux conditions de Tespace et du temps, elle se meut dans Tinfîni. Elle a reçu de Dieu rinfaillibilité pour dire le vrai, elle a droit de réclamer des hommes la liberté pour faire le bien. Mais, si elle doit être libre dans son action extérieure, à plus juste titre le sera-t-elle dans son organisation intime. Or l'organisation de l'Église s'appuie sur trois bases : une hiérarchie dont les membres se renouvellent et se succèdent en vertu d'une transmission légitime; une juridiction exer-
anx différents degrés de la hiérai-chiesurces |ui lui sont soumis; un pouvoir répressif et peu; dont l'effel le plus rigoaR'Ux est d'exclure tempe rairenienl de la société religieuse ceux qui n'aflïf tciit point ses lois ou ses enseignements . Libert d'élection, lilierlé de juridiction, liberté d'eïcom muiiication, telles sont les trois libertés fondaniei iiiles de l'Église qui furent en elle dès ses premiff "temps, dont elle peut modifier l'exercice par cor desceiidanciî pour les besoins d'une époque, mai auxquelles nulle puissance humaine n'a le fini de loucher (1).
pi-'Ges libertés, déposées en germe dans le cénacl oft s'asscmlilniciit les onze p^olieurs de Galilt'e, [mr téesavecla parole divine aux extrémités de la terre
(I) Uaiu celle exposition des libertés de l'Eglise nous an» suivi scrupuleusement les décisions du droit canonique, et te amnt CorufMrûairt de Zallinger, imprimé à Rome sous l'apprnbi' tion de l";iul«rité religieuse. Touleibis nous ne nous dissiniuloD point les diOicultés du sujet, et nous prions le lecteur d'eicuser \t erreurs nombreuses peut-être oîi notre jeunesse et notre iusni 8.ince nous auront fait tomber. — I /indépendance des deui orèf spirituel et temporel, de l'Église et de l'État, est expliquée d'un raanièro lumineuse dans une lettre du pape Gélue à l'empereu \nsstasc [pecretwn, dist. icti, 10). et dans plusieurs autres leib de S. Innocent, de Félii et de Nicolas, pape*. Voyez aussi S. Ara liroiso (lie BatiltcU non tradendU), Isidore de Pelusc (liv. III ep. 240) et FOnclon (Discours pour te sacre de l'électeur de Ù logne, prcmitre partie). Ces questions ont encore été traitées pi M. Lacordaire aux conférences de Notre-Dame, et plus d'une foi dans le cours de ce travail nous avons essayé de reproduire un son L Tenir imparfait de ces admirables discours.
s. THOMAS DE GANTORBËRT. 501
prirent racine partout où fleurit une communauté chrétienne (1). Durant la saison orageuse des persécutions, elles grandirent. L'Église combattait contre le pouvoir temporel pour sa foi, non point encore pour l'intégrité de sa conslilution. Le glaive des Césars ensanglantait le seuil du sanctuaire, mais ne pénétrait point au dedans. Plus tard les Césars demandèrent le baptême, ils entrèrent dans le sanctuaire, mais Tcpée dans le fourreau; ils ne disputaient point l'encensoir aux mains du j)rêtre, et, quand celui-ci les arrêtait sur la porte au nom de la pénitence, ils restaient dehors. Ceux d'entre le peuple qu'appelait une vocation libre alhiient recevoir des évêques l'onction sacerdotale, et l'élection des évêques se faisait à son tour par le suffrage du clergé et l'assenliment du peuple. Des tribunaux ecclésiastiques s'élevaient loin du tumulte du Forum. Les prêtres y devaient terminer leurs contestations sous des formes protectrices de la majesté de leur caractère, et les laïques eux-mêmes venaient y chercher une justice pacifique et miséricordieuse. Si quelque iniquité retentissante effrayait la chré-
(1) L*éIcction des évêques et des diacres est racontée au livre des Actes (i et vi). S. Paul recommande aux fidèles des chrétientés naissantes de soumettre lenn contestations à la justice paternelle de leurs vieillards et de leim pasteurs. (Corinth., l, chap. vi.) 11 retranche de sa communion Tincestueux qui s'opiniâtre dans son crime. (Ibid., v.)
rcKMBnukalHB ttmaaii éa hM fa «Uics, etksfraatiWsflas fins s*udiBÛ9(A-
Hle. t*Ë$)be cwigeail «n fbfve ci ea Ukn
U lalHle du poflttBnt nnnain. AÎBât e&t mnm« une péncxle <W- !ep< cents aas depuis Q» lanlio iu«qu'.ï Cbarl4?m3gTH>. «i depoîs Clurltsagne jiiHjn'Ans dcrnten- prinoes de sa faniUr. c'a Mirv juMp^adiiièmesiècie (1).
L'Europe pnWnlail à cette époque an «pMtvk Mlcfinr'l. — J'artoul des peuples enraols s'igiW rfUH leur hf-rre-iu : non pas même des papk^
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temtrf ie JiywBMa» rIiIitm à l'organissl-on et ï f
• npii. I. 7 ■! ><, J'- Ei,U':;..ili ,u,'li,-Mia. Le? .\i;icU.-<. '-^. '■
ia3, l'ijlilissent lout un ijstiime de proi'édure pour les persomB coniQcrvi's à Dieu : I* quand uii procès civil est iolenté coalrea clerc ou un moine, la cause doil être portée d'abord denat ]e L'v tiunal dfi l'évfifuc, mais les parlies consarTeol le droit d'en apff''' i U juKlice séculiùre; S* pour les contraventions à h dbcipliw ecclésiîisUque, Iciôiueeslleseuliut'e, 5' pour les déLls qui W reroient une violation de la loi civile, le clerc ou le moine d^mk par «on i:vi?que paraît devant les tribunaux ordinaires. Je dogii n/ianmoins que cette dernière diepoMtion ait été admise wril- KliKC romaine. Les cvêquet ctaicnl absolument exempts de tmil' juridiction temporelle. La législation de l'empire leur atlrihmit h mitre une sorte de magistrature municipale, les faisait inlerïHB pour la nomination des tuteurs et curaleurs, etc., etc. f.es canîtilaircii de Cliarleniagnc et de ses successeurs confirmèrent el éliidirent l'aiilnrité des tribunaui ecclésiastiques, soumettant sans "■ i-utie e«ce]ition les clenis el les reUgieilx au jugement de l'ërèqiK. ot i'i;ïéi|nc au jugement de ses collfegues' assemblés, sauf loujoiP II! droit d'en appeler nu saint-sic;,'e. Voyez Capiini liv V VA, MO; VI, 5PG; VU. 103, r.i7, 45*. '' ' "
H s. TIMMS m CANTORDÉRY. 503
mais des débris de races barbares, des tribus venues de loin, refoulées les unes sur les autres, différentes de noms, de langues et de mœurs, pleines d'une ignorance sauvage et de passions haineuses, chaos d'où devait sortir le monde moderne. Audessus d'eux l'Église, étendant ses ailes sur ces éléments orageux, les rassemblant sous une même loi d'harmonie, et versant sur eux des rayons de lumière. Parmi les peuples, des seigneurs, des princes, des rois bons et mauvais, chacun tendant à se faire le centre d'un de ces tourbillons vivants, à rattacher autour de soi le plus grand nombre possible d'atomes humains, afin de les entraîner dans l'orbite incertaine de son caprice et de son bon plaisir. Au sommet de l'Eglise, au contraire, l'unité personnifiée dans le Pontife romain, s'efforçanl de maintenir l'ordre universel, retenant d'une main virile chaque prince et chaque peuple dans le cercle sacré, de peur que la force des grands n'opprimât le droit des petits, de peur que l'esprit national, grandissant outre mesure, n'étouffât l'esprit catholique d'amour. — Alors commença la querelle entre l'Église et la féodalité, entre le sacerdoce et l'empire. La cause de l'Église était cclla des pauvres et des faibles, sa liberté était leur liberté. Tous ceux qui pouvaient échapper au servage des barons venaient se réfugier autour des abbayes
lrtLftHEB&.
Bjôn^en» i^piscopales et y frouvaimt nn
i facile, une prcrtecUon assurée, et souvraUi au\ jour» miiuviiis : plus d*uDe fois, de» taumières réuuics ^us un patronage religieux!' Ibrmèrcnl tie grandes villes. Si quelque àme gc léreuse nt; se Nenlail pas faite pour sétâier surli kglèbe Kfiigneuriale, elle conquérait son indép iRnce en francbissanl l'ënceinle d'uu monastèiï. nméme lemps les cours eeclésiasliquesétaicntk Mlles où siégeassent la science et la charité : àh MpUquaienl unsyslème pénitentiaire d'où la peim tmort el la mutilation étaient bannies, et qui SalisiiU tout ce qu'on a rêvé de nos jours, ^)o■ fseulcment leur jiiridicti&n s'éti;ndail sur le (V-rJ cl (iLicliiuui'uis sur U\s iiuiiibroux \ab.Siiux du i:kr^mais la confiance publique leur ramenait par do voit's indirectes beaucoup d'affaires qui au premier abord semblaient leur devoir rester élrangén;s. L'Eglise se prêtait avec complaisance à cesell'orts du pauvre pcuplo pour se soustraire à la rigueur et h la corruption des tribunaux séculiers. La féodalité su vengea de ces empiélt-ments. Sou principe était la subordination do ceux qui possédaient la terre au seigneur dont ils l'avais replie ; la tcnure des propriétés du clergé fut assi- ^ miléa ù celle des fiefs ordinaires ; les rois e! le ■jirands barons prétendirent intervenir dans l'élec-
s. THOMAS m CAKTORBËRT. »0S
lion des évêques et des abbés, et leur conférer l'investiture; on eïigea d'eux l'hommage et le service militaire; leur juridiction fut subordonnét! à celle du suzerain, et le pouvoir pcual dont ils étaient armés fut paraljsé sous prétexte que le vassal ne pouvait tirer contre son seigneur le glaive même spirituel. Il y eut plus : l'empereur d'Allemagne, chef de la féodalité, avait le nom de roi des Romains, et, Othon I" s'élant fait céder par quelques nobles familles de Rome le droit qu'elles s'étaient arrogé de placer leurs créatures sur le saint-siége, l'empereur durant trois siècles créa tour à tour des papes et des antipapes, et se joua des déchirements de la chrétienté. De temps à autre pourtant se levèrent des pontifes héroïques, un Grégoire Vli se rencontra. La puissance temporelle, pour s'affermir dans l'esprit des nations, avait eu besoin d'une double sanction religieuse ; le serment et le sacre. La puissance spirituelle trouva là des armes légitimes pour sa défense ; et, sans vouloir discuter si la constitution générale de la société chrétienne accordait alors au souverain pontiOcat le droit de déposer les rois, question difficile, du moins ne put-il pas défaire ce qu'il avait fait, elTacer le caractère sacré du front des princes coupables, et délier les nations de leurs serments?
Jamais peut-être ces violentes secousses, qui.
ébranlaient à la fois le monde politique et le mondr moral, ne s'annoncèrent d'une manière plus alarmante qu'à l'avènement du pape Alexandre III, ec l'an 1159. A l'Orient le schisme était assis sur le trône patriarcal de Constant! nop le. La jeune ropnlé chrétienne de Jérusalem, déjà défaillante, appelih à son secours de nouvelles croisades. A Roini; même, trois cardinaux rebelles au sulTrage de li majorité avaient proclamé l'antipape Octavien. L'empereur Frédéric I" confirma ce choix illégal, et réunit dans une commune défection ses granits feudataires les rois de Danemark, de Bohême A de Hongrie, puis il s'avança contre Rome avec le fer et le feu, comme Alaric, comme ,4ttila, ravaga la Lombardie sur son passage, rasa Milan et fil promener la charrue sur ses ruines. Alexandre Di fut contraint d'abandonner la ville papale, et, pottant dans ses mains débiles la fortune de !'Éj vint réclamer rhospitalité de la France, Les souverains de France et d'Angleterre, Louis Henri II, allèrent à sa rencontre à Gourc^ Loire, marchèrent à ses côtés, tenant la brii son cheval, et consolèrent l'exil du vieillard tnlique par ce témoignage éclatant de leur fid( Et toutefois, si le viLàllanl avait pu jeter dans venir un regard divimiteur, il aurait vu bien da mines prépàréffi* à son front, bien des tristesses î
s. THOMAS DE CASTOHBÉRV. 507
son cœur par l'un de ces deux hommes couronnés qui maintenant conduisaient sa monture.
En effet, depuis qu'un duc normand, fortuné pirate, avait conquis l'Angleterre, celte malheureuse contrée avait été vouée à la servitude. Les vainqueurs voulaient que tout tremblât sous leur gantelet d'airain, et ils l'appesantir^t sur l'Église, dernière consolatrice des vaincus, fiuillaume le Conquérant avait obtenu, à force d'importunités, la déposition canonique des prélats anglo-saxons. 11 voulut plus encore, il prélendit exercer un contrôle suprême sur les résolutions des synodes, sur les excommunications lancées par les évéques, sur la procédure des cours spirituelles et sur la correspondance même du clergé de son royaume avec le souverain Pontife. Guillaume le Houx et Henri I" étendirent ces prétentions , s'emparèrent des revenus des bénéfices vacants, prolongèrent le veuvage des églises pour l'exploiter au profit du trésor, et s'atlribuérent les droits de nominatioti el d'inveslilure ()). Mais toute leur violence venait se briser contre la chaire des archevêques primats de
(1) Voyez Liogard, Biitoire d'Angleterre, tome H. Oa peut ajouter que, durant les schisraos qui JiviBèrenl la chrétienté, Guillauine \e Couquérant et GiùIlHume le Koui défendirent à leurs évéques (le décider entre les compétiteurs du saint-siége, afin de prolonger p^ir là lu racance des bénélices duDt le trésor percevait les fruits. ~ Les malheurs de S. Anselme de Caotorbéry, sa tieillesae persécutée, son âiilà Lvon, sont des choses asseï; illustres.
Cantorbéry. Les grands hommes qui rocSj lour à tour, entre autres Lanfranc et saint Anselme, osèrent résister en face à ces monarques normands, à ces orgueilleux desecDdants des roisde la mer devant lesquels tout genou Qéchissait. Instruit et encourngé par cet exemple, le clergé anglais avait profllé des troubles du règne d'Étieniit pour raffermir son indéj)endance ; et Henri H, fli prenant le sceptre sur l'autel de Westminster, aTail dû prêter serment de respecter les immunités i l'Église. Or le caractère du prince était une faibit garantie de la valeur de ses promesses. C'était un esprit élevé, riche de connaissances, éloquent daœ ses discours; prompt, courageux, infatigable daiï l'action. Mais sa volonté était allière, impalienif ses colères subites et impitoyables comme la fw ■ dre, ses ressentiments éternels. Sous les dehoB d'une nature ardente il cachait une habileté froide et calculatrice qui savait trouver le chemin des consciences d'autrui et échapper à tout ce qui aurait pu engager la sienne. Religion, justice, honneur, toutes CCS chaînes d'or dont les âmes généreuses aiment h se lier, glissaient sur son âmr sans pouvoir l'élreindre ; la crainte seule avait sm
k lui quelque empire; mais difficilement la laissailil pénétrer jusqu'à soi. Il se souciait donc MiJ de Dieu et se jouait volontiers des hommes,
; peu etu
s. THOMAS DE CASIOflBÉRÏ. 500
maxime était celle-ci : « Qu'il vaut mieux se repentir « de ses paroles que de ses œuvres (1). n Ainsi la menace qui se faisait entendre sur tous les points ■ de l'Europe contre les libertés de l'Église allait ' aussi gronder en Angleterre. Tout était dans l'attente, et l'on se deniandait avec inquiétude qui oserait accepter, qui pourrait soutenir ce formida- ' ble combat.
En ce temps-là ( il61 ) le siège primordial de Cantorbéry fut vacant, et au bout de treize mois Henri II désigna pour y monter Thomas Beckel, chancelier du royaume. A celte nouvelle, les esprits furent divisés. 11 y eut une rumeur de sentiments et d'opinions contraires, et chacun chercha dans les antécédents du chancelier le présage heureux ou malheureux de sa conduite future. Car le peuple possède une admirable mémoire pour se rappeler le passé des hommes qu'il voit grandir et
(1) Yoyei Lingard, Bhtoire d'Angleterre, tome II. Pierre de BloU, l'un des familiers de Henri, lait de lui le pilrait suivant ; Oculi ejui dwn at pacali animi sunt columbini et nmplicet, ted in ira et t»batione corda quasi uintillantes ignem et impetu fid- Tninantet.-. est leo aut teone truculentior dum vehentenltui excan-
qu'il aime ou qn*îl craint : il pénètre avec surprenante facilité les obscurités de leur premièrt vie, et l'heure où ils s'élèvent au-dessus deluieâ celle oà il se plaît à faire acte de puissance en eieiçant sur eux ses jugements. — Les vieux Angiaiss* réjouissaient de ce qu'un des leurs était porté à «I honneur suprême de l'Eglise d'Angltterre, auquel depuis un siècle, des étrangers seuls avaient élt promus. On aimait à raconter la naissance Je Thomas Becket, et le concours de faits merveUIeiu qui s'étaient réunis pour faire couler dans ses veines ie pur sang des Saxons avec le sang indompUble des Arabes. On disait comment un citoyen de Londres, nommé Gilbert Becket, ayant corabal^ en Syrie, sous l'étendard de la croix, était tombe dans les fers d'un émir infidèle ; comment sa verto prisonnière avait touché la fille de l'ënair; comment, après la délivrance du croisé, la vierge siffrasine avait voulu le suivre, et s'était échappée àa château paternel pour aller chercher au delà des mers le baptême et un époux chrétien, La Providance l'avait conduite jusqu'au milieu de Londres, jus(jii'à la porte de celui qu'elle aimait : celui-d l'avait présentée aux prêtres, et l'avait reçue de leurs mains devenue chrétienne et son épouse. On disait les songes prophétiques de cette femme étonnante, lorsqu'elle portait dans son sein ou berçait
s. THOMAS UE CAHTOnflÊRï. 511
sur ses genoux Thomas, le fils unique de ses entrailles. On savait qu'à l'ombre du cloître de Merton cet enfant avait crû en âge, en science et en vertu, que sa jeunesse s'était passée dans de longues et fortes études aux universités d'Oxford, de Paris et de Bologne, que Théobalde, le dernier archevêque de Gantorbéry, l'avait nommé son archidiacre, lui avait confié d'importantes missions, et avait souvent reçu de lui d'utiles conseils. A la recommandation de ce prélat, Henri 11 l'avait choisi • pour en faire le dépositaire de ses faveurs, le chancelier de son royaume et le gouverneur de son fils. Au milieu de ces hautes fonctions, Thomas avait rencontré bien des ennemis parmi les hommes, el bien des dangers dans les choses, 11 lui fallait lutter tous les jours contre l'avarice du monarque et contre la rapacité des courtisans; les tentations de l'orgueil et de la volupté devaient troubler jusqu'au repos de ses nuits. Pourtant sa justice avait rarement fléchi, le pays tout entier bénissait la sagesse de son administration, le renom de sa générosité s'était répandu au delà des mers avec ses bienfaits, et au milieu de la fange d'une cour corrompue sa chasteté était restée sans tache. Maintenant il était à la fois dans toute la force de l'âge (environ quarante-quatre ans) et dans toute la puissance de son crédit. Jamais deux
f.Ui XÊL&KGES.
âmes si différentes que celles du roi etdesoiiB-l nistre n'avaient élé unies d'une amitié si clroite; les dfUK premières digniLés de l'Église et rIei'Éta: confondues sur une même tète, sur une tèle s chérie du prince et du peuple, semblaient promettre une réconciliation facile entre le sacerdoce ti l'empire, et commencer une ère nouvelle deiaii et de bonheur. Telles étaient les espérancts di grand nombre (1).
Quelques-uns, au contraire, ne trouvaient daa leurs souvenirs que des prévisions sinistres, llsoi se rappelaient point l'enfance de Thomas Bectfl, et faisaient peu d'eslime des prodiges dont la In dition populaire entourait son berceau. Mais il l'avaient connu a son entrée dans la vie publique, ils l'avaient connu ardent, impétueux, chan^'ean volontiers de séjour et de condition, point ennem du plaisir, avide surtout de renommée. Ils igui! raient l'innocence de ses mœurs, les larmes silel cieuses qu'il versait quand son grand cœur étouffa sous les insignes de la richesse et du pouvoir. Ma ils l'avaient vu, lui, diacre, oint de l'huile sacn qui fait les hommes humbles et pacifiques, d ployer autour de soi une magnificence presqi
(1) Quadritogus, recueil formé des eilrails des quatre hixioi coDlem^ioninen de S. Thomas de Cantorbéry, publié par le P. Vt et accompagné de la correapondaûcti du saint. Voyez aussi Ataa de Uaroniui. toute XX, ele.
s, THOMAS J)E CASTORBÉRÏ. 513
royale, recevoir dans son palais doré les hommages de nombreux et de nobles vassaux, marcher environné d'hommes d'armes. Envoyé à la cour de France pour conclure une négociation difficile, il avait étonné les peuples par son faste et les hommes d'État par son habileté. Plus d'une fois, sous les drapeaux du roi son maître, lui-même avait conduit ses tenanciers militaires. Il avait guerroyé non sans quelque bonheur devant les murs de Toulouse et de Gahors; un jour même il avait jouté contre un chevalier français et remporté une brillante victoire. Assurément pour un évêque, c'étaient là de bizarres préludes. D'un autre côté, l'amitié que le roi professait pour lui n'était guère propre à rassurer les consciences craintives. Les bontés d'un tel maître étaient rarement désintéressées, elles imposaient au favori le devoir d'une complaisance sans bornes; et on avait lieu de croire que Thomas l'archevt'que payerait les dettes de reconnaissance contractées par Becket le chancelier. — Toutefois les prélats de la province et les députés des moines de Canlorbéry assemblés dans la chapelle royale de Westminster acceptèrent le candidat qui leur était désigné; Thomas fieckel fut élu, et les faibles murmures de la minorité se perdirent dans un applaudissement qui devint universel .
ne l'auguraient ses amis. Henri II Falaise, et, lui montrant la mer : a il dit, ctsoyea archevêque. » Le ch • ses vêlements profanes un ironique « ment, répondiUil, vous avez fait « et religieux personnage, et bien « verner une Église si célèbre I , . . ï « permet qu'il en soit ainsi, je sa a ment que votre esprit se détouraï « vous élèverez et déjà vous avez « tentions que je ne pourrais soufl « vieux trouveront une occasion « entre vous et moi; et votre ancie a changera en mieinimitîé qui ne fii Le roi n'accepta pas l'oracle. Thomi les vœux des gens de bien, se laissa la cathédrale de Cantorbcry, et t p
s. THOMAS DE CAMORBËRï. 515
résolu d'en remplir tous les devoirs, d'en subir toutes les conséquences.
Premièrement il se déQt de ce fastueux appareil, de cette foule de soldats, de valets et d'histrions qu'il avait tramés à sa suite ; il déserta ces palaii si longtemps remplis de sa présence. Il s'enferma dans le monastère des chanoines réguliers de sa cathédrale, se forma dans leur nombre un cercle de savants et de pieux amis, et vécut comme l'un d'entre eux. Dans le silence de sa cellule et dans l'obscurité des nuits, il consacrait de longues heures à la lecture des livres sacrés qui illuminait son intelligence, à la méditation solitaire qui don- . nait une trempe vigoureuse à sa volonté, à ces rudes épreuves, que l'ascétisme chrétien inventa pour subjuguer la chair. Par cette gymnastique sublime, l'athlète de Dieu se préparait à des luttef prochaines. — Sa vie extérieure, sans trahir le secret de ses austérités, était pleine de modestie. Dans sa demeure on ne trouvait plus d'autres magnificences que celles de l'aumône et de l'hospitalité; car il y avait beaucoup de pauvres parmi son peuple. Il conçut pour eux un immense amour : chaque jour, avant l'aurore, il en appelait douze, et lui-même leur lavait les pieds et leur rompait le pain; chaque jour aussi plus de cent de ces malheureux étaient conviés à un banquet préparé par
bis lËL^GES.
ses ordres. Ses charités cachées dépassaient enccn ses largesses publiques ; elles allaient chercber toutes les misères, et il n'étaitpas de fumier st délaissé qu'elles ne visitassenr. Toutes les dîmes qo'il percevait étaient consommées dans cet emploi, ella revenus de l'Eglise, que ses mains ne savaJentpa! retenir, devenaient comme la rosée qui ne sorti terre que pour y redescendre. Cette admirable fàblesse pour les pauvres le rendait fort contre la puissants et les riches, soit qu'il fallût troubltf leurs orgies, ou faire trembler leur despotisme, soit qu'il s'agît de soutenir contre leurs violences l'indépendance de quelque prêtre obscur, ou de revendiquer contre leurs usurpations des biens ecclésiastiques devenus le patrimoine des indigents, D conserva d'abord sa charge de chancelier : ce fui ■^our la faire servir à ses généreux desseins, pour imprimer au pouvoir politique une direction bienfaisante. Un des derniers actes de son ministère fut sa courageuse opposition au rétablissement de l'odieux impôt connu sous le nom de datiegelt (1). Puis, au bout d'un an, trouvant la crosse primatiale assez pesante, il rendit les sceaux, et brisi
(t) l.e danegelt était une taie que les anciens rois anglo-stooni lOTaient sur leurs sujets pour faire face aux inrasionR des DaooJji. Quand les .Normands, frères des Danois, se furent rendus maîtres de l'Anglelurre, ils continuèrent de percevoir sur le peuple coaqû cette taie dcsliuée à repousser la conquête. -^^h
I s. THOMAS DE CANTORBÉRY. 511
nÉrdimeiit le deroier lien qui attachait sa fortune ■blrônedes rois. Ainsi le génie de Thomas comlinençait à se manifester par l'énergie de ses actions, .Une transformation rapide s'opérait en lui et devenait visible au dehors : le serviteur des princes, le compagnon des grands, l'homme opulent, léger 3t fragile, s'effaçait peu à peu, et l'on voyait surçîr k la place un homme humble et fort, le prêtre, le pasteur des peuples, celui qui devait être le preoiierdc l'Église d'Angleterre et veiller sur le boulevard de ses libertés.
Quelque temps après, Henri II éleva ses regards vers le siège de Cantorbcry, pensant y retrouver sa créature ; il n'y rencontra plus qu'un redoutable adversaire.
L'issue de la dispute devait être terrible : l'oo
'sasion fut petite. Un chanoine, appelé Philippe de
3rois, avait insultéquelqu'un des justiciers royaux.
g'archevêque, ayant mandé le coupable à son tri-
Ëaal, l'avait condamné à la peine du fouet et à suspension temporaire de tout office et de tout léfice ecclésiastique. Le roi trouva la réparation nnsuffisante, et demanda que le coupable fût livré ^1 la justice séculière pour subir un châtiment plus ^grave. L'archevêque répondit par un refus fondé huT la discipline des canons. 11 n'en fallait pas tant ur blesser le monarque jaloux de son autorité.
|our
mu HELAMGES.
Henri voulait une satisfaction prompta, durable : il convoqua à Westminster les royaume et leur lit cette propositioa : « « venir, lorsqu'un clerc, accusé d'un dé « clé dégradé par le tribunal ecclésiasti( « livré au bras séculier et soumis au « prescrit par la loi commuoo. » Les évêc accord unanime, repoussèrent cette p comme attentatoire à la majesté de l'or dotal, qui depuis plusieurs siècles et pa clirélienlé était exempt de toute juridictii relie; comme incompatible avec la législ fléricordieuse de l'Église, qui ne pouvait { à des arrêls sanglants; comme contraire maximes de l'éLcrnelle justice, qui déf faire peser sur le môme coupable, pour délit, deus condamnations et deux peinei dessus Henri sembla oublier son premie et demanda aux évoques «s'ils voudraient « promettre d'observer les coutumes roya évéques tinrent conseil. Quelles étaient
(1) « EpiscopuG aut presbjter nuE diaconus in ton perjurio aul furlo deprehensus deponilor : non tamei nione exaluditor. Dicit eniin ScriptoM : •< Ois de eodeai " dîctain non exiges. Eidem coadïtioni coDsiiiiilita ' clcrici Mibdunlor. » {Canone» iancl. Apott., ûi.) Q récidive de li part du cleru dégradé, il était abandonna culier; car la dégradation lui eolevail soa binéfic* (Ai à avait pas de dvttcuHiiaui te çoitil.
s. THOMAS DE CANTORBÉRY. 519
tûmes? Le roi ne les avait point énoncées, elles n'étaient consignées dans aucun acte solennel ; ce n'éUient pas de ces usages anciens, pactes tacites mais sacrés qui ne s'écrivent point, et par là même ne s'effacent pas. Si l'on interrogeait l'histoire, l'histoire de ces temps de conquête et de trouble, elle ne rapportait pas que les rois eussent gardé
♦d'autres coutumes que celles de leur bon plaisir, •elle ne parlait que de droits tour à tour reconnus et violés, de pompeux serments et d'illustres parjures. D'ailleurs, la mystérieuse brièveté des paroles d'Henri laissait place au soupçon. Demander aux évéques une soumission entière à des coutumes inconnues, c'était leur proposer de fermer les yeux pour accepter des fers. Ils le comprirent. Le primat répondit le premier, et les autres après lui, « qu'ils a promettraient d'observer les coutumes, sauf les « droits de leur ordre : salvo ordinesuo. » C'était en ces termes que les ecclésiastiques prêtaient serment de fidélité lors du couronnement des princes : c'était sur ces trois paroles que reposait la distinction des deux puissances, temporelle et spiri-
, tuelle ; c'était l'exorcisme victorieux par lequel l'Église repoussait ce qu'il pouvait y avoir de servile dans l'obéissance : en celte formule était contenue toute l'économie du monde chrétien. La réponse des prélats n'était donc pas nouvelle ; mais, quand
SH HËLAKGES.
rhomme puissant est descendu jusqu'à ta nise, rien ne l'irrite comme de la voir découverte, pan» qu'il y a là une révélation de son infirmité cachée. Le roi fut pris d'une grande colère, sortit de l'assemblée sans saluer ceus qui la composaient, a partit de Westminster le lendemain à la poinledl jour.
Mais la plupart des évêques s'effrayèrent de lenr succès. Eux, accoutumés au fardeau de l'épiscopal, ne pouvaient porter la colère d'un homme. Les colonnes de l'Église s'inclinaient comme des roseam au premier souffle de la tempête. Il leur semblai! déjà sentir planer sur leur tète la vengeance roTsIe, et, dans leur terreur, ils pressèrent le primat « retirer la clause restrictive qui avait offensé li monarque. Longtemps leurs prières demeurèreol inutiles, et le primat inébranlable. Enfin, décopaf une décision supposée du souverain pontife, il succomba comme tous les grands hommes qui Ml succombé, à la trahison des siens et non pas ani assauts de ses ennemis, à des avis qu'il eût foula aux pieds si sa générosité lui eût permis de croirï à la pusillanimité de ses collègues. Thomas parut dans un concile national assemblé à Clarendon (1164), et promit, sur sa parole de vérité, « qu'il observerait les coutumes de bonne foi.* Le lendemain deux conseillers de la couronne pré-
■ s. THOMAS DE CANTORBERÏ. 521
sentèrent au concile une charte composée de seize articles, dont voici les plus importantes dispositions.
^ — En principe : les terres des archevêchés, évêchés, abbayes, étaient considérées comme terres baroniales, et les titulaires de ces hautes dignités étaient
^ déclarés tenanciers immédiats de la couronne, assujettis à l'autorilé du roi leur suzerain jusqu'à ne pouvoir sortir du royaume sans son congé. En con- , séquence, l' les élections des prélats devaient se faire aux temps, aux lieux, par les personnes que le , roi désignerait, se réservant le droit d'accepter ou de réprouver le candidat élu ; 2" on attribuait aux tribunaux séculiers la connaissance de plusieurs classes de procès qui soulevaient des questions de , droit canonique; de plus, l'initiatiYe, le centrale suprême et l'application de la peine dans les procès criminels intentés contre des clercs. Les affaires
' même purement ecclésinstiques devaient, d'appel en appel, arriver devant 1^ cour du roi, et ne pou- Taientétre portées à Rome qu'avec son assentiment; ' 3° aucun des tenanciers directs du roi, aucun de ses officiers ne pouvait être excommunié, aucune de leurs terres ne pouvait être mise en interdit, avant que la cause eût été soumise à l'examen de la justice séculière. Ainsi l'Église d'Angleterre était détachée de la grande société chrétienne, emprisonnée dans les limites du royaume, incorporée
S3S HÉLANGES.
dans le système féodal. On rassocialt" lia l'arislocralie guerrière, mais c'était p soriiîi- aussi à ses turpitudes. Oa la revêtai elle d'odieuses livrées, et on la faisait as» polu au milieu des peuples, esclave aux | rois. Elle était dépouillée de cet héritage di qu'au jour de sa naissance elle avait ruçui glise romaine sa môrc. Plus de liberté d'( le prince allait disposer à la fois des deux g régner sur le domaine des âmes par la p prêtre comme il régnait surJe sol par la ses soldats. Plus de liberté de juridiction ; do fer de la justice temporelle allait s'appes les choses les plus délicates, les plus vénél les plus saiotes, pour tirer de toutes parti et du sang. Plus de liberté d'excommunici les ministres d'un pouvoir brutal et capri la foule innombrable des tyrans subalterne naîtraient plus désormais ces terreurs salut seules pouvaient protéger contre leurs ins droits de Dieu et de l'humanité. — Telle charte de servitude à laquelle les prélats venaient de souscrire par de téméraires et tives promesses. Ils furent i"equis d'y app( sceau. Henri avait vaincu.
L'archevêque de Cantorbéry, consterné ture des couWmcs royales, avait demandé
s. THOMAS DE GANTORBÉRT. 525
pour les eÉaminer à loisir, et se retirant du conlîile, il s'en allait accompagné de ses clercs. Ceuxpi s'entretenaient en route des événements qui ^'étaient passés, et l'un d'eux, celui qui portait la proix, se mit à murmurer à voix haute : ce La :c puissance publique trouble toutes choses : les :< princes se sont assis et ont conspiré tous ensemble K contre le Christ Notre-Seigneur. Qui osera se u lever maintenant que le chef est tombé ? Que a reste-t-il à celui qui a pijpdu son honneur et sa « conscience? » Ainsi parkit le porle-croix; l'archevêque l'entendit, et lui demanda : ce A qui « s'adressent ces paroles, ô mon fils? — A vous, « dit le clerc, à vous qui avez aujourd'hm p^du ^ votre honneur et votre conscience, alors que vos ce mains consacrées à Dieu se sont étendues pour c( jurer l'obifervation de ces lois iniques. — - Je me c< repens, » répondit l'archevêque ; et b%douleur s'emparant de lui, il versa beaucoup de' IflfiiiÉS.
Ces larmes furent fécondes. — Pressé entre ses remords et son serment, dans une ineffable angoisse, il écrivit au pape pour le faire juge de sa situation, arbitre de son devoir. Le pape condamna les constitutions de Clarendon, flétrit d'une réprobation énergique ceux qui les avait jurées, loua Thomas de son repentir, et l'encourag^ia à en donner des preuves authentiques. — Thomas n'avait
SBI HÊUSGES.
point brise lui-m^me ses engagement? il n'M secouer (]u"après avoir été délié par celui à qui parlienl la mugislralure suprême des coiisciei D'ailleurs, le pacte qu'il avait conclu avec l élailunpactede bonne foi; la mauvaise foi deï le faisait nul et rendait à Thomas sa parole.] s'il y avait là quelque déshonneur, n'était-il plus généreux de l'accepter pour soi-même iji laisser pesLT sur son Église un opprobre éter La paix de l'archevêque était faite avec le roi, elle était faite au prix des destinées religie d'une grande nation ; il pouvait en rester i point et s'assurer des jours tranquilles, desj brillants. En rompant cette paix si chèrei acbeléi-, il allait rassembler sur lui des outr sans nombre et des malheurs sans fin : il si appelé traître par les hommes méchants doi aurait rejeté le joug pour délivrer son peupla soulèverait contre lui toutes tes puissances d monarchie; il serait mis au ban de la féodaï beaucoup même du sein de l'Ëglise s'éfèvei^ contre lui, et ses timides frères dont il vouU^ facer la honte l'accuseraient d'avoir voulu I perte. De ces deux alternatives choisir la derni était un choix héroïque ; et, s'il y a une heuH trop dans la vie de Thomas, c'est celle oîi il toill ce n'est çoint celle où il se releva de la sorte,
s. THOMAS DE CANTORBERÏ.
d'abord il refusa de sceller son ignominie en signant <!cs coutumes de Irisle mémoire ; il fit comme si elles n'existaient point, comme si cette assemblée de Clarendon n'était que le rêve d'une mauvaise nuit; il se fit cet honneur h lui-même, au îrince, à l'Angleterre, de la croire toujours libre : 1 agit comme si elle l'élait. 11 exerça dans son dio- ■èse tous les droits qu'avaient exercés ses prédéccseurs et plusieurs de ceux que leur négligence ."vait laissés s'éteindre ; il frappa à coups redoublés ur tous les abus, en quelque lieu qu'ils se renconrassent. Â ce bruit, Henri, qui s'était endormi lans sa vicloire, se réveilla; il vît que son captif ui échappait, et témoigna de son dépit par des 'exations de plus d'un genre. L'archevêque, averti e quelque chose de sinistre, essaya deux fois vaiemept de quitter l'Angleterre: le roi le sut, et amanda si le royaume n'était pas assez grand aur eux deux. Les courtisans ne manquèrent pas a répondre que Thomas voulait y commander 5ul ; ils parlèrent de ses vastes desseins, de son «.flexible volonté. Ils le firent paraître comme un Lntôme qui tournait autour du trône, épiant tieure de s'y asseoir. L'ombrageux Henri, depuis >ngtemps indisposé par le changement de vie de I)omas, importuné du spectacle de cette austère ârtu, jaloux peut-être de sa popularité, exaspéré
53» UÉUNGES.
sans doute par sa désobéissance récente, accaoîMit avec fiiveur ces suggestions perfides. De cescolèr» accumulées se forma une haine plus rcdoulablequf la colère elie-Tnème, une liaine palienle para qu'elle se sentait forte, saTanle et profonde pam qu'elle voulait plus que la mort, elle voulait ilt longues douleurs, le supplice moral, et par-di tout l'infamie de celui qu'elle poursuivait.
Un parlement fut convoqué à Nortliampton. [i se rassemblèrent autour du roi, d'une part, seigneurs temporels intéressés comme lui à l'abais sèment du pouvoir spirituel en la personue du homme qui ne laissait pas en paix leurs vices qui n'avait voulu partager ni leur tyrannie ni leœ servitude ; d'une autre part, les évèques parmi le quels il se trouvait bien des vertus, mais aussi biei des faiblesses. Là il ne devait plus être question à trop fameuses coutumes. L'archevêque devait èlf attaqué par ces voies détournées qui était si fanii lières à la politique du monarque ; les arsenaii ténébreux de la législation féodale allaient fourni contre lui des armes irrésistibles ; on pourraitcoc sommer sa perte sans lui laisser les honneurs i martyre. 11 fut donc cité à comparaître, et comni il crut devoir faire défaut à celte citation qui viola les règles du droit canonique et les privilèges J sa propre dignité, il fut condamné à la cooiiscatiii
s, TirOMAS DE CAKTORBÉRÏ. S'iT
de "ses biens meubles, commuée en une amende de cinq cents livres. Le lendemain il se présenta, et denx autres condamnations pccunières intervinrent contre lui (1), Le troisième jour on rappela qu'en se démettant des fonctions de chancelier, il n'a\ait point rendu coraple de son administration, et Ton évalua h quaranlc-qualrc mille marcs les sommes dont il él;iit redevable envers le trésor. L'archevêque répondit qu'au jour de sa consécration il avait été déchargé au nom du roi de toutes les obligations de son office de chancelier, et il le prouva par témoins. Cette excuse ne fut pas admise. L'archevêque demanda et obtint du temps pourdélibérer. Durant cet intenalle, les conseils dont il fut environné lui firent comprendre ce qu'on voulait de lui : ce n'étaient point ces sommes énormes qu'on savait bien n'être plus en son pouvoir, et qui étaient allées se perdre au sein des pauvres; c'était son abdication, c'était rab:tndon du poste sacré où il venait de combattre sous l'œil de Dieu ; iî'ctail la remise entière de lui-même et des
(1) On lui ordonna : 1' da.TeMitucr trois ceiils tivrea àe rente U.''il avait perçtfes en sa qualité de gouTerneur de deux châteaux ^^faux; i' 4e rendre cinq cents livres que le roi lui STait remises ^ws les mura de Toulouse au temps qu'il (Uaît chancelier. I.'nrcheâque alléguait: 1' que les trois ceuls livres afaLent élu dépensées t»ji ri'paralions desdeui places fortes: 2° que les cinq cents livres >.j avaient été données en présent; qu'au resle il ne voulait point abaisser ï das discussiona d'argent, et qu'il pajeiiait.
53S HËUNGES.
inlércls de l'Église à la tiiscrélion d'Henri. Ce conseils lui venaient de ses suffraganU et de collègues, dont un petit nombre seulement, rtslà fidèles à son infortune, soutenaient en secret sa courage (1). Son courage ne défaillit point, lllm Tint une noble et audacieuse inspiration.
Au jour fatal marqué pour son jugement, ajîi; dit la messe de saint Etienne premier martyr, vèu de ses vêtements pontificaux, portant le Viatii^iie sur son cœur, et dans ses mains la croix archiéut copale ; aimé de toutes les armes du ciel conte toutes les terreurs de la terre, intrépide au milii» des funestes pressenlimenls de ses serviteurs eli ses amis, il se rendit au palais, et s'assit dansk vestibule, tandis que ses juges, effrayes decti* soJennello apparition, se précipitaient en désorJn dans la salle du conseil. Alors se succédèrenlis scènes déchirantes de douleur, admirables it majesté. Tandis que la salle du conseil Rlet-
[1 } Il faut compter dans ce nomlire les évèques de Saliahnt*
Vigom Bt de Hereforil. L'évéquc Henri de Wincester déplonW
dans ces jours d'ahrme un caraclère digne de louances. Il reiimi
à l'iivâque de Londres, qui demandait au uora du roi la déiiiissi>
de Tboma» : « Un semblidile conseil conduimit l'Ëglîse à ss min
Car, si notre primat et notre père nous laisse cet exemple m'\
éréque ;iu premier signe menatunt d'un prince irrité abdique l
soin di'S àities qui lui sont soumises, que rcste-t-ît ii I'iti'iui.
siniin le rcnverscniciil do toutes les règles. In couTusion de taulx
choses au gré des grands, et l'eaclatage pour le clergé
~~"~ le peuple? »
s. THOMAS DE CANTORBLUÏ. slH
tissait de violentes accusations, de paroles furieuses, de men;ices et de blasphèmes, l'archevêque était seul dans la compagnie de quelques-uns de ses clercs et de ses moines, et sous la garde de plusieurs satellites. Or l'archevêque pencha la tèle et dit à l'un de ses disciples assis à ses pieds : « Je crains pour toi ; mais loi ne ciains « rien ; lu partageras ma couronne. » Le disciple répcitidit : te 11 n'y a de crainte ici ni pour vous ni « pour moi ; car vous arborez cet étendard triom- « phal que toute puissance humaine redoute, et « sous lequel beaucoup ont vaincu. » Et, après quelques moments de silence : « Seigneur, ajouta- « t-il, s'ils portent sur vous une main impie, ne « manquez point de jeter sur eux la sentence d'ex- « communication. » Un autre clerc, qui était assis de même aux pieds de l'archevêque, murmura assez haut pour pouvoir être entendu ; « Loin de lui une 'X pareille conduite ! Ainsi n'ont point fait les apôo très et les martyrs de Dieu . Mais pliilûl, si ses en- -4Qiemis en viennent là, qu'il prie pour eux et qu'il .« leur pardonne. Car, s'il luiarrive de souffrirpour a la cause de la justice et de la liberté ecclésiastique, « son âme sera en repos et sa mémoire en bénédic- « tion. » En écoulant ces mots, l'archevêque les recueillait dans son cœur, et les autres pleuraient. Un peu après, le même qui avait parlé le dernier.
lail l'image, et de prier : Tari^iei
signe, et il Gt ainsi, et il fut lempl — Taodis que le r aitre el les dû naient de la sorte, Hoger, archevé lit de la salle du conseil et se relira disail-il, assister à l'elTusion du d'Exet'^r vint se jeter aux genou s' écriant : « Mon père, pitié pour « nous ! » Puis la porte s'ouvri anglais tout enti i se prés^ta. Dai déjuger leur chel'saiis violer ouvei plioedes canons, les prélats comp promis de renier son autorilé, de I le saint-siège, cl d'obtenir sa déppsi à ce prix seulement ils avaieAl | courroux du roi. Hilaire de Chic nom 'îe tous : « Vous fûtes jadis noi
s. THOMAS DE CASTORBÈRÏ.
« truire les coutumes iransmises par ses ancêtres « el mainlenuespar lui dans l'inlér^tdesa dignité, « à cause de cela, nous vous accusons de parjure, « A un archevêque parjure nous ne devons plus « d'oliêissance . C'est pourquoi, nous plaçant sous « la protection du souverain pontife, nous vous cia tons à son tribunal. — J'écoute, » dit l'archevêque. Et les prélats se rangèrent de l'autre côté du vestibule, et s'assirent dans le plus profond silence. — Enfia la porte du conseil s'ouvrit encore une fois, et les comtes et les barons s'avancèrent ensemble, et une grande troupe de nobles avec eux. Le comte de Leicester marchait à leur tète, et prit la parole; a Écoutai votre sentence. — Ma sente tence ? » dit l'archevêque ; et, se levant, il reprit : «0 comte! ô mon fils! écoule toi-même. Tu n'ijpi'gnores pas, mon fils, combien j'ai été cher et « fidèle au roi au temps où je gouvernais les affaires « de ce monde. C'est pour cela qu'il lui a plu de « m'élever au siège archiépiscospa! de Cantorbéry, « malgré ma résistance, Dieu le sait, car je connais- « sais mon infirmité, et je me suis soumis plutôt « pour l'amour de mon roi que pour l'amour de a mon Dieu, En ce temps-là je lus déchargé de « toute obligation séculière, et là-des.sus je ne dois « plus aucun compte, et n'en veux rendre aucun... « Mon fils, écoute encore . Autant l'âme est plus pré-
K5 SÉIASCKS.
« cieuseqiie le corps, autant je doi*; obéira Biee « plutôt qu'au roi de la terre. Ni la loi, ni la rflîjoii n ne permet aux fils de juger leur père, C'esl pom- « (juoi je décline le jugement du roi, et le tien, « « celui des autres, ne pouvant être jugé que parle « Pape n près Dieu, J'en appelle devant tous loust « sontribunal,el je me retire sous la protection du (( Siège apostolique et de l'Eglise universelle. » 11» relira calme et majeslueui au milieu des Tociféntions des gens de cour, et personne n'osa l'arrêW. Il sortit du palais. Une immense multitude i'iitendait au dehors et commençait déjà à déplorer» perte comme celle d'un père. Quand il parut, ilfil salué d'une acclamation universelle : « Béni sur a Dieu qui a sauve son serviteur de devant laf» H de ses ennemis 1 » Et la foule des pauvres, el 1* peuple, et le clergé, l'accompagnèrent en triomfih, jusqu'au monastère qu'il avait choisi pour sa iJf meure. Pour lui, voyant la joie du peuple elds pauvres, il ordonna qu'on leur ouvrît les portes 1 qu'on leur fît un grand festin ; et les cloîtras furffll remplis de gens qui mangeaient, et lui-même prit son repas au milieu d'eux. Ensuite, ayant app que quelques scélérats de haulparage avaient Mn^ pire sa mort, il se fil préparer un lit dans l'éi-dit*, cl, se levant au milieu de la nuit, il quicta la villï. erra pendant plusieurs jours à travers rAngli
gloj^
s. THOMAS DE GAKTOllBÈItï, Sr>5
dônué de tout, mourant de fatigue ; enfin une barque de pêcheur le recueillît et le porta nui rivages de Flandre, d'où il parvint, non sans périls, sur le territoire Trançais (i).
Aux trois assemblées de Westminster, de Clarendon et de Norlhampton, une cause importante avait été débattue avec des fortunes diverses. Mais jusfju'ici tout s'était passé à huis clos, et, si les choses en fussent rastées là, les peuples, dont les yeux ne pénétniient pas encore dans les palais des rois, n'eussent point su ce qui avait été fait pour eux. L'histoire elle-même n'y aurait vu qu'une dispute entre deux hommes, une querelle entre un prince et un prêtre dans un coin de l'Europe. Le beau caractère de Thomas de Canforbéry se serait perdu parmi la multitude de ces vertus ignorées, qui, à chaque siècle, traversent la terre sans y laisser d'autres traces que celles de leurs bienfaits. La Providence ne voulait point qu'il en filt ainsi; elle avait préparé pour cette t;énération un grand spectacle. Il fallait que la scène devînt plus vaste, il
(t) QmdrUoijus, 1. I.
fallait qoe les peuples s'ênallaseeal pmsr voir, » tendre et s'inslrutre; il Tallait que les deuxadrarsaires parussent, noQ plus comme les avocae* quelques droits individuels, comme les heritirt d'uE Irdne ou d'un siège isolé, mais comme I» représentants de deux principes : il fallait que l't* rope se rangeât à droite et à gauche, et se pa* geâl entre eux, afin qu'ils fussent les dél^aéi deux factions rivales de l'humanité.
Tous deux étaient présentement di<nies de lear rôle et dignes aussi l'un de l'autre. En la personne d'Henri, l'esprit de tyrannie s'était élevé pa^ti^ grés à sa plus baule puissance. Il avait pensé dV bord tirer vengeance d'un homme obscur d'i simple chanoine. Celui-ci s'était réfugié sous b proldclion d'une loi : Henri avait demandé l'abrigalion de la loi. On avait répondu en lui monlraiil qu'elle tenait au système entier de la légisktiM ecclésiastique d'Angleterre : il s'en était pris i celle législation. L'archevêque de Cantorbcrv a'»il embrassé ia défense des institutions de son Église: Henri avait tourné contre lui tous ses coups. Il nt tardera pas à s'apercevoir que l'archevêqne Je Cantorbéry a derrière lui l'Église universelle ■ alors il atlfiqiiera l'Église universelle elle-même, il tentera de renverser l'éternel édifice , parce qu'ont \umble pierre a blessé quelque peu son pied rojal.
s. THOMAS DE CANTORBÉRY. 535
Thomas de son côle, en se faisant dans sa terre natale le défenseur de la liberlé religieuse, s^était rendu capable d'exercer ce patronage au nom et à la face de la chrétienté tout entière. Il avait connu dans ses controverses avec le roi quel prix lui coûterait ce dangereux honneur. Il avait beaucoup appris : beaucoup par ses premiers succès, plus encore par la faute qui suivit, beaucoup par son repentir. Tant de traverses et d'arUiclions avaient été comme une expiation des prospérités de sa première vie; il s'était puritié de tout ce qui pouvait resler dans son âme d'alliage terrestre; il était initié maintenant à tout ce que le Christianisme renferme de plus généreux sacrifices et de plus sublimes souffrances ; il était dir;ne d'un ministère auguste et extraordinaire. Homme de douleurs, il devait devenir par excellence l'homme de Dieu.
Aussitôt que l'évasion de l'archevêque fiil divulguée, le roi d'Angleterre somma ses évêques de tenir leur promesse, et fit partir quatre d'entre eux pour aller poursuivre devant le souverain pontife la déposition de leur primat. En même temps il adressa des lettres à plusieurs princes du continent, pour leur montrer dans son ennemi l'ennemi commun de toutes les couronnes, et lui fermer ainsi la porte de tous les empires.
Les quatre prélats anglais, ayant passé la mer,
5Se M&LAIJGES.
se rendirent à Sens, où le pape Alexandre III réâdait alors. Là, l'éloquence de leurs discours, It crédit du roi dont ils étaient les mandataires. C aussi les riches présents qu'ils distribuaient, leur concilièrent au sein de la cour romaine de mabreux partisans, ils exposèrent avec beaucoup d'b biliîlé le sujet de leur ambassade, et conclurentfl demandant l'envoi d'up légat a latcre en A^ gleterre, avec pouvoir déjuger la cause et depro noncer la condamnation de Thomas. Mais l'incMruptibililé du pape était au-dessus de toutes b séductions. La vérité ne lui était point iocoimue: il comprenait d'ailleurs la portée d'une telled^ mande, et quel pourrait être le rôle d'un 1^ dans un royaume où o résister au monarque, ci o tait faire comme un homme en prison (|ui résis- « tarait à son geôlier (1). » II refusa donc de pnadre une décision avant d'avoir entendu Thomas lui-même ; et les prélats accusateurs, qui se souciaient peu d'avoir à soutenir les regards et le interpellations de celui qu'ils poursuivaient, retournèrent vers leur maître sans avoir rien fjil pour l'accomplissement de ses désirs.
Cependant le vénérable fugitif avait qpiitlé l'habit emprunté et l'humble nom de frère Christian,
{i) CmjwroIffiiEoiitdeS. Thonaslui^nême. Quadrilogia.Bt.^- 1
s. THOMAS DE CASTORBÉRï. 5:,"
sous lequel il avait traversé la Flandre. En mettant le pied sur Ja frontière de France, il avait repris sans hésiter ce titre d'archevêque de Cantorbéry qui le dénonçait à la malveillance des princes. 11 alla trouver Louis VII à Soissons, et se confia à sa loyauté. Louis VII le reçut avec honneur, et, en lui promettant son appui, lui adressa ces nobles paroles : « Si le roi d'Angleterre, daps l'intérêt de « sa dignité royale, maintient les coutumes qu'il « dit être celles de ses ancêtres, et qui offensent la o loi divine, moi aussi je conserverai les coutumes « de France pour lesquelles j'ai reçu avec le trône « un respect héréditaire. Or, c'est la coutume de la « France, depuis les temps les plus anciens, de « nourrir et de défendre tous ceux qui souffrent, « ceux-là surtout qui sont exilés pour la justice. A o un tel usage, si Dieu m'est en aide, moi vivant, « il ne sera jamais dérogé. »
Sous ces auspices, Thctmas se présenta devant la cour pontificale. Plus d'une fois il y avait paru dans des temps plus prospères, alors surtout que, dans les premières années de son archiépiscopal, dans tout l'éclat de sa récente fortune, il était veau au concile de Tour». A cette époque, tous les bnuts dignitaires dé l'Église, présents dans cette ville, étaient sortis au-devant de lui et lui avaient fait une magnifique réception. Cette fois il, trouva
S3S lïËLANGBS
parmi les cardinaux une froideur inaccoi mais le pape lui lémoignà toute la tendresse d'ui père. Il fut beau de voir ces deux pontifes, loffi deux bannis de leur patrie et de leur siège, I'bi par le despote d'Mlemagne, l'autre par le tyrani l'Angleterre, se rencontrer tous deux dans u même exil pour une même cause, dans une mêm hospitalité sur notre terre de France, justemail, fière de ce droit d'asile qu'elle exerçait en farai' des vertus proscrites : il fut beau de les voir, I'b portant la couronne d'épines de la Papauté, i'autr qui devait bientôt ceindre l'auréole du martyrs. épancher dans le cœur de l'un et de l'autre i pieuses tristesses, se consoler et s'affermir par a échange de courageuses pensées. Thomas psni! devant un consistoire avec une majestueuse eM' deur; il raconta la conduite qu'il avait teDue;il produisit les constitutions de Clarendon, et apré qu'une réprobation unanime les eut condaoïnfe, il se confessa coupable, non d'avoir désobéi ausoU' verain et troublé le royaume, mais coupable d'avoi' reçu l'épiscopal sans autre vocation qu'un capricf rojal, et d'avoir sacrifié à ce caprice ses devoirs sacrés. Puis, quittant l'anneau' pastoral qui omaii sa main, il le remit au Pape en le conjurant de If placer en une main plus digne. A cet aspect, tout» l'assembblée fut émue. plusieurs cependi
s. THOMAS DE CANTORBÉRY. 539
I naient à recevoir une abdication qui semblait sau-
I Ter à la fois l'honneur et la paix de l'Eglise, et
II peut-être aussi la vie de l'archevêque. Alexandre rejeta ces avis pusillanimes ; il voulut que Thomas
I reprît sa dignité, et il lui en conféra de nouveau r investiture, acceptant ainsi, par un témoignage , éclatant, la solidarité du péril. Enlln, pour assurer à l'exilé une retraite qui convînt à sa situation piésente, il l'envoya dans une abhaye de l'ordre de Citeaus, à Pontigny, près de Sens.
De même qu'en prenant possession de la chaire de Cantorbéry Thomas avait rejeté loin de soi l'appareil des grandeurs terrestres, en entrant dans sa cellule de Pontigny il laissa sur le seuil ces pompes modestes et religieuses que sa haute dignité ecclésiastique l'avait jusqu'ici contraint de retenir. Le grand primat d'Angleterre, accoutumé à recevoir l'obéissance de quatorze évêques, vécut sous le vêtement de bure d'un pauvre moine, et sous la règle d'un supérieur étranger. Il redoubla d'austérités et de prières; la BiBle, les Canons, l'histoire de l'Eglise, occupaient ses longues et silencieuses journées. Entretenues dans une sphère si haute, ses idées prirent un essor que rien n'arrêta plus; il vit avec indignation ces géants de la terre, appelés princes et seigneurs, élever leurs misérables institutions comme une seconde Babel pour af-
rompre toulc relation de son royaume î vêque, et défendit de le nommer dam publiques. Les biens de Thomas furent ses parents et ses amis, dépouilles de bannis au nombre de plus quatre cent de grâce ni pour les vieillards, ni pour ni pour les femmes, ni pour les enfa ccau; et ces quatre cents infortunés traints de promettre par serment qu'îli uns après les autres visiter l'archevét retraite, et TafOiger du récit de leun Ils partirent, et ce lamentable cortège tous les jours à la porte du proscrit, c le punir cruellement da 'plaisir secret éprouver naguère, lorsqfle la multitui genis se pressait dans le vestibule de
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pourunévêqucunetoituriiplus cruelle que lamort, et cette torture, c'est de lui monirer des pauvres qu'il ne puisse secourir; c'est de l'environner de plaintes déchirantes qu'il ne puisse consoler! Mais la chanté accepta le défi : Thomas recueillit ces malheureux, partagea avec quelques-uns le pain de l'exil, adressa les autres aux nombreux admirateurs que sa réputation lui avait faits. Aucun ne manqua d'assistance, et plusieurs trouvèrent sur la , terre étrangère une aisance qu'ils n'avaient point connue dans leurs foyers.
Quand les gémissements eurent cessé de se faire entendre dans la solitude de Pontigny, Henri sut encore en troubler le repos. Il fit savoir aux religieux de Cîteaux qu'il supprimerait tous les couvents de l'ordre en Angleterre, si Thomas restait plus longtemps dans leur abbaye. Ils eurent la faiblesse de faire part de cette menace à leur illustre commensal; et lui, se retirant aussitôt, alla demeurer dans la ville de Sens, que Louis VII lui assigna pour séjour. Mais les respecis et les bontés dont le roi de France entourait l'archevêque étaient pour Henri comme un reproche public. Il jura d'y mettre un terme, et concerta une ruse où la générosité de Louis VII ne pouvait manquer d'être surprise. II le pria de se faire médiateur entre l'archevêque et lui, et les convia tous deux à une entrevue dont le
5tS IIËLANGES.
lieu fut fixé sur les confins de la Normandie. Au jour convenu, en pn-sencB des deux cours réunies, l'archevêque fuL introduit, et alla se jeter aux pieds de son souverain, lui demandant la paix et se remettant à sa discrétion pour l'avenir, sauf l'honneur de Dieu. Henri reconnut dans ce-t paroles la restriction qui déjà, une première fois, avait irrité sa colère; il s'en montra mécontent, et proposa à l'archevêque l'arrangement que voici : « Vous prou mettez de me garder la même obéissance que les « plus saints des archevêques vos prédécesseurs ont « gardée au moindre des rois mes ancêtres. » En entendant celle proposition, les grands des deui royaumes s'écrièrent : « Le roi s'humilie assez. » Cependant Thomas ne pouvait consentir à une semblable proposition; car îl ya dans le Christianisme un type de perfection qui ne réside point sur la terre; il ya une fierté sainte qui ne permet pas de s' asseiTir sans réserve à l'imitation d'un homme, quelque grand qu'il ait été, et d'accepter ses fautes par respect pour ses mdritcs. be refus de Thomas étonna Louis VII el les nobles qui l'entouraient; ils crurent y découvrir la marque d'une humeur hautaine et indomptable, et dès ce jour ils mai.'festèrent ouvertement leur déplaisir. Pour lui, il vit sans alarme s'écarter ce bras royal et protec- (cur, sous l'abri duquel il avait respiré. Et quand
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ses amis lui demandèrent où il pensait désormais aller reposer sa tèle, il répondit : « J'ai ouï dire « que sur les bords de la Saône, et jusqu'au pays « de Provence, les hommes sont plus libres qu'ail- « leurs {!), je m'y rendrai à pied avec l'un des « miens: peut-être, envoyant noire afiliction, on (< aura pitié de nous, et on nous donnera ce qui « sera nécessaire pour vivre jusqu'à ce que le Sei- « gneur nous ait visités. 11 est pire qu'un mécréant -i « celui qui désespère de la miséricorde de Dieu.
II ne restait plus à Thomas d'autre protection que la majesté du Siège apostolique. Cet asile moral, qu'alors les potentats étaient contraints de respecter, était le seul qui maintenant dérobât au roi d'Angleterre sa victime. Il essaya d'abord de le violer à force ouverte. Il enveloppa 'dans un même ressentiment et dans une m6me guerre le Pape et l'archevêque. Il interdit l'entrée de ses États aui messagers de la cour de Borne, défendit sévèrement les appelsau Saint-Siège; il retint le dènîérde saint Pierre, vieux symbole de la fidélité des catholiques anglais : il le retint, ce qui n'est pas à dire qu'il
(1) Celle IwitoraEle désignation se rapporte au Lyonnais, ({ni lilait alors soumis au gouvernement des archeTéques de Lyon. Une tradition, sur Uijuelle nous retiendrons ailleurs, veut que S. Thomas, comme 6. Anselme, ait haLîlé celte rille au leni|ie de ses roulheurs. Il Aait digne de ces grands évéques de venir méditer au tombeau des S. Pothiu et des S, Irénée la science du martyre.
déchargea les peuples de cet impôt, mais qu'il le perçut à son profil, il alla plus loin. L'antipape Octavien tîtant mort, l'empereur Frédéric I" Ini avait donné un successeur en la personne de Guido de Crema, et avait réuni dans une diète à Wûrtibourg tons les grands vassaux de l'empire pour leur faire reconaaître le poniile de sa création. Deoi députés du roi d'Angleterre se trouvèrent à a; rendez-vous de l'iniquilc. ils se soumirent en son nom à l'antipape et promirent l'adhésion de loui le clergé du royaume. En effet, le roi d'Anglelem ordonna que tous ceux de ses sujets qui avaieni passé l'âge de douze ans abjurassent l'autorité d'Alexandre 111; el cet ordre reçut son exécution, Toutefois les évoques anglais trouvèrent moyen it se soustraire à cette mesure impie qui les auraîi fait descendre au dernier degré de l'avilissemeni. En même temps qu'Henri ébranlait l'Église au dehors en se liguant avec ses ennemis, il travaillai' avec non moins d'opiniâtreté à sa ruine intérieure, On eût dit que le démon de la politique perfide, qui devait quatre siècles plus tard apparaître au Florentin Machiavel et lui dicter le livre des mauvais princes, se tenait maintenant aux côtés de ce roi du Nord, veillait fi son chevet, assistait à ses conseils et conduisait ses desseins à leur accomplissement par les voies les plus mystérieuses el
s. THOSIAS DE CANIORBÉRÏ. Si5
les plus sûres. Personne, jusque-là, n'avait déployé une connaissance plus profonde des infirmités du cœur humain et des ressorts qui frappent sur chacune d'elles. Protée aux mille formes, Henri changeait à toute heure d'attitude et de langage; il dissimulait son alliance avec les schismatiques, protestait de sa soumission filiale à l'Ëglise romaine, formait des vœux pour la paix, déplorait amèrement les dissensions qui l'avaient séparé de l'archevêque, autrefois son ami. 11 contrefaisait à ' merveille l'innocence, et, ce qui est plus difficile encore à contrefaire, le remords. Un jour il pleura avec tant de perfection devant deux cardinaux, que l'un se mit à pleurer avec lui, l'autre éclata de rire. D'autres fois il faisait gronder l'orage ; dans sa fureur, il se roulait par terre, déchirait les courtines de son lit, en arrachait la paille et la rongeait entre ses dents. À la suite de pareils act il écrivait à Rome des épîtres menaçantes, il annon-i çait une rupture prochaine : c'était peu de parler'" de schisme; il faisait entendre qu'il pourrait bien prendre le turban et soumettre l'Angleterre à la loi de Mahomet. Car, se donnant le choix des apostasies, une instinctive sagacité lui révélait du premier coup, entre tant de religions fausses, la religion des tyrans. Ces alternatives d'espérance et de [erreur, qu'il savait ménager à propos, entre-
•M HËULtlGES,
tenaient dans leur servitude les évéques de son royaume, et même à l'étranger tenaient en suspens beaucoup d'entre les plus considérables personnages du clergé catholique. On voyait, d'une part, l'Angleterre, accoutumée à une obéissance d'esclave, prête à se séparer de l'unité catholique au premier signe de son maître redouté ; d'une autre part, on avait devant les yeux les bonnes grâce d'un monarque puissant, précieuses en ces joun mauvais, faciles à obtenir au prix d'une seule concession', puis des promesses magnifîques, l'ÀDglelerre pacifiée, l'antipape abandonné, la Terre- Sainte secourue. On pensait qu'il fallait céderau malheur des temps, fléchir pour n'être pas brisé On oubliait que rfiglise peut bien accepter li manteau royal comme un ornement, mais n'ea J pas besoin pour se couvrir; que sa nudité est variable, et que, si elle montre des blessures, ces blessures, comme celles du Christ, rayonnent d'imour et de gloire. C'est ainsi qu'Henri pénétrait dans les esprits, et, quand ses conseils étaient épuisés, il trouvait des ressources dans ses trésors. Il acbeta avec des sommes considérables l'appui de plusieurs villes et de plusieurs princes d'Italie. H sut employer à son service la simonie que Grégoire VU ot ses successeurs s'étaient ellorcës de chasser du sancluair^ mais qui y coiiserf||^^CQr6
s. THOMAS DE CANTORBÉRY,
de secrètes entrées. Un jour il se vanta effrontément de tenir le sacré collège dans sa bourse; il osa même proposer au Pape un Injurieux marché. Alexandre III fit justice de cette tentation grossi Cependant les efforts du roi ne restèrent pas toujours sans quelques succès; durant sept ans, il sut éluder à la fois et les censures ecclésiastiques que ses persécutions appelaient sur lui, et la réconciliation, qui seule devait lui épargner cette juste flétrissure. Il obtint l'envoi en Normandie de deux légats, dont l'un lui était dévoué, et qui eussent condamné l'archevêque si le Pape n'eût limité leurs pouvoirs. I! paya de paroles plusieurs autres légaLs qu'il ne put gagner à prix d'argent. Ainsi il prolongeait l'âxil de Thomas, le harcelait de vexations, l'abreuvait d'amertumes. Enfin, ce qui lui importait le plus, il accoutumait peu à peu le simulacre d'Église qui subsistait dans ses Étals à se détacher de l'aulorilé papale et primatiale, au poinBl qu'ayant voulu associer son fils aîné à la conronne,? il le fit sacrer par l'archevêque d'Yorck, au mépris des privilèges de l'Église de Cantorbérj et des prohibitions formelles du souverain ponlife (1)".
Contre tant d'ennemis, contre tant d'attaques savamment combinées, Thomas n'avait pour lui
(1) Quadriiot/us, I.
et les autres ailleurs contemporain)
que lc3 Tœux du pauvre peuple doDl fui ae ae an-
ciait guère, l'amitié <le quelques moines qui partageaient son infortuDe, la bienveillance de plusieurs personnages haut placés, mais qui ne pasvaicnl rien sur son persécuteur, et l'approbaliiH d'ua vieillard entouré de pièges et opprimé connu lui. Hais ce vieillard était le Pape, et arec lui éui! le droit, et le droit, c'est la force morale Bontre laquelle la force physique ne peut prévaloir. Ces pourquoi ce qu'il y a de plus redoutable sur II terre, l'or et le fer, ce qu'il y a de plus dangereio parmi les hommes, l'intrigue et la peur, touLviiï se briser devant l'intrépidité de Thomas. Tandb que son génie, porté sur les ailes de la foi, découvrait dans des contemplations sublimes lesdesseia providentiels dont il devait être l'instrument,» prudence, toujours attentive, suivait pas à pas le menées souterraines de ses ennemis, déconcertait les calculs de leur politique, et son inflexible résolution tenait en échec toute leur violence. Son histoire, pendant ces sept années, est courte comme l'histoire de tout ce qui ne change point. Il excommunia les ministres des volontés royales qui avaicol engagé l'Angleterre dans la ligue schismatique; il rappela le peuple sous l'autorité d'Alexandre par une lettre pleine de douceur el d'énergie ; plusieun '"ois il éctï\\\. av\ to'v ttV W\ iwa»^
s. THOMAS DE CANTORBÉRÏ. 510
avertissements; en inéme temps il aiguîl- . lonnail l'inertie de ses suffragants et de ses collègues, ou bien il venait jeler le poids de sa parole au milieu des hésitations et des lenteurs circonspectes de la cour de Rome. Voici quelques fragments de ces lettres immortelles ; on y voit ce qui se passait dans cette grande âme; mais il ne faut point oublier que celui qui les traça était prince de l'Église, qu'il parlait à ses égaux ou à ses inférieurs; que le malheur et la sainteté l'ont revêtu d'une double consécration et lui ont donné le privilège de dire beaucoup.
Au roi d'Angleterre.
« J'ai désiré d'un grand désir de voir votre face « et de converser avec vous; car vous êtes mon- « seigneur, vous êtes mon roi, vous êtes mon fils « spirituel. Mon seigneur, je vous dois et je vous « offre mes conseils et tous les services qu'un « évêque peut rendre, sauf l'honneur de Dieu et de (( la sainte Église; mon roi, je suis tenu de vous, « respecter toujours, et de vous avertir à l'heure « du péril ; mon fils spirituel, mon devoir est de <( vous reprendre dans vos égarements... Vous
550 KÉLANGES.
a devez savoir que tous êtes roi par la grâce de «Dieu. Or, les rois, au jour deleursacre, reçoiveni a trois onctions : à la léte, à la poitrine, au bras,» « qui signifiela gloire, la science et la force. Ou*"!!! « les rois des aocieas âges prévariquèreut coulreii « loi de Dieu, Dieu leur ôta la force, la science et II « gloire ; il rendit ces dons à ceux qui se rejien- « tirent... Écoutez encore: l'Église de Dieu se cooi- « pose de deux ordres : le clergé et le peuple. Dm a le clergé sont les apôtres et les papes, bommK « apostoliques, et les évèques et les autres docleun « à qui est confié le soin de l'Église, alin que M « soit ramené au salut des âmes. C'est pourquoi 0 « a élé dit à Pierre et aux autres pasteurs, et noi « pas aux rois et aux princes : « Vous êtes Pierre, « sur celle pierrej'édifierai. » Dans le peuplesral a les rois el les princes, les ducs et les comtes, il « les autres puissances auxquelles est dévolue l'ad- « minislralion des affairas séculières, afin que a tout soit ramené à la paix et à l'unité de l'É- « glise... Que mon seigneur écoute donc le conseil a de son fidèle, l'avertissement de son évêque, les « exhortalions de son père. N'ayez plus désormais «d'alliance avec les schismatiques ; ne dérobez « point à l'Église ce qui lui appartient. Permettei- « lui de jouir, dans votre royaume, de la même li- « bertéqu\\u\ea\,assv«&fe^-4»ï,V&^«^i4»5s«s,!à3SiSr
s. THOMAS DK CAHTOBBÉRÏ. 551
« gers. Souvenez-vous de la charte qu'au jour de K votre couronnement vous posâtes, écrite de votre a main, sur l'autel de Westminster ; vous promîtes :( alors de conserver à l'Église son indépendance. x Rendez à l'Église de Cantorbéry, de laquelle K vous avez reçu l'onclion sainte, son antique pros- :< périté. Rendez-lui et rendez-nous ses biens et les :< nôtres : je dis mal en les appelant les nôtres ; ce :t sont les biens des pauvres, le patrimoine du crui. cilié, que nous avons, non point en propriété,, :< mais en garde et en tutelle. Permettez aussi, si ;< tel est votre plaisir, que nous retournions à notre :< siège en toute sûreté, et que nous remplissions X librement nos fondions, ainsi que le devoir le :< commande et que la religion l'txige. Et nous, en ï retour, nous sommes prête à vous servir comme :< noire seigneur très cher et noire roi, à vous servir X avec dévouement et Gdélité, selon notre pouvoir. :c Autrement, tenez pour certain que vous éprou- :( verez la sévérité de Dieu. »
« Nous avons attendu avec une tendi'e soUiciluder < que le Seigneur vous regardai, et que, vous rexpentanl de votre faute, \ous a.\jafi*iQ'ùxvas&'*!'-^
55Î MÈLiNCES.
« voie perverse où des hommes mauvais vous avaieol « entraîné... Présentement, nous vous adressons « ces lettres moniloîres, afin de vous rappeler, s'il « se peut, à des sentlmeals meilleurs... Si vous « êtes un roi bon et catholique, si du moins, comme a nous l'espérons, vous ave/, la volonté d'en mériter « le titre, souffrez que je vous le dise : vous éla « fils et non ministre de l'Église. Vous recevez l'en- «seignemenl des prêtres, vous n'en avez pointJ «leur imposer. Vous avez les privilèges de voire « puissance : Dieu vous l'a donnée. Soyez recon- « naissant de ses bienfaits, et n'entreprenez pas « contre l'ordre établi d'en haut. C'est pourquoi, a rendez aussitôt ce qui appartenait à l'Église, el « que vous ave/ usurpe plutôt par les conseils des et méchants que par l'impulsion de votre cœur... H Laissez la flile de Sion régner libre avec son époui, a afin que Dieu nous fasse du bien ; que votre « royaume prenne de nouvelles forces; que la honte « qui pèse sur cette génération soit effacée, et qu'il « se fasse en nos jours une grande paix... Je vous « écris ceci, mon seigneur, et je me tairai encore « pour attendre l'effet de mes paroles. Plaise à « Dieu qu'il me vienne des messagers, et qu'ils « me disent : Votre fils le roi était mort et il est « ressuscité ; il était perdu el il est retrouvé ! Que si vous ne m' écoutez point, moi, qui chaque jour
s. TIIOUAS DE CAKTORBÉRY. 553
a prie pour vous devant la majesté du Christ, avec « une grande abondance de gémissements et de « larmes, je crierai contre vous : et le Christ vien- « dra avec la verge. Alors il jugera sévèrement les a justices J'ici-bas; car il sait, quand il veut, ence lever aux princes l'esprit de vie, et il est terrible « dans ses vengeances contre les rois de la terre. »
Aux évêques ses suffragants.
« Mes frères, longtemps j'ai gardé le silence, es- « pérant qu'avec l'inspiration de Dieu vous repren- « driez courage, vous qui êtes retournés en arrière « au jour du combat, que du moins quelqu'un « d'entre vous se lèverait et ferait quelque démons- « tration généreuse contre les ennemis du Ciel. « J'ai attendu, personne ne s'est levé; je me suis « tu, personne n'a parlé. Désormais tout le poids <( de la querelle retombe sur mùi... Si j'ai offensé « quelqu'un d'entre vous au temps de ma fortune, « qu'il se nomme, et je réparerai au quadruple le a tort dont il m'accusera. Mais, si je n'ai fait injure « à personne d'entre vous, pourquoi me laissez-vous « seul dans la cause de Dieu? Retournez-vous vers « moi, mes frères, et soutenons-nous les uns les « autres contre ceux qui en veulent à la vie de
(51 KfilfiNGES.
« rÉglise» c'esl-à-dire à sa Uberlé. Hâlons-i « de crainte que la colère divine ne s'élève sir i( nous comme sur des pasteurs négligenls el p» « resseux, et que nous soyons traités comme ite « chiens muets qui n'ont pas la force d'aboyer. « Eli quoi ! une tempôlc furieuse agite la banjiit. a le gouvernail est dans mes mains, et vousm'fs- K gagez à dormir!... Vous remettez sous mes jW . « les bienfaits du souveroia ; vous dilesquc jeltiir J « dois mon élévation ; vous rappelez mon origia « obscure. Il est vrai (jue je ne compte pas des m « dans ma lignée; mais j'aime mieux èrredecem « qui, par leur mérite, se font une noblesse w i< table, que du nombre de ceux qui déshonoreu! « par leur vie la noblesse empruntée de leur nais- « sance. Peut-êlre suis-je né dans une chauinièn « et de parents pauvres; mais la misérîcprde di- « vine se plaît à choisir les humbles pour cooToD' a dre les forts. C'est parmi les pêcheurs quePiem « a été élu pour devenir le prince de l'Ëglise, loi « qui s'est acquis par son sang une couronne au « Ciel et une grande gloire sur la terre. Dieu a que nous suivions cet exemple ! Nous sommes le a successeurs do Pierre, non ceux d'Auguste. Nom « ne vous écrivons point ceci, mes frères, pour i* « pandre la confusion sur votre visage, mais para « que nous désirons t^ue vous agissiez mieux à l'a-
s. THOMAa DE CABTORBÉRÏ. 555
« venir, dans l'inlérêlde la paix et de notre liberté, « Priez pour nous, et que toute l'Église d'Angle- « terre prie, pour que dans celle tcutalion notre foi a ne défaille point. »
Ir-; Alix cardinaux.
^H^ ses vénérables seigneurs ^t pères, ,par la H^E^e de Dieu, cardinaux, évèques, prêtres et «diacres, Thomas, par la même grâce, bumble « mifiistre de Téglise de Canlorbéry et misérable « exilé, salul et obéissance. -^H est difficile à celui « qui souffre de garder de jusfes bornes dans ses « discours. Vous aviez commencé à combattre avec « nous, et déjà la victoire était à nos portes, si vo- « tre religion n'avait été circonvenue par l'habi- « leté du roi, qui vous a donné de fausses espéran- « ces de paix, La paix s'obtient des tyrans par des a démonslrations de guerre, non par des ambassa- « sades. Ne vous liez point aux princes et aux en- « fants des hommes dans lesquels il n'y a pas de « salut... Pourquoi donc nous avez-vous délaissé? «Notre cause n'esl-elle point la vôtre? Faites à « autrui ce que vous désirez qu'il vous soil fait, « afin d'éviler le péril qui est proche. Autrement, « que Dieu soil juge enlre vous et moi et mes com-
S50 1IËEA5GES. *^M
a pagnoDs d'exït, orphelins, veares, eafalA « berceau : qu'il soit juge, lui qui oecomidm a laqualilé despersoDoes! Vous dous avei apo « nous innocents, comme un but pour la Dà « Vous nous avez fait un opprobre pour les pass a et un objet de dérision pour ceux qui noused « rent. Voici qu'on crie sur les places puhliqm a qu'on dit tout haut dans les villes et daa « bourgs qu'il n'y a pas de justice à Rome M c< les puissants... Que si vous traitez ce mali M lenteur, n'est-ii pas à craindre qu'il derà « contagieux et^que tous les rois de la tem « soient atteints? Car la servitude amère de l'Ég « est douce à tous les tyrans,, . L'Église ne a fitre régie ni par la dissimulation ni par desi « seils habiles, mais par la vérité et par la jusl « Faites ainsi et Dieu vous aidera , et ne i « inquiétez pas pour moi de la malice des hi « mes (1).»
(1) Cette lettre est postérieure sax précédentes : c'est pool on y trouve un accent plus douloureux el plus séfëre. Elle a gérée dans les Ànnatet ecdéaiattiquet du cardinal Barootus, I L'illustre apologiste de l'Église n'a pas craint de rapporter ce rôles dures adre$sÉe| à ud corps dont lui-même faisait p tiaus, simple fidèle, nous u'aTons pas cru Être plus timide. épitres de S, Tlioraas sont sa plus compièti: justiScation conl reproche de fanatisme que cerlains auleurt moderaes lui adressé : certes, celui qui écrivait de h sorte elaii bien au-di des préjugés sociaui de son siècle, i.l boj dérouemeat i la. caui l'cglise lomamB n'{*aA V\6u wioaift u^a w!«Ua et çu ' D'un aulve côVii.Y^^''^ ^^ î*^'^ ^\iiv>a.-ï'a,vû»sià^
s. THOMAS I)E CANTORBÉRÏ. 557
[ais peul-être dans cet énergique langage se néle-l-il quelques accents d'orgueil : peut-êlre lans la solitude cette austère verLu a-t-elle pris |uelque chose de farouche; à force de respirer 'air des cloîtres, elle s'est endurci»; et si elle est nébranlable comme le rocher, c'est qu'elle est ipre et froide comme lui? — Pourtant pénétrez lans l'humble demeure d'oii sortent ces lettres fou- Iroyantes, destinées à troubler le sommeil des ^ands ; soyez admis à la familiarité de cet homme ort, et voyez. — C'est bien le infime qui a passé 'ingt ans de sa vie dans les palais : en répudiant on ancienne opulence, il ne s'est point dépouillé le l'élégance de ses mœurs. Sous cette laine grosière, on retrouve celui qui a porté la soie et l'hernine. Plus d'une fois la grâce exquise de ses matières l'a trahi quand il voulait rester inconnu. ia dit qu'au temps où déguisé il traversait la •"landre, comme il prenajf son repas chez de similes paysans, la délicatesse de ses habitudes, les aresses qu'il faisait aux petits enfants, son grand
ue peuvent commetlre quelques-uns de ses ministres : elle les leure, mais u'n pas à en rougir, 11 n'ja màme peuMlns point de peclBcle plus rassunuit pour ses destinées fkAires qua celui de tes preuTes pssées. (Juelle merveille que rP.Tingile ait élé livré entre es mains rapaces «ans qu'il en ail été déchiré une |)3go! que la arole divine ne se soit |ioint allérùe en se transmettant par des «uchei impures! que tant de séductions n'aient jamai» pu faire endre ua oracle inenleur, et que l'autel, nûné<i3iuîe&^«i&&«.^i«^ïa<t oit resté debout souleuu par une niTiaiUftinava^
tandis que le ciel et la terre :
il sent sa vue se troubler Alors il répand la surabond dans l'Ame d'un ami. Mais c't verain pontife qu'il (ourae ses devant lui qu'il dévoile avec< tresse. Les deux lettres suiva de ces gémissements secrets d
A l'évêque de He
« Je TOUS rends grâces de « mon affliction. Je pleure su:
« gneur le roi. La terreur m'a
^^H s. THOMAS SE CAKTORBËRY.i 5G1
^Hniii de César; c'est l'ennemi de la couronne, il
. j^i digne de jugement? Où sont-ils, ces sages?
^^j'ils viennent et qu'ils disent quel dessein le
— leu des armées a conçu au sujet de l'Angleterre.
^^3S sages de ce pays sont devenus insensés ; ses
rinces se sont flétris : ils ont trompé l'Angle-
îrre. Dieu a répandu au milieu de ce peuple un
^^prit de vertige. L'Angleterre a erré dans ses
"«ies : elle chancelle comme un homme ivre. »
Au pape.
t Nous envoyons à Votre Sainteté, avec ces présentes, deux des malheureux compagnons de , Tiotre pèlerinage, afin que vous soyez instruit par eux de nos misères qui sont immenses, afin que - nous recevions de Votre Sainteté notre délivrance ^ z. et celle de notre église, et le soulagement de dos « maux. Car il est à craindre que nous ne snccom- -*t bions sous le poids écrasant d'une persécution Ct sans exemple. Nous sommes traînés de délais en *5ï délais et de tristesse en tristesse, avec non moins Br de cruauté que d'injustice. Inclinez donc votre « oreille, Seigneur, et écoulez : ouvrez les yeus, et i« voyez s'il y eut jamais une iniquité pareille à • « celle-ci, tme douleur semblaWe à ûoVî&àov^'SQX .
a Nous avons altendu l'effet de \'os prome?ss, ■ « voici qu'il nous esi venu un surcroît de [raul « el d'affliction. Ayez pitié. Seigneur, ayez piljei « nous; car personne ne combat pour notre.sll « personne aprôsDieu,si ce n'est vousetlrafSn « Ayez pitié de nous, afin que Dieu vous hsseï i( séricorde au jour oii vous rendrez compte Jt « trc administration . La longueur du mal a ^ « nos ressources et nos forces : j] ne nous en rt « plus assez pour supporter désormais !a tribulilii « la plus légère. Que Votre Grandeur nous se a donc, nous et notre Eglise, et qu'elle ne « pas, car il en est temps. HAtez-vous pour f « nous sentions le bienfait de votre ^râce «de mourir... Pour vous, Très-Saint-Père, ? « votre vie soit heureuse et longue, vofre i « nous est chère et nécessaire par-dessus « choses, hormis l'amour de Dieu ( 1 ) , »
Voilà l'horame. Mais ses destinées approchaial de leur accomplissement. La bonne cause de'iii
(1) Vnjrei la Correipondance do S, Thamus à la suile dn!)i drilogui, el avec plus de délaii, dans le recueil publié )
■ s. THOMAS DE CANTORBERÏ. âG3
J(tenir un Iriomphe public, et ce triomphe devait ffe ensuite consacré par une immolation san- ^nte. Les événements se précipitaient . Le roi de j.^nce avait rendu à l'archevêque de Cantorbéry sa ^eiQÏ^e amitié et s'efforçait d'effacer par sesem-
essejments et par ses bons offices les souvenirs
an refroidissement passager. Le pape Alexandre III (jlit rentré dans Rome, où il régnait paisible. Les ^s de Danemark et de Hongrie s'étaient détachés I schisme. La ligue lombarde avait affranchi l'Jlie du joug impérial. Et dans un concile tenu à fcint-Jean de Lalran, le pape avait excommunié —édéricl" et délié ses sujets du serment de fidé- ■^. Henri fui averti que la pourpre ne le mettrait ^int à l'abri du glaive spiriluel. S'il comptait sur
servilité de l'Angleterre, il avait tout à redouter mr ses possessions de Normandie, d'Anjou et Aquitaine, quidans leurs rapports étroits avec le ^aume de France conservaienl les traditions de Lélité du pays très-chrétien. Il trembla donc à »3 lour,et, après d'inu^les tergiversations, il con- ■ntil à une réconciliation officiclte.
Elle eut lieu à Freitville, non loin des frontières t la Touraine, le jour de sainte Madeleine ; c'était . fête du repentir, en l'an 1171. Le rendez-vous i.ait dans une prairie Irès-agréablc, que les gens u pays nommaient le Chamj> des TraUras. W -sfc
564 HËUHGES.
trouva réunie une grande assemblée de nobles pW' sonnages. Aussilôl que l'archevêque parut, courut à sa rencontre ; et tous deux, à chm comme ils étaient, se promenèrent quelque leœ^ ensemble à l'écart. L'archevêque exprima le ras d'être reçu dans les bonnes gràoes du roi et de p voir retourner en pais dans son diocèse ; il lir manda la reslilulion des biens de sou Ëgliscelli liberté d'exercer les censures ecclésiastiques «min ceux qui avaient usurpé sa prérogative en cour® nanl le jeune prince héritier du trône. Le roi k accorda sa requête. L'archevêque descendit de ctt val pour s'agenouiller et témoigner ainsi sa gri' tude. Le roi le releva et lui tint courloisems l'étrier pour remonter en selle, puis l'invita meurer quelques jours auprès de lui, afin de lais» des preuves incontestables du bon accord qui nail de se rétablir. L'archevêque obtint la perraii sion d'aller faire ses adieux à ses amis de Franc et promit un prompt retour. Ainsi se passa l'eif irevue, à ta grande admiration de ceux qui en rent témoins. — Le matin même Henri avait juf en présence de quelques personnes de ne janui donner à Thomas le baiser de paix, El en effet il le lui avait point donne.
Depuis ce temps Thomas se présenta deux fols la cour, deux Ibis il y frouva un accueil douj
s. THOMAS DE CANTORBgRÏ. bCb
feita sans succès les restitutious promises. En- . impatient de revoir son église bien-aimée, tîlli d'avis alarmants et de funestes prévisions ' n'étaient plus incertaines, il dit à ses •U^s : « Je vais mourir en Angleterre, » et fit les préparatifs de son départ. Il avait reçu du pape des g,ttres de suspension et d'excommunicalion pour en gner contre l'archevêque d'Yorck et les autres cvê- ^es compromis dans i'aflaire du couronnement, j envoya ces lettres comme pour être les avant- ^Dureui's de son arrivée (1), et lui-même s'embarua peu de temps après, fiientôt son vaisseau, lortant en proue la croix primatiale, aborda au ,iort de Sandwich, où le peuple en foule s'était /endu pour le recevoir. Son vojage jusqu'à Can ■ j)rbéry fut une longue et magnillque ovation. Les routes étaient couvertes de gens accourus à sa ren- Eonlre : des paroisses s'étaient levées et étaient venues en procession avec leurs bannières, et l'air retentissait de ces cris mille fois répétés ; « Béni « soit celui qui vient au nom du Seigneur! » Mais dans cette foule pieuse s'étaient mêlés des hommes
(1) Cette mesure de S. Thomas a été séTèremenl blâmée. Cepeojanl c'était rendre i l'figlise d'Angleterre un grand serrico que rifi luspendre l'nutnrité d'un prélat scandaleux comme Roger d'York. Les historiuns conleniporains nous donnent sur ses mœurs des détails dont l'horreur est telle, que nous n'oserions les rapporter. La lavaol ]e«n de Salisburj le nomme noH archiepiicopiu. ted arckitiaboitu.
566 KÉUSG^.
pcr¥crs. C'étaient des soldats apostés par les érfqiies excommuniés pour arrêter le primat à mt débarquement et lui arracher les bulles duntiljlt crojaienl muni. Après l'avoir vainement attendu Douvres, ils s'étaient rendus à Sandwich; mais n'osant pas Pattaquer en ce lieu à cause de la mul' titude, ils te saivircnl jusqu'à Cantorbéry. Là ils lui demandèrent avec menace l'absolution des éé ques excommuniés ou suspendus. Thomas y cOB* sentît, pourvu toutefois que ces prélats foumissenl la caution d'usage, aûn de garantir leur obéissanci future au jugement de l'Eglise. Les évêques ait raient accepté cette condition; mais l'archevéqm d'York, esprit salanique acharné à la perte deTh(^ mas, les entraîna dans une voie dont ils ne vimil point l'issue. Ils passèrent la mer, ci allèrent à il cour de Henri II, en Normandie, porter des plainUl et chercher des armes contre celui qui, dans 1) grande famille chrétienne, était leur supérieai immédiat et leur père.
Thomas se retrouvait parmi les siens, el cependant il ne découvrait autour de soi que des sujell de chagrin et de dégoût. Son église était envaWe par des pasieurs mercenaires qui en son absena s'étaient glissés dans le bercail ; ses terres étaicnl dévastées, ses maisons délabrées, ses greniers vides, ses serviteurs dépouillés et battus par de^t
s. THOMAS DE CAPiTORBEBÏ. 567
faiteurs qui se disaient gens du roi. Chaque jour lui apportait quelque fâcheuse nouvelle, et, s'il en appelait à la justice publique, elle restait sourde à son appel. Il résolut donc d'aller présenter ses réclamations et ses hommages au jeune prince. Ois aîné d'Henri, et autrefois son élève, qui résidait à NVoodsIock, près de Londres. Mais la porte du château lui fut interdite, il reçut ordre de retourner à Cantorbéry, et plusieurs personniiges iniluents de Londres furent punis pourlui avoir rendu quelques honneurs. Les fêtes de Noël approchaient : il les attendit dans le recueillement et dans la prière, captif entre les murs de sa maison archiépiscopale. Le jour de Noël, il monta en chaire, parla au peuple assemblé, annonça sa mort prochaine. Des sanglots répondirent à ses paroles : la vaste cathédrale fut ^remplie de gémissements et de voix qui criaient: a Père, pourquoi nous ahandonnez-vous? » Ensuite il rapporta avec indignation les injures que l'Église avait souffertes dans ces derniers ^mps, et retrancha de la société des fidèles plusieurs de ceux qui s'étaient signalés par leurs violences.
Pendant ce temps- là, Henri II avait prêté l'oreille aux récils envenimés de l'archevêque d'York, il avait senti se réveiller ses ressentiments mal assoupis, et dans un mouvement de colère il s'était écrié : « Maudits soient ceux que je nourris de mes
MÉUNGëS.
« bienfaits, s'ils ne peuvent me vfinger el dé « mon royaume de ce prêtre tiirhulentl u El il ajouta : o Un homme qui a mangé mon pain a lew « son pied conlre moi! Un homme qui la pn'^ « raière fois s'est présenté à ma cour sur un chen! « boiteux, triomphe maintenant en dépit de ladi' « gnité royale el sous les yeux des compagnons è « son ancienne fortune! » En entendant ces mois, quatre chevaliers conçurent le projet de tuer l'itchevcque afin de plaire au roi. Ces quatre chenliers étaient : Réginald KilK-Urce, Guillaume d( Tracy, Richard Breton, Hugues de Moreville. b tradition rapporte que l'arbre sous lequel ils st réunirent pour conjurer, frappé de malédictioo,
Ils arrivèrent à Canlorbéry le jour de la fêted» Innocents. Le lendemain (29 décembre il71), v^ri la onzième heure, l'archevêque étant assis au # lieu de ses clercs et de ses moines, les quatre che^ valiers entrèrent dans sa chambre, el, négligeant de le saluer, allèrent s'asseoir à lerre devant lui. Là, après quelques moments de silence, ils prirent la parole et commencèreut par des propositions arrogantes, par des reproches vagues etprovocaleurs, comme des hommes qui cherchent à engager une querelle. Puis ils le sommèrenl au nom du i d'absoudre sur-le-champ les évêques excommi
s. THOMAS DE CASTOUBÉRÏ. Jfl',1
et suspendus. Gomme il répondait que l'excommunication avait été lancée par le souverain pontife et publiée avec l'autorisation royale, ils se répandirent en discours injurieux. Alors l'archevêque leur dit : « Depuis que j'ai remis le pied sur cette terre « avec le consentement et presque sous les auspices « du roi, j'ai été en butte à des outrages sans « nombre; mes gens ont été arrêtés, mes biens « livrés au pillage; on m'a fait tort en mille autres « manières, et par-dessus tout cela vous êtes venus « me menacer! » Réginald répliqua : « Si qiiet- « qu'un a osé vous insulter, pourquoi n'avez-vous « pas exposé vos griefs, afin d'en obtenir le redres- « sèment selon la raison et selon le droit? . — Mon « ami, reprit l'archevêque, je me suis assez plaint, « j'ai assez vainement travaillé pour oblentp^fitis- « faction; c'est pourquoi tous les jours on combl^ « pour moi la mesure des iniquités; on me prodigue « l'insulte avec tant de persévérance, les plaintes « de mes pauvres retenlisscut si nombreuses à mes B oreilles, que je ne saurais trouver un messager a pour chacun de mes malheurs. Et quand j'en au- « rais, qu'en ferais-je? on umpâcbc ceux que j'en- « voie de passer la mer et de parvenir auprès du « souverain. Mais puiscjue nulle part je ne puis «.trouver justice, je la rendrai moi-môme,' telle H qu'un archevêque peut et doit la rendre, et je ne
^70 MÉLAHGES. ^H
« reculerai devant aucun homme! » Là-deS^' les chevaliers s'écrièrent : « Des menaces! des me- « uaces ! nous vous annongons que vous avez p^irli « au péril de voire lêle. » L'archevêque répondil: « Êtes-vouB donc venus pour me tuer? j'ai remis •:< ma oause entre les mains de Celui qui est lejugt <i de tous; c'est pourquoi je ne vous crains poill; « car vos glaives ne sont pas plus prêts à frapps « que mon jjme à souffrir le martyre. Cherchez mil c vous fuie;pourmoi, je ne fuirai point: vous me « trouverez pisd contre pied au combat du Sei- « gneur. » Ils se levèrent en faisant grand bruilel commandèrent aux moines de garder l'arcbevÉoiu avec soin pour le représenter au boa plaisir du roi. L'archevêque les accompagna vers la porte et dil encose : " Je ne sortirai d'ici ni par crainte du roi, a ni par crainte d'aucun homme; je ne suispoin; a venu pour fuir; c'est ici, c'est ici (et il monlrail « sa tête), que je vous donne rendez-vous. » la chevaliers se retirèrent en tumulte.
Bientôt après, des coups redoublés se firent entendre au dehors; c'étaient les quatre conjurés â leurs hommes d'armes qui voulaient forcer 1' du monastère. Le déclin du jour permettait à Tl chevéque une fuite facile : ses clercs effrayés I'] exhortaient avec des pleurs. Il resta impassible al| ne sortit de sa chambre que lorsqu'on lui eut
H s. TUOMAS DE CANTORBËRY. 571
Çncé l'heure des vêpres. Alors on voulut l'entraîli^r vers l'église; mais lui s' avançait leolement à levers les cloîtres et les couloirs, marchant le dériver de tous, comme le herger qui pousse ses brebis levant soi. Ni son geste ni sa démarche ne trahis- .^t un sentiment de crainte. Enfin il entra dans jSglise, oii déjà quelques moines assemblés chanjent l'office. On voulut fermer les portes derrière li ; mais, les rouvrant de ses mains, il fit entrer ^uelques-uns de ses serviteurs qui élaient restés ^bors, et il ajouta : « Nous vous ordonnons au Dom de la sainte obéissance de laisser les portes ouvertes : car il ne convient pas de faire de la i. maison de Dieu un château fort. »
S Tout à coup les quatre meurtriers s'élancèrent ts l'église, le glaive et la hache à la main. « Où M. le traître? » criaient les uns. «Où est l'arche- : Têque? » criaient les antres. Thomas descendit es degrés de l'autel qu'il avait déjà montés, et se irésenla en disant: «Me voici : je suis Tarchevâque, ^ et non le traître. «A ce moment ses clercs l'abandonnèrent et se réfugièrent au pied des autels: il rifûi resla que trois auprès de lui, entre lesquels Edouard Grim, le porte-croii, le même qui lui avait rtarlé si librement au sortir de l'assemblée de Cla- ^ndon. Un des meurtriers s'avança et mit la main Sur l'archcvâque ; « Suivez-nous, \\ii4\\.-'v\,N0\is,èi\)œ>
572 MÉLAHCIiS.
«pris.» L'archevêque, arrachant son manleauilsi mains du soldai, répondit : « Vous me ferez ici ceq» Cl vous voulez faire. » Puis il s'adressa à Réginali: a Réginald, qu'est ceci? Je vous ai fait aul « beaucoup de bion, et vous venez à mol avec du « annes dans l'église? Si c'est ma tête que toi « cherchez, je vous défends de la pari de Dieui M loucher à aucun des miens, moine, clerc « que, grand ou pelît. l'our moi, je reçois volonÈn «la mort si dans l'eifusion de mon sang l'Égiiï « peut trouver la paix el la liberté, » On le soniB d'absoudre les évéques excommuniés ; il réponilil « Jusqu'à ce qu'ils aient satisfait aux saints caiii»ï «je ne les absoudrai pas. » Puis l'homme de Dit se mit à genoux et proféra celte dernière prière ; «■ « recommandeàDieu, àla bienheureuse Marie,. « saints patrons de ce lieu et au bienheureuimï « tyr saint Denis, mon âme el la cause de l'Église. Alors un coup d'épée frappa le bras du porif croix qui avait voulu proléger l'archevêque, étal» gnit l'archevêque lui-même à la tête, un second wui le renversa par terre, un troisième lui abattit grande partie du crâne. Et l'un des meurtrieA s'approchant avec son glaive, fil jaillir la cerrell et la répandit sur le pavé. Ils sortirent ensuite 4 relise, poussant des vociféralions contre leur vi time, et allèrent piller le monastère. — AÏH
s. TIIUHaS I)K CANTOIiBEliï. jT,
^rit, à l'âge de cinquante-trois ans, Thomas Rccket, Ig'chevêque de Canlorb*y (1).
té r»
^ Lorsque deux hommes, au moyen âge, s'en remettaient au jugement de Dieu^ ila combattaient en ^Bmp clos : le bon droit devait se trouver du côté ^Kse rangerait la victoire, et Tignominie accomàgnait la défaite ou la mort. Celait peut-être un .ieux reste de paganisme, de culte de la nature ui, donnant à tout phénomène physique une por- *e mystérieuse, divinisant la force brutale, faisait lier toute chose sous une loi de terreui". I.a queeile de Thomas avait fini par une sorte de combat ù la vertu s'était trouvée aux prises avec le crime : e crime avait vaincu par le fer. D'après lu législajion barbare de ce temps, Thomas ne vivait plus, il stait condamné.
Mais il est une autre loi, une lot d'anioirr selon aquelle le droit est dégagé du fait, qui reconnaît mne justice invisible, qui ne s'arrête point dev^t « silence de la mort, et qui entend la voix du sang
(1) Ce râoit tout entier est emprunté lilt^raleinent au Quadnlor-su, dont les auteurs Turenl lémoins oculaires des derniers mo- ■nents de S. Thomas, ot durent EB garder un \i\3.\\èt4\i\e wivvi>t\i«.
574 NfiUNGES.
versé. Devant cette loi, celui-là triomphe qui i plus aimé et celoi qui a «imé jusqu'à mourid i appeK; martyr et se couronne d'une triple glous i car, dans le martyre, il y a trois choses. Premii rement, un acte d'indépendance morale : \% abandonnant sa chair, comme autrefois Joseph, pieux esclave de Putiphar, abandonna son maniai échappe à la violence qu'on méditait contre elll re Secondement, un acte de charité : te martyred! tei témoignage qu'im homme rend, non point) propre doctrine, mais à celle de ses frères croja comme lui, et par lequel il rassure en euxceiji y a de plus précieux et de plus fiagile, la loi : n ne rassure la foi comme le témoignage d'un liom de bien, et rien ne donne plus de valeur à a al'Crmalion que le sceau de la mort. Enfin, et pi dessus tout, unsacrilice, un sacriGce oflerLà[)ii qui en retour donne la victoire et la paii : il f' que la croix soit ensanglantée sur le Calvaire an de régner au Capilole (1). Voilà comment Thon fut justifié h. l'heure où il tomba massacréau p des autels. La veille il était grand sur la ter v,,^
W pi.
(!) Cette doctrine eal celte de S. Jean Chmogloins : Bè> ^
fi.afTÙfai, vùrn [laLpTÛpiiiv. HapTÙpuv -[àp doit «to Jim n-rûv Im c naliioxi, butliiiiûiï lïippuoltt, xp'Of"iiiOfi,tù oùotboi; fiSniTsu kïH plu mi, àvasTsioinic Kico'j'ii^i;, SioSiXaii xiiTi^epia, 'piï.gvntpiKt AiS< n â^ïûv fiCa, Kai xtifii K«i |*^Ttp. (Homoli
pa;
s. THOMAS DE CABTORBÉRÏ. 573
S d'une grandeur périssable qu'un faux pas v:iit renverser : maintenant il dominait la terre ouLe la hauteur des cieux, il était placé hors limites de la fragilité humaine, au-dessus des intes de ses ennemis, comme le soleil que toute oussière que nous faisons ici-bas ne peut obsnr. Le peuple, avec un admirable instinct de innaissance, courut aux funérailles de ce pas- ■, qui avait donné sa vie pour lui ; des miracles ibreux illustrèrent sa sépulture ; l'Angleterre ba à genoux et le proclama saint ; toule la chrété répéta le cri de l'Angleterre, et l'Église ra- , le vœu de la chrétienté. Cette décision fut jeillie avec transport, et l'enthousiasme revêtu ne sanction légitime redoubla. Des liturgies •ées, des hymnes, des panégyriques, furentcomés à sa louange ; sa légende vint s'ajouter ime une perle de plus au poétique trésor des mdes des Saints ; les simples et les pauvres celèrent son nom dans des cantiques populaires. De ^ues processions de pèlerins s'acheminèrent 5 Cantorbéry, et, jusque dans les contrées les s lointaines, des basiliques s'élevèrent sous l'ination de saint Thomas. Une récompense encore s magnifique lui fut décernée: son sang avait é la rançon de l'Eglise, l'Eglise reconquit sa ;rté. Le tombeau de saint Thomas fut placé
5Hi JIKLAXCES.
«nlre elle el les rois comme un abîme que «m n'osèrent franchir, et il y eut une longue H* Henri II lui-même s'humilia et abjura les pré» tiens qui avaient engagé la lutte fatale. Mù n'était pas assez pour renseignement du moi Tandis que l'invincible apothéose du marijrfi nianifostée aux hommes par une effusioodep et de bénédictions, la présence d'un génie infai sembla se révéler dans la maison de sesperà leurs. On put contempler alors quelque chiK pareil à ces furies vengeresses que ronliquitéfl vues s'attacher aux familles criminelles deslH| et des Atrée. Le roi d'Angleterre déshononil' vieillesse dans de honteuses débauches. Éiéow sa perfide épouse, qu'il avait reçue sortant W souillée d'adultîne de la couche du roi de FraH conçut contre lui une jnlousie mortelle, forum lils au parricide, et, disparaissant tout à e« leur donna le signal. A la tête de la rébellioait ce fils aîné, dont le couronnement s'était fail haine de l'archevêque, et qui maintenant aip de cet acte pour réclamer le trône. Henri, enl» (le trahisons, s'effraya; il alla, dépouillé de ses ncments royaux, s'agenouiller devant les rcBq de sa victime, et recevoir sur ses épaules Kipei h's coups de vergo des moines. Quelnue tcmpst
\QusNxvviMuvqa^|
s. THOMAS DE C.\NT01lltÉUï.
Le (ils aîné el le troisième fils de Henri moururent dims leur révolte, Richard, son béritier présomptif, , lui trouva la vie trop longue et s'arma contre lui : ( et quand ce père infortuné, forcé d'accepter la . paix, demanda la liste des conjurés, le premier nom qu'il y lut fut celui de .lean sans Terre, le plus jeune et le plus aimé de ses fils, et qu'il croyait du moins iidèle. Accablé de ce dernier coup, peu de jours après il expira dans le désespoir. Mais cette fatalité qui pesait sur sa famille ne finit point avec lui. Richard avait coutume de dire: <t Nous venons du diable, au diable il faut que* « nous retournions 1 o Cet oracle sinistre sembla poursuivre à travere les siècles la dynastie des Planlagenets, dynastie odieuse qui porta partout avec elle, en France, en Espagne, en Irlande, en Angleterre, le deuil et la désolation, perdit avec le Icmps le vaste domaine de l'impure Éléonore, se déchira elle-même, donna à l'Europe occidentale le spectacle des égorgements du Bas-Empire, et s'éteignit dans la guerre des deux Roses, ensevelie dans la boue el dans le sang, vouée à la haine des contemporains et de la posiérilé. — Tel fut !e jugement de Dieu.
Trois cent soixante-sept ans après la moil de ^ainl Thomas, un homme se rencontra qui osa réformer ce jugement. Au temps où toutes les pensées
d'Henri VIII étaient tournées vers l'élahliaaH de sa suprématie spirituelle, le sourenir de Thomas de Canlorbéry lui rcTÎnt. U Tilwilrc» devant lui l'ombre de cet athlète de l'É^iKi» maine qui avait terrassé un roi, Alors, pour» délivrer de eelte apparition împortime, il m^ le dessein de tenter ce qui est impossible aaloO Puissant lui-même, et de défaire le passé. Par' dérision Impie des formes de la justice, il fit dis le saint à comparaître dans trente jours devanlk grand conseil « pour avoir à s'expliquer sur fe « causes de sa mort et sur les scandales qu'il ani: «donnés en Angleterre; comme aussi pour ouï a dire qu'il s'était faussement arrogé le nom 4 « martyr, mérilanl plutôt celui de rebelle Celle citation fut signifiée par un huissier ai biîau du saint. Comme celui-ci n'eut garde * comparaître à l'époque fixée, on lui nomma m avocat, et les débals ayant suivi leur cours ont naire, le grand conseil du roi rendit l'arrêt suivant. « Henri, par la grâce de Dieu roi d'Angleterre, if « France et d'Irlande, défenseur de ta foi elchd «suprême de l'Église anglicane. Ayant pris cufl- « naissance de la cause de Thomas, autrefois at- « cbevèquc de Canlorbéry ; attendu que, cilt|
( I ) Cetlo ciLitiuii ut l'itri'iil (jui suit sont rappoi*t6i dans WilkijB' L
s. TilOÏÏAS DE CANtOilBÉllï. J7y
rt devant notre conseil, personne n'a comparu pour ;V lui ; attendu qu'il n'est point mort pour l'honi neur de Dieu et de l'Église, de l'Église dont le to gouvernement suprême appartient aux rois de i) ce royaume, et non à l'évéque de Rome comme le jt soutenait ledit Thomas, au préjudice de notre couf ronne; attendu que le peuple le tient pour martyr ■Il et professe pour lui un superstilieus respect ; alin g que ceux qui se rendent coupables de tels cri- II mes soient punis, et que les ignorants reeounais- ^ sent leur erreur : nous jugeons et décidons que H ledit Thomas, autrefois archevêque de Cantorg béry, à dater de ce jour, ne doit plus être consi- ;i dérc comme saint, ni appelé martyr; que ses g images doivent être arraciiées des temples, son V nom effacé des prières de la messe, des calen- ; driers, des litanies. Nous jugeons qu'il s'est ( rendu coupable du crime de lèse-majosté, de c trahison, de parjure et de rébellion. En consé- '- quence nous ordonnons que ses ossements seront : tirés de leur sépulture et brûlés publiquement: : l'or, l'argent, les pierreries et les autres dons ; que les bommes simples croyant â sa sainteté lui c ont offerts autrefois, nous les confisquons comme : ses biens personnels au proflt de la couronne, = ainsi que le veulent les lois et coutumes de notre « royaume ; et nous défendons, somç, \ïsivnïi ii-'i^
MO llÊI,\filiKS.
a mort, qu'à dater de ce jour aucun de nos SDJA « le nomme saint, lui dise des prières, porte de» K reliques cl entretienne sa mémoire directema u ou indii'uctemenl. Car ceux qui en agiront del « sorte seront mis au nombre de ceux qui con^ « rent contre notre personne royale, ou qui fa» « risent et assistent les conspirateurs. UoDné « Londres, le 2 juin 1558, par le roi eu sorcoe « seii. » — Le voyez-vous, ce grand roi devonlip l'Angleterre tremble, dont l'alliance, briguéepi François I" et par Charles-Quint peut incliner il'i côté ou de l'antre les destinées de l'Europe, I voyez-vous comme il a peur? 11 u peur de la n moire des peuples, il a \ie\ir des prières desfemi et des enfants, il a peur de quelques vicuiffi ments dans un sépulcre, il a peur de deux syllab dans un calendrier ; il a peur ; car en tout cela ili couvre une idée puissante, et pour se défendre cuni cette idée il entasse accusation sur accusation, s tence sur sentence; il appelle à son secours sacrilège et la rapine, il s'environne d'écbafau Mais l'impitoyable histoire l'alleint derrière sacs d'or et ces cadavres dont il s'était fait uni tranchement, et, lont hideux de bassesse el de ft cité, elle traîne au grand jour le digne FoadaU de l'Église an^Hicane.
Cet arrêt cruel et stupide devint le mot d'
■tdjdfa
s. THOMAS DE CAMORUÉllï. Ml
I protestantisme, et fut répété d'échos en (îchos aidant plus de trois siècles par l'ignorance ou la Schanceti! des écrivains hérétiques. Car, de même f parmi les fils des anciens patriarches il s'en tave toujours un impie et déshérité. Gain entre ^ enfants d'Adam, Cham parmi ceux de Noé, taël parmi ceux d'Abraham, Ésaû à côté de Sob : ainsi, pour les grands hommes, pour les kstres bienfaiteurs du genre humain,'" il y a à : d'une postérité reconnaissante, une ftilre postérité ingrate, et qui répudie l'héritage, et qui maudit ses pères. Cette postérité mauvaise ne manqua point à saint Thomas, et lui rendit une sorte d'homraagc involontaire en l'associant dans ses blasphèmes à la religion divine qu'il avait défendue (1).
Ensuite vinrent les philosophes, qui jugèrent convenable à leur dignité de répudier le langage passionné des sectaires. Hume, l'un des plus célè-
(I) Les centuriatcurs de Uagdeliourg, afirës avoir raconté avec ■ autant de séchi>resse quu du brièvolé h mort de S, Thomas, ont lo courage de chercher dans celle grande Inigédio quelque chose de comique, et Toici ce que leur imagination leur suggère : c'est qu'on trouva parmi les vêtements du défunt a uilîcium besliolis sexlpedi' ( bus refei'lum et femorolia iisdem bestiolîi referta. • 11 &iul obsei'Ter que les cehlui'ies de liiigdebourg ue sont jxiint un pimphlel écrit dans un momctit de colûre, ce sont les annales de l'Ëglise offîciellement rédigées en douie volumes in-folio |>ar une sociétâ aa- Tanle, sous la direction de Francewitz, l'un des grands uuttiw •l.'\ pro lestant isme.
rl.^ï )iÉi.,vfiGEs.
bres d'entre eux, voulut bian reconnaître que l'archevêque de Cantorliéry avait montré quelque grandeur d'âme, et qu'il eût pu n'être point inutile y f.a pairie, si le fanatisme papiste et l'ambitioii sacerdotale ne l'avaient précipité dans des voies perverses (i). De nos jours deux hommes dont noui admirons les vastes et pénibles travaux, sans partager leurs doelrincs, ont employé leur plume verveuse à la réhabilitation de cette vertu méconnue. Mais l'un, M. Augustin Thierry, nous semble s'élre attaché d'une manière trop exclusive à faire de Beckct le champion de la nationalité anglosaxonne, l'ennemi politique de la cour anglo-normande (2); l'autre, M. Michelet, tout en appréciant saint Thomas d'une m;mière plus large el plus profonde, nous paraît avoT encore sacriOé sur l'autel d'une divinité trop adorée de nos jours, l'esprit de système (5). Le Catholicisme seul peul apprécier les services de ses héros ; seul initié à la mission providentielle qui leur fut confiée, U la transcrit dans ses incorruptibles annales.
C'est pourquoi nous viendrons après tous les autres, nous aussi, dire notre pensée au sujet de
(11 Bume. llUtairc de la maUondc Planlageuet. {2} Thierrj, Hhtoire de la conquête de l'Angleterre par le» normands, lame 111.
(5) Michèle!, Bitloire de Franee, Uune 11.
s. TITOJIAS hE CANTOIIBÉRÏ. SS3
celui dont nous avons esquissé la vie. Quelque petit que nous soyons, la foi nous a donné le droit de le dire notre frère, et de parler de lui sans profaner son nom.
Considérons d'abord ce que saint Tliomas de Cantorbéry a fait pour l'Angleterre, Il l'empêcha de se précipiter dans le schisme à une époque où son baptême ne datait que de six siècles, où elle était loin d'en avoir recueilli les bienfaits dans leur plénitude. Alors ses universités étaient à peine écloses ; elles ne devaient se développer quo sous l'influence durable et vivifiante de la Papauté. Sa Grande Charte n'était point encore écrite, et 'a puissance de ses communes ne pouvait naîlre et grandir qu'en vertu de l'impulsion générale qui suscita les communes par toute l'Europe catholique. Ses mœurs étaient pleines d'une barbarie que les haines de race et les guerres d'es!ermination ne pouvaient manquer de nourrir. Si donc l'Kglise, qui seule allait semant par le monde les germes de ia civilisation, eût trouve les portes de l'Angleterre fermées; si les relations bienveillantes que la religion seule h cette époque pouvait cntrt;lenir entre les peuples toujours armés eussent cessé pour le peuple anglais, et qu'il n'eût vu désormais ses voisins que sur les champs de bataille ; si la supré matie spirituelle et le sceptre des consciences se
5KI MÉI.ANt.1
fussent trouvés enire des main^Tôïnm?
Ji'aii sans Terre, de Richard JI, de llfinri d'Edouard IV, de Richard IJI; si, en un mol règne de Henri VlU eût été avancé de qualresiftla celte conirée fût descendue à un degré d'abrulir sèment comparable à l'état de la Russie, dujonri elle se fil schismalique jusqu'aux jours de Piem^ Grand. L'Europe aurait vu de loin celte île envelf pée dans son ignorance, pareilleà ces contrées hypnhoréennes et ténébreuses que les anciens comufr saient à peine et dont ils fuyaient les rivages : » jourd'Ilui encore la sueur des serfs arroserait If glèbes de Lancaslre elles chantiers de LÏTerpool el Londres, comme Moscou, viendrait nous mendia nos lumières. Mais non: Dieu, qui a fait lest* tions, avait sur l'Angleterre quelque magniGif dessein ; il lui envoya un saint pour la sauver i l'apostasie; il voulut qu'elluresUU longtemps enow unie à l'Église immortelle, et que dans celte étreiiii» d'amour elle puisUl une vie glorieuse et (écoivli que l'embrassement impur des Henri VIH el it Cromwell ne pût étouffer. Et si, dans cette île t* meuse, des gcncralious entières se sont conserr^ inébranlables dans la loi de leurs ancêtres ; si, ap" trois cents ans de pcrséculipns et d'opprobres, * > Catholicisme a relevé son front el se déploie main tenauA. asecxiTNftWtaTOKï-^wKv'wasfc'aji.vCaîltrenibl'i
I s. lUuHAS DU CAM0!l1!Ellï. SBj
lila réforme jusquedans ses palais dorés ; si l'Jrlaiidt! [a brisé ses liens par un effort sublime; si un .homme étonnant s'est levé du milieu de ses frères I catholiques, et a protesté en leur nom contre les satrapes de l'hérésie, c'est que, parmi ces générations fidèles, dans cetle Irlande, et sur cet homme peut-être, plane la grande âme de sainl Thomas de Cantorhéry. — A Dieu ne plaise que je compare un homme mortel, et qui n'est pas encore jugé, avec celui dont la mémoire a reçu une consécration solennelle ! Mais lui aussi, l'invincible archevêque, ses ennemis l'appelaient le Grand Agitateur !
Suint Thomas n'est point seulement le bienfaiteur de l'Angleterre, l'Europe entière lui doit de solennelles actions de grâces, son héroïque résistance arrêta un fléau qui se préparait alors dans tous les royaumes, un dessein ([ui se méditait dans tous les châteaux et dans toutes les cours : l'incorporalion de l'Église dans le système féodal. Le système féodal, qui ne devait point être inutile à la chrétienté, pourvu qu'il fût renfermé dans de justes limites de puissance el de durée, rencontra trois sortes d'obslacles qui l'y continrent ; savoir : l'Eglise, la royauté, le tiers élat. Au douzième siècle, le tiers état n'était point encore, à peine quel- Oies communes venaient de se tomtt .. V y^vok.
resscnlail-oii quelques secousses au lieu où devait s'élever le volcan. La royauté était faible, ellemême étail féodale, et, dans sa naïveté, elle conservait encore un respect (■rofond pour son principe ; le roi n'étail que le seigneur suzerain, et les ducs, les comtes el les barons étaient ses pairs. Restait l'ËglIsc, seule, mais forte de son antiquité, forte de son incorruplibilité. En presencê d'un td adversaire, la féodalité était contrainte de se tenir dans ses bornes, et si parfois elle essayait une sorlie fiirlive, elle, élait bientôt repoussée, non sans un notable dommage pour son honneur et pour son crédit. Avec un lel auxiliaire, elle eût envahi la société tout entière, écrasé toute opposition, doublé l'intensité de son pouvoir, el prolongé de plusieurs âges l'ère de son règne. Saint Thomas de Canlorbéry empêcha que cette alliance ne fût conclue ; et comme les puissants d'alors étendaient des mains avides, et qu'il fallait les remplir, il leur donna sa vie ; et pendant ce temps-là l'Église sauvait dans un pan de sa robe la liberté des nations. Et remarquons ici que celte scène imposante du douzième siècle se représente avec une sorte d'heureuse monotonie it chaque époque de l'histoire. A chaque époque, il existe des formes sociales variées, des ponvoirs diffcrenis. A chaque époque ces pouyoirs. tendant à s'assimiler tout ce qui les
s. THOMAS CE nAMTIlttliÉTlï. 587
1 i-onne, convoitent, non pas l'amitié de l'Église, I mais rifientification de i'Kfjlise avec eux, et toujours ils se plaignent de ce qu'elle n'y consent pas. Ce sont d'abord les empereurs chrétiens d'Orient qui voudraient faire de l'Eglise im patriarcat soumis à leur autocratie ; ce sont les barbares qui Ia.pressent de s'unir avec eux pour le pillage du vieil empire romain; ce sont les grands seigneurs féodaux qui essayent de la barder de fer ; puis les rois qui l'invitent à s'asseoir dans leurs royaumes à c6t« de ces parlements qu'ils gouvernent avec le fouet et l'éperon ; enfin ce sont les modernes fondateurs des constitutions représentatives qui daignent bien lui ménager un banc dans une chambre haute, et qui s'irritent de ce qu'elle ne se prête pas au mécanisme étroit de leurs administrations, de ce qu'elle ne parle point le langage passionne de leurs Iribuneo, de ce qu'elle n'arbore point sur ses basiliques séculaires leurs drapeaux d'un jour. Mais l'Ëglise n'a jamais voulu entendre à être impériale, iii barbare, ni féodale, ni royale, ni libérale, parce <jii'elle est plus que tout cela; elle est caltiolique. "Vainement, comme les prétendants de Pénélope, la voyant seule en ce monde, ils ont pensé la séduire et régner sous son nom, et ils lui ont offert richesse et puissance. L'épouse immoricllc a un autre époux qui est vivant et qui reparaîtra un
jour; ellurôpudle ces noces indignes, elle ceux qui la poursuivenl, et, en altendant, cliéve de tisser ce voile précieux de science vertu dont elle doit se parer au jour où l'épon viendra pour célébrer avec elle la fête nuptiale.
Allons plus loin. La Providence n'avait poiul créé une âme aussi prodigieuse que celle desaiti Thomas pour lui donner un rôle passager, pourtii faire la pierre d'achoppement d'une institution folitiqne. La féodalité, comme toute citosc lerrestre, recèle deux principes, dont l'un est bon, l'aulr! mauvais : un principe de générosité, d'honneur, de chevalerie, et aus^si un principe d'égoïsme, qui tend à tirer tout à soi, à multiplier le travaiU l'ohéissance du grand nombre pour accroître le liien-êlre de quelques-uns, L'Église, chose célesU, n'a qu'un principe unique, un principe excellenl, la charité. Ëgoïsmc et charilé, ce sont deux forces rivales qui, depuis le commencement, se disputent le monde. L'égoïsme se produit dans les société sous deux formes qui lui sont chères : despotisme et anarchie. La charilé dans l'Éylise oppose tour tour la liberté au despotisme, et à l'anarchie l'autorité. Si elle protège aujourd'hui la vieillesse royautés européennes, si elle met à l'abri de 1 suite la tête blanchie des souverains, elle proléga imoyen âge l'enfance des peuples, elle cmi
s. THOMAS DE C.lNTORBÉHï. 5S!)
^ que leui-s langes ne devinssent îles chaînes. Quand I donc saint Thomas se fit le défenseur de la liberlé B religieuse, il acceptait un ministère de charité, et I cette charité embrassait dans son expansion, non- I seulement ses clients, mais ses adversaires et ses juges. Car le Christianisme est ainsi fait ; il ne permet pas de ramper aux pieds des grands, mais il ne permet pas non plus de les mépriser et de les haïr. Aimer ceux qui souflVent, ceux qui sont faibles, pauvres, humbles, au-dessous de nous, c'est la joie de notre nature, c'est un instinct auquel notre 'orgueil même n'est pas étranger. Mais ceux qui sont riches, puissants, superhes, qui font autour d'eus trembler et souffrir, ceux-là, ne les point haïr, les aimer, c'est le triomphe, e'est le miracle de la charité catholique.
Saint Thomas fut ainsi ; sa charité fit sa force, ' et sa force lui valut l'honneur d'être le soutien de l'Église. L'Église a reçu d'en haut des promesses cj'éternité, et celui qui les a faites les maintiendra; mais il s'est réservé le chois des moyens par lesquels ses promesses s'accomplissent. Et, tandis que la société chrétienne poursuit son émigration mystérieuse de la terre vers le ciel, son salut est assuré yar une assistance toujours présente, mais diverse «ians ses manifestations. Aujourd'hui c'est la manne -miraculeuse, demain c'est l'eau du rocher j c'est
SM HÊLAKOËS.
la nuée pendunl le jour, la colonne de fpu pendaul la nuit. Quand Israol comhnitail dans la pli Moïse sur la monUifjne élendaii les mains, el k victoire descendait; mats Ur el Josué supportaieil les mains fuliguées du prophète. De même, pendaai qucrÉgliselmiait contre le scliisme et Ja seniludf, le Pape était au sommet, veillant et priant, etIW prit do Dieu élail avec lui : ?aint Thomas de Cantorbcry se tenait à ses côtés et soutenait ses bus, pour qu'il ne défaillît point dans ce labeur, et dait à porter le poids des destinées du monde.
Dieu donc, au douzième siècle, pour saunt riCglise, se servit d'un homme; et, si ce fut pour cet homme im sujet de louange, ce ne fut point fl déshonneur pour l'Église, pas plus que pour u« mère de s'appuyer sur l'épaule de son fils. Carc'* lait elle qui l'arait fait si généreux et si fort ; c'élail elle qui l'avail nourri de saines doctrines ; il n'oriil point goûté le lait de l'étrangère, il n'avait |* grandi sous le portique de la philosophie, maisi l'ombre de l'aulel : ce fut elle dont la pensf-e le soutint dans les jours d'épreuves, pour elle (ut sa iliîuière parole et son dernier soupir ; ce fut elle enfin qui vint réclamer sa dépouille et l'enveloppa d' linceul de gloire. Qu'elle jouisse donc de son heureuse maternité ! Saint Thomas de Cantorbér» n'appartient plus ni i\ un système, ni à une natiWi
;. THOMAS DE CAHTORBEHY. 591
t^a une époque. Il apparlient, p.ii' un parlage ^gnifique, à Dieu et à l'huroanîté; il appartient a grande, à la sainte, à Timpérissable Eglise naine.
■Aussi est-il temps de mettre un (erme à ces dis- ,urs; aussi est-ce pitié d'entreprendre une Jnu- B apologie, et de vouloir répondre aux incrimi- ^tions de quelques-uns et aux erreurs de quelques ".très. Une réponse est là, éclatante, sublime. »puis six cents ans, cent millions de catholiques -"vironnent de respect et d'amour la mémoire de t évêqiie d'un autre âge ; et, lorsque dans les supications solennelles, rappelant au Ciel les vertus le la terre lui a données, nous répétons la longue tanie de nos .saints ; alors, ô Thomas de Cantoréry! vous aussi nous vous invoquons, et nous vous 'iluons du plus beau nom qui soit dans la langue ^es hommes ; nous vous saluons martyr !
CONCLOSION
Sou veiio lis-nous maiutenant de BacOD.elB rons dans noire pensée ses œuvres el sa çloiiïi la gloire el les œuvres de saint Thomas: p dans la même balance les cendres des deui celiers. — La cendre du philosophe a étéini légère. Pourquoi cela ? ces deux âmes ne sontJ pas sorties de la main de Dieu, toutes doux loules deux noblement douées, toutes deui eniM pour habiter le même limon, et pour s'agiWi quatre cents ans de distance, dans le toiirbUl social? L'Angleterre était pourtant plus édà au seizième siècle, plus libre sous le sceptredl cieux d'Elisabeth et de Jacques I" que sousIaB sue de plomb de Henri Planlagenet. Si Ba trouva dans sa pairie ces habitudes serviles t quelles Henri VIII l'avait façonnée, la fortune saint Thomas commença au sein de celle cour glo-normande, où ses yeux ne rencontrèrent des spectacles de corruption et d'iniquité. C infirmité naturelle du chancelier de Vérulam, l'emçèeVvaVv. >îift ï>e. Vc^Cw &A>ia>A. ^«>; lès degrés
I s. THOHAK DE CÀlNTURBÉriY. Ô93 ■
te, nous l'avons rclrouvce dans les premières solutions, dans la condescendance extrême, s les défaillances secrèles de Becket. Enfin, l'i- >ininie du premier, comme l'héroïsme du sed, nous apparaît avec ce je ne sais quoi iTackeré i donne le malheur.
Mais qu'importent les circonstances, les caraces et les personnes ? L'histoire de Bacon est celle plus grand nombre des philosoplies. Voici lion, selon qui le genre humain n'a de bonheur espérer que sous le gouvernement d'un philosole-roi ; et lui-même s'assied, couronné de fleurs, la table de Denys, Voici Aristote aux pieds J'Atandrc : Cicéron déshonorant son exil par un isillanime glésespoir, ou bien brûlant devant Gér le parfum avili de son éloquence; Scnèque ouranl trop Lard pour se faire pardonner la famiirité de Néron. Voici Luther qui signe en faveur 1 landgrave de Hesse la consécration de la polygaie; Voltaire, admis aux petits soupers de Frédéric I Prusse ; le dix-huitième siècle tout entier et ses énarrables turpitudes; et maintenant, sous nos ux, des hommes dont je tairai les noms, parce l'ils vivent ou qu'ils vivaient naguère, mais qui, IX aussi, nous ont fait connaître ce qu'on pcul tendre du rationalisme en fait d'honnenr et de . Il n'est peut-être pas deV-jïaix q^\\'^'û.'X*»-
berté.
Mi MÉLAHCES.
à son service quelques philosophes, seit fMtl faire les apologisles de ses actes, soit comnid kUes superbes e.l curieuses qu'on entrelieiilii les jardins des rois.
L'histoire de saint Thomas est celle de bemia d'entre les saints; c'est celle de plusieurs mjriiJ (le martyrs devant les proconsuls, d'Atiianasei v.int Julien, d'Ânibroise devant Théodose, Clirysostome devant Arcadius, de Grégoire VIli vaut Henri IV, de Népomucène devant Wencdi (lo l'évêque Fisher et de Thomas Morus dm Henri VIII ; et aussi, pourquoi ne le dirais-je poil de Pie VII devant Napoléon. Car, en ce terap^ nous avons appris par un grand exemple que, di l'Eglise de Dieu, les traditions d'une juste etn gieuse indépendance ne s'étaient point perdues.
Ce ne sont donc plus deux hommes qui sool présence, ce sont deux types : c'est le philosophe c'est le saint; et il faut dire ici pourquoi l'ur dégrade avec tant de génie, pourquoi l'autre o serve inviolable la virginité de sa vertu. Les cho bumaincs étant égales de part et d'autre, duc qui l'emporte il faut bien qu'il y ait quelque ch' de divin.
L'ihnc, disait un ancien sage, est une bannoD Mais cette harmonie est brisée, et les élémeols ( ,1a -comçosaxewV ««v\. fetA^fe, tit*. discorde. L'ÀÉd
s, THOMAS DE CANTORBÉBÏ. 5!)5
jfence, appuyée sur la raison, veut dominer ; la volonté, fascinée par des illusions perfides, refuse l'obéir : de là ces combats de tous les jours qui se ivrent au fond de la conscience ; de là ces déchirexents et ces larmes intérieures dont la vie est ■pleine. Et parce que rien ne nous est plus hu- 'ïiiliant et plus pénible que ce désaccord entre nos jensées et nos.œuvres, il faut que l'intelligence se nodifie, et qu'elle tempère la sévérité de ses lois "pour que la volonté s'y soumette. Mais cesloisainsi " aites et défaites à son gré, la volonté s'y soustrait aicore parce qu'elle les méprise. Voilà donc deus parties de nous-mêmes qui s'entraînent et se pouriuivent l'une l'autre dans des aberrations infinies, *ians jamais se réunir. Les doctrines philosophiques îont venues et ont fait selon leur pouvoir. Elles ont ramené l'intelligence dans des voies meilleures, ;lles l'ont formée à de hautes et vastes spéculations, ïUes l'ont agrandie, fortiiiée de toute la puissance "logique qui est en elles ; mais en elles il n'y a point une puissance d'amour, et celle-là est la seule à qui la volonté sache obéir. Dès lors la volonté leur échappe; elle reste dans les abîmes de corruption oii elle était descendue : elle y reste abandonnée à *es enchanteresses qui l'enivrent d'ignominieuses jouissances et de plaisirs douloureux, et qui sont ai bien nommées Passions. Aussi ce dvNOî'cfc^^NaS.
aeo MÊLitNGKS.
qui se voit dans louiez les âmes se retrouv éclatant, plus Irîste encore dans l'âme du p phe : ii y a en lui deux vies, celle de la celle du cœur ; c'est la statue d'or aux plei gile; c'est un homme divisé, c'esl-à-dii homme faible.
Le Christianisme a eu pitié de noire naU n pris au ciel deux rayons, dont Ton s'appell l'autre Charité, et ces deux ne sont qu'une flamme; mais l'un est lumière, l'autre chi Par la foi .le Christianisme s'empare de lï gence et la tire de ses ténèbres; par la cba r^énère la volonté et la relève de ses turpïi Ce qu'il fait croire à la première, à la second fait aimer : il les fait toutes deux se rencontr la route pour tendre ensemble à une mémi qui est Dieu. Voilà comment il rétablit l'han primitive de l'âme : et, pour que l'harmoi soit pas troublée, pour que la foi ne cha: point, pour que la charité ne défaille jamat! société est instituée, croyante, aimante, hj nieu-se, et celle société, c'est l'Église. C'est là gine de cette inébranlable fermeté de pensi cette immense expansion d'amour qui faitless Le saint est un homme jeté en bronxe, mi bron/e vivant; c'est un homme un, c'esl-à-di homme fort. ^
s. THOMAS DE GÂNTORBÉRY. 597
ï Et maintenant vous avez devant vous deux granrles figures. Le rationalisme a fait l'une, le catholinsme a fait l'autre ; c'est à vous de voir auquel des deux vous voulez livrer votre âme.