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Comment saint François g^nérit miraenleotemcit «■ I^wpcui dîne et de ooqw, «ft ce fM In dit rin»«laBt «
Leyrai disciple du Christ, saint François,. lonqu'il Tirait de cette misérable rie^ fl^appiiqnait de tous ses efforts à suivre le Christ, le mattre par» fait. D'où il adrint jdusieurs ibis que pai^ l'epénH tion divine, pendant qu'il guérissait le corps, i la même heure Dieu guérissait Tâme.
Or, non-seulement il servait volontiers ks lépreux, mais, en outre, il avait ordoimé qne les frères de son Ordre, cheminant par le monde m séjournant, servissent les lépreux pour Tantour du Sauveur, lequel voulut être réputé lépreux pour l'amour de nous. Il arriva donc un jour que, dans un couvent près de celui, où demeurait alors saint François, les frères desservaient un hôpital de lépreux et d'infirmes, dans lequel était un lépreux si impatient, si insupportable et si insolent, que chacun tenait pour certain, et c'était la vérité, qu'il était possédé du démon. Car il maltraitait si indignement de paroles et de coups quiconque le servait, et, ce qui est pire, il blasphémait si odieu*
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sèment le Christ béni et sa très-sainte mère la Vierge Marie, que poui" rien au monde on ne trouvait quelqu'un- qui pût ou voulût le servir. Et quoique les frères, pour accroîti^e le mérite de la patience, s'étudiassent à supporter doucement les injures et les violences contre leurs personnes, toutefois, leur conscience ne pouvant supporter celles qui s'adressaient au Christ et à sa Mère, à la fin ils décidèrent d'abandonner ce lépreux. Mais ils ne voulurent pas le faire avant d'avoir prévenu, selon la règle^saintFrançois, qui demeu* rait alors dans un couvent près de là.
Aussitôt qu'ils l'eurent prévenu, saint François s'en vint trouver ce lépreui pervers, et, s'approchant de lui, il le salua, lui disant : c Dieu te c donne la paix, mon fràre très-aimé ! » L6 lépreux répondit : c Quelle paix puis-je avoir de Dieu, qui € m'a enlevé la paix et tout bien, et qui m'a fait « tout pourri et tout puant ?» Et saint François dit : « Mon fils, aie patience, caries infirmités du « corps nous sont données de Dieu en ce monde a pour le salut de l'âme : elles sont d'un grand « mérite quand elles sont portées patiemment. » Le malade répondit : « Et comment puis-je porter <x patiemment la peine continuelle qui m'afflige le « jour et latrnait? et non-seulement je suis affligé « de mon infirmité, mais pires me sont les frères
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paF' ta pénitence et par les larmes. Se trouvant complètement guéri de corps et d'âme, il flt humblement la coulpe, et dit en pleurant à haute voix: o Malheur à moi, qui suis digne de l'enfer pour les « méchancetés et les injures que j'ai faites et dites B aux frères, et pour mon impatience et mes blas- « phèmes contre Dieu! » Puis, pendaot quinze jours il persévéra dans des pleurs amers sur ses péchés, demandant à Dieu miséricorde, et se confessant au prêtre sans rien cacher.
Saint François, à la vue du miracle si manifeste que Dieu avait opéré par ses mains, lui rendit grâce. Il partit de ce Heu, allant en pajs trèséloigné; car, par humilité, il voulait fuir toute gloire, et dans toutes ses œuvres il cherchait seulement l'honneur de Dieu et non le sien. Ensuite, comme il plut à Dieu, le lépreux, guéri de corps et d'âme, au hout de quinze jours de pénitence, fat pris d'une autre maladie, et, armé des sacrements de l'Église, il mourut saintement. Or son Jlme, allant en paradis, apparut dans l'air à saint François, qui se tenait en oraison dans une forêt, et lui dit; « Mo reconnais-tu? — Qui es-tu? > dit saint François. « Je suis le lépreux que le Christ « béni a guéri par tes mérites, et aujourd'hui je « m'en vais à la vie éternelle; de quoi je rends n grâce à Dieu et à toi. Bénis soient ton âme '
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c corps, et bénies tes subites paroles et teft ceinrresl « car par toi beaucoup d'âmes se saovwont dans « le moude ; et sache qu'il n'est pas de jour dans c lequel les anges et les autres saints ne rendent « grâce à Dieu des bienheureux firuits que toi et « ton Ordre tous faites dans les diverses pUtîes de c la terre. Réjouis-toi donc, remercie Di^, et c reste avec sa bénédiction. » Ces paroles dites, il s'en alla au ciel, et saint François demeura fort consolé.
Gomment saint François cosT^it trois lirross homîcMa^ qpù 9e Sreok frères; et l'admirable vision que rit l'an d'etix, lequel devint un trétstint relig^ieux.
Saint François allait une fois par le désert à San Sepolcro, et, passant par un château qui s'appelle Monte Gasale, il vit venii* à lui un jeune honmie noble et délicat, qui lui dit]: c Père, je voudrais « bien volontiers être de vos frères. » Saint François répondit: oc Mon fils, tu es un jeun^e homme € délicat et noble; peut-être ne pourrais^tu pas € supporter notre pauvreté et notre rigueur. » Et celui-ci dit: c< Mon Père, n'étes-vous point des «c hommes comme nous? Donc, comme vous sup-
« portez ces choses, ainsiie pourrai-je, ayee la c grâce de Jésus-Christ. » Cette réponse plut heaucoup à saint François, de sorte qu'il le bénit et le reçut immédiatement dans l'Ordre, et le nomma frère Ange; et ce jeune homme se conduisit si merveilleusement, qu'à peu de temps de là saint François le fit gardien dans le couyent de Monte Casale.
En ce temps-là^ il y ayait dans le pays trois voleurs renommés qui faisaient beaucoup de mal; ils vinrent un jour au couvent que j'ai dit, et prièrent frère Ange le gardien de leur donner à manger, et le gardien leur répondit, en les reprenant durement: « Voleurs cruels et homicides, « vous.n'av)^ pas honte de voler les fatigues d'aua trui, mais encore, impudents et effrontés, vous « voulez dévorer l'aumône donnée aux serviteurs « de Dieu, vous qui n'êtes seulement pas dignes c( que la terre vous porte, parce que vous n'avez <c aucun respect ni des hommes ni de Dieu qui <c vous créa. Allez donc à votre besogne, et ne « paraissez pl«s ici. »
Les voleurs, troublés de ces paroles, s'en furent avec un grand dépit. Et voici rev^r du dehors saint François, chargé d'une besace de pain et d'un petit vais de vin, que lui et son compagnon avaient mendiés; et le gardien lui rapportant
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comme il ayait chassé les foleurs, saint François le Tepvii fertement, loi disant qu'il s'était oondiiit avec cnianté : c Car les pécheurs sont mieoi race menés à Dieu par la dooceor qœ par des rqinh « ches dars; d*où Tient que notre mâttre Jésns- « Christ, dont nous avons promis d'obsener « rËvangile, dit que les bien portants n*ont pis « besoin de médecin, mais au contraire les mic lades, et qu'il n'est pas venu pour appeler les c justes, mais les pécheurs, à la pénitence; et « c'est pour cela que souvent il mangeait avec eux. c Puis donc que tu as agi contré la charité et eonc tre le saint Évangile du Christ, je te 'commande, « par la sainte obéissance, de prendre incontineDi a cette besace de pain que j'ai mendié et œ vase a de vin, et de courir après eux par monts et par « vaux, les cherchant avec sollicitude jusqu'à ce (C que tu les trouves; et de ma part tu leur feras « présent de tout ce pain et de ce vin. Puis tu t'agec nouilleras devant eux, tu leur confesseras hum- « blement ta cruauté ; enfin tu les prieras en mon <x nom de ne faire plus de mal, mais de craindre « Dieu et de ne l'offenser plus: s'ils font ainsi, je « leur promets de pourvoir à leurs besoins, et de « leur assurer toujours le manger et le boire. Et « quand tu auras dit ceci, reviens humblement.» Pendant que le gardien allait accomplir le corn-
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mandement dé saint FVançois, celui-ci se mit en oraison, et pria Dieu qu*il attendrit le cœur de ces larrons, et qu'il les cbnfertît à la pénitence. L'obéissant gardien, arrivé auprès d'eux, leur offre le pain et le* vin, et fait et dit ce que saint François lui a commandé. Or il plut à Dieu que ces larfdns, tout en mangeant Faumônë de saint Françoisr, conkmeneèrent à dire entre eîox ^ « Malheur à nous, a misérables infortu^lés 1 et comme sont dures les a peines de rènfer qui nous attendent, nous qui a allons non-seulement volant le prochain, battant, a frappant, mais tuant- méinel Néanmoins; de «r tant de- maux et d'actions scélérates que nous « commettons, nous n'avons aucun remords de « conscience ni craihte de Dieu, et voilà ce saiort « frère qui est venu è' nous, crtqui, pour quelques < paroles qu^il nom avait dites justement à cause «de notre malioe, nous confesse humblemmt sa « faute; et'outne cela, il nous apporte lé pain et le « vin, avec une si g'éné^use promesse du saint « père François. Vraimietit ceux-ci sont de^ saiMs « frères et méritent le paradis de Dieu, et noiis c( sommes les fils de l'éteimelle perdition, qui mé- « ritons les peines de l'enfer. €haque jour nous « ajoutons- à notre datHnation, eC nous ne savons « pas si, du- fond de ces^ péchés que nous avons € commis jusqu^ki, nous pourrons retourner à la
su LBs psiifis nAms
c miséricorde de Dieu. ^ Et Tan d'eux disant ces paroles et d'autres semblables, ses denx compagnons répondirent : c Certes, tu dis vrai ; mab « maintenant que deTonsHSOus faire ? Allons, dit « l'un, à saint François ; et s'il nous donne espoir « que nous puissions, du fond de nos péchés, c retourner à la miséricorde de Dieut faisons te « qu'il nous conmmndera, et puissions-^ions dâîc Yrer nos âmes des peines de l'enfer. » Ce consrï plut aux autres ; et ainsi tous trois étant d'accord, ils s'en vinrent en toute hâte à saint François, et ils lui parlèrent ainsi : « P^, à cause de la nnilti- < tude de nos péchés et de nos scélératesses, nom « ne croyons pas pouvoir revenir à la miséricorde « de Dieu. Mais, si tii as quelque espoir que IKei « nous reçoive à merci, voilà que nous sommes <c prêts à pratiquer ce que tu nous prescriras, et i « faire pénitence avec toi.» Alors saint François, les retenant avec bonté, les rassura par beaucoup d'exemples, et, les rendant certains de la miséri* corde de Dieu, leur promit de la demander pour eux. Il leur montra que la miséricorde divine est infinie ; qu'eussions-nous commis des péchés infinis, la miséricorde divine est encore plus grande, selon la parole de l'Évangile et de l'apôtre saint Paul, qui dit aussi : c Le Christ béni est venu « pour racheter les pécheurs. » Ces enseignements,
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et d'autres semblables, firent que les trois larrons renoncèrent au démon et à ses œuvres, et saint François les reçût dans l'CHbre. Ils commencèrent à faire grande pénitence, et deux d'entre eux moururent peu après leur conversion, et s'en allèrent en paradis. Mais le troisième survécut, et, repensant à ses péchés, il se mit à faire telle pénitence, que pendant quinze ans continus, outre les carêmes ordinaires qu*il faisait avec les autres frères, trois jours de la semaine il jeûnait au pain et à l'eau. U allait toujours déchaussé et avec une seule tunique sur le dos, et ne dormait jamais après matines.
Pendant ce temps, saint François quitta cette misérable vie. Donc, le converti ayant continué sa pénitaicepradant plualeursannées, il arriva qu'une nuit après matines, il lui vint une telle tentation de dormir, qu'en aucune manière il ne pouvait résister et veiller comme d'habitude. A la fin, ne pouvant combattre le sommeil ni prier, il alla se jetar sur un lit pour dormir : aussitôt qu'il y eut posé la tête, il fut ravi et mené en esprit sur une tfès-^haute montagne bordée d'un précipice trèsprofond; et deçà, delà, envoyait des rochers déchirés et rompus en éclats et tout hérissés de pointes, en sorte que le fond de cet abîme était effroyable à regarder. L'ange qui menait ce frère le
sa usmfiBfuoK
poussa atec Tiolenœ et le jet» dms^le prédpiee ; el lai, bondissant et retombant ée pointe en pointe e( de roc en roc, il arrm finalement an fcMÎd, tout démembré et toat en pièces, ainsi qu'il hd parat Et, comme il était étendu à teirre &Bk si pitoyibk état, celui qui le menait loi dit: « Lève-toi, car il € te faut faire encore nn plus Img voyage. » Le frère lui dit : « Tu me parais un homme bien déc raisonnable et bien cruel ; tu me vois mourant de « cette chute qui m'a brisé de la sorte, et tu me « dis de me lever. » Et Tange s*a{^roche de loi, le touche, lui remet parfaitement tous les membiws, et le guérit. Puis, lui montrant une grande' plaine remplie de pierres aiguisées et tranchantes^ de ronces et d'épines, il lui dit qu'il fallait courir par toute cette plaine et la travrâser pieds nus, jnsqa'i ce qu'il en efit gagné le bout, où l'on voyait une fournaise ardente, dans laquelle il devait entrer. Et Le frère ayant traversé toute la plaine avec grandes peines et angoisses, l'ange hii ^t : « Entre « dans cette fournaise, car il faut que tu le fasses. » Et l'autre répondit : «Hélas I que tu es un druel c conducteur I lu me vois près de la mort pour < avoir traversé cette horrible plaine, et mainte « nant, pour repos, tu médis d'entrer dans cette c fournaise ardente. » Et, regardant, il vit à Tentour une multitude de démolis armés de fourches
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de fer, avec lesquelles^ comme il hésitait à entrer, . tout à coup ils le pôussàrent dedans. Entré qii*il fut dans la fournaise, il regarda^ et vit un homme .qui avait été son compère, et qui brûlait tout entier, et il lui demanda: c Oh! compère infortuné, corn- € ment es-tu venu ipi? » Et il répondit : « Va un € peu plus avant, et tu troi&veras ma femme, ta <x commère, laquelle te . dira la cause de notre « damnation, » Et le frère allant plus avant, voilà que lui apparut ladite commère tout embrasée, enfermée dans une mesure à grains toute de feu ; et il lui demanda ; a Oh ! commère infortunée et mi* ce sérable, pourquoi és-tu tombée dans un si cruel « tourment? )» Et elle répondit: a Parce que, au € temps de la grande famine que saint François a avait prédite, mon mari et moi nous fraudâmes « sur le blé et le grain que nous vendions à la me- € sure. » Ces paroles dites, l'ange qui menait le frère le poussa hors de la fournaise, puis il lui dit; <x Prépare-toi, car tu as à £aire un horrible voyage. » Et celui-ci disait en gémissant: c Oh! très*dur c conducteur qui n'as aucune compassion de. moi, c tu vois que je suis quasi tout brûlé des feux de € cette fournaise, et tu veux me mener encore « dans un voyage périlleux et plein d'horreur. » Alors l'ange le toucha, et le rendit sain et fort. Puis il le mena vers un pont qu'on TV<^^\£^ivV^^^-
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ser sans grand péril, pane qu'il était mince, étroit, b^ès-gliBsant et sans parapets* Âa-Kiessous passait un fleuve terrible, plein de serpents, de dragons et de scorpions, qui jetaient une très-grande puanteur. L*ange lui dit: c Passe ce pont; à toute force <c il le£aut passer. » Et il répondit: « Gomment c pourrais^je le passer sans tomber dans oe fleuve c menaçant? > L'ange lui dit : « Viens après moi, « et pose ton pied où tu n^ras que je poserai le a mien, et ainsi tu passeras heureusement. » Le frère marcha donc derrière Tange, comme celui-ci le lui avait enseigné; et arrivé au milieu Tange s'wvola, et, le laissant, il s'en alla sur une toèshaute montagne^ fort au delà du pont. Et le frère regardait bien le lieu où s'était envolé l'ange; mais, se retrouvant sans guide, et regardant en bas, il vit ces bétes si terribles se tenir la tête hors de l'eau et la gueule béante, prêtes à le dévorer s'il tombait. Il était si tremblant, qu'il ne savait que faire ni que dire, car il ne pouvait retourner en arrière ni avancer. Se voyant donc dans une telle f ribulation, et ne trouvant d'autre refuge que Dieu, il selmssa, embrassa le pont, et se recommanda à Dieu de tout son cœur et avec larmes, le priant, par sa sainte miséricorde, de le secourir. Sa prière faite, il lui parut qu'il commençait à lui pousser des ailes, et, rempli de joie, il attendait qu'elles fussent
assez grandes pour voler au ddà du pont< où s'était envolé Tange. Mais, au bout de quelque temps, k cause du grand désir qu'il avait de passer, il se mit à voler ; et comme ses ailes n'avaient pas assez grandi, il tomba sur le pont, et en même temps ses plumes se détacherait. Alors il embrassa le pont derechef, et comme la premièrQ fois il se recommanda à Dieu, et sa prière faite, il lui sembla de nouveau qu'il lui poussait des ailes. Mais, comme la première fois, il n'attendit pas qu'elles eussent grandi jusqu'au bout, et, se mettant à voler avant le temps, il tomba derechef sur le pont, et ses plumes se détachèrent encore. Alors, voyant que, par la hâte qu'il avait de voler avant le temps, il tombait toujours, il se dit en lui-mdme : « Certaine- « ment, s'il me vient des ailes une troisième fois^ a j'attendrai tant, qu'elles seront assez grandes pour c que je puisse voler sans retomber encore, i» Étant dans ces pensées, il se vit, pour la troisième fois, pousser des ailes, et il attendit longtemps, jusqu'à ce qu'elles fussent assez grandes : or il lui parut qu'entre la première, la seconde et la troisième pousse d'ailes, il s'était bien passé cent cinquante ans, ou plus.
A la fin il se leva pour la troisième fois, et de tout son eiïarl il prit son vol, et il vola en haut jusqu'au lieu où l'ange Vêtait posé. Et, comme il
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frappait à la porte du palais dans lequel Tange était entré, le portier lui demanda : c Qui es-tu pour « venir ici ? » Il répondit : c Je.suis frère Mineur* > Le portier dit : < Âttends-moi, car je vais amener c saint François pour voir s'il, te connaît. » Le portier étant allé quérir saint François, le frère se mit à regarder les murs merveilleux de ce palais, et ces murs paraiss^uent si lumineux et . si transparents, que l'on voyait clairement les chœurs des saints et tout ce qui s'y passait. Et. pendant qu'il était ravi à cette vue, voici venir saint François, frère Bernard et frère Gilles, et après eux les saints et les saintes qui avaient suivi la même vie, en si grande multitude qu'ils paraissaient presque innombrables. Et, en arrivant, saint François dit au portier : <x Laisse-le entrer, parce qu'il est de mes c frères. » Aussitôt qu'il fut entré, il sentit tant de consolation, tant de douceur, qu'il oublia toutes les tribulations qu'il avait eueis, comme si jamais elles n'eussent été. Alors saint François, le menant plus avant, lui montra beaucoup de choses merveilleuses, et lui dit ensuite : <k Mon fils, il te faut rec( tourner dans le monde ; tu y resteras sept jours, « pendant lesquels tu te prépareras ^vec soin et c avec une grande dévotion, car, au bout de sept « jours, j'irai te chercher; alors tu viendras avec « moi dans ce repos des jbienlieureux. :» Saint Fran-
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itvêtu d'uQ manteau admirable orné d'éloil les très-belles, et ses cinq stigmates étaient comme cinq étoiles parfaitement belles, et de tant de splendeiu' que tout le palais était illuminé de leurs l'ayons. Et frère Bernard avait aussi à la tête une couronne de très-belles étoiles, et frère Gilles était orne d'une merveilleuse lumière. Le pénitent vil parmi eux beaucoup d'autres frères qu'il n'avait jamais vus sur la terre. Saint François l'ajantdonc congédié, il retourna, bien malgré lui, dans ce monde.
Au moment oCi il se réveillait, revenant à lui et reprenant ses sens, les frères sonnaient prime; si biea qu'il n'était resté dans cette extase que de matines à prime, quoiqu'il lui parût y avoir passé un grand nombre d'années. Il redit à son gardien toute sa vision de point en point. Or, avant la un Jes sept jours, il commença à prendre la fièvre, et, le huitième jour, saint François vint le chercher, ^on sa promesse, avec une grande multitude de saints glorieux, puis emmena son âme au royaume des bienheureux et à la vie éternelle.
3M LIS pnmsiuras
Goaiment saint François oooYertit k Bologne deux éeoUecB qui ae ta frères, et ooouneot ensuite il déliTn Vwa d'ue gnuade taBMitt.
Saint François anÎTant un jour à Bolc^ne, toit le peuple de la yille courait pour le voir; et s grande était la presse, que les gens ne pouyaknl qu'à grand'peine arriver à la place» qui était pkÎBe d'hommes, de femmes et d'écoliers. Saint FFanQOtf se tint debout sur un lieu élevé, et commen$ai prêcher ce que l'Esprit-Saint lui enseignait. Et 9 prêchait si merveilleusement, qu'il paraissait fM ce fût un ange plutôt qu'un homme» Ces paroles toutes célestes semblaient des flèches aiguës qui traversaient le cœur de ceux qui l'écoutaient, à bien que cette prédication convertit à la pén|teo€e une multitude d'hommes et de femmes. De ce nombre étaient deux nobles étudiants de la Marche d'Ancône. L'un avait nom Pellegrino, et l'autre Rénier. Tous deux, à la suite de cette prédication, touchés jusqu'au fond du cœur d'une inspiration divine, vinrent trouver saint François, disant qu'ils voulaient absolument abandonner le monde et être de ses frères. Alors saint François, connaissant par
révélation qu'ils étaient envoyés de Dieu, qu'ils devaient mener une sainte vie dans l'Ordre, et considérant leur grande ferveur, les reçut avec allégresse, en disant: a Toi, Pellegrino, tu garderas f dans l'Ordre la voie de l'humilité; et toi, frère « Rénier, tu serviras les frèi-es. » Et il en fut ainsi ; car frère Pellegrino ne voulut jamais être traité comme clerc, mais comme laïque, bien qu'il fût très-lettré et grand décrétaliste. Par cette humilité, il parvint à une rare perfection de vertu ; tellement que frère Bernard, le premicr-né de saint François, disait de lui que c'était un des plus parfaits religieux de ce monde. Finalement, ledit frère Pellegrino, plein de vertus, passa de cette vie à la vie bienheureuse: il lit beaucoup de miracles avant et après sa mort.
Or, frère Rénier servait les frères dévotement et fidèlement, vivant en grande sainteté et humilité, et devint très-familier avec saint François; et saint François lui révéla beaucoup de secrets. Ëtant fait ensuite ministre de la province de la Marche d'Ancâne, il la gouverna pendant longtemps avec une grande sagesse et une grande paix; puis, au bout de quelque temps, Dieu lui envoya une violente tentation dans l'âme, qui le remplissait de tribulations et d'angoisses, U se mortiflait fortement par des jeûnes, des disciplines, des larmes et des prié-
3M LES PBIfTES lUVtl
rcs, le jour et la nuit ; et cependant fl ne pouTait chasser cette tentation. Mais souYent il était eo grand désespoir, parce qu'il se croyait abandcMiiié de Dieu. Dans ce désespoir, il résolut^ pour derniff remède, d*aller trouver saint François, avec cette pensée : « Si saint François me fait bon visage et « se montre familier comme de coutume, je croirai € que Dieu m'a pris en pitié; sinon, œ sera la c marque que je suis abandonné de Dieu • » D se mit en route et alla trouver saint PraRçms, qui, dans ce temps, était gravement malade dans le palais de Tévéque d'Assise. Dieu révéla au saint tonte la tentation et les sentiments de frère Réni^, sa résolution et sa venue. Incontinent saint François appelle frère Léon et frère Masséo, et leur dit : a Allez de suite à la rencontre de mon très-cher « fils, frère Rénier ; embrassez-le de ma part, sa- « luez^le, et dites-lui qu'entre tous les frères qui c sont dans le monde je l'aime particulièrement.! Geux-KÛ allèrent, trouvèrent sur le chemin irère Rénier, et, l'embrassant, ils lui dirent ce que saint François leur avait commandé, dont il ressentit tant de consolation et de douceur dans son âme, qu'il en fut comme hors de lui. Et, rendant grâce à Dieu de tout son cœur, il alla et arriva jusqu'au lieu où saint François était couché. Et, bien que saint François fût gravement malade, néan-
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moins, entenAint \enir frère Rénier, il se leva ^t alla au-devant. de lui. Il l'embrassa tendrement, et lui dit : € Mon très-cher fils, frèi^ Rénier, entre c tous les frères qui sont dans le monde, je t'aime, € je t'aime particulièrement, d Et, cette parole dite, il lui fit le signe de la très^sainte croix sur le front, le baisa à cet endroit, et lui dit encore : c Mon € très-cher fils. Dieu a permis cette tentation pour € te faire gagner de grands mérites. Mais, si tu ne € veux pas de ce gain, tu ne l'auras pas. » Et, chose merveilleuse, aussitôt que saint François eut dit ces paroles, le frère se sentit délivré de cette tentation, comme s'il ne l'avait jamais éprouvée de sa vie, et il resta tout consolé.
De ta belle prédication que firent k Assise saint Firançois et rère
Ruffin.
Frère Ruffin, par une contemplation continuelle, était si absoii)é en Dieu, que, devenu presque impassible et muet, il parlait très-rarement ; et d'ailleurs il n'avait ni la grâce, ni la hardiesse, ni l'éloquence de la prédication. Néanmoins, un jour, saint François lui commanda d'aller à Assise, et de prêcher au peuple ce que Dieu lui inspirerait. Â
quoi firère Rofiiii lépondit : c Béfénoid père, je te c prie de me pardonner et de ne pas m'enrojer, c car, ta le sais, je n*ai pis la grâce de la prédiet- € tioQ : je sois simple éi ignorant. » AUh^ saint François lui dit : c Parce qne ta n'as pas iM € prcmiptement, je te commande par la aaiiile c obéissance de dépouiller les ^rétane&ts» et, ne € gardant que tes braies, d'aller à Assise, d'oitier € en crt état dans une ^lise, et de prêcher an c peuple (1). » Â cet ordre, firère Buffîn se dépouille. Ta à Assise, entre dans une ^lise, et, ayant fait la révérence à Tautel, il monte dans b chaire et se met à prêcher. Sur quoi les petits en* fants et les hommes commencèrent à rire, rt ils disaient : a Or Yoici que ces gens-là font si grande a péni^ce, qu'ils deviennent insensés et perdent « l'esprit. »
Dans ce moment même, saint François, réfl^ chissant à la prompte obéissance de frère Ruffin, qui était des plus nobles d'Assise, et au dur commandement qu'il lui avait imposé, commença à se reprendre lui-même, en disant : c D'où te vient « tant de présomption, fils de Pierre Bemardoni,
(1) Ce commandeirient de saint François rappelle les éprentes auxquelles les Pères du désert soumettaient quelquefob rhumilité de leurs disciples. L*épreuTe d'ailleurs était moins blessante pour les yeux de la foule sous un climat chaud, où Ton Toît encore les lazzaroni dans le costume décrit par Fauteur des FtonsKt,
€ homme ehétif et vil, dd commander & frère Rnffîii» « lequel est des phis nobles d'Assise, qu'il aillé. nu c( prêcher au peuple comme ua fou? Au nom de € Dieu, tu essayeras sur toi ce que tu commandes € aux autres. x> Et aussitôt, dans un traD9port d'esprit, il se dépouille pareillement, et s'en va à Assise, menant avec lui frère Léon pour porter son habit et celui de frère Ruffin ; et les habitants, le voyant comme l'autre, le honnissaient de même, jugeant que lui et frère Ruffin étaient devenus fous par trop de pénitence. Saint François entra dans^ l'église, où frère RujBn prêchait ces paroles :.f Q <x mes bien-aimés ! fuyez le. monde et lusses le c( péché ; rendez le bien d'autrui, si vous s|^)ulez « éviter l'enfer, observez les commandements de c< Dieu, aimant Dieu et le prochain, si vous voulez (c aller en Paradis ; etfaite^pénitence, si vous voulez « posséder le royaume des cieux. x> Alors saint François monta en chaire, et se mit à prêcher si merveilleusement sur le mépris du monde, sur la sainte pénitence, la pauvreté volontaire, le désir du royaume céleste, enfin, sur la nudité et l'opprobre de la Passion de Notre-Seigneur Jésu^-Christ^ que tous ceux qui étaient à cette prédication, hommes et femmes, en grande multitude, comr mencèrent à pleurer fortement avec une admirable dévotion et componction de cœur. Et non-seulement
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li, mais dans toute la Tille il'ÂBsise, la passion du Christ fut si fortement pleurée tout ce jour, qu'on n'avait jamais rien tu de pareil ; et ainsi le peuple fut édifié et consolé de l'action de saint François et de frère Ruffin. Puis saint François rendit à frère Ruffîn son habit et reprit le sien, et ainsi Yôtns, ils retournèrent au couvent de la Portioncak, louant et glorifiant Dieu, qui leur avait donné la grâce de se vaincre par le mépris d'eux-mêmes, et d'édifier les brebis du Christ, en montrant combien le monde est à dédaigner/ Et dans ce jour la dévotion du peuple s'accrut tellement envers eux, que bien heureux se réputait qui pouvait toucher le bord de leur vêtement.
Gomment sainte Glaire, par ordre du Pape, bénit le pain qoi était lar mie table, et comment sur chaque pain apparut le signe de la sainte croix.
Sainte Glaire, très-pieuse disciple de la croix du Christ, et belle plante de saint François, était d'une si grande sainteté, que non-seulementlesévêqueset les cardinaux, mais aussi le Pape, désiraient avec grande ardeur la voir et l'entendre ; et plusieurs fois le Pape la visita en personne. Une fois entre
autres, le Saint-Pèlre alla au monastère où elle était, pour Tentendre parler des choses célestes et divines. Et comme ils étaient ensemble, tenant divers discours, sainte Claire, pendant ce temps, Ht mettre la table et y posa le pain, afin que le Saint-Père le bénit. Ensuite, l'entretien spirituel étant terminé, sainte Glaire s'agenouilla avec gi*and respect, et pria le Pape de vouloir bien bénir le pain placé sur la table. Le Saint-Père répondit: « Sœur Glaire très-fidèle, je veux que tu bénisses € ce pain, et que tu fasses sur lui le signe de la € sainte croix du Christ, auquel tu t'eis toute « donnée. » Sainte Claire lui dit : c Très-Saint- « Père, pardonnez-moi ; je serais digne de trop de € blâme, si, en présence du vicaire du Christ, moi, c qui suis une humble ,e^ misérable femme, j'avais c la hardiesse de donner cette bénédiction. » Le Pape répondit : < Afin que ceci ne te soit pas imputé c à présomption, mais pour que tu aies le mérite « de l'obéissance, je t'ordonne, par la sainte obéisc( sance; de faire sur ce pain le signe. de la très- « sainte croix, et de le bénir au nom de Dieu. x> Alors sainte Claire, comme une véritable fille de l'obéissance, bénit pieusement le pain avec le signe de la très-sainte croix. Merveilleuse chose ! aussitôt le signe de la croix parut parfaitement tracé sur chaque pain. Âlor» une partie de ces pains fut
S^ LISmiTBSimK
mangée, et l'autre partie fiit lésenée à cause do miiaele. Le Saint-Pèrey qui a^ait tu le minde, prit un de ces pains, et, rasdant grêees à Diea, il partit, laissant sainte Glaire avec sa bânédietiiii. En ce temps, scenr Ortulane, mère de sainti Claire,^ Agnès, sascsar, demenraioit tontes ém dans ce monastère avec sainte Qaire, pleines de vertus et pldnes de l'Esprit-Saint* Afee dlo Tiraient beaucoup d'autres saintes religieuses, à qui saint François envoyait un grand nomlire de malades ; et elles, par leurs oraisons et par le signe de la sainte creix, les rendaient tous à h santé.
XXY
Comineiit taint Looif , roi de France, alla en penoone, en hahît de pilerin, i Péroose, visiter le saint frère Gilles.
Saint Louis, roi de France, alla 'par le monde en pèlerinage visiter les sanctuaires ; et, ayant entendu louer la grande sainteté de frère Gilles, qui avait été des premiers compagnons de saint François, le désir lui vint et il résolut d'aller le visiter en personne. C'est pourquoi il se rendit à ^érouse, où demeurait alors frère Gilles, U arriva
m smrr frauqois. 35r
à la porte du couvent, comme un pauvre pèlerin inconnu, avec peu de compagnons, et demanda avec grande instance frère Gilles, ne disant pas au portier qui était celui qui le demandait. Le portier va donc à frère Gilles, et lui dit qu'à la porte est on pèlerin qui le demande ; il lui fut inspiré et révélé de Dieu que c'était le roi de France. Alors, avec une -grande ferveur, il sortit précipitamment de sa cellule, il courut à la porte, et sans autres questions, sans qu'ils se fussent vus jamais, tous deux se jetèrent à genoux, s'embrassèrent et se baisèrent avec une grande dévotion «t une grande familiarité, comme si depuis longtemps ib eussent entretenu une extrême amitié. Or, dans tout cela, ils ne parlaient ni l'un ni l'autre, mais ils se tenaient embi*assés en silence avec tous les signes de l'amour spirituel. Ils restèrent ainsi pendant un grand espace de temps sans se dire aucune parole, puis ils se quittèrent : saint Louis s'en alla continuer son voyage, et frère Gilles retourna à sa cellule.
Le roi partant, un frère demanda à un de ses compagnons qui était celui qui avait si fort embrassé le frère Gilles ; et celui-ci lui répondit que c'était Louis, roi de France, qui était venu pour voir ce saint homme. Ce frère le dit aux autres, et ceux-ci eurent un grand chagrin de ce que frère
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Gilles ne lui avait point parlé, et tout affligés ils lai dirent : « Ob ! frère Gilles^ pourquoi donc as-in « été si peu courtois? Un aussi saint roi vient de c France pour te voir et pour entendre de toi € quelque bonne parole, et tu nejui as rien dit!» Et frère Gilles répondit : c Mes très-chers frères, ne € vous en étonnez point, parce que ni loi ni moi c nous ne pouvions dire une parole. Aussitôt que c nous nous embrassâmes, la lumière de la difkie « science révéla et manifesta à moi son cœur, eli c lui le mien. Ainsi, par une divine opération, no» a regardions dans nos cœurs ; et ce que nousvoi* « lions nous dire, lui à moi, moi à lui, nousk « connaissions beaucoup mieux que si nous aviom « voulu expliquer avec la voix ce que nous sentions € dans l'âme. Telle est l'impuissance de la parok c humaine à exprimer clairement les mystères a secrets de Dieu, que la parole nous aurait été c( plutôt un déplaisir qu'une consolation. Ainsi € sachez que le roi est parti parfaitement content de « moi et l'âme toute consolée. »
DE SAIMT FRANÇOIS. 361
Sbmment sainte Glaire étant malade se trouya miraculeusement, la nuit de Noël, dans l'église de saint François, et y entendit Toffice.
Sainte Claire étant une fois gravement malade, tellement qu'elle ne pouvait en aucune manière aller réciter l'office à l'église avec les autres sœurs, la fête de la naissance du Christ arriva, et toutes les cintres allèrent à matines : elle resta dans son lit, fort triste de ne pouvoir les suivre, et de ne pas avoir cette consolation spirituelle. Mais Jésus-Christ, son époux, ne voulut pas la laisser ainsi sans consolar tion, et la fit miraculeusement porter à l'église de saint François, où elle assista à tout l'office des matines et à la messe de la nuit : elle y recul la sainte communion, puis elle fut reportée sur son lit.
Après que.^ l'office fut fini à Saint-Damien, les religieuses reidnrent près de sainte Claire, et lui dirent : < 0 notre mère 1 sœur Glaire, quelle grande « consolation nous avons eue dans cette sainte fête « de Noël ! Plût à Dieu que vous eussiez pu être avec c( nous 1 » Et sainte Claire répondit : « Grâces et « louanges soient rendues à notre bienheureux
LIS POlTBS niAlIC. ^1
ce Seigneur Jésus-Christ béni, puisque bien mieui (c que vous, mes sœurs et mes filles très-chères, j*ai ce assisté à toute la solemûté de cette sainte nuit avec ce unje grande consolation pour mon âme. Car, par ce l'intercession de mon père saint François, et par ce la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ, j*ai étf ce de ma personne dans l'église de mon vénérable ce père saint François; et, avec les oreilles de mon ce corps et de mon esprit, j*ai entendu tout l'office ce et le chant des orgues; puis j'ai reçu la très-sainte ce communion. C'est pourquoi, de tant de grâces qui ce m'ont été faites, réjouissez-vous, et remerdei ce Notre-Scigneur Jésus-Christ. »
Gomment saint François expliqua à frère Léon une belle TÎsion que
ce frère ayait eue.
Un jour, il arriva que saint François était gravement malade et que frère Léon le serv^dt J et comme le frère était en oraison près de saint François, il fat ravi en extase, et conduit en esprit auprès d*un trèsgrand fleuve, large et impétueux. Or, tandis qu'il considérait ceux qui le passaient, il vit quelques frères tout chargés entrer dans ce fleuve ; mais aus-
sitôt ils étaient entraînés par l'impétuosité du courant et se noyaient : quelques autres s'en allaient jusqu'au tiers, quelques-uns arrivaient à la moitié du fleuve; mais, à cause du poids qu'ils portaient, ils finissaient par tomber et se noyaient aussi. Voyant cela, frère Léon sentait peureux une grande compassion et, tandis qu'il était ainsi, soudain voici venir une grande multitude de frères sans aucune charge; en eux brillait la sainte pauvreté; ils entrèrent dans le fleuve, et passèrent de l'autre côté sans aucun péril.
Ayant vu ceci, frère Léon revint à lui; et alors saint François, connaissant en esprit que frèreLéon avait eu quelque vision, l'appela, et lui demanda ce qu'il avait vu. Lorsque le frère Léon lui eut rapporté toute la vision, saint François lui dit : « Ce que tu as vu est la vérité. Le grand fleuve est « ce monde; les frères qui se noyaient dans le fleuve a sont ceux qui ne suivent pas la profession évangé- « lique, et surtout la très-haute vertu de pauvreté. ce Mais ceaxi{ui ont passé ce péril, ce sont les frères ce qui ne cherchent ni ne possèdent* en ce monde ce aucune chose terrestre ni charnelle; qui, n'ayant ce que le nécessaire pour la nourriture et le vêtecc ment, se tiennent satisfaits, suivent le Christ nu ce sur la croix, portant avec joie le joug doux et ce léger du Christ et de la très-sainte obéissance ;
364 LES PETITES FLEDRS
« c'est pourquoi ils passent facilement de la Tie c< temporelle à là vie éternelle. »
De la merveilleuse prédication que fit saint Antoine de Padoae,
frère Mineur, au consistoire.
Le merveilleux vaisseau du Saint-Esprit, saint Antoine de Padoue, un des disciples et compagnoos que saint François s'était choisis, et celui qu'il nommait son vicaire, prêchait une fois devant le Pape et les cardinaux au consistoire, où étaient des hommes de diverses nations. Grecs, Latins, Français, Allemands, Slaves, Anglais, et d'autres diverses langues. Il fut enflammé de TEsprit-Saint, et annonça la parole de Dieu d'une manière si efficace, si dévote, si pénétrante, si douce, si claire et si intelligente, que tous ceux qui étaient présents, quoiqu'ils fussent de diverses langues, entendirent toutes ses paroles clairement, distinctement, comme s'il avait parlé le langage de chacun d'eux, et tous restèrent stupéfaits. Il sembla que l'on vît se renouveler l'antique miracle des apôtres au temps de la Pentecôte, lorsque, par la vertu de l'Esprit-Saint, ik parlaient toutes les langues; et les cardinaux se disaient l'un à l'autre : « N'est-il pas venu d'Espa-
DE SÀIKT FRANÇOIS. 365
ce gne, celui qui prêche? Et comment donc enten- '■ c< dons-nous tous dans son langage le langage de <c notre pays? > Le Pape, réfléchissant comme les autres, et s'émerveillant de la profondeur de cette prédication, s'écria : « En vérité, celui-ci est € l'arche du Testament et le trésor de l'Écriture } « sainte. »
])u miracle que Dieu fit, quand saint Antoine, étant à Rimini, prêcha
aux poissons de la mer.
Le Christ béni voulut montrer, par le moyen des animaux sans raison, la grande sainteté de son trè&fidèle serviteur saint Antoine, et comment on devait écouter dévotement sa prédication et sa doctrine sainte. Une fois entre autres, il se servit despoissoDS pour réprimander la folie des infidèles hérétiques, de la même manière que jadis, dans le Vieux Testament, il avait réprimandé, par la voix de Tânesse, l'ignorance de Balaam.
Saint Antoine se trouvant donc à Rimini, où étaient une grande multitude d'hérétiques, et voulant les ramener à la lumière de la véritable foi et au chemin de la vertu, il les prêcha pendant plu^
« ment pour votre habitation ; car, selon qu'il vous « plaît, vous avez des eaux douces et des eaux « salées. Il vous a ménagé beaucoup de refuges « pour échapper aux tempêtes, il vous a encore « préparé un élément clair et transparent» et une « nourriture dont vous vivez. Dieu, votre créateur « libéral et bon, quand il vous fit naître, vous ce commanda de croître et de multiplier, et vous « donna sa bénédiction. Quand le déluge universel «c arriva, quand tous les autres animaux mouru- « rent. Dieu vous réserva seuls sans dommage. « Ensuite, il vous a donné des nageoires pour <c courir où il vous plaît. A vous il fut accordé, par « le commandement de Dieu, de garder le pro- € phète Jonas, et, après trois jours, de le rejeter à <( terre sain et sauf. C'est vous qui donnâtes le cçns « pour Notre-Seigneur Jésus-Ghrist,.qui, en sa-qua- « lité de pauvre, n'avait pas de quoi te payer. Par « un mystère singulier, vous senates de nourriture « au roi étemel Jésus-Christ avant et après la ré- « surrection. A cause de toutes ces choses, vous « êtes extrdmement obligés de louer et de bénir « Dieu, qui vous a départi tant et de tels bienfaits <c de plus qu'aux autres créatures. » A ces paroles, et aux autres enseignements que saint Antoine ajouta, les poissons commencèrent à ouvrir la gueule, à incliner la tête, et avec ces signes etd&q,-
très marques de respect, selon leur manièfe et leur pouvoir, ils louaient Dieu.
Alors saint Antoine, voyant tout le respect des poissons pour Dieu leur créateur, se réjouit en esprit, et dit à haute voix : « Béni soit le Dieu éter- « nel, parce que les poissons de Teau l'honorent c mieux que ne font les hommes hérétiques, et les c animaux sans raison écoutent mieux sa parole c que les hommes infidèles ! » Or, plus saint Antoine prêchait, et plus la multitude des poissons * augmentait, et aucun d'eux ne quittait la place qu'il avait choisie. A ce miracle, le peuple de h cité commença d'accourir, et, dans ce nombre, les hérétiques dont on a parlé plus haut; lesquels, voyant un miracle si merveilleux et si manifeste, furent émus dans leur cœur, et tous se jetèrent aux pieds de saint Antoine pour entendre sa parole. Alors saint Antoine se mit à prêcher la foi catholique : il prêcha d'une manière si élevée, que tous les hérétiques se convertirent et revinrent i la vraie foi du Christ, et tous les fidèles demeurèrent consolés avec une grande allégresse et fortifiés dans la foi. Cela fait, saint Antoine congédia les poissons avec la bénédiction de Dieu , et tous partirent en donnant des marques extraordinaires de joie, et le peuple de même. Ensuite saint Antoine resta à Rimini plusieurs jours, prêchant et
recueillant beaucoup de fruits spirituels dans les âmes.
La conversioD, la yie, les mincies et la mort du saint frère Jean
de la Penna.
Frère Jean de la Penna^ tout jeune et encore séculier, vivait dans la province de la Marche, quand une nuit lui apparut un très-bel enfantqui l'appela, et lui dit : a Jean, va à Saint-Étiebne où prêche un « de mes frères Mineurs, crois à sa doctrine, sois <x attentif à ses paroles, car c'est moi qui Tai « envoyé. Après cela, tu as à faire un grand voyage, <c et puis tu viendras à moi. » Sur ce, le jeune homme se leva aussitôt, et, sentant un grand ébranlement dans son âme, il alla à Saint-Étienne, où il trouva une grande multitude d'hommes et de femmes qui s'y tenaient pour entendre la prédication ; celui qui devait y prêcher était un frère qui avait nom Philippe, des plus anciens de l'Ordre, et qui était venu dans la Marche d'Âncône. Ce frère Philippe monta en chaire; il prêcha, non pas avec des paroles de science humaine, mais avec la véHu de l'esprit du Christ, annonçant le royaume de la vie éternelle.
370 LIS KRns ruMs
La piAlieation finie» ledil j^ine homme ia
trouver frère Philippe, et lui dit : « Père, s'il foos c plaisait de me recevoir dans l*Ordbre, j'y ferais « volontiers pénitence, et j'y servirais Notre^ c gneur Jésus-Christ. » .Frère Philippe, reeoonaissant en lui une merveilleuse innocence et une volonté prompte à servir Dieu, lui dit : c Tu vieo- « dvas me trouver tel jour à Recanati, et je te ferai « recevoir ; 9 car dans ce lieu devait se tenir ie chapitre pro^cial. Et ce jeune hommév. qui était très-pur, pensa que c'était là le grand voyage qa'ii lui fallait faire selon la révélation qu'il avait eœ, puis qu'il s'en irait en Paradis, ce qu'il erojait devoir arriver aussitôt qu'il serait reçu dans l'Ch^ dre. II alla donc et fut reçu, et vit que ses pensées ne s'accomplissaient pas. Mais comme le ministre de l'Ordre déclara en plein chapitre que, si quelqu'un voulait aller dans la province de Provence pour acquérir le mérite de la sainte obéissance, il lui en donnerait volontiers le congé, un très-grand désir vint à frère Jean de s'y rendre. Il pensait dans son cœur que c'était le grand voyage qu'il devait faire avant d'aller en Paradis; mais il avait honte de le dire. Finalement il se conGa à frère Philippe, qui l'avait fait recevoir dans l'Ordre, et le pria tendrement de lui obtenir la grâce d'aller en Provence. Alors frère Philippe, voyant sa pureté
DE SAII9T FRAliÇOIS. 371
et son inteihtion sainte, lui obtint cette jpevmission. Donc frère Jean se mit en route avec une graçde joie, se persuadant qu'au bout de ce voyage il s'en irait en Paradis ; naais il phit à Dieu qu'il restât dans cette province vingt-cinq ans, avec la même attente et le même désir, menant une vie souverainement hoiméte, sainte et exemplaire ; croissant toujours dans la vertu, la grâce deiPieiu et la i^feur du peuple: car il était extrêmûment ajuné des frères et des séculiers. Et frère Jaaa-ae tenant un jour dévotement en oraison, pleurant et se lamentant, parce que son désir ne s'accomplissait pas, et que le pèlerinage de sa vie se prolongeait trop, le Christ béni lui apparut. Â cet aspect, il sentit son âme se fondre, et le Christ lui. dît : c Frère Jean, c mon fils, demande*moi ce que tu veux. » Il répondit : « Mon Seigneur^ je ne 9a^jte demander « rien autre que toi*méme, car je iieéésire aucune « autre chose; mais je te; prie seulement de ceci, <c que tu me pardonnes tous mes péchés, et que tu d me fasses la grâce de te revoir une autre fois « quand j^en aurai le plus besoin, » Jésus lui dit : € Ta prière est exaucée. x> Et, cela dit, il partit, et frère Jean resta tout consolé.
Finalement, le bruit de sa sainteté étant allé jusqu'aux frères de la Marche, ceux-ci firent tant auprès du général de l'Ordre, qu'il lui manda par
la saimle dbâssmee de refcnir dans la Marche. Et reopfant «t ordie, il se mil joyeusement en chemin. D pensait qne^ ee Topge fini, il devait s'e& aller au cid, selon la pranesse dn Christ. Mais, retourné q[U*il fol dans la proiinoe de la Mardie, il j TJcul traite ans» et il n'était plus reeoimn d 'aucun de s» parents, el tous les jours il atlesdailque la misérioiwde de Dieu lui tînt sa promesse. Pendant œ hnps il remplit plusieurs fois Toffioe de gardien aiiecnne grande sagesse; par lui dm opéra beaucoup de miracles, éLy parmi les dons fpi*il eut de Dieu, il reçut Tesprit de prophétie. Une fois donc, comme il était hors dn couvent, ob de ses novices fol combattu par le démon, et si fortement tenté, que, se rendant à la t^itation, il délibéra en lui-même de quitter TOrdre dès que frère Jean serait rentré. Or frère Jean ayant conna par Tesprit de prophétie la tentation et la délibération qui l'avait suivie, il retourna incontinent au logis, fit appeler le novice, et lui ordonna de se confesser ; mais, avant de le confesser, il lui raconta de point en point toute la tentation, selon que Dieu la lui avait révélée, et il conclut en disant : a Mon fils, parce que tu m'as attendu, et que tu c n^as pas voulu partir sans ma bénédiction. Dieu € t'a fait cette faveur que jamais tu ne sortiras de « cet Ordre, mais tu y mourras avec la grâce
i « divine. » Alors le novice fut confirmé dans son i bon propos, et, restant dans l'Ordre, il devint un k saint religieux. Toutes ces choses m'ont été raconi tées par frère Ugolin.
I Frère Jean était un homme de grande oraison i et dévotion. Jamais, après matines, il ne retournait dans sa cellule, mais il restait dans l'église en oraison juscpi'au jour. Or, une nuit qu'après matines il était resté en prières, l'amende Dieu lui apparut et lui dit : c Frère Jean, .t« as achevé le « voyage dont tu as si longtemps attendu le terme. < C'est pourquoi je t'avertis, de la part de Dieu, € de demander telle grâce que tu voudras ; et je « t'annonce encore que tu as à choisir ce que tu « préfères, ou d'un jour de purgatoire, ou de sept € jours de peines en ce monde. » Et frère Jean choisissant plutôt sept jours de peiiiMMi en ce monde, il fut aussitôt malade de diverses maladies : il lui prit une fièvre violente et la goutte aux mains et aux pieds, et des douleurs au flanc, et beaucoup d'autres maux. Mais le pire était qu'un démon se tenait devant lui, ayant en main un grand papier où il montrait écrits tous les péchés qu'il avait jamais faits ou pensés. Et le démon lui disait : « Pour ces péchés que tu as commis par la pensée, « par la langue et par les actions, tu es damné « dans les profondeurs de l'enfer. » Pour lui, il
M4 LES PSIRES FLEims
ne se rappelait plus aucun bi^i qu'il eût jamais &it, ni aucun mérite qu'il eût jamais ^i; mais il se croyait réprouvé comme le démon le lui disait Et quand on lui demandait comment il se tnm^t, il répondait : c Mal, parce que je suis damné. > Et les frères, voyant cela, ^ivoyèrent chercher us vieux religieux qui s^appelait frère Matthieu de Monte RubbianOy qui était un saint homme et trèsgrand ami de frère Jean ; et ledit frère Matthiea, étant arrivé près de lui le septième jour de sa tribulation, le salua et lui demanda conuaient il était Il répondit qu'il était mal, parce qu'il était damné. Alors frère Matthieu lui dit : « Ne te rappelles-tu «. donc plus que tu t*es bien des fois confessé à moi, € et que je t'ai pleinement absous de tous tes € péchés? Ne te rappelles-tu pas encore que tu as « fidèlement servi Dieu dans ce saint Ordre pen- « dant beaucoup d'années? Après cela, ne te rap- € pclles-tu point que la miséricorde de Dieu « excède tous les péchés du monde, et que le € Christ béni, notre Sauveur, a payé un prix « infini pour nous racheter? Aie donc bonne espé- € rance, car je tiens pour certain que tu es sauvé. » Et, après ces paroles, comme le mourant était au terme de sa purification, la tentation s'éloigna et la consolation vint. Alors, avec une grande joie, frère Jean dit à frère Matthieu : « Tu es fatigué et
€ l'heure est avancée; je te prie donc d'aller pren- « dre du repos. » Et frère Matthieu ne voulait pas le quitter; mais finalement, à sa grande instance, il se sépara de lui et alla se reposer; frère Jean resta seul avec le religieut qui le servait: Et vdilà le Christ béni qui vient avec une très^rande splendeur et une odeur dVne excessive suavité, ainsi qu'il lui avait: promis de lui sq^^araître encore une fois, quand il. en a.uraitle plus besoin; et il le guérit parfaitement de tous ses imîttK. Âlons frère Jean, les iftains jointes, r em^cia Dieu qui donnait une si heureuse fin à son grand voyage dans jtette misérable vie ; il se remit aux mains du Christ et rendit son âme à Dieu, passant de cette vie mortelle à la vie étemelle, avec le Christ béni, qu'il avait si longtemps désiré et attendu. Et ce frère Jean repose dans le couvent de la Penna de Saint- Jean. ^
Comment firère Pacifique, étant en oraison, Tit Tâme de son frère
aller au eiel.
Dans la province de la Marche, après la mort de saint François, deux frères vivaient sous la Règle : l'un se nommait frère Humble, et l'autre • frère Pacifique, et tous deux furent des hommes d'une
S76 LES PETITES FLBOBS
très'-grande sainteté et d'une grande pprfectioa L'un, frère Humble, résidait aa couvent de Sof^ fiano, où il mourut: et l'autre demeurait dans vi autre couvent très-loin de là.
Il plut à Dieu que frère Pacifique, étant un jour en oraison dans un lieu solitaire, tût ravi ei extase, et vît l'ânie de frère Humble, son £r^ qui se détachait du corps, et qui allait droit ai ciel sans retard et sans empêchement. U advinl qu'après beaucoup d'années ce frère PacilBque fot envoyé dans le couvent de Soffiano, où son frère était mort. En ce temps, les frères, à la demande des seigneurs de Bruforte, passèrent de ce couvent à un autre. Et, entre autres choses, ils transportèrent les reliques des saints frères qui étaient morts dans ce lieu. Quand on en vint à la sépulture do frère Humble, son frère Pacifique prit les ossements, les lava d'un vin précieux, puis les enveloppa dans une nappe blanche, et avec un grand respect et une grande dévotion il les baisait et pleurait. Les autres frères s'en étonnèrent, et ils ne trouvaient pas que ce fût d'un bon exemple; car, pour un homme de si grande sainteté, frère Pacifique leur paraissait pleurer son frère d'un amour trop sensuel et trop terrestre, montrant plus de dévotion à ses restes qu'à ceux des autres frères qui n'avaient pas été de moindre sainteté
DE SAIKT FRAKÇOIS. 377
que frère Humble, et dont les reliques étaient (lignes d'autant de vénération. Et frère Pacifique, connaissant la mauvaise pensée des frères, voulut humblement les satisfaire, et leur dit : « Mes très- " chers frères, ne vous étonnez pas si j'ai fait pour « les os de mon frère ce que je n'ai pas fait pour « les autres. Béni soit Dieu I car ce n'est pas, a comme vous croyez, l'amour charnel qui m'a « entraîné; mais j'ai fait ainsi, parce que, au mo- « meut oii mon frère quitta cette vie, j'étais en € prière dans un lieu désert et loin de lui, et je « vis son âme monter droit au ciel ; je suis donc « certain que ses os sont saints, et qu'ils serontun « jour en paradis. Si Dieu m'avait donné la même « certitude des autres frères, j'aurais rendu le < même respect à leurs ossements. » Et les frères, voyant par ce récit combien les prières de frère Pacifique étaient saintes et dévotes furent trèsédifiés de lui, et louèrent Dieu.
it Trire à qui lu mire du Christ apparat quand il lui apporlsut trois baltes d'élcctuairea.
Dans le couvent de Soffiano, était anciennement un frère Mineur, si grand en sainteté et en grâce,
578 LES PETI1KS FLniRS
qu'il paraissait tout diTin. Souvent il était ravi cd Dieu; et comme il avait particulièremoit h grâce de la contemplation, pendant qu'il ébît ainsi tout absorbé et enlevé en Dieu, il arriva plusieurs fois que les oiseaux de diverses esfkxi venaient à lui et se posaient familièrement sor ses épaules, sur sa tête, sur ses bras et sur set mains, et ils chantaient merveilleusement. Ce frère était très<*solitaire, et parlait peu. Mais, qmi on l'interrogeait sur quelque chose, il répondait si gracieusement, si sagement, qu'il paraissait plutôt un ange qu'un homme; il était très-puissant en oraison et en contemplation, et lés frères l'avaient en grand respect. Or ce religieux, achevant le cours de sa vertueuse vie, selon la volonié divine, fut malade jusqu'à mourir, tellement qu'il ne pouvait plus rien prendre. Avec cela il ne voulait recevoir aucun soin de la médecine terrestre, et toute sa confiance était dans le médecin céleste, Jésus-Christ, et dans sa mère bénie, de laquelle il obtint par la divine clémence d'être miséricordieusement visité et assisté. Donc, un jour qu'il était sur son lit, se disposant à la mort de tout son cœur et de toute sa dévotion, la glorieuse Vierge Marie, mère du Christ, lui apparut avec une trèsgrande multitude d'anges et de saintes Vierges, et entourée d'une merveilleuse splendeur. Elle s'ap-
procha de son lit, et lui, en la regardant, ressentait une très-grande allégresse et un grand soulagement dans son âme et dans son corps; et il commença à la prier humblement de demander à son bicn-aimé fils que, par ses mérites, il le tirât de la prison de cette misérable chair. Et comme il persévérait dans cette prière avec beaucoup de larmes, la Vierge Marie lui répondit, l'appelant par son nom : « Ne crains rien, mon fils, car ta n prière est exaucée, et je suis venue pour te « donner un peu de soulagement avant que tu « partes de cette vie. » Et la Vierge Marie avait à ses côtés trois saintes vierges qui portaient à la main trois boîtes d'électnaires d'un parfum et d'une suavité inexprimables. Alors la Vierge glorieuse prit une de ces boîtes, l'ouvrit, et toute la maison fut remplie d'une bonne odeur; et avec une cuiller elle prit de cet électuaire, et en donna au malade. Et le malade, aussitôt qu'il en eut goûté, sentit tant de soulagement et de douceur, qu'il lui paraissait que son ûme ne pouvait plus rester dans son corps; si bien qu'il commença à dire : « C'est 8 assez, très-sainte mère. Vierge bénie, toi qui « guéris et qui sauves la race humaine : c'est « assez, je ne peux plus supporter tant de sua- « vite. » Mais la compatissante et bonne mère n'en pi-ésenta pas moins plusieurs fois de cet électuaire
580 LES PETITES FLKUIS
au malade, et lui en fit prendre jusqu'à vider toute la boîte. Ensuite, la Yierge bienheureuse prit la seconde boîte, et y mit la cuiller pourloi en donner encore ; et lui se plaignait en disant: <x 0 bienheureuse mère de Dieu I mon âme est « comme fondue par Tardeur et Ja suavité du pre- <x mierélectuaire ; comment pourrais-je suj^rter « le second? Je te prie, toi qui es bénie par^essos « tous les saints, par-dessus tous les anges, de c ne plus m'en donner. » La glorieuse Vierge Marie lui répondit : a Essaye encore un p»D, moB « fils, de cette seconde boîte ; » et lui en donnant un peu, elle ajouta : « Aujourd'hui, mon fils, ti € en as pris autant qu'il t'en faut, mais aie boi « courage, je viendrai bientôt te quérir, et je te a mènerai au royaume de mon fils, que tu as touc jours cherché et désiré. > Et, cela dit, prenant congé de lui, elle s'éloigna, le kissant si consolé et si réconforté par la douceur de cet électuaire, que, pendant plusieurs jours, il vécut encore fort et rassasié, sans prendre aucune nourriture corporelle. Et quelques jours après, comme il pariait gaiement avec les frères, au milieu d'une grande joie et d'une grande allégresse, il quitta cette misérable vie.
DE SAINT FRAfiCOlS.
Du saisi frère Jacques de Fallerone, et cammcnt, après sa mort, il apparut à l'rêre Jean île l'AJveriiB.
Frère Jacques de Fallcrone, homme de grande sainteté, étant tombé gravement malade au couvent de Moliano, dans la garde de Fermo, frère Jean de l'Alverne, qui demeurait à la Massa, apprit sa maladie. Et parce qu'il l'aimait comme son tendre père, il se mit en prière pour lui, demandant à Dieu dévotement, avec oraison mentale, qu'il donnât au frère Jacques la «anlé du corps, si c'était le meilleur pour son âipe. Comme il était dans ces dévotes prières, il fut ravi en extase, el vit dans l'air une grande armée d'anges et de saints au-dessus de sa cellule, qui était dans un bois; et cette apparition répandait une telle splendeur, que tout le pays d'alentour en était illuminé : el parmi ces anges il vit ce frère Jacques malade, pour lequel il priait ; il le vit debout, vêtu de blanc et tout resplendissant de lumière. Il vit encore au milieu d'eux le bienheureux père saint François, orné des sacrés stigmates du Clirist et couvert de gloire ; il vit aussi
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et reconnut le saint frère Lucido et le vieux friw Matthieu de Monte Rubbiano, et plusieurs autns frèi*es qu'il n'avait jamais tus ni connus en cette vie. Et frère Jean regardant avec une grande jm cette bienheureuse troupe de saints, il eut lévélation certaine que l'âme de ce frère malade était sauvée ; qu'il devait mourir de cette mahdie» et après sa mort aller en paradis, mais non pas de suite» parce qu'il devait se purifier un peo en purgatoire. Frère Jean eut une si grande joie de cette révélation, à cause du salut de Tftme de son ami, que de la mort du corps il ne sentait aucune peine ; mais avec une grande tendresse d'esprit il l'appelait, disant en lui-même : c Frère « Jacques» mon doux père; frère Jacques, mon « doux frère ; frère Jacques, très-fidèle serviteur c et ami de Dieu ; frère Jacques, compagnon des c anges et joie des saints ! »
Avec cette certitude et cette joie, frère Jen revint à lui ; et aussitôt il partit du couvent, et alla visiter ce frère Jacques à Moliano. Il le trouva si appesanti, qu'à peine il pouvait parler; il lui annonça la mort de son corps et le salut et la gloire de son âme, selon la certitude qu'il en avait par la révélation divine. Là-dessus frère Jacques eut l'âme et la figure toutes réjouies ; et il reçut son ami avec une grande allégresse et un joyeux sou-
rire, le remerciant de là bonne nouvelle qu'il lui apportait, et se recommandant à lui dévotement. Â.lors frère Jean le pria tendrement de revenir après sa mort le trouver et lui révéler. 3on état; et frère Jacques le lui promit, s'il plaisait à Dieu. Et ces paroles dites, frère Jacques, sentant approcher l'heure de son passage, commença à prononcer dévotement ce verset du psaume : « In ptice in < idipmm dormiam, et requieseam ; » c'est-à-dire : a Je m'endormirai en paix pour la vie étemelle^ « et je me reposerai. » Et, ce verset dit, avec la figure joyeuse et gaie, il passa de cett^ vie à l'autre. Après qu'il fut enseveli, frère Jean retourna au couvent de la Massa, où il attendait la promesse de frère Jacques, et qu'il vînt le trouver au jour convenu. Mais ce jour-là, comme il était en prière, le Christ lui apparut avec une grande compagnie d'anges et de saints, parmi lesquels frère Jacques n'était pas : de quoi frère Jean s'étonna "beaucoup^ et il le recommanda dévotement au Christ. Puis, le jour suivant, frère Jean priant dans la forêt, frère Jacques lui apparut tout joyeux et accompagné des anges. Et frère Jean lui dit : « Oh ! père « très-cher, pourquoi n'es-tu pas venu à moi le « jour que tu m'avais promis ?» Et frère Jacques lui dit : « Parce que j'avais encore besoin de quelc que purification ; maii à cette même heure où
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