‹ Œuvres complètes der A.F Ozanam (volume 5)Chapitre 10 sur 25 · DE L'EMPIRE · texte numérisé non relu

DE L'EMPIRE

La slénographie de la leçon suivante ne s*étant pas relrouvée, et celte leçon, qui complète le cours, ne pouvant être supprimée, on s*est décide à publier les notes qui avaient servi à la composer. On les donne telles qu*on les a trouvées, en partie rédigées et en partie à rétat de sommaire.

Nous savons maintenant comment les idées, qui faisaient Tâme de la civilisation romaine, échappèrent à la ruine de l'empire, traversèrent la barbarie et descendirent jusqu'au moyen âge, dont elles furent tantôt la lumière et tantôt le scandale. On a vu par quel prodige de sagesse et de cjc«vdescendance le christianisme sauva Ae fe\\A^%\^V«^

ri38 VINGTIÈME LEÇOM.

du culte ancien, la plus grande partie du droit et toutes les lettres. En même temps, le principe malfaisant du paganisme se perpétuait dans les superstitions populaires et les sciences occultes, dans la politique des princes occupes de reconstituer en leur faveur le pouvoir absolu des Césars, dans la mythologie, dont les fables, toujours goûtées, faisaient circuler le poison des voluptés antiques. Ainsi se continuent les deux traditions du bien et du mal ; ainsi deux chaînes lient les siècles que les historiens séparent vainement; ainsi se fortifie celte loi bienfaisante et terrible de la réversibilité, qui nous fait recueillir les mérites de nos pères et porter le poids de leurs fautes.

Mais, au-dessous des idées qui se disputent le monde, il y a le monde lui-même tel que le travail l'a fait, avec ses richesses et ses ornements visibles, qui le rendent digne d'élre le séjour passager des âmes immortelles. Au-dessous du vrai, da bien, du beau, il y a l'utile, qui s'éclaire de leur reflet. Aucun peuple ne conçut plus fortement l'idée de l'utile que le peuple romain, aucun ne mit sur le monde une main plus puissante, plus capable de le transformer, aucun ne jeta avec plus de profusion, au pied de l'homme, les trésors de N terre. 11 faut connaître de plus près ce que j'ap-

lerai la civilisation matérielle de l'emipire, a^i

U CIVILTSATION MATÉRIELLE DE L'EMl»II\E. 539

voir si elle périt lout entière par les invasions et ce qui s'en conserva pour les siècles suivants.

L'empire romain. — A la fin du second siècle, avant que les barbares eussent porté le fer et le feu gur les frontières, le rhéteur Aristide, célébrant la grandeur de Rome, s'écriait : « Romains, le monde c< entier, sous votre domination, semble célébrer c< un jour de fête... De temps en temps un bruit de a bataille nous arrive des extrémilés de la terre où « vous repoussez le Goth, le Maure et l'Arabe. « Mais bientôt ce bruit se dissipe comme un songe, « Ce sont d'autres rivalités, d'autres combats, que « vous excitez par tout l'univers. Combats' de « gloire, rivalités de magnificence entre les pro» « vinces et les villes. Par vous les gymnases, les « aqueducs, les porliques, les temples, les écoles, « se multiplient, le sol même se ravivô et la teiTe « n'est plus qu'un vaste jardin (4). » Le sévère Tertullien tient le même langage : « En vérité, le a monde devient de jour en jour plus riche et plui* ' v^ * « cultivé; les îles elles-mêmes n'ont plus de solia tudes, les écueils plus de terreurs pour le nau* a tonier : partout des habitations, partout des peu- « pies, partout des lois, partout la vie. »

(1) Aristide, Romœ eneomium, Orat. xiv.

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