‹ Œuvres complètes der A.F Ozanam (volume 5)Chapitre 1 sur 25 · LÀ PAPAUTÉ - LE MONÂGHISMË · texte numérisé non relu

LÀ PAPAUTÉ - LE MONÂGHISMË

Messieurs,

J'ai tenté^^de faire connaître la philosophie de saint Augustin, et nous avons (rouvé que ce beau génie, ce représentant de l'éclectisme chrétien, avait réuni les deux méthodes qui, jusque-là, s'étaient partagé le monde de la pensée : l'intuition et le raisonnement, l'amour et l'intelligence, le mysticisme et le dogmatisme. Nous nous sommes engagés, à sa suite, dans ces deux voies qui mènent à la connaissance de Dieu, et, arrivés à ces hauteurs prodigieuses où il nous conduisait, nous avons compris que la mélaph^s\ç\u^ ^^ m'ûX.

LA av. AU V SIÈCLE II. V

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Aii{^iistiii ail (Vlaiiv, donùnô^ entraîné tous les {jraiuls l'sprlis du nmy«Mi àiio. IVndanl que la doc- Irinc in\>tu|ut' di's Coufcssiohs inspire les âmes couu»in|dali\c's «li* lliiiiiiON el Uichard de Saint- Niilor, c\ i|ue saini Hi>navoultirc écrit le livre de Vltntnanum mvhlts tui /Vï/?m, la démonstration Av l'i'NÎMi'nri' di' Ihiui. roj>ri>o ol jHiusséc à sa deriiiriv iiiiiiiur par >m\\{ Ansolmo. doviondra un des êlriikriii> de la Siiuwui conîTi: ociilcsAc Saint Tho- Ui:i> il \ipim. où iv niaîtiv ovoolionl entreprend tît pii'uxi'i. >an> \o scvoui^ lie rKoiilure sainte, lrv> niiî >oi\anio->i\ proposiiions sur Dieu, rame é-'i :'. .*::'> i'..ppùîl>

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aussi lui conserver un culte, et que, de nos jours encore, les Bédouins des environs de Bone viennent aux lieux où Ton découvre les débris de la basilique d'Augustin pour y honorer tous les vendredis celui qu'ils appellent, d'un nom mystérieux, le grand Romain^ le grand chrétien. La peinture a trouvé dans les récits d'Augustin les sujets inépuisables de ses plus ravissantes compositions : c'est ainsi que Benozzo Gozzoli, dans une église de San Gemignano, ville charmante de la Toscane, qui, perchée sur la colline, défie la curiosité des voyageurs, a représenté en dix tableaux l'histoire de saint Augustin; ces dix fresques, d'une naïveté charmante, nous le montrent à toutes les époques de sa vie, depuis le jour où il fut conduit par ses parents à l'école de Tagaste, priant Dieu de n'être pas battu. : Ainsi les plus beaux génies de l'Italie chrétienne chercheront à se rapprocher de ce génie antique. Pétrarque, tourmenté par une passion qui n'a pas laissé de repos à son âme, écrivant son traité du Mépris du mond% suppo^jgu'il a pour interlocuteur saint Augustin lui-«aôme; et saint Augustin l'avertit qu'il est lié de deux chaînes de diamant qu'il prend pour des trésors, mais qui lui ôtent sa liberté : la gloire et l'amour. Pétrarque défend ses chaînés avec ardeur, il les porte avec joie, il s'en fait honneur, et ne veut pas qu'on loudve V ^^\.

i Docntn uçDJL

amour platonique qui a été rîii$[nratioa de toute sa TÎe et qui l'a tiré de la foule. Mais saint Augustin, avec sa sagesse supérieure, arec son bon sens chrétien, lui montre les périls d'une passion que rien ne définit, d'une passion idéale sans doute, mais qu'il n'aurait jamais conçue, si cette beauté idéale de Laure ne lui était pas apparue sous une forme sensible. Saint Augustin ne voit là qu^une faiblesse et prie Dieu de lui permettre d^accompagner le poète pour le sauver. Pétrarque, vaincu par l'argumentation du saint docteur, se rend enfin, et s'écrie : « Oh ! puisse s'exaucer ta prière ! Puissé- « je, sous les auspices divins, sortir sain et sauf « de ces longs détours, sentir enfin les flots de « mon esprit tomber, le monde se taire autour de « moi, et finir les tentations de la fortune! o

Le christianisme n'était pas venu seulement fondar cette doctrine, qui s'éclaira dans les écrits de éaint Augustin d'une si vive lumière: il était venu, par-dessus tout, fonder une société ; une société qui devait s'ouvr^et recevoir dans ses ran<^ les innombrables banoS j|es barbares déjà en chemin plusieurs siècles avant le christianisme pour se trouver au rendez-vous qui leur était marqué. U faut savoir quelle puissance les attendait pour les subjuguer, les instruire, les policer ; il faut savoir si les grandes institutions catholiques s'introduisi-

rent, ainsi qu'on Ta beaucoup répété, à la faveur de la barbarie, et comme furtivement, dans la grande nuit de l'esprit humain.

Parmi les institutions qui devaient agir avec le plus de puissance sur le moyen âge, il en est deux auxquelles je m'arrête, que je détache des autres à cause de leur prépondérance incontestée, je veux dire la papauté et le monachisme. Il faut remonter à leur origine, considérer ce qu'était leur force au moment où elles furent appelées à l'exercer, voir si elles la déployèrent potir le salut ou pour la corruption du genre humain.

Ce n'est pas le lieu de renouveler les anciennes controverses relatives à l'origine de la papauté; l'équité moderne a réduit les exagérations passionnées de nos devanciers, et aujourd'hui on ne regarde plus la papauté comme une usurpation préméditée et coupable de quelques prêtres ambîtiesîix. Une cjîtique plus impartiale Ta considérée comme l'œuvre historique des siècles, comme la conséquence temporaire d'un certata développement que devait traverser le christianisme. Le christianisme commence, dit-on, à faire son avènement dans les consciences, dans la solitude intérieure de la personne humaine, et le chrétien des premiers siècles, du temps des apôtres, se suffît à lui-même-^ il eç»t son propre roi 'et son propre prêtre. YXw^V^'c^/^

éprouve le besoin d'un rapprochement, et en même temps celui d'une autorité et d'une règle commune, et, vers la fin du premier siècle, le clergé se sépare et se distingue du peuple. C'est au second siècle seulement qu'on voit se détacher, dominer la puissance épiscopale; au troisième siècle, les évèqfûes des différentes villes se subordonnent naturellement aux métropoles des provinces, et ainsi §e créait, à l'exemple de la constitution des provinces romaines, le pouvoir des évêques et archevêques métropolitains. Enfin, au quatrième siècle, lorsque l'Europe, l'Asie, l'Afrique, cherchent à avoir leur existence à part, les trois capitales de ces parties du monde deviennent trois grands patriarcats : Antioche pour l'Asie, Alexandrie pour l'Afrique, Rome pour l'Europe. — Dans les deux siècles qui suivront, lorsque les barbares auront séparé l'Occident de rOrient, il se trouvera, sans usurpation, saqi tyranie, sans outrage à l'humanité, que l'évêque de Rome, patriarche de l'Occident, est devenu chef suprême de l'Église latine.

Voilà la doctrine répandue au commencement

de ce siècle, qui fait école parmi les meilleurs es-

•^pjrils du protestantisme et fait tous les frais de la

théologie des plus grands écrivains modernes ; qui

a suscité PJanck et Néander, et qui soutient tout

LES INSTITUTIpNS CHRÉTIENÎNES. 7

rédifice de l'histoire ecclésiastique d'un maître excellent, M. Guizot; ce système est considérable parce qu'il est modéré, et c'est par cette raison qu'il faut l'examiner aujourd'hui de plus près, et voir jusqu'à quel point on est fondé à donner accès à des opinions qui sont cependant si répandues, et sont' devenues si dominantes.

D'abord l'antiquité chrétienne n'admet nulle part cet individualisme dont on veut faire le point de départ de la foi. Le christianisme est moins encore une doctrine qu'une société ; le christianisme est amour autant que lumière, et la lumière même ne s'y communique pas seulement par l'étude et la lecture, elle se communique par la parole vivante aussi bien que par la parole écrite, parce qu'il s'agit d'une religion populaire qui sera d'abord celle des pauvres et de ceux qui ne lisent pas ; la lumière comme l'amour s'y communique par le contact, par l'âme. C'est pourquoi saint Paul le considère comme l'âme d'un grand corps, d'un corps unique dont le Christ est le chef et dont les chrétiens sont les membres ; et comme les membres np veulent que par le chef, il s'ensuit que la chrétienté est un corps vivant, par conséquent un corps organisé^ et que, dès le principe, au lieu de consciences épgir-^ ses et solidaires, il faut trouver une véritable société, ayant une constitution, ayant son cWi euWxxV^ ^w

même temps que robéissance el un certain contrôle en bas; en un mot, toutes les conditions d'une société complète. C'est ce qui apparaît dans les premiers écrits du christianisme. Je n'entrerai pas dans une discussion minutieuse des textes, pour établir que dans les Actes des apôtres on voit partout, sous la présidence de Pierre, agir le collège des apôtres qui revêtent la puissance épiscopale, instituent des prêtres, ordonnent des diacres, et qu'autour d'eux est le peuple chrétien dont ils ne se séparent pas, mais dont ils se distinguent.

Ainsi, dès cette époque, il y a des prêtres et non pas seulemeot des évoques. C'est là que se trouve unpoiçtcc^troversé, parce que, l'évêque lui-même ayant revêtu le sacerdoce, souvent le nom de prêtre lui est communiqué ; mais on ne cite pas un seul texte dans lequel le simple prêtre ait, à son tour, le nom d'évêque ; et, sans s'arrêter à des controverses minutieuses, où il est facile de perdre le temps et la lumière, n'est-il pas évident que saint Paul, dans l'épître à Tite, et dans l'épître à Timothée, leur confère le droit de juger des prêtres qui seront moins qu'eux, puisqu'ils ressortissent à leur tribunal ? Ainsi, dès les premiers temps, une ^hiérarchie apparaît, déjà fortement constituée (1).

(\) Voir les notes à la fin de la leçon.

Je pourrais citer ensuite, dès la fin du premier siècle, et au commencement du second, les épîtres de saint Ignace d'Antioche; mais elles sont si formelles, que les adversaires de l'opinion que je professe les ont écartées en les déclarant apocryphes, ne pouvant pas regarder comme authentiques des termes qui les condamnent d'une manière si expresse. J'éloigne donc ces titres contestés pour m'en tenir à ceux qu'on ne conteste pas.

J'arrive à saint Irénée, à Tertullien, à saint Cyprien, les plus anciens écrivains qui aient touché à l'organisation ecclésiastique, et qui paraissent à la fin du deuxième siècle; qui, tenant à la fois à l'Orient et à l'Occident, exprimen^^opinion de l'Église universelle. Ces trois grands docteurs s'accordent sur tous les points essentiels ; au milieu de la lutte et du conflit des doctrines opposées, des hérésies qui se disputent la chrétienté et déchirent les passages de l'Écriture sainte, ils reconnaissent unanimement la nécessité d'une tradition pour interpréter les Écritures, et la présence de cette tradition dans un corps : l'Église (1). Ce corps leur apparaît comme rempli d'une lumière qui est uni-

La tradition réside dans l'Église une et universelle : comme un seul soleil, comme un seul arbre, comme une 8eu\(i sowxcïb.^w^ ^a VÈgYisepas de chrétiens, pas de martyrs.

versellc, comme le soleil qui est un, mais qui répand ses rayons sur toute la terre ; ce corps emprunte sa force à l'autorité divine; l'Esprit-Saint l'habite et le rajeunit sans cesse, « comme une li- « queur précieuse qui parfume et conserve le vase « où elle est contenue. » Mais l'Esprit-Saint ne s'est transmis que par l'intermédiaire des apôtres ; Tépiscopat n'est donc autre chose que la continuation de l'apostolat : en sorte qu'au temps de saint Irénée, à la fin du second siècle, chacune des grandes églises conserve la suite de ses évêques, mais n'en a jamais qu'un seul à la fois. Ainsi s'établit la distinction de l'épiscopat d'avec le reste du sacerdoce; Mais, en même temps, paraît un plus grand pouvoir : l'évêque constitue l'unité de l'Eglise particulière; mais toutes ces unités épiscopales ont besoin d'un centre commun. C'est pourquoi saint Cyprien, dans son livre de Unitate Ecclesix^ professe que l'unité de l'Église doit être visible, et que c'est pour cela que le Christ a fondé l'Église sur l'apôtre Pierre, afin que cette unité, ainsi personnifiée, fût plus visible. Cette primauté de Pierre, cette unité qu'il représente, cette puissaîice de l'Église, saint Cyprien ne la borne pas au temps de la vie de l'apôtre, il la prolonge, il la maintient dans le siège de saint Pierre, et, dans une lettre au pape Corneille^ il nomme le siège de saint Pierre

LES INSTITUTIONS CHRÉTIENNES. il

l'Église principale d'où l'unité du sacerdoce est issue (1).

Tertullien tenait à peu près le même langage ; mais on pourrait dire qu'ils sont tous deux Africains, Occidentaux, qu'ils subissent l'influence indirecte de Rome et des idées latines. Il faut donc trouver, pour les contrôler, quelque témoignage qui émane d'une autre partie de l'Église, de l'Église d'Orient : ce témoignage se trouve dans saint Irénée, qui écrit avant eux vers la fin du second siècle, et qui nous représente la succession épiscopale remontant, sans interruption, jusqu'aux apôtres. Pour abréger, et ne pas énumérer cette succession dans chaque ville, il s'arrête à l'Église de Rome, avec laquelle, dit-il, à cause de sa primauté supérieure, doivent s'accorder toutes les églises, c'està-dire les fidèles qui. sont partout. Ces textes sont incontestés, reconnus, admis par Néander et Planck, ils les réduisent à dire que dans le temps de saint Cyprien, de Tertullien et d'Irénée, l'esprit primitif de l'Évangile s'était perdu ; dès lors, suivant eux, le judaïsme triomphe, la doctrine de Paul s'est voilée, c'est l'esprit judaïsant qui s'est introduit dans l'Église afin de la constituer à l'exemple de la synagogue, et de lui donner pour chef, comme

(1) Et ad Pétri cathedram atque ecclesiam principalem unde unitas saceràotalis exorta esL (S. Ôypr., Ep. 5^, ad CoTtw\\um>^

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LES INSTITUTIONS CHRÉTIENNBS. 13

le de Dieu, et faisant jaillir, sous sa verge épis- )pale, les eaux auxquelles doit se désaltérer Thulanité croyante.

De celle sorte s'établit la constitution primitive e rÉglise : l'autorilé s'y est fondée par Tintervenion de Dieu même; c'est d'en haut qu'elle vient, lie est consacrée par l'institution divine, elle est isible, elle descend des apôtres aux évêques, des vêques à leurs ministres. Mais, en même temps, a liberté y a sa part. Le souverain pontife ne fait ien sans avoir consulté ses frères dans l'épiscopat, 'évêque ses frères dans le sacerdoce, et le prêtre l'est rien à l'autel sans l'Église entière, sans le ►euple des fidèles qui l'entoure de ses prières et orrespond avec lui .

Ainsi la part de Dieu et la part du peuple chréien, l'autorité et la liberté, tous les éléments esseniels d'une société nouvelle, sont contenus dans cette liérarchie, dans cette constitution de l'Eglise primiive à des temps si reculés, avant la fin du second iècle. Lorsque, placée encore sous la menace des ersécutions, traquée, poursuivie sans cesse, elle 'occupait peu à laisser des traces de son passage t des institutions qui auraient pu sans doute nous clairer aujourd'hui, mais aussi trahir alors la etraite des croyants ; dès cette époque donc, malré les difficultés, malgré les périls, la ques>lvow

s'éclaire de lumières qu'on ne peut méconnaître, et la papauté commence à exercer son influence, selon le progrès des temps et l'accroissement des dangers.

Voilà, en effet, où se trouve le développement historique, non pas dans le principe de l'autorité, mais dans l'exercice de celte autorité qui, dès les commencements, s'exprime et se montre avec une énergie singulière; car je trouve Tertullien reprochant à un pape, son contemporain, d'avoir pris le titre de episcopus episcoporum et de ponlifex maximm. Ces expressions sont bien fortes, et l'une d'elles, la première, n'a pas été souvent prise par les papes des temps modernes : le titre qu'ils ont ^ préféré, et dans lequel ils ont trouvé une garantie bien plus forte, est celui de serviteur des serviteurs de Dieu.

Plus tard, de grandes contestations s'élèvent, non-seulement en Occident, mais en Orient, et jettent un éclat qui ne permet pas le doute. Trois grandes questions agitent»les esprits : la célébration de la Pâque, le baptême administré par les hérétiques, et la querelle de Denys, patriarche d'Alexandrie. Toutes les églises d'Asie célébraient la Pâque à l'époque choisie parles Juifs, le quatorzième jour, au lieu de la célébrer, comme les autres, le premier dimanche après le jour de la résurrection ; le

pape Victor interdit et excommunie les églises d'Asie. Plus tard, les Africains, saint Cyprien à leur tête, décident que le baptême donné par les hérétiques n'est pas valide et qu'il faut le renouveler; Rome décide, au contraire, que le baptême conféré par les hérétiques avec les cérémonies voulues est valide et qu'il ne faut pas le renouveler : elle excommunie les églises d'Afrique qui se soumettent. Plus tard encore, Denys d'Alexandrie, combattant l'hérésie de Sabellius, laisse échapper cette expression h^ue le c( Christ n'est pas le fils, mais l'œuvre de s^nHeu ; » l'évêque de Rome le somme de s'expliquer: Denys s'explique, se justifie et retire son expression.

Ainsi, dans ces trois grandes affaires touchant le dogme, la papauté intervient toujours comme une puissance qui n'admet pas d'égale.

Au quatrième siècle, dans cet âge si rempli d'éclat, où tant de grands hommes sont assis sur le siège épiscopal en Orient et en Occident, au milieu de tant de clartés, on voit la puissance pontificale l'econnue et proclamée en des termes bien forts par saint Athanase, le grand patriarche d'Alexandrie, qui déclare que c'est du siège de saint Pierre que les évêques ses prédécesseurs tirent leur ordination et leur doctrine, par Optât de Milève, par saint Jérôme, par saint Augustin, en un mot.

par loul ce que TÉglise a eu de plus grand. En même temps, sa puissance continue de s'exercer : elle s'exerce quand les papes Jules P' et Dumase déposent ou réintègrent des patriarches d'Alexandrie, de Constantinople ou d'Anlioche, lorsque les légats du saint-siége prennent rang les premiers à Nicée, à Sardique, en 347, et déclarent que les appels de toutes les sentences épiscopales pourront être portés au siège de l'Église de Rome. Dans l'assemblée d'Éphèse, c'est encore à la poursuite et à la diligence de saint Cyrille, appuyé de l'autorit du pape Célestin, qne les évêques réunis de l'Orièfll prononcent dans l'affaire de Nestorius. ' .

On ne saurait donc contester qu'au quatrième siècle la papauté ne soit déjà en possession de toute sa puissance. Cependant il ne faut pas voir là l'œuvre des empereurs romains devenus chrétiens, qui auraient communiqué la moitié de leur pourpre et de leur éclat à l'évêque de la ville impériale. En effet, à peine Constantin est-il chrétien, qu'il porte le siège .de son empire à Byzance; l'intérêt de ses successeurs est de fortifier le pouvoir des patriarches de Constantinople, de les élever le plus haut possible, et de s'en faire en même temps des serviteurs dociles et obéissants. Ils y travailleront, ils y réussiront, mais ce n'est pas pour le pontife de home çu'ils se sont épuisés ainsi de çolitique

et d'habileté ; loin de là, s'ils ont mis la main à Tœuvre, ç'a^été pour l'abaissement du pontificat romain i.JPilSa autre côlé, ce n'est pas le génie des papes qui les a élevés à cette hauteur : car il ne s'est pas rencontré dans les quatre premiers siècles un grand homme pour occuper le siège de Rome ; c'étaient des martyrs, des esprits sages, des hommes de gouvernement sans doute, pontifes obscurs qui devaient fonder une puissance éclatante. Mais Jules V et Damase eux-mêmes n'avaient rien de .comparable à ces puissants esprits qui faisaient l^^prgueil de l'Asie et de la Grèce : il n'était pas un Biége en Orient qui n'eût été illustré par de plus grands hommes ; Alexandrie avait eu Athanase, Cyrille ; Antioche et Constantinople avaient vu s'asseoir dans leur chaire saint Grégoire de Nysse, saint Jean Chrysostome. Le génie était en Orienr, mais l'autorité en Occident.

Le premier homme de génie, le premier grand esprit qui paraît à Rome pour y revêtir les insignes du pontificat, c'est saint Léon le Grand, un des hommes qui devaient le plus contribuer à donner à la papauté, non de l'autorité, mais l'exemple de cette action nouvelle qu'elle allait exercer en présence du monde barbare.

Le 29 septembre 440, le pape Sixte III était mort : le clergé de ^ome se rassenibla el fe\w\. V ^'5\

place Léon, archidiacre de l'Église romaine. Il était désigné à ce choix par la grande confiance que lui avaient montrée le pontife et les empereurs : car alors même il était dans la Gaule occupé à réconcilier Aétius et Albinus, qui avaient tourné leurs armes l'un contre l'autre. Léon s'était encore signalé par sou zèle pour la foi, combattant les héré^ rétiques, favorisant les lettres chrétiennes, honorant de son amitié Prosper d'Aquitaine et Cassien. Lui-même était savant, lettré, et son éloquence l'avait fait appeler le Démosthène chrétien. Chargé de revêtir l'autorité antique des pontifes romains, il montra, dès les premiers jours, qu'il en connaissait toute la grandeur. En effet, nous avons le discours qu'il prononça pour remercier le peuple, et qu'il renouvelait ensuite d'année en année le jour de son élection : il y rend grâces au peuple, au clergé de l'avoir choisi, il se plaint avec modestie de la grandeur du fardeau, il met sa confiance en Dieu et dans l'amour de l'Église qui en portera une part, surtout dans l'apôtre Pierre, assis immobile et invisible derrière ses très-indignes héritiers. Il y développe une doctrine qui n'est autre que celle de saint Cyprien, et qui, sans être plus hardie que celle de saint Athanase, est seulement plus explicite.

« Le Sauveur accorde à Pierre le partage de son

a autorité, et s'il voulut donner aux autres princes de <( rÉglise quelque chose de commun avec lui, c'est « par Pierre qu'il leur communique tout ce qu'il a ne leur refuse point; mais Pierre n'a pas quitté a avec la vie le gouvernement de son Église. Minis- « tre immortel du sacerdoce, il est le fondement de « toute la foi, et c'est lui qui par toute l'Église dit « encore tous les jours : Vous êtes le Christ, Fil» du « Dieu vivant. Et qui douterait que sa sollicitude « ne s'étende à toutes les Églises ? Dans le prince « des apôtres vit cet amour de Dieu etd^s hommes, « que n'effrayèrent ni les chaînes, ni la prison, ni « les colères.de la multitude, ni les menaces des a tyrans, et cette foi insurmontable qui ne périt c( ni dans le combat ni dans le triomphe. Il parle « dans les actes, les jugements, les prières de son « successeur, en qui l'épiscopat s'accorde à recon- « naître, non le pasteur d'une cité, mais le primat « de toutes les églises (1). »

Il est impossible de s'exprimer en termes plus formels, et il est impossible de pousser plus loin l'ignorance que ne le font ceux qui, ne connaissant pas ces paroles, ont cru pouvoir faire dater la primauté papale de Grégoire le Grand ou de Grégoire YII.

(1 ) Non solum hujus sQdis prœsulem, sed et omnium e^kecy^wxxwv noYerunt esse primatem.

Arrivé, en effet, au souverain pontificat si tard et dans des circonstances si calamiteuses pour l'Église et pour Tempire, la Providence n'avait pas épargné à saint Léon les difficultés de sa mission. D'un autre côté, il avait à sauver le christianisme des hérésies qui le déchiraient ; car cette épreuve de l'hérésie ne devait jamais être suspendue, les . efforts que Tarianisme et le manichéisme avaient faits pour déchirer la doctrine se reproduisent sous d'autres formes au milieu du cinquième siècle. Le combat se restreint alors sur un point, le dogme de l'Incarnation et la persotme du Christ. On accorde, avec le concile de Nicée, qu'elle est divine; mais on se divise sur la façon d'entendre ce mystère. Pour que le Christ ait pu remplir sa mission, il fallait qu'il fût homme-Dieu : homme, car autrement l'humanité n'expie pas en sa personne; Dieu, sans cela le mystère de la Rédemption n'est pas accompli. Mais les profondeurs de ce mystère étonnent les esprits, et ils se partagent en deux: sectes : les uns attaquent la divinité, les autres l'humanité.

Vers 426, le patriarche de Constantinople, Nestorius, dans un discours prononcé en présence de tout le peuple assemblé, déclare qu'il y avait hérésie à appeler la mère du Christ mère de Dieu ; que dans le Christ il y avait deux personnes dis-

lincles : une personne divine et une personne humaine, un homme en qui le Verbe avait habité comme Dieu habite dans un temple, sans plus d'union qu'il n'en existe entre le sanctuaire et le Dieu qui y réside. C'était la transformation de la doctrine d'Arius ; c'était un effort fait pour nier la présence de Dieu dans le Christ, pour séparer ce que le Christ avait uni ; c'était nous représenter dans la personne du Sauveur un sage, un homme plus éclairé que les autres, en communication plus étroite avec la Divinité, mais que rien n'aurait dé- ^laché du reste des hommes. On était conduit par cette tendance philosophique, rationnelle, à nier le surnaturel, sans s'apercevoir que c'était détruire le mystère» la foi, en un mot la religion.

Aussi l'Orient s'émut à la doctrine de Nestorius; et le concile tenu à Éphèse en 431, à la poursuite et sur les instances pressantes du pape Célestin, condamna l'hérésiarque, et la doctrine contraire fut définie et reconnue : dans le Christ résidait une seule personne en deux natures.

Un peu plus tard, l'archimandrite d'un grand monastère de Constantinople, Eutychès, combattant Nestorius, et poussant le zèle de la controverse jusqu'à l'excès, en vint à dire que dans le Christ il n'y avait qu'une personne et qu'une seule nature, que la nature humaine était absorbée par

1& ftOCZElE

b nature diriiie. qu'ainsi le Ckii«t n'aivait pas ea de corp^ seinblable au nôtre, pas de chair eonsub* stantielle à la nôtre, et que c'était Dieu tout seul, Dieu lui-même, qui, dépouillant smi impassibilité, avait soufTert et était mort sur la croix, fl faisait une dÎTinité sonfTrânle, mourante, en sorte qu'il retournait à un véritable paganisme, ccmfondant les attributs de la divinité avec ceux de rhumanilé.

Sa doctrine attira l'attention de Flavien, patriar* cbe de Constantinople, qui le déposa. Eutychès tourna alors les yeux vers le lieu que déjà les chréti^is s'étaient habitués à considérer comme le sanctuaire de toute sagesse et de toute justice : il en appela à Rome ; mais, pour plus de sûreté, il en appelait en même temps à TempereuBii* auprès duquel il avait l'appui d'£udoxie et de Ghrysaphe. Grâce à cette intervention, il fut renvoyé absous par le conciliabule tenu à Ephèse, en 449, et il lui fut donné raison sur tous les points (1). Ces intrigues n'avaient pas trompé l'esprit clairvoyant de Léon, qui tenait l'œil fixé sur ces théologiens égarés, destinés à pousser un jour le délire jusqu'à disputer de la nature de la lumière du Thabor, au moment où le Turc serait sur la brèche de Constantinople. Léon était déjà intervenu avec toute la grandeur,

(1) Voir les notes à la fin de la leçon^ I.

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loutela sagesse et le bon sens de l'esprit romain. Il avait écrit des lettres dans lesquelles il fixait le sens contesté, et avec une persévérance infinie, renversant tous les obstacles que lui opposait l'intrigue, il avait fini par obtenir la convocation d'un grand concile à Chalcédoine, en 451 . Il ne choisit pas un lieu éloigné de la cour, mais une ville d'Asie, à la porte de Constanlinople, parce qu'il n'a pas peur des embarras qu'on lui suscite : il connaît jusqu'où peut aller le pouvoir de la parole et de l'esprit. En effet, la lettre (1) qu'il écrivit à cette occaâonest considérée comme un grand monument de l'antiquité ecclésiastique ; elle prit place dans le dogme^énéré de l'Église grecque, et fut traduite dans les langues de tout l'Orient. Je ne puis cependant en lire qu'un fragment, qui montre la sagesse avec laquelle Léon le Grand demeure dans le vrai et loin de tout excès : « Nous ne pouvions, dit-il, « surmonter le péché et la mort, si celui qui ne « pouvait être retenu par la mort, ni atteint par le « péché, n'avait pris notre nature et ne l'avait faite « sienne. Il • est Dieu, puisqu'il est écrit : « Au « commencement était le Verbe. » Il est homme, «r puisqu'il est écrit : « Le Verbe s'est fait chair. » Cette doctrine ferme, lumineuse, qui se tenait

(1) Voir ]es notes à la £n de la leçon, IL

31 DOUZIÈME LEÇOn.

avec U d'exactitude dans les limites du vrai, saisit et subjugua les esprits de ces Orientaux rassemblés à Chalcédoiiie, et dans la seconde session» après avoir lu le symbole de Nicée, les lettres d^a Cyrille e1 de Léon, ils s'écrièrent : « C'est la foi dess o Pères, c'est la foi des Apôtres. Nous croyons tou^ « ainsi ; anathèiiie à qui ne croit pas ainsi. Pïerr'^ « a parlé par la bouche de Léon; Léon a enseiga m « selon Li vérité et la piété. C'est la foi de tous l^sJl « catholiques : nous pensons tous ainsi, n

C'estainsi que fut décidée cette grande coniro-" verse. Léon le Grand avait fait acte de foi, car iJ avait de nouveau conservé au christianisme soU caractère de religion, il n'aviiitiias soutïert qu'ii dégénérât en paganisme ni en philosophie; il avait fait acte de foi, car il avait maintenu les mystères ; il n'avait pas permis qu'ils devinssent un système avec Nestorius, un mythe avec Eutychès; le système s'adresse à la raison, le mythe à l'imagination, le mystère à la foi. La foi s'enfonce dans le mystère, avec le même courage que l'homme juste mourant s'enfonce diins les ténèbres de la mort : il sait bien que dans ces ténèbres il trouvera une autre lumière plus jiure, et dans cette défaillance de la vie, une autrr vie. Le grand esprit de Léon sait bien qu'en a'eiiliini^ant diuis ces obscurités delà foi, il trouvera une autre vie, la vie surnaturelle de la grâce que

Dieu donne à ceux qui croient. La puissance de subjuguer est accordée à ceux qui croient, et non pas seulement à ceux qui raisonnent et qui disputent : aussi l'affirmation énergique de ce Romain fait taire quelque temps ces sophistes de l'Orient, et l'Église rentre un instant dans le silence de la pensée, de la raison et de la foi.

En même temps saint Léon sauvait, en Occident, la civilisation des périls de la barbarie. C'était, en effet, l'ère des invasions, et l'empire présentait bien peu de ressources pour résister à ces armements formidables qui agitaient les steppes de l'Asie et se prolongeaient même au delà du Rhin, puisque déjà les barbares avaient envahi les Gaules, l'Espagne, et se trouvaient maîtres de l'Afrique.

Au milieu de celte agitation, les ressources officielles de la civilisation se réduisent à bien peu de chose. Dans Ravenne se trouve l'empereur Valentinien III, sous la tutelle de sa mère Placidie : c'était un prince faible, et, dès lors, ce qui n'étonne pas, un prince mauvais. Il était servi par deux grands hommes d'épée, Aétius et Roniface ; mais en même temps par deux traîtres qui se détestaient, capables, pour se perdre l'un l'autre, de perdre leur maître avec eux : Aétius, qui négocia continuellement avec les Huns ; Roniface, qui vendit l'Afrique aux Vandales ; Aétius, qui tua Roniface de sa m^m eX. ^\

uav. àu y* SIÈCLE, u, %,

fut poignardé par la main de Valentinien, destiné à tomber lui-même sous le poignard de Pétronius Maximus, dont il avait outragé la femnae. Maximus succéda à son trône et à sa couche, jusqu'à ce que la veuve de Valentinien elle-même, ayant eu révélation du crime de son nouvel époux, appelle à son tour Genséric et lui livre les portes de Rome. €'est le signal de la mort de Maximus, lapidé au moment où il s'apprêtait à fuir. Puis viennent Avitus, Majorien, Sévère, dont les règnes d'un moment sont dévorés à l'approche définitive de l'extermination, et précèdent à peine le dernier jour qui allait sonner, en 476, pour l'empire d'Occident.

Les ennemis delà civilisation s'appelaient Attila, qui, avec trois cent mille hommes derrière lui, faisait la terreur de la Germanie, de la Gaule et du monde entier, et Genséric, maître du Midi, de l'Afrique, et redouté même par les guerriers d'Attila. Voilà les deux périls dont il fallait sauver le monde. Un jour Attila envoya dire aux deux Césars de Ra venue et de Ryzance : « Faites-moi préparer « des palais, parce que j'ai résolu de vous visiter. » Et, entraînant à sa suite ses hordes innombrables, il passa comme un torrent sur la Gaule, perdit la bataille de Ghâlons, mais ne perdit ni l'espoir ni la fureur, et, en 452, traversa les Alpes et parut

devant Aquilée. Après une courte résistance, Aquilée, emportée d'assaut, fut vouée à la ruine et à l'extermination. Pavie et Milan eurent le même sort. L'empereur, efi^yé, s'était réfugié dans Rome, mais, dans Rome, îf Me trouvait plus ni généraux, ni légions ; il n'avait pour toute ressource qu'un pelit nombre de conseillers, de sénateurs éloquents, et, heureugijwhlÉItf quelque chose de plus fort, de plus nouveau : de pouvoir qui résidait dans la personne de Léon. Il fut député avec Trygetius, expréfet de la ville, et Avienus, personnage consulaire, pour arrêter, s'il se pouvait, Attila au passage du Mincio, pour l'arrêter sans fer et sans hommes, parce qu'il n'y avait plus ni fer ni hommes, pour l'arrêter par la parole. Et, en effet, celte entrevue n'a pas eu d'historiens ; il n'entrait ni dans le génie ni dans le devoir de Léon le Grand de nous raconter sa victoire, ni dans le goût de Trygetius et d' Avienus de nous avouer leur impuissance. Une seule chose est assurée, c'est qu'après un entretien d'Attila et de Léon, Attila se retira, traversa les Alpes, retourna en Pannonie, où il mourut l'année d'après. Des récits divers s'attachèrent à cet événement : on raconta surtout qu'Attila avait dit à ses officiers que s'il se retirait, c'est que, pendant que Léon lui parlait, il avait vu, derrière lui, un autre prêtre, au visage séyèrOf qui lui faisait enlcïiâite ^e^^'^

allait plus loin, il trouverait la mort. Cette légende sans critique, et en apparence sans autorité, a traversé les siècles, acceptée par l'histoire, et a reçu pour toujours sa consécratio9,9|^ mains de Raphaël dans les chambres du Vaticani^**'

Lorsque, plus tard, d'autres Huns, d'autres barbares du Nord, les luthériens allennKQ^s, à la suite du connétable de Bourbon, entrèrei^i$îpEome, et mirent le feu dans les chambres ^6 Raphaël pour effacer la trace du triomphe de la papauté, le feu, la fumée passèrent et la victoire de Léon le Grand resta .

Voilà comment Léon avait résisté aux périls du Nord : restait le Midi. Genséric était plus formidable qu'Attila : lui, à moitié chrétien, à moitié civilisé, servi par une hiérarchie de fonctionnaires semblables à ceux de l'empire romain, ayant sous ses ordres une flotte avec laquelle il pouvait traverser les espaces et venir venger la vieille honte d'Annibal. En effet, Genséric, appelé par la veuve de Valentinien, meta la voile, et son* pilote lui demandant de quel côté il ftmt tourner la proue et diriger le navire, il répond : « Vers ceux que menace la c( colère de Dieu ; » et la colère de Dieu, ce jour-là menaçait Rome. C'était trois ans après la retraite d'Attila : souvent Léon avait rappelé aux Romains leur délivrance; il leur disait de ne Tattribuer ni

LES INSTITUTIONS CflUÉTlENNES. 29

aux astres ni au hasard, mais aux saints et à la miséricorde de Dieu, et il les engageait à célébrer ce jour non pas au cirque et dans les amphithéâtres, mais dans les assemblées des chrétiens. Ces paroles avaient été vaines, et, rassurés comme des matelots le lendemain d'une tempête à la veille d'une autre tempête, il$ avaient oublié ces avertissements, lorsqu'ils -apprirent que Genséric venait de débarquer avec une iarmée nombreuse, qu'il remontait le Tibre, et qu'il allait être à leurs portes. Cette fois encore Léon alla trouver les barbares, et il en obtint que, satisfaits du pillage, ils épargneraient la vie et respecteraient les personnes : en effet, Genséric entra dans Rome, y resta quatorze jours ; tous les historiens nous attestent qu'il pilla la ville, mais qu'il ne versa pas une goutte de sang. Je ne sais si je me trompe, mais ce second miracle me paraît plus grand que le premier. Il y avait moins de mérite, moins d^habileté, à arrêter un barbare comme Attila, frappé peut-être par la majesté d'un vieillard chrétien, qu'à contenir pendant quatorze jours et quatorze nuits cette multitude de Vandales, les uns ariens, les autres païens, sans aucun lien de croyance avec les populations de Rome au milieu desquelles ils s'abattaient, à les maintenir fidèles à la lettre de ce traité souscrit à la veille de leur entrée dans la ville désarmée.

Une seule chose put faire la force de Léon devant les barbares : le grand patriotisme dont il était inspiré. C'est par là qu'il marque entre tous les docteurs de l'Occident, c'est là ce;qui fait voir le nœud des temps anciens et des temps nouveaux, et la perpétuité des grandes et légitimes traditions dans les esprits chrétiens. Le pape Léon ressent en lui toute la passion des Gincinnatus et des Scipion ; il comprend la grandeur romaine autrement, mais il est toujours aussi dévoué à la gloire de cette cité dont il est citoyen en même temps qu'évêque. C'est là ce que nous montre le Discours pour la fête des apôtres Pierre et Paul, dans lequel il expose la destinée providentielle de la ville où il a été établi serviteur des serviteurs de Dieu . « Afin que la grâce « et la Rédemption répandît ses effets par tout le a monde, la divine Providence a préparé l'empire « romain, et ses développements ont été poussés à « de telles limites, que, dans son sein, toutes les « nations réunies semblaient se toucher. Car il en- « trait dans le plan de l'œuvre divine qu'un grand « nombre de royaumes fussent confondus en un seul « empire, et que la prédication, trouvant devant elle « des voies ouvertes, pût rapidement atteindre tous « les peuples qu'une seule cité tenait sous ses « lois (1). »

(i) S, LeonisMagni Sermoprimus in natale apost. Pétri et Pauli,

Vous le voyez, cette doctrine c'est celle que nous avons trouvée dans Claudien, que nous trouverons encore dans Prudence, dans Rutilius; c'est celle qui se perpétuera de siècle en siècle, et qui fera redire à Dante que c'est en vue de la grandeur chrétienne de Rome que Dieu a fondé l'empire romain.

Ainsi celte pensée romaine ne s'est pas évanouie en présence de la barbarie : elle est encore suscitée pour lui résister, pour la combattre; et Léon le Grand ne fait que commencer cette glorieuse résistance, qui continuera par Grégoire le Grand et plus lard par ses successeurs, jusqu'au jour où la barbarie purifiée, régénérée, victorieuse d'elle-même, viendra s'incliner dans la personne de Gharlenaagne et relever l'empire d'Occident.

Nous avons suffisamment établi que, quelque puissance que nous trouvions alors à la papauté, elle ne devra rien aux temps barbares, elle s'est constituée au grand jour de l'antiquité, sous Tœil jaloux du paganisme, sous l'œil clairvoyant des Pères de l'Église, dans les grands siècles de la théologie chrétienne, et elle ne doit rien aux ténèbres. Elle a été établie avec cette puissance inoontestable pour résister, pour combattre la barbarie menaçante, et commencer une lutte qui ne finira que momentanément avec Charlcmagne, car ^\\^

se renouvellera bientôt après lui ; et lorsque Grégoire VII infligera à Henri IV cette pénitence qu'on lui a faftt reprochée, il ne fera que continuer ce queÉ&h le Grand avait commencé avec Atlila ; il ne fera que refouler le barbare dans son domaine et sauver encore une fois la civilisation .

Il y avait une autre puissance qui devait sauver les lettres et la civilisation : je veux dire les moines. Quant à cette puissance, nous n'aurons pas à repousser le reproche de nouveauté qu'on adresse à la papauté. Jamais, en effet, on n'a accusé le monachisme d'avoir commencé trop tard, mais trop tôt ; on l'a accusé d'être né dans les vieilles religions de l'Orient, d'avoir été tout pénétré de leur esprit, de s'être introduit subrepticement dans l'Église pour y porter des habitudes qui n'étaient pas les siennes, et d'avoir été pour elle bien moins un secours qu'un péril, bien moins une gloire qu'un scandale.

J'ai dit, déjà plus d'une fois, que le-thrrstianismc n'a point fait l'humanité, mais qu'il l'a refaite; il ne crée pas, il transforme. L'homme existe, mais sous la loi de la chair; la famille, mais sous la loi du plus fort ; la cité, mais sous la loi d'intérêt. Le christianisme réforme l'homme par la renaissance de l'esprit; la famille, par le droit des faibles ; la cité, car la conscience publi-

LES INSTITUTIONS CHRÉnENNES. 33

tpe. De même aussi il trouve dans les sociétés anliqucs des temples, des sacrifices, des prêtres : il ne les abolit pas, il les purifie ; le christianisme a'a rien aboli, il a tout régénéré. Ainsia-til fait du monachisme ; il n'y a pas de grande religion sans moines : Tlnde a eu ses ascètes, qui abandonnent toutes choses, s'enferment dans les déserts ians autre bien qu'un haillon sur l'épaule et un plat de bois à la main, qui passent leur vie se nourriasant de graines, de racines arrachées de la terre, M qui, accroupis sur eux-mêmes, consument leurs (•un et leurs nuits dans la contemplation de l'âme ^Dieu, captive dans leur corps et qu'ils cherchent ^affranchir. A côté des anachorètes du brahma- «ne, le bouddhisme a ses cénobites, et dans la warie, la Chine, le Japon, il n'y a pas de prêtres,

fa des moines, des hommes qui vivent sous la de la communauté. Ces institutions orientales la peuvent avoir d'autre esprit que le paganisme i les inspire ; elles sont toutes fondées sur la conion du principe de la créature et du créateur, comme le brahmane se figure qu'il est de droit seigneur de la création, et que tous les hommes *e vivent que par sa permission, il méprise sou- ■"■^* les semblables. De même l'anachorète sort le plus heureux, le suprême irriver à s'absorber dans Brahma,

c'est-à-dire dans rincompréhensible. Voilà Torgueil et régoïsme qui font Pâme de l'ascétisme indien.

Chez les Hébreux des derniers temps de l'antiquité, le monachisme paraît sous des formes plus pures, car le judaïsme a eu ses ascètes : les esséniens et les thérapeutes habitent, les uns sur les bords de la mer Morte, les autres à Alexanorie : les premiers voués à la vie active ; les seconds, au contraire, à la vie contemplative et à la prière ; ils vivent dans le célibat, dans la communauté des biens, sans esclaves. Mais le dur esprit du judaïsme s'y manifeste par l'horreur pour les étrangers, et par leur séparation absolue d'avec les autres hommes qu'ils considèrent comme impurs, tellement que, s'ils se sont approchés d'un homme qui n'est pas essénien, ils se purifient; le pécheur parmi eux n'avait plus de réconciliation à espérer, sa faute était irrémissible ; il étaitdéfendu de lui tendre une main amie et de rompre avec lui un morceau de pain. Us prolongent cependant leur existence bien après le christianisme, car Pline l'Ancien les connut, et il cite une nation remarquable entre toutes les autres, « sans femmes, ayant renoncé à tous les « plaisirs, et qui vit pauvre parmi les palmiers;... « ainsi , depuis des milliers de siècles, chose rcmar- « quable, cette nation subsiste éternelle, et per-

LES INSTlTCTiONS CHUÊTIEJSNES. 35

« sonûe ne naît de son sein, tant est fécond pour « elle le dégoût des autres genres de vie (1) . »

C'est là, et chez les thérapeutes surtout, qu'il faut chercher l'origine du monachisme chrétien . Tant que le péril fut dans la société, tant qu'elle put être sauvée et qu'il fallut combattre par le martyre pour raffermissement de la M,' les- ^ints rcsffilrent dans le monde pour aller mourir tfâns le cirque ou sur le bûcher à l'heure que Dieu leur marquerait. Aux temps des persécutions, tous ceux qui auraient pu devenir anachorètes devinrent martyrs : ce n'est qu'au moment où elles vont finir, quand la société romaine tombe en dissolution, et qu'il faut qu'une société nouvelle se forme pour la remplacer, c'est alors que se disciplinent ces Hiilices destinées à refaire la conquête de l'univers, après que Rome Ta perdu. Le premier qui paraît, c'est l'ermite Paul (en 251); un peu plus tard, c'est saint Antoine, qui leur donne des règles ; un peu après, c'est saint Pacôme, qui les rassemble en grandes communautés, et en forme un corps auquel il donne, en quelque sorte, une loi. Sous cette loi nouvelle, ils se répandent avec une grande rapidité dant tout l'Orient. Enfin vient saint Basile, auteur d'une règle devenue populaire et entourée

(1) Plin. Maj.y HUUnaU.L Y, c. xy. (S. xvu.)

do la vtm-i'alwu univei-stillt; ilaos les moDaslères il'Oriaul. Suiul lia»iltr, [leu liivui'abli} à la vie soli- ' ]tùn, k'()(rur>;4 de i-éiluire les ascètes :\ la viecom-

■Ullt); il |<i'<')'i'i';i 1» r.;ni)ltiU;s uus unachorètes ; « air,d)l-)l 'Il -'"li'-ii"'^ 'l'-'>|iti laveras-lu les pieds,

« t]..- -.-•>■ I- IV, .i.iuiii.-iiL seras-lu le deraier si

|i riMii .'111 iM.ii/in'iianl commi-Qt cette vie dm^— ii<ih1ii|iéu, ti Uni isiMiule un Orient, [msiiaen Oecident- Ji! cn'ii nviiii' Innivc IV'iwque (iiiJdse do la prop»— , Uultuii du lu viu cétiubitiiiuu. Ou la luit ordinairor^ itiviit ctiiiiiiiouotir à Lu l'uadttliutt du Li^'u^^é ; Je crtûff Vvii' UDv li'iioti plus uiiciâuuti. Ou âuvuit bien déjÂi <|Ui) u'tiluil Nuint Albuuit»u «{ui, ayaul codqu saint \iiluiUti ui Mi'it lu viu du eu iuliluire, ùtait vuuU iMifiuitu un Uuuideut et y avait propagé le goût et la (liiuiluti ilu rimitet*. Mais, eu coiistdéraot de plus pli!» Ich vuyujju» de suint iVlhiiuuse en Occident, on voit i|ii'il vint puui' la pieiuièi'e J'uis à Trèves en 336 ; i^xilû pur CuiiHluittin, il y résida lungtemps, et, jiuiidunt ,>ii»i luisii's, il lui fut pussible de commentcr il CCI îiu lu viu de Sîtiiit Aiitoiuu : c'est alors sans dimtc nii'il lil >ciilir uiituuriJu lui les uvautages de l;i vil' ct'iLuliilitjUc, car Je buiiiio heure il y eut des iiumaiLùrcs I'oikIcs ù 'Ircvus, et ils uni conservé, coiiiiueluicL l'èf^lc vivante, la vie de saint Antoine, ■t vuus ai déjà eiitietcuus do celte histuire lacoutée

par saint Auguslin dans ses Confessions y et qui fit

tant d'impression sur lui, de ces deux officiers de

la cour qui, se promenant hors des murs de Trêves

et s'étant détachés de leurs compagnons, arrivèrent

à une maison habitée par des serviteurs de Dieu,

par des moines. Étant entrés, ils virent un livre

sur une table : c'était la Vie de saint Antoine ;V\m

des officiers commença à lire, et au récit de cette

vie du désert innocente et pure, sous des cieux sans

nuages et en communication avec Dieu, exempte

dépassions et d'injustices, le pauvre officier, tout

meurtri probablement des injustices de la cour, se

senti ému d'un désir infini, et, se tournant vers

son ami : « Où nous mènent tous nos travaux?

«dit-il; que poursuivons-nous? Quel peut être

« notre espoir, sinon de devenir amis de l'empe-

« reur ? Et avec quel péril ? Or il dépend de nous

« de devenir amis de Dieu et dès aujourd'hui. »

« Il recommença à lire, et son âme changeait, et

« son esprit se dépouillait du monde ; il lisait, et

« les flots de son cœur roulaient tumultueusement.

« 11 frémit un moment, il jugea, il se décida, et,

« déjà vaincu, dit à son ami: c< C'en est fait, je

« romps avec mes espérances, je veux servir Dieu

« ici même et sur l'heure. » Son ami l'imite;

leurs deux compagnons les rejoignent, apprennent

leur déterminalion et les quittent en pleurant ;

U CIY. AU Y* glèCLE, U, ^

t IK'S.

î qa'ils pleuraienl('l^.

B par quelle puissance ^c cnlraioemenL so tfÊif^mkmt^tÊmimÊamt^ U tic solitaire, au vdtok 4te ii ^Ik dfaaliKt ittristLV, appauvrie de «.^laMe AifMlles barbares frap- ^ net officier l'iniile, ■• Ètmf* dans ce mo-

M iiMWjil AiiHtlêrànic,

4e Irtfclif . femiail ei

4e «Mcs,^ se répan-

~ .-T .— , wJc Htolic; OMineplBMnl

W**i»K ^|*fc, Jif ^ x»««i«oc<leertlevie »)rS ,iMi^<mn»^ ^^ ,«1^ Minfeb à Milan ^ '"^^-«NNk.^MMMl» 4Vrf«K-, fonda '♦^ '*'**«<àto«. ««h «MT HiMiik4es règles emifc**W j*^ ,*(,n^ ,,^,^ «* ie «tt» BoJératioD

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LES INSTITUTIOiNS CHRÉTIENNES. 59

grand raonaslère de Mafrmoutiers, près de Tours. Il y résidait, étant évêque de Tours, avec quatrevingf s et quelques moines : lorsque vint l'heure de ses funérailles, il fut suivi par plus de deux mille. Je ne m^étonne plus alors de voir se fonder, en 410, cette grande abbaye de Lérins, d'où sortiront tant d'hommes illustres, de voir saint Victor en fonder une autre à Marseille, où Cassien apporta les traditions de la Thébaïde, puis dansTilc Barbe, près de Lyon, tandis que Vilricius peuplait de moines les dunes et les sables de la Flandre. Dès le commencement du cinquième siècle, je vois toutes les frontières que les milices romaines avaient abandonnées, et que menaçait la barbarie, je les vois gardées par les colonies d'une autre milice, d'une autre Rome, par des colonies qui arrêteront les barbares, les retiendront, les fixeront, et c'était beaucoup pour commencer à les civiliser.

Je finis en constatant que ce qui sépare le monachisme du monde romain, celte société nouvelle de la société ancienne, ce sont ces trois choses : la pauvreté, au milieu d'une société qui meurt de son opulence ; la chasteté, au milieu d'une société qui expire d'orgies ; l'obéissance, au milieu d'une société qui périt de désordre. Voilà ce qui fait la puissance du monachisme vis à-vis de la société romaine.

Ce qui fait la différence de l^ascétisme chrétien avec l'ascétisme indien, c'est quelque chose déplus profond. Les ascètes païens étaient chastes, pauvres, disciplinés ; mais il y a deux choses qu'ils ne connaissaient pas et que les ascètes chrétiens connaissent : le travail et la prière. Le travail, car les ascètes de l'Inde ne travaillent pas, ils demeurent immobiles ; s'ils occupaient leurs mains, ils troubleraient leur contemplation. Au contraire, les ascètes chrétiens travaillent des mains ou de l'esprit : dans les solitudes de la Thébaïde, il y avait des forgerons, des charpentiers, des corroyeurs et même des constructeurs de navires ; dans les monastères d'Occident, c'est le travail d'esprit qui domine. Saint Augustin l'établit en Afrique, il fleurit à Ligugé, à Lérins, et il s'étend partout ; c'est dans ces monastères que les lettres ont un sûr asile. Travailler, non pour soi-même, ni pour ses enfants, ni pour sa femme, mais travailler d'un travail persévérant pour une communauté, c'est un effort qu'on ne peut demander facilement à la nature humaine. Les fondateurs de la vie spirituelle n'avaient demandé ces grands sacrifices, cette abnégation de tous les jours, qu'au nom de l'amour. Ils n'avaient jamais cru qu'on pût réunir des hom^- * mes nuit et jour dans la gêne perpétuelle d'un voisinage qui sans cesse froisse et mortifie, qu'on pût

. LES mSTITDTIONS CHRÉTIENNES. 41

les forcer à s'oublier eux-mêmes; ils n'avaient pas cru que ce prodige pût se faire au nom de l'orgueil qui veut commander, ni avec le sensualisme qui veut jouir. Il faut pour cela un degré d'abnégation auquel on ne peut arriver que par l'humilité et par la charité, et voilà ce que les ascètes chrétiens trouvaient dans la prière. Les Indiens, les sages du paganisme, ne priaient pas ; les anachorètes de rinde ne prient pas , ils contemplent, ils sont absorbés; ils ont Dieu en eux, ils sont dieux eux-mêmes, pourquoi donc prieraientils ? L'anachorète chrétien prie parce qu'il reconnaît quelque chose de plus grand, de plus fort que lui ; il prie parce qu'il aime, parce qu'il aspire à une vie meilleure, parce qu'il aspire à Dieu. L'anachorète chrétien ne méprise pas ses semblables, il les aime passionnément. Vous avez cru qu'au moment où il laissait derrière lui son vieux père, sa vieille mère en pleurs, vous avez cru qu'il allait les oublier, qu'il allait oublier tous les hommes : non, il retrouvera son père, sa mère, tous les hommes, il les retrouvera à toutes les heures, tous les jours et toutes les nuits dans la contemplation, dans l'amour, dans l'entretien de ce Dieu auquel il va, et la prière même ne sera qu'une autre manière de servir les hommes et de coopérer à Tœu- >^e de puriOcation et de sanctificalion àeV^%\\^^*

Le concile s'ouvre le 8 août 451 sous de fâcheux auspices; Dioscore le préside. Il y conduit ses partisans. Les évoques accusateurs d'Eutychès ne siègent pas comme juges. On ne compte que cent trente votants. — Le moine Barsumas. — Au lieu des lettres du pape, on lit celles de l'empereur qui appellent une répression sévère contre les nestoriens cachés. — Eutychès est introduit, et présente apologie. On n'accorde pas la parole à son ac-

âteuf principal, et les eutychéens veulent le jeter au feu. Eutychès est absous au bruit des soldats et des moines qui environnent l'église. — Dioscore propose la déposition de Flavien. Onésiphore, évoque d'Icône, et plusieurs autres embrassent les genoux du patriarche. Il se lève de son trône, prolestant qu'il ne cédera pas : « Qu'on fasse entrer les comtes, » dit-il, et avec eux entrèrent les soldats avec des épées et des chaînes. Alors les évê-

ques donnèrent leurs blancs seings; un petit nombre refusèrent et furent exilés. Flavien en appela. Les légats protestèrent, et bientôt après Léon et le concile de Rome anathématisaient le brigandage d'Ëphèse.

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