‹ Œuvres complètes der A.F Ozanam (volume 4)Chapitre 12 sur 26 · LES PETITES PLEURS DE SAINT FRANÇOIS · texte numérisé non relu

LES PETITES PLEURS DE SAINT FRANÇOIS

Si tout l'effort du mysticisme est de faire que rhomme s'oublie de vaut Dieu, il ne faut pas s'étonner que l'auteur de Vlmitation ait voulu rester ignoré, ni que toute la poésie franciscaine vienne aboutir à une œuvre charmante, mais anonyme : ce sont les Petites Fleurs de saint François. Elles ressemblent vraiment aux fleurs, qui ne publient pas le nom de leur jardinier, mais qui annoncent leur saison. Tout dans ce livre respire la foi, la naïveté du moyen âge : des indices incontestables y font reconnaître la première moitié du quatorzième siècle; mais on n'a que de faibles conjectures pour y soupçonner la main de Jean de Saint-Laurent, de la noble famille florentine de Marignolles, que son savoir et sa vertu firent élever, en 1354, au siècle épiscopal de Bisignano (1).

(1) Wadding, Scripiores Ordink Minommy cum supplemonlu Sbaruleae.

A vrai dire, un livre pareil n'a pas d'auteur : il ^e l'ait peu à peu, et comme par le travail de tout un siècle. La vie et les principaux miracles de saint François, attestés par ses contemporains, appartiennent à l'histoire : j'y crois, non que l'Église en ait jamais fait un article de foi, mais parce que la critique ne permet point de mépriser des témoins désintéressés et compétents. Mais, à mesure que le souvenir s'éloigne, les imaginations qui ne veulent pas s'en détacher se plaisent à la raviver par db nouveaux traits; le prodige s'ajoute au prodige*, sans mensonge, et seulement par ce besoin que nous avons de croire et d'admirer. Ainsi, à côté de l'histoire, commence la poésie. Dès le treizièm€? siècle, la légende du Pauvre d'Assise, mise en hexamètres latins, et bientôt après traduite en vers français dans la langue des trouvères, rivalisa de popularité avec les aventures d'Alexandre et de César. Mais c'était l'Italie, c'était l'idiome consacré par la prédication de saint François, par les chants de ses disciples, qui devait recueillir les traditions éparses, y mettre l'unité, l'ordre, l'harmonie, et en faire, pour ainsi dire, l'épopée de la pauvreté chrétienne.

J'y trouve en effet tout ce qui constitue un poëme. Premièrement, un idéal divin rayonne d'wwViwSLV V l'autre du récit^ et en rehausse tous \es ^«^otcûs^-

ges. Cet idéal est le Christ, dont les saints ne reproduisent que les traits affaiblis. Saint François lui-même ne doit toute sis grandeur qu'à sa conformité avec l*Homme-Dieu, et le livre des Petites Fleurs s'attache d'abord à relever ces ressemblances. 11 prend ensuite le fënitent d'Assise au moment de sa conversion, et le suit jeûnant au désert, évangélisant l'Ombrie et la Toscane, annonçant la foi au soudan de Babylone. On ne saurait 46»siner avec plus de pureté cette figure mortifiée, et pourtant pleine de grâce et de force; cette vie presque immatérielle d'un saint qui semble avoir rompu toutes les attaches delà terre, et qui cependant pénètre plus profondément que les hommes d'Etat dans les douleurs, les périls et les besoins de son temps. Autour de lui se groupent ses disciples avec une grande variété de caractères. C'est frère Léon, son compagnon préféré, qu'il nommait la petite Brebis de Dieu; c'est Bernard le théologien, dont l'intelligence avait le vol de l'aigle. C'est saint Antoine de Padoue, entraînant les populations suspendues à sa parole, et quand les hommes fermaient les oreilles, descendant au bord de la mer, et prêchant aux poissons. C'est enfin la douce image de sainte Claire, qui tempère, pour ainsi dire, l'austérité de ces peintures monastiques. Jamais, d'ailleurs, action chantée par les poètes ne fut plus hardie. Il

s'agit de fonder une cité nouvelle, et, dans un siècle de violence et d'indiscipline, il faut créer un peuple obéissant, chaste et charitable. Tout s'intéresse à un si grand dessein : la nature entière y concourt; les bêtes des forêts donnent aux pécheurs l'exemple de la docilité; les oiseaux écoutent la parole qui doit pacifier les nations. Le tombeau rend ses morts pour achever la conversion des vivants. Le monde invisible n'a plus de mystères; et s'il faut raffermir la confiance d'un pauvre larron pénitent, les pojtip du ciel s'ouvriront, et lui laisseront voir les saints tout couronnés d'étoiles.

Mais le livre des Petites Fleurs de saint François est écrit en prose, et il a ce point de- commun avec tant de poèmes du moyen âge écrits d'abord en vers pour le plaisir des grands, mais qui ont fini par trouver en prose une forme plus populaire et plus durable. Je ne citerai que les Reali di Vrancia, dernière rédaction des chansons de geste destinées à célébrer Charlemagne, sa famille et ses preux. Tandis que le monde lettré se lassait de ces belles histoires, elles se sont réfugiées dans un texte prosaïque, sous la forme d'un livre obscur quiise vend aux foires, qui se lit aux veillées des paysans, et qui les entretient de bons sentiments et ctes grandes actions. 11 en fut de même des Fioretti^ mais avec toute la supériorité d'un style marqué au cachet du

qualorzièine siècle. C'est assez d'ornement, et Ton peut ajouter que les pompes de la yeésie eussent mal convenu à Tépopée des pauvres. Gomme le bienheureux Angelico de Fiesole, chargé de peindre le couvent de Saint-Marc à Florence, pensa que la pauvrelé i^ligieuse n'admettait paç la richesse du coloris, et, réservant à la décoration des églises Tor, l'azur et le cinabre, n'employa dans le cloître que des tons légers, tels seulement qu'il les fallait pour éclairer la scène et animer les figures ; tout de même l'écrivain des Fioretti ne tiianie point les éclatantes couleurs que Dante avait portées dans ses tableaux; mais il a le langage parfaitement simple et naturel qui donne à tous les objets la lumière, et à tous les personnages le mouvement et la vie,

11 égale ainsi ces incomparables conteurs dont les Nouvelles charmèrent tant de fois les ennuis de l'Italie ; mais trop souvent aussi leurs récits voluptueux ne firent qu'amollir des générations destinées à la servitude. Au contraire, les Fleurs de saint François, tout aimables qu'elles sont, cachent une doctrine mâle, et faite pour des hommes libres. N'accusez pas la puérilité dé ces légendes : ne dites pas qu'elles servent tout au plus à populariser les vertus dii cloître. Quand saint Louis, en habit de pèlerin, va visiter frère Gilles à Pérouse, et que les deux saints, après s'être longuement embrassés, se

séparent sans se dire une parole, parce que leurs deux cœurs se» sont révélés l'un à l'autre, je reconnais le type de cette société chrétienne qui ne met plus de barrière entre l'âme d'un roi et celle d'un mendiant. Quand saint François reçoit sainte Claire au couvent de Sainte-Marie des Anges, la fait asseoir à ses côtés, et rompt le pain avec elle en présence de ses disciples; que fait-il, sinon d'enseigner le respect des femmes dans un pays où pesa longtemps sur elles la dureté des lois romaines? Lorsque, s'entretenant avec frère Léon, et demandant où est la joie parfaite, il ne la trouve ni dans la science, ni dans la prédication, ni dans les miracles, mais dans le pardon des injures, il met la main sur la plaie de cette nation italienne, si inspirée, si éloquente, qui sut tout, excepté pardonner, et qui devait périr par ses discordes. Vous souriez au récit de la paix que fit le saint entre la ville de Gubbio et le loup de la montagne voisine, et vous n'apercevez pas une admirable leçon de charité donnée aux justes en faveur des pauvres pécheurs. Vous ne voyez pas que le loup voleur et homicide, mais docile après tout, qui pose sa patte dans la main de saint François, et qui tient sa promesse de ne faire mal à personne, représente bien le peuple du moyen âge, .errible dans ses emportements, mais de qui l'Église ne désespère pas, dont

elle prit la main meurtrière dans ses mains divines, jusqu'à ce qu'elle lui eût inspiré cette horreur du sang, le plus beau et le plus incontestfible caractère des mœurs modernes.

Au nom de Notre- Seigneur Jésus-Christ crucifié et de sa Mère, la vierge Marie , on a réuni dans ce livre, comme autant de petites fleurs , les miracles et les pieux exemples du glorieux pauvre du Christ, saint François, et de quelques-uns de ses très-saints compagnons, le tout à la louange de Jésus-Christ.

Premièrement, il faut considérer que le glorieux saint François, dans tous les actes de sa vie, fut conforme au Christ béni. Comme le Christ, au commencement de sa prédication, appela douze apôtres à mépriser toute chose de ce monde, et à le suivre dans la pauvreté et dans les autres vertus; ainsi saint François, dès le commencement de son Ordre, se choisit douze compagnons, possesseurs de la sublime pauvreté. Et comme un des douze apôtres, qui s'appelait Judas Iscariote, apostasia, trahissant le Christ, et se pendit lui-même par la gorge, ainsi un des douze compagnons de saint François, qui eut nom frère Jean de la Chapelle, apostasia, et finalement se pendit lui-même par la gorge; et ceci

doit être pour les élus un grand exemple et un grand sujet d'humilité et de crainte, s'ils considèrent que» personne n'est assuré de persévérer dans la grâce de Dieu jusqu'à la fin. Comme les saints apôtres parurent à tout le monde merveilleux de sainteté, d'humilité, et pleins du Saint-Esprit, ainsi les très pieux compagnons de saint François furent tels, que, depuis le temps des apôtres jusqu'à nous, le monde ne vit pas d'hommes si merveilleux et si saints. En effet, l'un d'eux fut ravi jusqu'au troisième ciel, comme saint Paul ; et ce fut frère Gilles. L'un d'eux, qui est frère Philippe le Long, eut les lèvres touchées par l'ange avec le charbon ardent, comme le prophète Isaïé. L'un d'eux, qui fut frère Sylvestre, parlait avec Dieu comme fait un ami avec son ami, de la même manière qu'autrefois Moïse. Il y en eut un qui, par la pénétration de son intelligence, s'élevait d'un seul vol jusqu'à la lumière de la science divine, comme l'aigle, figure de saint Jean l'évangéliste; et ce fut le très-humble frère Bernard, lequel expliquait la sainte Écriture avec une très-grande profondeur. II

y en eut un qui fut sanctifié de Dieu et canonisé dans le ciel, tandisqu'il vivaitencore dans le monde ; et ce fut frère Ruffin, gentilhomme d'Assise. Et ainsi ils furent tous marqués d'un signe privilégié de sainteté, comme la suite le fera no\t/

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Dq frère Bernard de Quintavalle, premier compagnon de saint François.

Le premier compagnon de saint François fut frère Bernard d'Assise, qui se convertit de la manière suivante. Saint François portait encore l'habit séculier, bien qu'il eût déjà rompu avec le monde, et qu'il allât cherchant les mépris des hommes, tout mortifié par la pénitence, tellement que beaucoup le tenaient pour insensé. Il était donc honni comme fou et repoussé avec dégoût par ses parente et par les étrangers, qui lui jetaient des pierres et de la fange. Lui cependant passait au milieu de ces injures et de ces mépris, patient comme s'il eût été sourd et muet.

Bernard d'Assise, qui était des plus nobles, des plus riches et des plus habiles de la cité, commença à considérei* sagement la conduite de saint François, son extrême mépris du monde, sa grande patience à souffrir les injures, et comment, depuis deux années qu'il était en mépris et en horreur à tous, il paraissait toujours plus ferme. 11 commença donc à penser et à dire en lui-même : « Il ne se « peut, en aucune manière, que ce frère n'ait pas

« une grande grâce de Dieu ; » là-dessus il Tinvita le soir à souper et à coucher, et saint François y consentit, soupa et coucha chez lui. Alors Bernard se promit dans son cœur de contempler la sainteté de son hôte : il fit donc préparer un lit dans sa propre chambre, où une lampe brûlait toute la nuit. Or, saint François, pour cacher sa sainteté, aussitôt qu'il fut entré dans la chambre, se jeta sur le lit, et fit semblant de dormir. Bernard de même, après un peu de temps, se coucha et commença à ronfler Tort, comme s'il dormait très profondément ; en sorte que saint François, croyant vraiment que Bernard dormait, se leva au moment du premier sommeil et se mit en oraison, levant les yeux et les mains au ciel, et avec une très grande dévotion et ferveur il disait : « Mon Dieu! mon Dieu! » et, disant ceci, il pleurait beaucoup, et il resta j usqu'au matin répétant toujours : « Mon Dieu ! mon Dieu ! » et rien de plus. Or, saint François parlait ainsi en contemplant et admirant Texcellence de la majesté divine, qui daignait prendre pitié du monde périssant, et qui voulait guérir et sauver l'âme du pauvre François, et, par son moyen, celles de beaucoup d'autres. C'est pourquoi, éclairé de TEsprit-Saint, qui est un esprit prophétique, prévoyant les grandes choses que Dieu devait faire par lui et par son Ordre, et considérant son insuffisance et son peu de vertu, il priait

270 LES PETFTES FLEDRS

et conjurait Dieu de vouloir bien, par sa bonté et sa toute-puissanc^ sans laquelle la fragilité humaine ne peut rien, suppléer, aider et accomplir ce qu'il ne pouvait par lui-même.

Bernard donc, voyant à la lumière de la lampe les pieux transports de saint François, et considérant avec dévotion les paroles qu'il entendait, fut touché de TEsprit-Saint et inspiré de changer de vie; et, le matin venu, il appela saint François et lui dit : « Frère François, je suis tout dispose ce dans mon cœur à quitter le monde, et à t'obéir « en tout ce que tu me commanderas. » A ces mots, saint François se réjouit en esprit, et dit : « Bernard, « ce dont vous parlez est une œuvre si grande et si « difQcile, qu'il en faut demander conseil à Notrc- « Seigneur Jésus-Christ, et le prier qu'il lui plaise (( de nous montrer sur ce point sa volonté, et de « nous enseigner comment nous pourrons la mettre c( à exécution. Allons donc ensemble à l'évéché, où « est un bon prêtre : nous feronsdire une messe, puis « nous resterons en oraison jusqu'à tierce, priant <r Dieu de nous manifester la voie qu'il lui plaît que « nous choisissions, et pour cela nous ouvrirons le « missel jusqu'à trois fois. » Bernard répondit que la chose lui plaisait beaucoup. Alors ils se mirent en chemin et allèrenl à Tévêché; et, lorsqu'ils eurent entendu la messe el c\vx'*\\^ t\xt^x^\. ^^-slés en

oraison jusqu^à tierce, le prêtre, à la pj*ière de saint François, prit le missel; et ayant /ait le sigîtb de la très-sainte Croix, il ouvrit le livre trois foig, au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ. A la première ouverture du livre, se trouva cette parole du Christ dans l'Ëvangile au jeune homme qui demandait la voie de la perfection : a Si tu veux être parfait, va et « vends ce que tu as, donne-le aux pauvres, et suis- « moi. j> A la seconde ouverture, on trouva cette parole que le Christ dit aux apôtres quand il les envoya prêcher : « Ne portez aucune chose en route, « ni bâton, ni besace, ni chaussures, ni argent; » voulant par là leur enseigner qu'ils devaient remettre à Dieu tout le soin de leur vie, et tourner toutes leurs pensées à la prédication du saint Évangile. A la troisième ouverture du missel, on trouva cette parole du Christ : « Si quelqu'un veut venir « après moi, qu'il s'abandonne lui-même , qu'il c( prenne sa croix et me suive. » Alors saint François dit à Bernard : « C'est le conseil que le Christ « nous donne. Va donc, et fais complètement ce c( que tu as entendu, et que Notre-Seigneur Jec< sus-Christ soit béni, lui qui a daigné nous monc( trer le chemin de sa vie angélique. » Là-dessus, Bernard se retira; il vendit tout ce qu'il avait : or il était fort riche. Puis, avec une grande alléçjc^^^fc., il distribua tout aux veuves, auii ot^\v^vcl^> «»»^

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prisonniers, ,^ux monastères, aitx hôpitaux et aux pèlerins ; et en tout cela saint François l'aida avec pruiknce et fidélité.

Or un homme qui s'appelait Sylvestre, voyant que saint François donnait tant d'argent aux pauvres et faisait tant donner, pressé par l'ayarice, vint lui dire : < Tu ne m'as pas payé entièrement les « pierres que tu m'as achetées pour réparer Té- « glise. Maintenant que tu as de l'argent, payece moi. » Aloi-s saint François, surpris de son avarice et ne voulant pas contester avec lui, comme un véritable observateur du saint Évangile, mit les mains dans le giron de Bernard, et, les ayant remplies d'argent, les vida dans le giron de Sylvestre, ajoutant que, s'il en voulait davantage, on lui en donnerait davantage. Sylvestre se tint satisfait, les quitta et retourna chez lui. Or, le soir, pensant à ce qu'il avait fait le jour, il se mit à se reprocher son avarice, et à considérer la ferveur de Bernard et la sainteté de François; et, la nuit suivante et les deux autres, il eut de Dieu cette vision : il lui semblait que de la bouche de saint François sortait unecroix d'or, dontle haut touchait le ciel, et les bras s'étendaient de l'orient jusqu'à l'occident. Ensuite de celle vision, il donna, pour l'amour de Dieu, ce qu'il avait, et se fit frère Mineur; et il fut d'une telle sainteté dans son Ordre el ç^i favorisé de grâces.

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qu'il parlait avec Dieu comme fait un ami avec son ami, ainsi que plusieurs fois saint François ej} fit répreuve, et comme on l'expliquera dans la suite. Bernard, pareillement, eut tant de grâces de Dieu, que souvent il fut ravi en contemplation; et saint François disait de lui qu'il méritait tous les respects, et qu'il avait fondé cet Ordre. Car il était le premier qui eût abandonné le monde sans se réserver rien, donnant toutes choses aux pauvres du Christ, et qui eût commencé à pratiquer la pauvreté de l'Évangile en s'offrant lui-même et se remettant nu entre les bras du Crucifié, lequel puissions-nous à jamais bénir!

Comment l'aage de Dieu proposa une question à frère Élie, dans un couvent du Val de Spolète; et, frère Élie lui ayant répondu avec orgueil, l'ange partit, et s'en iut sur le chemin de Saint-Jacques, où il trouva frère Bei*naixl, et il lui fit ce récit :

Au commencement de l'Ordre, quand il y avait peu de frères, et qu'il n'y avait pas de couvents établis, saint François, pour sa dévotion, alla à Saint-Jacques en Galice, et emmena avec lui quelques frères, entre lesquels était frère Bernard. Et comme i Is allaient ensemble par \e cVv^uvvû /\\ Vcwv^^

374 LBS PETITES FLEURS

dansun endroit un pauvre malade^ duquel ayant compasqîoD, il dit à frère Bernard : <c Mon fils, je yeux « que tii^jQestes ici à servir ce malade. » Et frère Bernard s'agenouilla humblement, et, baissant la tête, il reçut Tordre du père vénéré, et demeura en ce lieu pendant que saint François, avec les autres, allait à Saint-Jacques. Arrivé là, et se trouvant la nuit en oraison dans Téglise de Saint-Jacques, saint François eut révélation de Dieu qu'il devait fonder beaucoup de monastères par le monde, parce que son Ordre devait croître et s'étendre, et compter une grande multitude de frères; et sur cette révélation, il commença d'établir des couvents dans ces contrées. Et saint François, revenant par le chemin qu'il avait suivi d'abord, retrouva frère Bernard, et le malade avec qui il l'avait laissé parfaitement guéri. C'est pourquoi. Tannée suivante, saint François permit à frère Bernard d'aller à Saint-Jacques, et lui s'en retourna dans la vallée de Spolète; il y demeurait dans un couvent fort solitaire, avec frère Masséo, frère Élie et d'autres, lesquels se gardaient fort de troubler et d'interrompre saint François dans ses oraisons ; et ils en usaient ainsi par le grand respect qu'ils lui portaient, et parce qu'ils savaient que Dieu dans Toraison lui révélait de grandes choses.

Il advint un jour que saint François étant en

prière dans la forêt, un beau jeune homme, en habit de voyageur, se présenta à la porte du couiNypit, et frappa avec tant de précipitation et sj^ forf, et pendant si longtemps, que les frères s'étonnèrent beaucoup d'une aussi étrange manière de frappeç. Frère Masséo alla, ouvrit la porte, et dit à ce jeune homme : « D*où viens-tu, mon fils? car, à l'étrange c( façon dont tu frappes, il ne semble pas que tu « sois jamais venu ici. » Le jeune homme répondit : « Et comment donc faut-il frapper? » Et frère Masséo lui dit : « Frappe lentement trois fois l'une € après l'autre; puis attends assez pour que ie « frère ait le temps de dire un Pater noster et « d'arriver, et si dans cet intervalle il ne vient « pas, frappe de nouveau. » Le jeune homme répliqua : a J'ai grande hâte, et c'est pourquoi «' j'ai frappé si fort; car j'ai à faire un long voyage, « et je suis venu ici afin de parler à frère François ; € mais il est à cette heure en contemplation dans « la forêt, et je ne veux pas le troubler. Mais va, « et envoie-moi frère Élie ; car je lui veux faire une <x question ayant ouï dire qu'il est très-sage. > Frère Masséo va, et dit à frère Élie de se rendre auprès de ce jeune homme ; mais lui se fâche, et n'y veut point aller. Si bien que frère Masséo ne sait plus que faire ni que répondre à l'étranger; car, s'il dit que frère Élie ne peut venir, il ment ; et s'il d\\. ^<^ i\:>sc^

Élie est en colère et ne veut point venir, il craint de doittier mauvais exemple. Or, comme frère Masséo hésitait à retourner, le jeune homme frappa une seconde fois comme la première, et peu après frère Masséo retourna à la porte et dit au jeune homme: « Tu n'as pas observé ma leçon sur la manière de « frapper. » Le jeune homme répondit : « Frère « Élie ne veut pas venir à moi, mais va et dis à frère <c François que je suis venu pour converser avec « lui ; et comme je ne veux pas interrompre son ce oraison, dis-lui qu'il m'envoie frère Élie. » Et frère Masséo s'en alla à saint François, qui priait dans la forêt, le visage tourné vers le ciel, et lui dit le message du jeune homme et la réponse du frère Élie. Or ce jeune homme était l'ange de Dieu sous la figure humaine.

Alors saint François, sans changer de place, sans baisser les yeux, dit à frère Masséo : « Va et dis à « frère Élie qu'au nom de la sainte obéissance, il « aille incontinent trouver ce jeune homme. » Frère Élie ayant reçu Tordre de saint François, alla à la porte très-irrité, l'ouvrit avec grande violence et grand fracas, et dit au jeune homme: « Que « veux-tu? j> Le jeune homme répondit : « Garde « bien, frère, que tu ne sois en colère, comme tu le ce parais, parce que la colère gêne l'âme et ne lui ce Inisse pas voir la vérité. » Frère Élie répliqua :

« Dis ce que tu veux de moi. » Le jeune homme répondit : ce Je te demande s'il est permis aux ob- « servateure du saint Évangile de manger ce qui « est servi devant eux, selon les paroles du Christ à ses « disciples? et je te demande encore s'il est permis c( à aucun homme d'établir rien de contraire à la « liberté évangélique? » Frère Élie répondit orgueilleusemenl : < Je sais bien ce que tu demandes, « mais je ne veux pas le répondre. Va à tes affaires. » Le jeune homme dit : <c Je saurais niieux que toi « répondre à cette question. » Alors frère Élie, irrité, ferma la porte avec violence et s'en fut ; puis il se prit à considérer la question proposée et à douter en lui-même, et il ne la savait pas résoudre. Car il était vicaire de TOrdre, et, par une constitution qui allait au delà de l'Évangile et des règles de saint François, il avait prescrit que nul d'entre les frères ne mangeât de la chair; de sorte que la question était expressément tournée contre lui. Ne sachant donc s'en éclaircir lui-môme, et frappé de l'air modeste du jeune homme, et de ce qu'il lui avait dit qu'il saurait répondre mieux que lui, il retourna à la porte, et l'ouvrit pour xlemander la réponse. Mais le voyageur avait disparu : car l'orgueil de frère Élie n'était pas digne de converser avec un ange. Ceci fait, saint François^ à qui tout avait été révélé de Dieu, revint de la foret. Il reprit

LES Nlm nANC. \^

278 LESPBmS FLBUES

frère Élie à haute voix et ayec force, en disant * «r Voos faites mal, frère Élie Forgaeilleax, qui « chassez de chez nous les saints anges, lorsqu'ils « viennent pour nous instruire. Je vous déclare « que je crains fort que votre oi^eil ne vous fasse a finir hors tte cet Ordre. »

Le même jour et à la même heure où Tange avait disparu, il se montra sous la même forme à frère Bernard, qui revenait de SaintJacques et qui était sur la rive d'un grand fleuve. L'angto le salua dans sa langue, et lui dit : < Dieu te donne la paix, ô bon frère ! » Or, le bon frère Bernard s'étonna beaucoup, et, considérant la beauté du jeune homme, qui lui donnait le salut de jptix avec un joyeux visage et dans le langage de sa jpatrie, il lui demanda : < D'où viens-tu, bon jeune homme? > L'ange répondit : « Je viens de tel couvent, où de- « meure saint François, et j'allais pour parler avec € lui; mais je n'ai pu, parce qu'il était dans la fo- <r nU à contempler les choses divines, et je n'ai pas c< voulu l'interrompre. En ce couvent demeurent « frère Masséo, frère Gilles et frère Élie; et frère « Masséo m'a enseigné à frapper à la porte selon la u coutume des frères. Mais frère Élie n*a pas voulu « répondre à la question que je lui ai proposée; € puis il s'en est repenti ; il a voulu m'entendre et «^ me voir, et il était Itoi^ \accd. ^ k^rèsces paroles.

DE SAINT llUNÇOIS. 270

l'ange dit à frère Bernard : « Pourquoi ne passes-tu:% « pas le fleuve? a Frère Bernard répondit : « Parce « que je crains de périr dans les eaux, à cause de « la profondeur que je leur vois. » L'ange dit : € Passons ensemble, et ne crains rien. » Et il lui prend la main, et en un clin d'oeil il le pose de l'autre côté du fleuve. Alors frère Bernard connut que c'était l'ange de Dieu, et avec un grand respect et une grande joie il s'écria : « Ange béni de Dieu, « dis-moî quel est ton nom ? » L'ange répondit : c< Pourquoi me demandes-tu mon nom, qui est « mystérieux? » Et, ayant dil ces mots, l'ange disparut, et laissa frère Bernard fort consolé; si bien qu'il flt toii|le chemin avec allégresse, et il remarqua le joui^ et l'heure où l'ange lui était apparu. Arrivé au couvant où était saint François avec ses compagnons, dont on a parlé plus haut, il leur raconta toutes choses de point en point, et ils connurent avec certitude que c'était le même ange qui, en ce jour et à cette heure, avait apparu d'abord à eux, ensuite à lui.

ttO LES FiriTES FLEURS

Gomment le «Mp'Mre Benmd d'itsise fat eritoyé à Bologne par fâînt FnnQrii, et y fonda un couvent.

Saint François et ses compagnons étant appelés de Dieu pour porter la croix du Christ dans leurs cœurs et leurs actions, et pour la prêcher dans leurs discours, ils paraissaient et ils étaient yraiment des hommes crucifiés, par leur habit et leur vie iftostère, comme aussi par leurs actes et toutes leurs œuvres. Ils désiraient donc beaucoup plus la honte et les opprobres supportés pour Famour du Christ, que les honneurs du monde, le respect -et les louanges des hommes. Bien plus, ils se réjouissaient des injures et s*attristaient des honneurs, et ils allaient ainsi par le monde comme des pèlerins et des étrangers, n'emportant avec eux autre chose que le Christ crucifié. Et parce qu'ils étaient de la véritable vigne qui est le Christ, ils produisaient de grands et bons fruits danslesâmes,qu'ilsgagnaientàDieu. Il advint que dans le commencement de l'Ordre saint François envoya frère Bernard à Bologne, afin d'y faire, selon la grâce que Dieu lui avait donnée, de bons fruits pour le ciel.Or,ÎTfeYe^T\vaxôi^%^\!ci\Mi^^^

du signe de la très-sainte croix, au nom delà sainte^ obéissance, partit, et arriva à Bologne. Et les enfants, le voyant vêtu d'une manière étrange et misérable, lui faisaient beaucoup d'affronis et beaucoup d'injures, comme on ferait à un fou. (M frère Bernard, avec patience et allégresse, supportait toutes ces choses pour l'amour du Christ. Bien plus, afin d'être mieux tourmenté, il se mit tout exprès sur la place de la ville, où, s'étant assis, il vit s'attrouper autour de lui beaucoup d'enfants et d'hommes : ils lui tiraient le capuchon, qui derrière, qui devant; l'un lui jetait de la poussière, l'autre des pierres, et on le poussait qui deçà, qui delà; et frère Bernard, toujours avec la même patience, d'un même air et d'un visage joyeux, demeurait calme et sans se plaindre.

Or, pendant plusieurs jours il revint au même lieu, afin d'avoir à soutenir de pareils traitements. Et comme la patience est une œuvre de perfection et une épreuve de vertu, un savant docteur es lois, voyant tant de constance et de vertu dans le frère Bernard, que depuis tant de jours aucun outrage ni aucune injure n'avait pu troubler, se dit en luimême : « II est impossible que celui-ci ne soit pas « un saint homme. i> Et, s'approchant de lui, il lui demanda : « Qui es-tu? et qu'cs-tu\ev\wÇ^\tc.\csv^ ^ Frère Bernard, pour toute réponse > Ta\\. \^ xfts^v^v

^buis son sein, et en tira la règle de saint François, et la lui donna pour qu'il la lût. Et le docteur l'ayant lue, considérant le sublime état de perfection qu'elle prescrit, frappé d'étonnement et d'admiration, se tourna vers ses amis et leur dit : « Vraiment, voici le plus sublime état de religion « que j'aie jamais connu ; celui-ci et ses compa- <c gnons sont les plus saintes gens dont j'aie en- .« tendu parler en ce monde, et c'est un très-grand « péché que de l'injurier, lui qu'il faudrait honoa rer souverainement comme un véritable ami de « Dieu. >

Il dit donc à frère Bernard : « Si vous voulez « établir un couvent où vous puissiez convenablece ment servir Dieu, moi, je vous le donnerai vo- € lontiers, pour le sakit de mon âme. » Et frère Bernard répondit : « Seigneur, je crois que ceci « vous est inspiré par Notre-Seigneur Jésus-Christ, « et pour son honneur j'accepte volontiers votre « offre. » Alors ce juge, avec une grande joie et une grande charité, mena frère Bernard chez lui, puis lui donna la maison qu'il avait promise, la disposa et la meubla à ses dépens; et dorénavant il devint le père et le défenseur spécial de frère Bernard et de ses compagnons. Frère Bernard, par la sainteté de sa vie, commença à être fort honoré da peuple, au poiul c\we \i\eiv Vie-vrc^wi^ 's.^ <î>TO^ait

quiconque pouvait le toucher ou le voir. Mais lui^ comme un véritable disciple du Christ et de l'humble François, craignant que l'honneur du monde ne nuisit à la paix et au salut de son âme, il partit un jour, et retourna près de saint François, et lui parla ainsi : « Père, le couvent de la ville de Bolo- « gne est fondé; envoyez-y des frères qui le conser- « vent et y demeurent; car déjà je n'y faisais plus « de profit; et même par le trop grand honneur « qu'on m'y rend, je crains d'y perdre plus que je « n'y gagnerais. » Or, saint François, entendant toute la suite des choses que Dieu avait opérées'par frère Bernard, rendit grâce à Dieu, qui avait ainsi commencé à étendre les pauvres disciples de la Croix. Alors il envoya de ses compagnons à Bologne et en Lombardie, et ceux-ci fondèrent beaucoup de couvents en divers pays.

Comment saint François fit le carême dans une île du lac de Pérouse, où il jeûna quarante jours et quarante nuits, et ne mangea que la moitié d'un pain.

Le véritable serviteur du Christ, saint François, fut en certaines choses comme un ^wVx^ Ç^yv^v. donné au monde, pour le saWt àe^\vo«v«veîs.*'^

M UBS P8TITBS IUUR8

f'est pourquoi Dieu le Père voulut qu'il fût, en beaucoup de points, conforme et semblable à son fils Jésus-Christf ainsi qu*on Ta tu par le vénérable collège des douze compagnons de saint François, par l'admirable mystère de ses sàerés stigmates, et par le jeûne continuel du saint carême qu'il fit de la manière qu'on ta dire.

Saint François se trouvant» le jour du carnaval, auprès du lac de Pérouse, dans la maison d'un de ses dévots, avec lequel il , avait passé la nuit, fui inspiré de Dieu d'aller pour ce carême dans une île du hc. Saint Frangois pria donc son ami de vouloir bien, pour l'amour du Christ, le porter sur sa nacelle dans une île qui ne fût habitée de personne, et de le faire la nuit du jour des Gendres, afin que nul ne s'en aperçût. Celui-ci, par la grande dévotion qu'il avait pour saint François, se rendit avec empressement à sa prière, et le conduisit dans cette île; et saint François n'emporta rien avec lui, sinon deux petits pains.

Étant arrivé dans l'île, et son ami le quittant pour retourner chez lui, saint François le pria avec tendresse de ne révéler à personne qu'il fût là, et de ne revenir vers lui que le jeudi saint; et là-dessus l'autre se retira. Saint François reste jseul, et n'ayant aucune habitation qui pût l'abriter, entra dans un buisson très-épais, où les ronces et

les petits arbres entrelacés avaient formé commç^ lin gîte pour les bêtes sauvages ou comme une petite hutte; et dans ce lieu il se mit en oraison, et à contempler les choses célestes. Il resta ainsi tout le carême, sans boire ni manger autre chose que la moitié d'un des petits pains^ ainsi que s'en assura son ami, quand il le revint chercher le jeudi saint ; car des deux pains il trouva Tun entier, et la moitié de l'autre. On croit que saint François en mangea la moitié par respect pour le jeûne du Christ béni, lequel jeûna quarante jours et quarante nuits sans prendre aucune nourriture matérielle; et ainsi avec cette moitié de pain il rejeta loin de lui le venin de la vaine gloire, en même temps qu'à l'exemple du Christ, il jeûnait quarante jours et quarante nuits.

Par la suite, dans ce lieu où saint François avait fait une si merveilleuse abstinence. Dieu opéra beaucoup de miracles par ses mérites; et à cause de ces miracles, les hommes commencèrent à y bâtir des maisons qu'ils habitèrent; en peu de temps il s'y forma un bon et grand village; il y a un couvent de frères, qu'on appelle le monastère de l'île. Et encore maintenant les hommes et les femmes du village ont un grand respect et une grande dévotion pour ce lieu où saint François fit le carême qu'on a dit.

no LES PETITES FLEURS

Gomment saint François cheminant avec frère Léon, il lai exposa quelles choses fonl la parfaite joie.

SaintJPrançois allait une fois de Pérouse à Sainte- Marie des Anges avec frère Léon, en temps d'hiver; et comme le très grand froid le tourmentait fort, il appela frère Léon qui marchait devant, et parla ainsi : <c Frère Léoffi, quand même il plairait « à Dieu que les frères Mineurs donnassent, en « tout pays, un grand exemple de sainteté et de « bonne édification, toutefois écris et retiens bien « que là n'est pas la joie parfaite. » Et allant plus loin, saint François Tappula une seconde fois : « 0 frère Léon, encore que le frère Mineur fît « marcher les boiteux, redressât les contrefaits, a chassât les démons, rendît la lumière aux aveu- « gles, Touïe aux sourds, la parole aux muets, et, Cl ce qui est une plus grande chose encore, « ressuscitât les morts de quatre jours, écris que <ï là n'est point la joie parfaite. » Marchant encore un peu, il s'écria d'une voix forte : « 0 frère « ]jéon,si le frère Mineur savait toutes les langues, <r et toutes les sciences, ello\x\fô^\^'&^^T\\:v«^^^^'\V

« pouvait prophétiser et révéler non-seulement les c: choses futures, mais encore les secrets des « consciences et des âmes, écris que là n'est pas c( la joie parfaite. » Et allant un peu plus loin, saint François s'écria encore avec force : « 0 frère . c( Léon, petite brebis de Dieu, quand le frère Mic( neur parlerait la langue de Tange, quand il « saurait le cours des étoiles et la vertu des plante tes, et que tous les trésors de la terre lui seraient « révélés, et qu'il connaîtrait les propriétés des € oiseaux, des poissons, et de tous les animaux, a et des hommes , et des arbres, et des pierres, et € des racines, et des eaux, écris (|ue là n'est pas « la joie parfaite. > Et marchant encore un peu, il s'écria à haute voix : « 0 frère Léon, lors même « que le frère Mineur saurait si bien prêcher qu'il « convertirait tous les.mfidèles à la foi du Christ, c( écris que là n'est point la joie parfaite. »

Or, comme ces discours avaient bien duré l'espace de deux milles, frère Léon, avec un grand étonnement, interrogea le saint, et lui dit : « Père, « je te prie, de la part de Dieu, de m'apprendreoù c( est la joie parfaite. » Et saint François lui répondit : « Quand nous serons à Sainte-Marie des a Anges, ainsi trempés de pluie, transis de froid, « souillés de boue, mourant de faim, et que nous c< frapperons à la porte du cou:veul) eV. fçy^\<^ ^^*

Î88 LES PEmeS FLEURS

« lier viendra en colère nous demander : c Qui « êtes-YOus? » et quand nous lui dirons : « Nous « .sommes deux de vos firères, » et qa'il ri^[K>ndra : « Yous'ne dites pas vrai, vous êtes deux ribauds « qui allez trompant le monde et dérobant les au- « mdnes des pauvres ; alleaB-vous-en ; » et lorsqu'il ff ne nous ouvrira point, et nous (ersL reslw deff hors, à la neige et à la pluie, avec le froid et la c faim, jusqu'à la nuit; alors si nous supportons < tant d'injustice, de dureté et de rebuts, patiema ment, sans trouble et sans murmuro, pensant <( avec humilité et charité que ce portier nous con- « naît véritablement, et que Dieu le fait ainsi par- « 1er contre nous, ô frère Léon, écris que là est la « joie parfaite. Et si nous persistons à frapper, et « que lui, sortant tout en colère, nous chasse comme « des coquins imposteurs, avec des injures et des (( soufflets, disant : « Hors d'ici, misérables voleurs ! a allez à l'hôpital, car vous ne mangerez ni ne loc gérez ici ; » et si nous supportons cela avec pa- « tience, avec allégresse et avec amour, ô frère « Léon, écris que là est la joie parfaite. Et si, « forcés par la faim, par le froid et par la nuit, « nous frappons encore, appelant et demandant, « pour l'amour de Dieu, avec beaucoup de larnaes, « que le portier nous ouvre et qu'il nous mette 4r seulement à l'abri; et si lui, encore plus irrUé,

« s'écrie : « Voici d'impertinents coquins, je les d payerai bien comme ils le méritent, » et qu'il « sorte avec un bâton noueux, et que, nous pre- « nant par le capuchon, il nous jette à terre, (( nous roulant dans la neige, nous battant et nous ce meurtrissant de tous les nœuds de son bâton ; si « nous soutenons toutes ces choses avec patience et « allégresse, pensant aux peines du Christ béni, a lesquelles nous devons partager pour son amour, a ô frère Léon, écris que là est enfin la parfaite c< joie. Et maintenant, frère, écoute la conclusion : i< Au-dessus de toutes les grâces et de tous les dons c< de l'Esprit-Saint que le Christ accorde à ses amis, « est celui de se vaincre soi-même, et, pour Tamour « du Christ, de soutenir volontiers les peines, les « injures, les opprobres et les mésaises. Car de « tous les autres dons de Dieu nous ne pounus « nousglorifier, puisqu'ilsneviennentpasdenous, « mais de Dieu, selon cette parole de T Apôtre : a Qu*as-tu que tu n'aies de Dieu? et si tu l'as eu « de lui,* pourquoi t'en glorifier, comme ^i tu « l'avais de toi ! » Mais dans la croix de la tribulaa tion et de l'affliction nous pouvons nous glorifier, « parce que l'Apôtre dit encore : « Je ne veux pas c< de gloire, sinon dans la croix de Notre-Seigneur « Jésus-Christ. »

vu

Gomment saint François enseignait à frère Léon la manière de répondre, et comment celui-ci ne put jamais dire que le contraire de ee (jœ voulait saint François.

Saint François était une fois, au commencement de son Ordre, avec frère^^Léon, dans un couvent où ils n'avaient pas de livres pour dire rofBce divin. Quand vint l'heure de matines, saint François dit à frère Léon : oc Mon bien-aimé, nous « n'avons pas.de bréviaire avec lequel nous puis- « sions dire matines; mais, afin d'employer le « temps à louer Dieu, je parlerai et tu me répon- « dras comme je t'enseignerai; et garde-toi de « dire les paroles autrement que je ne te les aurai « apprises. Or voici ce que je dirai : « 0 frère « François, tu as fait tant de mal et tant de péchés « dans le siècle, que tu es digne de l'enfer; et toi, « frère Léon, tu répondras : « C'est une chose vraie, « que tu mérites le plus profond de l'enfer. » Et frère Léon, avec une simplicité de colombe, répondit : « Volontiers, Père; commence donc, au c nom de Dieu. »

Alors saint François se prit à dire : « 0 frère € François , tu fis tant de mal et tant de péchés

DE SAINT FRANÇOiSr 891

« dans le siècle, que tu es digne de Tenfer. » Ei^ frère Léon de répondre : a Dieu fera pour toi tant « de bien, que tu t'en iras en paradis. » Saint François dit : a Ne parle pas ainsi, frère Léon, Mais, ce quand je dirai : « Frère François, tu as commis « contre Dieu tant d'iniquités, que tu es digne « d'être maudit de Dieu, » tu répondras de la <r sorte : « Oui, vraiment, tu es digne d'être mis « au nombre des maudits. » Et frère Léon répondit : « Volontiers, mon Père. » Alors saint François, avec beaucoup de larmes et de soupirs, et se frappant la poitrine, dit à haute vojx : « 0 mon « Seigneur ! maître du ciel et de la terre, j'ai com- « mis contre vous tant d'iniquités et tant de pé- « chés, que je suis tout à fait digne d'être maudit « de vous. » Et frère Léon de répondre : « 0 frère ce François, Dieu te rendra tel, qu'entre les bénis c< tu seras singulièrement béni. » Et saint François, s'étonnant que frère Léon répondît le contraire de ce qu'il lui avait imposé, le reprit en disant : « Pourquoi ne réponds-tu pas comme je « t'enseigne? Je te commande, par la sainte obéis- « sance, de répondre comme je t'enseignerai. Je € dirai ainsi : a 0 méchant frère François ! pen^- < ses-tu que Dieu ait merci de toi, lorsque tu as « tant péché contre le Père de la miséricorde et le « Dieu de toute consolation, que tu n'es pas digne

m ÙêM FSmES PLEURS

« de trouTer miséricorde. » Et toi, frère Léon, ma <c petite brebis, tu répondras : c En aucune manière <c tu n'es digne de trouver miséricorde. > Hais ensuite, quand saint François se mit à dire : c 0 jqiau* c Tais frère François*. • » et le reste, frère Léon répondit: < Dieu le Père, dont la miséricorde estinfic nie, plus que tes péchés, te fera grande miséric corde, et de plus, il t'accordera beaucoup de grâc ces. ^EtàcetteréponsesaintFrançois, doucement irrité et troublé sans impatience, dit à frère Léon : ji Et pourquoi as-tu la présomption de parler contre c Tobéissance? Pourquoi, déjà tant de fois, as-tu c répondulecontrairedecequejet'avaisprescrit?» / Frère Léon répondit, avec beaucoup d'humilité et de respect : < Dieu sait, mon Pèi*e, que chaque fois or j'avais résolu dans mon cœur de répondre comme <c tu m'as commandé; mais Dieu me fait parler ce comme il lui plaît, et non selon qu'il me plaît. » De quoi saint François s'étonna, et dit à frère Léon : < Je te prie très-tendrement cette fois de me c répondre comme je t'ai dit. > Frère Léon répon* dit : « Parle au nom de Dieu; car, pour certain, <c je te répondrai, cette fois, comme tu veux. > Et saint François, pleurant, dit : <c 0 méchant frère « François, penses-tu que Dieu ait merci de toi? » Et frère Léon de répondre : « Bien plus, tu rece- « vras de grandes gcicea d& ûieu, et il t'exaltera

DE SAINT FRÂNÇOIBi 293

«et te glorifiera dans l'éternité, parce que celui « qui s'humilie sera exalté; et je ne puis dire au- « trement, car Dieu parle par ma bouche. » Ainsi, dans cette humble contestation, avec beaucoup de larmes et beaucoup de consolations spirituelles, ils veillèrent jusqu'au jour.

Comment frère Masséo dit par plaisanterie* à saint François que tout le monde courait après lui ; et saint François lui répondit que c'était pour la confusion du monde et par la grâce de Dieu : « Parce que» dit-il, je « suis le plus vil de la terre. »

Saint François demeurait une fois au couvent de la Portioncule avec frère Masséo de Marignano, homme d'une grande sainteté, d'une grande^ sagesse, et doué d'une grâce singulière pour parler de Dieu : c'est pourquoi saint François l'aimait beaucoup. Un jour saint François revenant de la forêt, où il avait fait oraison, et ledit frère Masséo se trouvant à la sortie de la forêt, celui-ci voulut éprouver l'humilité du saint, alla à sa rencontre, et comme en plaisantant lui dit : a Pourquoi? pource quoi, pourquoi toi plutôt qu'un autre? » Saint François répondit : « Que veux-tu dire? j> Frère Masséo répondit ; « Je veux dire, çovutççiQv \«viN*V,

m LES PITITB&ffAIRS

c< monde court-il après toi, et semble-t-il que chaque <c personne désire te voir, t'entondre et t'obéir? Tu ce n'es pas beau de corps, tu n es pas d'une grande a science, tu n'es pas noble; donc d'où te vient (c que tout le monde court après toi? Saint François, entendant ces paroles, tout réjoui dans son cœur, leva les yeux au ciel. Il resta longtemps Tâme ravie en Dieu ; puis, revenant en lui-même, il s'agenouilla et rendit à Dieu louange et grâce; ensuite, avec une grande ferveur d'esprit, il se tourna vers frère Masséo, et dit : « Veux-tu savoir ce d'où me vient que tout le monde court après moi? « Je le dois aux r^ards du Dieu très-haut, qui « contemple en tout lieuses bons et les méchants; « et parce que ses yeux très saints n'ont vu entre ce les pécheurs aucun qui fût plus vil, ni plus in- « suffisant, ni plus grand pécheur que moi; et <c comme, pour faire l'œuvre merveilleuse qu'il mé- « ditait, il n'a pas trouvé de créature plus méprisable <( sur la terre, c'est pour cette raison qu'il m'a choisi ce pour confondre et la noblesse, et la grandeur, et ce la force, et la beauté, et la science du monde. D ce veut ainsi que l'on connaisse que toutes vertus ^j^ tous biens sont de lui et non de la créature, et ce que nulle personne ne puisse se glorifier en sa ce présence, mais si quelqu'un se glorifie, qu'il se « glorifie dans le seigneur, à qui aççartient tout

DE SMNT FRANÇOIS. 295

« honneur et toute gloire dans Tétemité. i» Alors frère Masséo, à une si humble réponse dite avec tant de ferveur, demeura consterné, et connut avec certitude que Saint François était vraiment fondé en humilité chrétienne.

Commeat saint François et frère Masséo, prenant le pain qu'ils avaient quêté, le posèrent sur une pien*e auprès d'une fontaine, et saint FrÉl* çois loua fort la pauvreté. Gomment aussi il pria Dieu, saint Pierre et saint Paul, de lui donner un grand amour de la très-sainte Pauvreté : alors saint Pierre et saint Paul lui apparurent.

L'admirable serviteur et disciple du Christ, saint François, voulut se conformer parfaitement et en toute chose au Christ, qui, selon TÉvangile, envoya ses disciples, deux à deux, dans toutes les villes et les bourgades où il devait aller. Ainsi, lorsqu'à l'imitation duSauveur, il eut réuni douze compagnons, il les envoya prêcher par le monde, deux à deux. Puis, pour leur donner l'exemple de la véritable obéissance, il commença par aller lui-même, comme leSauveur.quicommençaparagiravantd'^nseigaiifc Donc, ayant assigné à ses frères les autres parties du monde, et choisissant frère Masséo pour compagnon, il prit le chemin de la çroN\ivïifeÔLfe^t^»iRfc*

SM LES PETITES HfURS

Un jour qu'ils arrivaient dans une bourgade, très-affamés, ils allèrent, selon la règle, mendier du pain pour l'amour de Dieu; et saint François alla par une rue, et frère Massée par une autre. Mais comme saint François était un honmie de trop chétive apparence et petit de corps, et que par ce motif ceux qui ne le connaissaient pas le prenaient pour un misérable, on ne lui donnait rien, sinon quelques bouchées et quelques restes de pain sec; mais parce que frère Masséo était grand et beau de corps, on lui donna de bons morceaux en très-grande quantité, et des pains entiers. Lorsqu'ils eurent mendié, ils se rejoignirent hors de la ville pour manger dans un lieu où était une belle et large pierre, sur laquelle chacun posa toutes les aumônes qu'il avait quétées. Saint François, voyant que les morceaux de pain de frère Masséo étaient plus nombreux et plus gros que les siens, fit une trè&-grande exclamation de joie, et dit ainsi : < 0 frère Masséo, <c nous ne sommes pas dignes d'un si grand trésor ! > Et comme il répétait ces paroles plusieurs fois, frère Masséo lui répondit : « Père, comment peuxc< tu pai^er de trésor là où il y a tant de pauvreté, << et où manquent toutes les choses nécessaires? Je « ne vois ici ni nappe, ni couteau, ni écuelle, ni c( maison, ni table, ni serviteur, ni servante. i> Et saint François lui i\\ : « G'e^t là même ce que je

« compte pour un grand trésor» puisque rien ici ce n'est préparé par l'industrie humaine, mais tout « nous est donné par la providence divine, ainai « qu'on peut le voir par ce pain de Taumône, par « cette table formée d'une pierre si belle, et par c< cette fontaine si claire. C'est pourquoi je veux « que nous demandions à Dieu de nous faire aimer ce le noble trésor de la très^sainte Pauvreté, qui a ce Dieu même à son service. » Ces paroles dites, ayant prié, et fait leur repas de ces morceaux de pain et de l'eau de la fontaine, ils se levèrent pour cheminer vers la France.

Or, comme ils arrivaient à une église, saint François dit à son compagnon : « Entrons, dans cette ce église et prions ; d et saint François allant devant l'autel se mit en prière, et dans cette oraison il reçut de la visite de Dieu une ardeur croissante qui enflamma si fortement son âme de l'amour de la sainte Pauvreté, qu'à l'éclat de sa figure et au frémissement de ses lèvres il semblait qu'il jetât des flammes d'amour. Il vint donc tout embrasé à son compagnon, et lui dit : < Ah I ah! ah I frère Masséo, il faut t'abandonner à moi. » Il parla ainsi trois fois; à la troisième fois, il souffla sur frère Masséo, et celui-ci se sentit ravi et alla tomber devant l.e saint à la distance d'une longue lance. Sur quoi frère Masséo fut ïrappé d'une graivâi^ ^\xi^\>x><^

208 LES PETins FUSURS

dans la suite il redit à ses compagnons qae, dans ce ravissement, il avait goûté tant de douceur et une telle consolation du Saint-Esprit, que de sa vie il n'en avait tant éprouvé. Et cela fait, saint François dit : ce Mon compagnon, allons à saint Pierre et c( à sain l Paul, et prions^les qu'ils nous enseignent et « nous aident à posséder le trésor infini de la trèsce sainte Pauvreté; car c'est un trésor si précieux et si ce dlvin^quenousnesommespasdignesde le posséder « en notre misérable vaisseau de chair. G'ei^ cette

ce vertu céleste par laquelle toutes choses terrestres ce et passagères sont foulées aux pieds, et par lace quelle l'âme est dégagée de toutes les entraves, ce afin qu'elle puisse librement s'unir au Dieuéterce nel. C'est par cette vertu que l'âme encore habiiç tante de la terre converse dans le ciel avec les ance ges. C'est elle qui accompagna le Christ sur la ce croix; avec le Christ elle fut ensevelie; avec le ce Christ elle ressuscita ; avec le Christ elle monta ce au ciel. C'est elle qui, dès cette vie, accorde aux ce âmes éprises d'elle le pouvoir de voler aux cieux; ce et de plus elle garde les armes de la véritable ce humilité et de la véritable charité. Ainsi prions ce les très-saints apôtres du Christ, qui aimèrent ce parfaitement cette perle évangélique, de nous ce obtenir, de Notre-Seigneur Jésus-Christ, que, ce par sa très-sainte miséricorde, il nous accorde

BE SAINT FRAKÇOÎS. 299

« d'être de vrais amis, observateurs et humbles dis^ « ciples de la très-précieuse, très-aimable et très- « évangélique Pauvreté, »

Tout en parlant ainsi, ils arrivèrent à Rome; ils entrèrent dans l'église de Saint-Pierre; et saint François s'étânt mis en oraison dans un coîil, et frère Masséo dans un autre, ils restèrent longtemps en prière avec beaucoup de larmes et de dévotion. Les très-saints apôtres Pierre el Paul apparurent à saint François entourés d'une grande splendeur, et lui dirent : « Parce que tu demandes et désires d'objet server ce que le Christ et les saints apôtres ôbser- « vèrcnt, le Seigneur Jésus-Christ nous envoie pour « t'annoncer que ta prière est exaucée; et Dieu te « donne entièrement, à toi et à tes disciples, le tré- « sor de la très-sainte Pauvreté; et, de plus, nouj!. « te l'annonçons de sa part. Quiconque, à tonexdm- « pie, s'attachera parfaitement à ce désir, est assuré « de la béatitude éternelle; et toi et tes disciples « vous serez bénis de Dieu. » Et après ces paroles ils disparurent, laissant saint François rempli de consolation. Il se releva de sa prière et revint à frère Masséo, et lui demanda si Dieu ne lui avait rien révélé, et celui-ci répondit que non. Alors saint François lui dit comment les saints apôtres lui avaient apparu, et ce qu'ils lui avaient révélé; sur quoi tous deux, pleins de joie, réso\\xrea\. di^ t^Vw^lTûr^

Mi UB mnn ffUDBs

dans la vallée de Spol^ renoiiçaiit au Tojage de France.

Coomieiift sont Fmdçqû étant à ptriv de IKen tiw IKea appmit an nîlieQ dPenz.

SaintFrançois, au commencement de sa religion, ayant réoni ses compagnons pour parler du Christ, dans un moment.de ferveur d'esprit il commanda à Tun d'eux, au nom de Dieu, d'ouvrir la bouche, et de parler ainsi que le Saint-Eq>rit le lui inspirerait. Le frère, accomplissant ce commandement, parla merveill^isement de Dieu. Saint François lui imposa silence, et commanda de même à un autre frère. Celui-ci, obéissant aussitôt, parla de Dieu avec pénétration, et saint François pareillement lui imposa silence, et ordonna à un troisième de parler à son tour. Et celui-ci, ainsi que les autres, se mit à discourir si profondément des choses secrètes de Dieu, que saint François connut certainement que lui, ainsi que les deux autres, parlaient par l'Ësprit- Saint ; et ceci lui fut encore prouvé par un signe. Car, pendant qu'ils s'entretenaient ainsi, le Christ béni apparut au milieu d'eux sous la figure d'un très-beau jeune homme, qui les bénit tous. Ils furent tous ravis hors d'eux-mêmes et tombèrent

comme morts, ne tenant plus à rien de ce monde. Saint François, revenant à lui, leur dit : « Mes « très-chers frères, révélez les trésors de la divine c( science ; car Dieu est celui qui ouvre la bouche « du muet, et qui fait parler savamment la langue ce des simples. »

Comment sainte Claire mangea avec saint François et ses frères

à Sainté-liarie des Anges.

Saint François, quand il habitait à Assise, visitait souvent sainte Glaire, lui donnant de saints enseignements. Celle-ci avait un extrême désir de manger une fois avec lui, et elle Teupria bien sou* vent; mais il ne voulait jamais lui donner cettç consolation. C'est pourquoi ses compagnons, yoyanl le désir de sainte Claire, dirent à saint François : « Père, il nous parait que cette rigidité n'est pas (( selon la charité divine, de ne pas vouloir exaucer c( sœur Claire, vierge sainte et si chère à Dieu, dan^ « une aussi petite chose que de manger avec toi, c< surtout si tu considères qu'à ta prédication elle a ce abandonné les richesses et les pompes du monde. c< En vérité, si elle te demandait une plus grande « grâce que celle-ci, tu -devrais l'accorder à ta fille

c< spirituelle. » Alors saint François répondit : « Vous paraît-il donc que je la doive exaucer? » Ses compagnons répondirent : « Oui, Père, c'est <c une chose juste que tu lui accordes cette grâce et « cette consolation. » Alors saint François dit : <( Puisqu'il vous parait ainsi , il me paraît de même. « Mais, afin qu'elle soit encore plus consolée, je « veux que ce repas se fasse à Sainte-Marie des « Anges, parce qu'il y a longtemps qu'elle est re- <( cluse à Saint-Damien. Elle aura une grande joie « de voir Sainte-Marie des Anges, où elle a été <c voilée et faite épouse de Jésus-Christ ; et nous j <c mangerons ensemble au nom de Dieu. »

Le jour désigné étant arrivé, sainte Claire sortit du monastère avec une compagne, suivie des compagnons de saint François, et vint à Sainte-Marie des Anges. Elle salua dévotement la vierge Marie devant son autel, où on lui avait coupé les cheveux et donné le voile. Ensuite ils la menèrent visiter le couvent, jusqu'à ce qu'il fût l'heure du repas ; et pendant ce temps saint François fît servir sur la terre nue, comme il avait accoutumé. Et l'heure du repas arrivée, ils s'assirent ensemble, saint François et sainte Claire, et un des compagnons de saint François avec la compagne de sainte Claire : puis tous les autres compagnons de saint François s'approchèrent humblement. Or, pour le premier ser-

m SAINT FftANÇOIS. 565

vice, saint François commença à parler de Dieu d'une manière si suave» si sublime^ si merveilleuse, que la grâce divine descendit sur eux en abondance, et tous furent ravis en Dieu. Et pendant qu'ils étaient ainsi ravis, les yeux et les mains levés au ciel, les gens d'Assise et de Bettona, et ceux des environs, virent Sainte-Marie des Anges tctut embrasée, ainsi que le couvent et le bois qui alors était près du couvent ; et il leilr sembla que c'était un grand feu qui enveloppait l'église, le couvent et le bois tout ensemble, tellement que ceux d'Assise coururent de ce côté en grande hâte pour éteindre le feu, croyant que tout brûlait. Mais, arrivés au couvent, ils trouvèrent que rien ne brûlait. Ils entrèrent, et virent saint François avec sainte Glaire, et toute leur compagnie, ravis en Dieu, dans la contemplation, et assis autour de cette humble table. A cette vue, ils comprirent, sans hésiter, que c'était un feu divin et non matériel que Dieu avait fait apparaître miraculeusement, pour montrer et signifier le feu du divin amour qui embrasait les âmes de ces saints frères et de ces saintes religieuses ; et ils partirent avec une grande consolation dans le cœur et une sainte édification. Puis, après un long espace de temps, saint François, sainte Glaire et leurs compagnons revenant à eux, et se sentant fortifiés de la nourriture spirituelle.

3M usBFvmsnsiM

ne songèrent pins guère àla nourriture oorporoUe. Ainsi se termina ce rqfias baudet sainte Claire remt bien accompagnée à Saintr])ami«aL, où les sœurs la revirent avec une grande joie, jparce qu'elles craignaient que saint François ne l'eftt CTtvojée gouverner quelque autre monastère, conoune il avait déjà envoyé soour ^piès, sceur de la -sainte» pour être abbesse au monastère de Ifoiiticelli à Florence. En eiïct, saint François avait dit quelquefois à sainte Glaire : « Tiensrtoi prêle pour le a cas où j'aurais à t'envoyer en quelque courent; » et elle, comme une véritable fiU^de la sainte Obébsance, lui avait r^ndu : <^ Mon père, je sais tou- (c jours prête à me rendre partout où vous m'en- <c verrez. » Voilà pourquoi les sœurs se réjouirent si fort, quand elle leur fut rendue; et, depuis lors, sainte Glaire demeura très-consolée.

Gomment saint François, ayant regu de sainte Claire et du saint frère Sylvestre l'avis de prêcher pour convertir beaucoup de monde, institua le tiers ordre, prêcha aux oiseaux, et fit tenir en paix les hirondelles.

L'humble serviteur du Ghrist, saint François, peu de temps après sa conversion, ayant déjà rassemblé et reçu dans l'Ordre beaucoup de compa-

gnons, entra dans une grande préoccupation et une grande perplexité au sujet de ce qu'il devait faire, ou de s'appliquer seulement à la prière, ou de se livrer quelquefois à la prédication ; et là-dessus il désirait beaucoup savoir la volonté de Dieu. Et parce que la sainte humilité qui était en lui ne lui permettait pas de présumer de lui-même ni de ses prières, il eut la pensée d'interroger la volonté divine par les prières d'autrui. C'est pourquoi il appela frère Massée, et lui parla ainsi : <r Va trouce ver sœur Claire, et dis-lui de ma part qu'elle et (( quelques-unes de ses compagnes les plus élevées « en esprit prient dévotement Dieu qu'il lui plaise « de me montrer quel est le meilleur, que je m'ap- <( plique à la prédication ou seulement à l'oraison. € Ensuite va à frère Sylvestre, et dis-lui la même « chose. » C'était ce même Sylvestre qui avait vu sortir de la bouche de saint François une croix d'or, laquelle s'élevait jusqu'au ciel et s'étendait jusqu'aux extrémités du monde; et ce frère Sylvestre était d'une telle sainteté, que s'il demandait à Dieu quelque chose, il l'obtenait, et souvent il s'entretenait avec Dieu : c'est pourquoi saint François l'avait en grande dévotion. Frère Masséo s'en alla, et, selon le commandement de saint François, porta son message premièrement à sainte Claire, ensuite à frère Sylvestre. Aussitôt que celui-ci l'eut

S06 LES PETITfeS FLEURS

reçu, il se jeta incontinent en oraison; et tandis qu'il priait, il eut la répon^se divine, et revenant à frère Masséo, il lui parla ainsi : <r Dieu dit ceci : « Que tu répondes à frère François que Dieu ne « Ta pas appelé en ce monde seulement pour lui, <c mais encore pour qu'il fasse une grande récolte « d'âmes, et que par lui beaucoup soient sauvés. » Cette réponse reçue , firère Masséo retourna vers sainte Glaire pour savoir ce qu'elle avait obtenu de Dieu, et elle lui dit qu'elle et ses compagnes avaient eu de Dieu la même réponse que frère Sylvestre, Làdessus frère Masséo revint à saint François, et saint François le reçut avec une très-grande charité, lui lava les pieds et lui apprêta le repas. Et après le manger, saint François appela frère Masséo dans le bois, et là il s'agenouilla devant lui, abaissa son capuchon, et, mettant ses bras en croix, il demanda :

« Que me commande mon Seigneur Jésus-Christ? » Frère Masséo répliqua : <r Le Christ a répondu et « révélé, tant à frère Sylvestre qu'à sœur Claire et « à ses compagnes, que sa volonté est que tu ailce les prêcher par le monde; car il ne t'a pas élu « pour toi seul, mais encore pour le salut des « autres. »

Or, saint François, ayant entendu cette réponse, et reconnu la volonté de Jésus-Christ, se leva, et avec une très-grande fetve\xt \l d\\. \ ^ kllowig au nom

ce de Dieu. » Et il prit pour compagnons frère Masséo et frère Ange, deux hommes saints. Et se laissant aller à Tentraînement de l'esprit, sans considérer ni chemin, ni sentier, ils arrivèrent à un bourg qui s'appelait Savurniano ; et saint François se mit à prêcher, et commanda premièrement aux hirondelles qui chantaient de se tenir en silence jusqu'à ce qu'il eût prêché, et les hirondelles lui obéirent. Il prêcha avec tant de ferveur, que tous les hom-» mes et les femmes de ce bourg voulaient le suivre par dévotion et abandonner leurs demeures ; mais saint François ne le permit pas , leur disant : « N'ayez <c pas tant de hâte, et restez ; je mettrai ordre à ce « que vous devez faire pour le salut de vos âmes. » Et alors il eut la pensée de fonder le tiers ordre pour le salut de tous. Puis, les laissant ainsi très-' consolés et bien disposés à la pénitence, il partit, et arriva entre Gannaio et Bevagna. Et comme il passait outre, toujours avec la même ferveur, il leva les yeux, et vit à côté de la route quelques arbres sur lesquels étaient une multitude presque infinie d'oiseaux; de quoi saint François s'émerveilla, et il dit à ses compagnons : « Vous m'attendrez ici sur « le chemin, et j'irai prêcher aux oiseaux, t II entra donc dans le champ, et se mit à prêcher aux oiseaux qui étaient à terre ; aussitôt ceux qui étaient sur les arlnres s'en vinrent à \uV^ e\. \«>a& ^tfifôo^B^^

30B LES PETRIS PISimS

restèrent tranquilles jusqu'àoeqiie saint François eût tini de prêcher ; et alors même ils ne partirent qu'après qu'il leur eût donné sa bâsédiction. Et, s^n ee que raconta dans la suite fr^ Masséo à frère Jacques de Massa, saint François allait au milieu d'eux, les touchant ayec sa robe, et aucun ne bougeait. La substance de la prédication de saint François fut celle-ci : ce Mes oiseaux, vous êtes extrêmem^ <c obligés à Dieu Totre Créateur : et toujours et en ce tous lieux TOUS le devez louer, parce qu*il tous a (c donné la liberté de Toler partout, et qu'il y<His a (e encore donné un double et un tri[^e vètemest; « ensuite, parce qu'il a résenré votre espèce dans « Tarche de Noé, afin que votre race ne vint pas à c( manquer. Vous lui êtes encore obligés pour l'écc lément de Tair qu'il vous a départi. Outre cela, c( vous ne semez ni ne moissonnez, et Dieu vous (c nourrit et vous donne les fleuves et les fontaines (c pour vous abreuver ; il vous donne les montagnes « et les vallées pour votre refuge, et les grands arec bres pour y faire vos nids. Et parce que vous ne « savez ni filer ni coudre, Dieu prend soin de vous € vêtir, vous et vos petits ; en sorte que votre Créa- « teur vous aime beaucoup, puisqu'il vous accorde (C tant de bienfaits. Gardez-vous donc du péchéd'in- « gratitude, et toujours étudiez-vous à louer Dieu. » Saint François leur ayant dit ces paroles, les oiseaux,

tous tant qu'ils étaient, commencèrent à ouvrir le bec et les ailes, tendant le cou, et inclinant la tête jusqu'à terre; et par leurs mouvements et par leurs chants ils montraient que le saint leur causait un très-grand plaisir. Et saint François se réjouissait avec eux; il était charmé et s'émerveillait beaucoup d'une telle multitude d'oiseaux, de leur admirable variété, et aussi de leur attention et de leur familiarité; et pour cette raison il trouvait sujet en eux de louer dévotement le Créateur. Finalement, la prédication terminée, saint François leur fit le signe de la croix, et leur donna licence de partir. Alors tous ces oiseaux s'élevèrent dans l'air avec des chants merveilleux ; puis, suivant la croix que saint François avait faite, ils se divisèrent en quatre parties : Tuno vola vers l'Orient, l'autre vers l'Occident, l'autre vers le Midi, et la quatrième vers l'Aquilon; et chaque bande s'envolait, répétant des chants merveilleux. Ils montraient ainsi que comme saint François, gonfalonier de la croix du Christ, leur avait prêché et avait fait sur eux le signe de la croix, suivant lequel ils s'étaient divisés entre les quatre parties du monde, ainsi la prédication de la croix du Christ, renouvelée par saint François, devait être portée sur tous les points du monde par lui et par les frères. Et en effet les frères, de même que les oiseaux, ne possédant ici-bas rien en propre, re-

mettent à la seale proyidence de Dieu tout le soin de leur vie. i

Da menreillenx chapitre que tînt saint François i Saint&-¥trie des Anges, où se tnniTèrent plus de cinq miUe frères.

Le fidèle serviteur du Christ, François, tînt une fois un chapitre général à Sainte-Marie des Anges. A ce chapitre se rassemblèrent plus de cinq mille frères : on y vit saint Dominique, chef et fondateur de rOrdre des Frères Prêcheurs, qui allait alors de Bourgogne à Rome ; et sachant la réunion du chapitre que saint François tenait dans la plaine de Sainte-Marie-des-Anges, il s'y rendit avec sept frères de son Ordre. A ce chapitre se trouva encore un cardinal, très dévoué à Saint François, et le saint lui avait prédit qu'il serait pape, ce qui arriva. Le cardinal étant venu à dessein de Pérouse, où était la Cour romaine, à la ville d'Assise, chaque jour il visitait saint François et ses frères, et quelquefois il chantait la messe ou faisait le sermon aux frères réunis en chapitre. Or ledit cardinal ressentait une grande joie et une grande dévotion quand il venait visiter ce saint collège, en voyant dans la plaine, autour de Sainte-Marie des Anges, les frères assis

par groupes, ici de quarante, là de cent, ailleurs de quatre-vingts ensemble, tous occupés à raisonner de Dieu, tous dans les oraisons, dans les larmes et les exercices de charité. Tous se ornaient dans un tel silence et une telle modestie, qu'on n'entendait pas un murmure ni une dispute ; en sorte que le cardinal s'émerveillait d'une telle multitude si bien ordonnée, et il disait avec larmes et avec une grande dévotion : <r Vraiment, c'est ici le camp et l'armée c des chevaliers de Dieu, jo Dans un si grand nombre d'hommes on n'entendait ni fables ni paroles menteuses ; mais, quelque part que se réunît une troupe de frères, ils priaient, disaient leur office, ou bien ils pleuraient leurs péchés et ceux de leurs bienfaiteurs, ou ils s'entretenaient du salut des âmes. Les cabanes de ce camp étaient formées de claies et de nattes, divisées par groupes, selon les diverses provinces d'où venaient les frères. C'est pourquoi ce chapitre s'appela Chapitre des Claiet ou des Nattes. Leur lit était la terre nue, et quelques-uns avaient un peu de paille ; leurs oreillers étaient des pierres ou des morceaux de bois. C'est pourquoi si grande était la dévotion qu'ils inspi* raient à quiconque les voyait ou les ^itendait, et si étendu le renom de leur sainteté, que de la cour du Pape, qui était alors à Pérouse, et des autres lieux de la vallée de Spolète, accouraieiA \mdl %t«sA

nombre de comtes, de barons, de chevaliers et d'autres gentilshommes, et beaucoup de bourgeois et des cardinaux, des évéques, des abbés, avec beau** coup d*autres clercs, pour être témoins d'une assemblée si sainte, si nombreuse et si humble, telle que le monde n'avait jamais vu tant de saints hommes réunis. Mais on venait principalement voir le chef et le père très-saint de cette sainte famille, qui avait ravi au monde une si belle proie et formé un troupeau si beau et si docile, pour suivre les traces du véritable pasteur Jésus-Christ.

Le chapitre étant donc assemblé, le père de tous et le ministre général, saint François, dans la ferveur qui l'inspirait, annonça la parole de Dieu, et prêcha ce que le Saint-Esprit lui faisait dire. Or, pour texte du sermon, il prit ces paroles : < Mes fils,

< nous avons promis à Dieu de grandes choses ; mais € Dieu nous en a promis de plus grandes encore, « si nous observons nos promesses et que nous atteo- « dions avec assurance les siennes. Court est le

< plaisir du monde; la peine qui le suit est ét^ c nelle. Petite est la peine de cette vie ; mais lagloipe « de l'autre est infinie, j^ Et sur ces paroles préchant très-dévotement, il fortifiait ses frères, et les portait à l'obéissance et au respect envers la sainte mère Église ; à la charité fraternelle, à prier Dieu pour tous les hommes, à pratiquer la patience dans les

adversités de ce monde, la modération dans la prospérité ; à conserver la pureté et la chasteté angéli- ^es; à garder la paix et la concorde avec Dieu, avec les hommes, et avec leur propre conscience; à s'entretenir dans l'amour et l'observance de la très-sainle Pauvreté; et il dit ensuite : « Je vous € commande, au nom de la sainte Obéissance, à « vous tous qui êtes rassemblés ici, que nul de « vous n'ait inquiétude ni aucun souci du manger, c du boire,ni des autres chosesnécessaires au corps. f Mais je veux seulement que vous vous appliquiez à r prier Dieu, et que vous lui laissiez le soin de votre r corps, parce qu'il a pour chacun de vous une c sollicitude particulière. » Et tous tant qu'ils étaient reçurent ce commandement avec allégresse ie cœur et avec un visage joyeux. Puis, le sermon ie saint François étant terminé, ils se jetèrent en 3raison.

Saint Dominique, qui était présent à toutes ces choses, s'étonna fort du commandement de saint François; et il le trouvait indiscret, n'imaginant pas comment une telle multitude se pourrait gopverner sans prendre aucun soin ni souci des efaoses nécessaires au corps. Mais le souverain Pasteur, le Christ béni, voulant montrer combien il a ioin de ses brebis, et quel singulier amour il porte k ses pauvres, inspira incontinenl aux ç<eûs ôi^^èr

ui foins FRANC. V%

314 LES PETITES fLEURS

rouse, de Spolète, de Foligno, de Spello, d'Assise et des autres lieux environnants, de porter à manorer et à boire à la sainte assemblée. Et voici tout à coup venir de ces lieux des hommes avec des bétes de somme, des chevaux, des charrettes, chargés de pain, de vin, de fèves, de fronotages et d'autres choses bonnes à manger, commtf* ies pauvres do Christ en avaient besoin. Outre cela, ils apportaient des serviettes, des cruches, des coupes, des verres, et autres vases qui étaient nécessaires pour une telle multitude. Et bien heureux se croyait celui qui pouvait porter davantage, ou servir avec plus d'empressemèftt ; si bien que même les* chevaliers, les barons et les autres gentilshommes, qui étaient venus pour voir les frèr«s^es servaient avec humilité et dévotion. Saint-Dominique, témoin de toutes ces choses, et voyant qu'en vérité la Providence divine s'employait pour eux, reconnut humblement qu'il avait mal taxé d'indiscrétion le commandement de saint François, et allant s'agenouiller devant lui, il déclara humblement sa faute, et ajouta : « Vraiment, Dieu prend un soin « particulier de ses saints pauvres, et je ne le sa- « vais pas. Désormais je promets d'observer l'évan- « gélique et sainte Pauvreté, et je maudis de la part « de Dieu tous les frères de mon Ordre qui oseront « retenir quelque chose en çroçre. » Ainsi saint

Dominique fut très édifié de la foi de saint François, de Tobéissance et de la pauvreté qu'il voyait dans une compagnie si grande et si bien ordonnée, et enfin de la Providence divine qui venait d'y répandre une telle abondance de tous biens. Dans ce même chapitre» il fut dit à saint François que beaucoup de frères portaient le cilice sur la chair et des cercles de fer; que, pour celte raison, beaucoup étaient malades jusqu'à en mourir, et que plusieurs en étaient gênés dans Toraison ; à raison de quoi saint François, comme un père très-discret, commanda par la sainte Obéissance que tous ceux qui avaient ou des cilices ou des cercles de fer les quittassent, et vinssent les déposer devant lui. Ils firent ainsi, et Ton compta bien cinq cents cilices de fer, et encore plus de cercles qu'on portait, soit au bras, soit à la ceinture : on en fit un grand monceau, et saint François ordonna de les laisser là.

Le chapitre terminé, saint François ayant affermi tous ses frères dans le bien, et leur ayant enseigné comment ils devaient se tirer sans péché de ce monde mauvais, les renvoya dans leurs provinces avec la bénédiction de Dieu et la sieftne, tous pénétrés de consolation et de joie spirituelle.

316 LES PETHES FLEURS

Gomment la vigne du prêtre de Riéti, daii9 la maison duquel pria saint François, fut dépouillée et ravagée à cause du grand nombre de gens qui venaient trouver le saint. Gomme ensuite eUe produsit mtraculevsèment plus de vin que jamais, ainsi que saiiinÀnçois Tavait promb, et comment Dieu révéla à saint François qu'au tSfjêk de ce monde il aurait le Paradis.

Un jour, saint François ayant les yeux très-gravement malades, le cardinal Ugolin, protecteur de l'Ordre, à cause de la grande tendresse qu'il ressentait pour le saint, lui écrivit de venir le trouver à Rieti : il y avait là d'excellents médecins pour les yeux.

Lorsque saint François eut reçu la lettre du cardinal/il s'en alla d'abord à Saint-Damien, où était sainte Glaire, très-dévote épouse du Christ, pour lui donner quelques consolations, et ensuite se rendre près du cardinal. Or, saint François étant là, son mal d'yeux empira tellement la nuit suivante, qu'il ne voyait plus la lumière ; et comme il ne pouvait partir, sainte Claire lui fit faire une petite cellule de roseaux, pour qu'il pût mieux reposer. Mais saint François, à cause de la douleur de son mal et de la multitude de souris qui l'incommodaient extrêmement, ne pouvait reposer en aucune manière, ni jour ni nuit; et, souffrant de

plus en plus de cette peine et de cette tribulation, il se prit à penser que c'était un fléau de Dieu pour ses péchés, et se mit à rendre grâce à Dieu de cœur et de bouche, s'écriant à haute voix : « Mon « Seigneur, je suis digne de cela et de bien pire ce encore. Seigneur Jésus-Christ, bon pasteur, qui, « pour nous^fjiltfres pécheurs, avez mis votre mice séricorde eii diverses peines etangoisises corpocc relies, accordez grâce et vertu à votre pauvre ce brebis, afin que nulle infirmité, angoisse Ott ce douleur, ne me sépare de vous. » Et pendant cette oraison il vint une voix du ciel, qui dît : ce François, réponds-môi ; si toute la terre était ce d'or, et si toutes les mers et les fontaines et les ce fleuves étaient de baume, et si toutes les moniace gnes et les collines et les rochers étaient de ce pierres précieuses, et que tu connusses un autre ce trésor aussi préférable à toutes ces choses que ce l'or l'est à la terre, le baume à l'eau, et les pierce res précieuses aux montagnes et aux rochers, et ce quêta maladie te méritât ce trésor, ne devrais-tu « pas t'en tenir bien content et bien joyeux? » Saint François répondit : ce Seigneur, je suis indice gne d'un aussi précieux trésor. » Et la voix de Dieu lui dit : ce Réjouis-toi, François, parce que « c'est le trésor de la vie éternelle que je te récc serve ; et dès à présent je t'en investis, et l'in-

« firmité qui t'afflige est le gage de ce trésor bienheureux. »

Alors saint François, avec une grande joie de cette glorieuse promesse^ appela son compagnon, et dit : « Allons chez le cardinal. » Et consolant d'abord sainte Glaire avec de saintes paroles^ et lui faisant humblement ses adieux, il,^ritle chemin de Rieti. Mais, quand il fut près d'arriver, la multitude qui venait au-devant de lui était si grande, qu'il ne voulut ,pas entrer dans la ville, et s'en fut à une église qui était à peu près à deux milles dans le voisinage. Les habitants, sadiant qu'il était là, accoururent tout alentour pour le voir, tellement que la vigne de cette église en fut dévastée et le raisin cueilli ; de quoi le prêtre du lieu s'affligea jusgu'au fond du cœur, et il se repentît d'avoir reçu saint François dans son église. Mais, la pensée du prêtre étant révélée de Dieu à saint François, il le fit appeler et lui dit : « Mon très-cher père, « combien de charges de vin te rend cette vigne « par an, quand elle te rend le plus? » Il répondit : « Douze charges. » Saint François dit : « Je € te prie, Père, de supporter avec patience que je « demeure quelques jours ici, parce que j'y trouve « beaucoup de repos, et de laisser chacun prendre € du raisin de cette vigne, pour l'amour de Dieu « et de moi, pauvre pécheur ; et je te promets,

m SAINT FRANÇOIS. 319

<r de la part de mon Seigneur Jésus-Christ, qu'elle « te rendra chaque année vingt charges. » Or, la raison pour laquelle saint François s'arrêta dans ce lieu, «e fut le grand fruit qu'il faisait dans les âmes. Parmi cette multitude qu'on y voyait venir, beaucoup s'en retournaient enivrés du divin amour, et abandonnaient le monde.

Le prêtre, se confiant dans la promesse de saint François, laissa librement entrer dans ta vigne ceux qui venaient. Merveilleuse chose! la vigne fut toute ravagée et dépouillée, de telle sorte qu'à peine y restait-il quelques grappes de raisins. Vint le temps de la vendange : le prêtre recueillit ces grappes, les mit dans la cuve et les foula; et, selon la promesse de saint François, il recueillit vingt charges de très-bon vin. Ce miracle donna à entendre manifestement que si, par le mérité de saint François, la vigne dépouillée de raisins avait abondé en vin, de même le peuple chrétien, stérile en vertus par le péché, mais corrigé par les mérites et la doctrine de saint François, abondait souvent en fruits salutaires de pénitence.

3W LES PEmES FLEURS

D'une très-belle vision que yit un jeune frère qui avait la cape en telle abomination, qu'il était prêt à quitter l'habit ei k sortif dé^ FOrdre.

Un jeune homme, très-nohle ,et d'habitudes délicates, entra dans l'Ordre de saint François, et après quelques jours il commença, par rinstigation du démon, à prendre en si grande abonaination rhabit, qu'il lui semblait porter un misérable sac : il avait horreur des manches, il détestait le capuchon, et la longueur et la rudesse du yêtement lui paraissaient un poids insupportable. l!i*Ordre venant à lui déplaire toujours davantage, il eut finalement le désir de quitter Thabit, et de retourner au monde. Ce jeune homme avait pris l'habitude, selon ce que lui avait enseigné son maître, à quelque heure qu'il passât devant Tautel du couvent, où se conservait le corps du Christ, de s'agenouiller avec grand respect, en tirant son capuchon, et de se prosterner les bras en croix. Il advint que, la nuit où il devait partir et quitter l'Ordre, il lui fallut passer devant l'autel du couvent; et en passant, selon l'usage, il s'agenouilla, se prosterna contre terre, et subitement il fut ravi en esprit, et Dieu lui montra une merveilleuse

vision. Car il vit devant lui comme une multitude infinie de saints, rangés en procession deux à deux, vêtus de très-beaux et précieux vêtements d'étoffe» riches; leur visage et leurs mains resplendissaient comme le soleil ; ils marchaient avec des chants, au son des instruments des anges. Et entre ces saints il y en avait deux plus noblement vêtus et plus ornés que tous les autres; ils étaient entourés de tant de clarté, qu'ils causaient un grand éblouisseinent à qui les regardait; et presque à la fin de la procession il en vint un couvert de tant de gloire, qu'on l'aurait pris pour un chevalier nouvellement reçu, et plus honoré que les autres. Or, le jeune homme, voyant cette vision, s'émerveillait, et ne savait ce qu'une telle procession voulait dire, et il n'était pas assez hardi pour le demander; il restait donc comme ébloui de plaisir. Cependant, toute la procession étant passée, à la fin il .prit courage, et courant droit aux derniers, il leur demanda, avec une grande crainte : « 0 mes très- « chers ! je vous prie qu'il vous plaise de me dire « qui sont ces personnages merveilleux qui forment ce une procession si vénérable? » Et ceux-ci répondirent : «Sache, mon fils, que nous sommes tous <r frères Mineurs, qui venons, à présent, de la a gloire du Paradis. :► Et il demanda : « Qui sont ce ces deux qui resplendissent plus que le?> ^\iV\vij$î^. ^^

5S1 LES PETITES FLBUBS

Ils ^répondirent : < Ceux-ci sont saint François et c saint Antoine, et ce dernier que tu as tu si c honoré est un saint frère, qui mourut nouvelle* c ment; et parce qu'il combattit yaillanmient c contre les tentations et persévéra jusqu'à la fin, c nous te menons en triomphe à la gloire du c Paradis. Or ces vêlements d'étofîes si belles, que c nous portons, nous sont donnés de Dieu en c échange de nos rudes tuniques, que nous avons c portées patiemment en religion; et la glorieuse c clarté que tu vois en nous, nous est donnée de c Dieu pour l'humilité, la patience, la sainte pau- € vreté, l'obéissance et la chasteté que nous avons c gardées jusqu'à la fin. Maintenant, mon fils, c qu'il ne te soit plus pénible de porter le sac de € la religion, qu'on porte avec tant de fruit. Car, ce si avec le sac de saint François, pour l'amour du « Christ, tu méprises le monde, tu mortifies ta <c chair et tu combats vaillamment contre le démon, « tu auras aussi comme nous ces beaux vêtements « et cette clarté de gloire. » Ces paroles dites, le jeune homme revint en lui-même; et, la vision l'ayant raffermi , il chassa de lui toutes leâ tentations, il confessa sa faute devant le gardien et les frères; depuis ce jour il aima la rigueur de la pénitence et la rudesse des vêtements, et il finit sa vie dans ^'Ordre avec une grande sainteté.

DE SAINT FRA^fÇOIS. SS3

Du très-saint miracle que fit saint François quand il convertit le loop

très-féroce de Gubbio.

Au temps où saint François demeurait dans la ville de Gubbio, parut dans les environs un loup monstrueux, terrible et féroce, qui dévorait nonseulement les animaux, mais aussi les hommes ; souvent même il s'approchait de la ville, et les habitants ne sortaient plus des murs que tout armés, comme s'ils fussent allés en guerre. Nonobstant on ne pouvait s'en défendre quand on se trouvait seul sur son chemin; et par peur de ce loup, on en vint au point que personne n'osait sortir de la cité. Donc saint François, ayant compassion des hommes de ce pays, voulut s'en aller au-devant du loup, bien que les habitants ne le lui conseillassent en aucune façon ; il fit sur lui le signe de la très-sainte croix, plaça toute sa confiance en Dieu, et sortit de la ville avec ses compagnons. Hais les autres craignant d'aller plus outre, saint François prit son chemin vers le lieu où était le loup. Or, voici qu'à la vue de beaucoup de gens de la ville qui étaient venus pour être témoins de ce miracle, le loup alla à la ren-

M LBS PDinS FLBDRS

loup avec saint François. Et le peuple étant réuni, le saint monta sur un lieu éle^ piour le prêcher, disant^ entre autres choses, comment, pour leurs péchés. Dieu permettait de telles calamités; nuis combien la flanmie de Tenfer, qui doit brûler éternellement les damnés, était plus redoutable que la fureur du loup, lequel ne peut tuer que le

corps. « Combien donc est à craindre la gueule de <c l'enfer, disait-il, quand la gueule d'un pauvre « animal tient en crainte et en tremblement une (c grande multitude I Tournez-vous donc vers Dieu, « mes bien-aimés, et faites une digne pénitence de « vos péchés ; et Dieu vous délivrera du loup dans « le temps présent, et du feu de Tenfer dans le « temps à venir. »

La prédication finie, saint Frangois ajouta : « Écoutez, mes frères ! le loup qui est ici devant « vous m'a promis, et il m'en a donné sa foi, de a faire la paix avec vous, et de ne vous offenser « plus jamais en aucune chose. En retour, vous « promettez delui donnerchaque jour le nécessaire; « et je me rends caution pour lui, qu'il observera <c fermement le pacte de la paix. Alors le peuple, tout d'une voix, promit de le nourrir jusqu'à la fin de ses jours. Et saint Frangois, devant tous, dit au loup : « Et toi, loup, promets-tu d'observer « avec ceux-ci le pacte de la paix, en sorte que

« tu n'offenses ni les hommes, ni les animaux^ c€ ni aucune créature? » £( le loup s'agenouilla et inclina la tête, et avec les mouvements de son corps, en flattant de la queue et des oreilles, témoin gna autant que possible qu^il voulait observer le pacte.

Saint François dit alors : « Loup, je veux que, « comme tu m'as donné foi de cette promesse hors « de la porte, de même: devant tout le peuple tu « me fasses foi de ta promesse, et m'assures que « tu ne me rendras pas dtipe de la garantie et <c caution que j'ai donnée pour toi. » Alors le loup, levant la patte droite, la posa dans la main de saint François. Or cet ^cte et ceux qu'on a dits ci-dessus causèrent une si grande allégresse et admiration dans tout le peuple, soit pour la dé* votion du saint, soit pour la nouveauté du miracle, soit pour la paix du loup, que tous com* mencèrent à cri^ vers le ciel, louant et bénissant Dieu de leur avoir donné saint François, qui, par ses mérites, les avait délivrés de la gueule d'une si cruelle bête.

Le loup vécut ensuite denx années à 6ubbk)til entrait familièrementdans les maisons, de porte ^n porte, sans faire de mal à personne, et sans qu'il lui en fût fait, nourri courtoisement par les gens du lieu ; et tandis qu'il s'en allait ainsi par la ville

3» LES Pinns .mois

et par les maisoDs, jamais, aacim ckiea n'aboya contre lai. Enfin, apràs deux ans, le kmp monrut de yieillesse, et les habitants le regrettèrent l>etuoonp. Car le voyant allersî débomBirement par la TÎUe, ils se rappelaient mieux la ?çrta et fat sainteté

Gomineat saint François êfftrwati les tourUrailes navages.

Un jeune homme avait pris un jour plusieurs tourterelles, et les allait vendre. Saint François le rencontra ; et lui, qui eut toujours une singulière pitié des animaux pacifiques, regardant ces tourterelles d'un œil compatissant, dit . à celui qui les portait : « 0 bon jeune homme 1 je t'en prie, ce donne-les-moi, afin que ces oiseaux si doux, qui, c dans la sainte Écriture, sont le symbole des c âmes chastes, humbteset fidèles, ne tombent pas ce dans la main des cruels qui les feraient mourir. » Aussitôt le jeune homme^ inspiré de-Dieu, les donna toutes à saint François ; et lui, les prenant dans son sein, se mit à leur parler tendrement : c Ornes c tourterelles ! simples, innocentes et chastes, tf pourquoi vous la\9aeirxo>x^^t^\)dv^'^. Maintenant

m SAINT FftâSQOU. 339

« je veux vous sauver de la mort et vous faire dés « nids, afin que vous fassiez des petits et que vous « multipliiez, selon les commandements de notre «Créateur. x> Saint François s'en fut, leur fit à toutes des nids ; et elles, s'apprivoisant, commencèrent à pondre leurs œufjs et à les couver devant les frères, comme auraient fait des poules toujours nourries de leurs mains. Elles ne s'en allèrent point, jusqu'à ce que saint • François, avec sa bénédicticm, leur donna congé de partir. -

Quant au jeime faoaume qui lui en avait fait présent, saint Fraies lui dit : c Mon fils, tu seras « aussi frère e» cet Ordrèi, et tu serviras graciéusec ment lésusrGfarist.»' Ainsi fut-il^ car le jeune homme se fit frèrè^ et vftotit daots F Ordre avec une grandie $ainteSé.

xTin

Comment sûnt FrtOQois délivra im frère q|ai était en péché ' et éa pmtsanee dà'démon. ' '

Saint François ëtànt^une ùhs en oraison dans le couvent de la Portioncule, vit, par révâation divine, tout le couvent entouré et assiégé de démons, comme d'une grande armée. Mais pas un ne pouvait pénétrer dans la maison, çatee cjfxa \<î& ^^^^^^s.

étaient d'oneldlesaiiilft^ qam lnifc^iiwi n'aiaieBl entrée dans aoeon d*enx. Les dunes ecmliniiaiit ainri, nn jour, nn de ces firères prit aeniidale d'm antre, et pensa dans son eanrcsnmient il ponirait raeenser et se wnger de fan ; et, esnuBe il restait dans cette manraise pensée, il donna entrée ao dénum , qni pénétra dans le conrail, el mit la min snree frère.

Or le pieox etTigilant paMenr, qui awt toujcnn les yeox onyerts snr son trot^ean, ^apmt qne k loup était entré ponr dévorer sa panure brebis, fit aussitôt appeler oe finàre, et loi ordcmna d^afouff saiv4e-champ la haine qu'il avaitconsœ eonlin soa prodiain, et qm Tandt fiât tomber entre les nuans de Tennemi. Le frk«, épouvanté de se wir oenqprii du saint, avoua tout le venin qu'il avait dans k cœur, reconnut sa faute, et demanda humblement pénitence et miséricorde. Ceci fait, aussitôt rahsoliH lion donnée et la pénitence reçue, saint François vit le démon s'enfuir; et le frère, ainsi délivré des mains du monstre par la charité du bon pasteur, rendit grâce à Dieu, et retourna, corrigé et bien instruit, au saint troupeau, où il vécut dans la suite en grande sainteté.

Comment saint François eemTertit i la foi le Soudan de Babylone.

Saint François, poussé par le zèle de la foi du Christ et par le désir du martyre, passa outre-mer avec douze compagnons très saints, pour aller tout droit au soudan de Babylone. Or ils arrivèrent dans une province des Sarrasind, où les passages étaient gardés par des hommes si cruels^ que tous ceux qui passaient étaient mis à mort. Or, comme il plut à Dieu, ils ne furent pas tués, mais pris et battus; et, les ayant liés, on les conduisit ainsi devant le soudan. Et qus^nd saint François se trouva en sa présence, instruit par TEsprit-Saint, il prô* cha si divinement la foi du Christ, que môme pow la prouver il voulait entrer dans le feu. À raison, de quoi le soudan se prit à ressentir une grande dévotion pour lui, soit à cause de sa constance dans la foi, soit à cause du mépris qu'il lui voyait faire du monde (car, bien que très-pauvre, le saint ne voulut recevoir de lui aucun présent), soit enfin à cause de l'ardeur qu'il lui voyait pour le martyre. Dès lors le soudan Técouta volontiers, et le pria de revenir souvent, lui octro^aul, ^ \\»l ^V V^^^

compagnons, la liberté de prêcher où ils voudraient ; et il leur donna un signe de sa protection, grâce auquel personne w put les offenser.,.

A la On sainHFrançois, voyant qu'il ne pouvait plus faire de fruit dânis ces contrées, se décida par révélation divine à retourner chez les fidèles avec ses confipagnons. Les ayant donc iSéani^ tous ensemble, il se rendit auprès du Soudan, et prit congé de lui . Alors le Soudan lui dit : « Frère « François, je me convertirais volontiers à la foi c( du Christ ; mais je crains de le faire à cette « heure, parce que si ce peuple le savait» il nous « tuerait toi et moi, avec tous ceux qui t*âccom- « pagnent. Et, attendu que tu peux fai)*e encore € beaucoup de bien, et que j*ai à dépêcher cc^ « taines afTaires d'une grande importance, je ne c veux pas maintenant causer tha mort et la tienne, n Mais enseigne-moi comment je pourrai me sauver, « et je suis prêt à faire ce que tu m'imposeras. » Saint François lui dit alors : « Seigneur, je te « quitte à cette heure ; mais, quand je serai « retourné dans mon pays, quand je serai mort et « monté au ciel par la grâce de Dieu, alors, s'il lui « plaît, je t'enverrai deux de mes frères, desquels € tu recevras le saint baptême du Christ, et tu € seras sauvé, ainsi que me l'a révélé Jésus-Christ, € mon Seigneur. Pour toi, d'ici là, dégage-toi de

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« tout empêchement, afin que la grâce de Dieu € venant, elle te trouve disposé à la foi et à la € dévotion. » Le Soudan promit de le faire, et il le fit. L'entretien achevé, saint François s'en retourna, suivi de la vénérable troupe de ses saints compagnons. Et après quelques années saint François mourut selon la chair, et rendit son âme à Dieu.

Or le Soudan, étant tombé malade, attendit la promesse de saint François, et fit placer des gardes dans certain passage, avec ce commandement, que si deux, frères, en bzbii de saint François, venaient à se montrer, ils lui ftissent amenés de suite. En oe même temps saint François apparut à deux frères, et leur ordonna que sans . retard ils allassent vers le Soudan, et priasent aoin de son salut, ainsi qu'il l'avait promis. Et ces .firôrès partirent à Tinstant, et ayant passé la mer, ils furent menés au Soudan par les gardes. Le Soudan eut une très-grande joie de les voir, et dit : c Maintenant je sais vraiment c que Dieu m'a envoyé ses serviteurs pour mon « salut, selon la promesse que me fît saint François c par la révélation divine. » Ayant donc reçu des frères la connaissance de la foi du Christ et le saint baptême, régénéré en Jésus^hrist, il mourut de cette maladie, et son âme fut sauvée de la sorte par les mérites et les prières de saint François.

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