L.l CmUSATlON SiATIÎRIELLE DE L'EJiriflR- r^J
francs rojetcs par leurs sujcls ; les chefs piirsécutés lar leurs rois; ChildériCj Gon(lo\vald,Gonlraii,iluc ^'Auvergne, s'y réfugient (1). D'un autre côté, les Syriens à Orléans (2), — Le Syrien Eusèbe aclièle le siège épiscopal de Paris (5).
Les TEMPS citiLOviNGiENs. — Lcs Francs trouvèrent à Paîie des habits de soie de toutes couleurs, el des pelleteries étrangères de toutes sortes, que les Ténitiens avaient apportées avec les trésors de l'Ofient. — • L'anecdote rapportée par le moine de Saint-Gall alleste que les parures orientales ét;iient en usage à la cour de Charlemagne ;
Un jour de fêle, après la messe, Charles emmena & la chasse les grands de sa cour. « La journée était froide et pluvieuse. Charles portait un habit de peau de brebis,. . Les autres grands arrivant de Pavie, où les Yénitiens avaient apporté « récemment, des contrées au delà de la mer, toutes <c les richesses de l'Orient , étaient vêtus, comme dans les jours fériés, d'habits surchargés de peaux
(1) V. V Histoire de la Gaule mériilionaie de M. Fauriel et les Bécih mérovijtgien* de M. Augustiu Thierry.
(2} Grégoire de Tours, décrivant l'ealr£e solennelle du l'oî Gontran à Oi'léans, dit : a Et hinc lingua Sjrorum, hinc I^liiiuriiin, hinc Gliam ipsorum Judxorum in divoi'sia laudjbus vario concrcpabal. > (Lib. VlU, 1.}
(3) Raguemodus <juoque Parisiacœ urbisepiscopusobiit.Eusebius quidam negoliator, gonere Sjriis, datis multis niuneribus.in laciiiii ^juB.iiilirajatua eil. (Greg. Toron., !K, 26.)
Si! VIXGTIËIE LEÇ05.
« d'oiseaux de Phénicîe entourées de soie, de pla- « mes naissantes du cou et de la queue des paons, « enrichis de pourpre de Tyr et de franges d'écoroe « de cèdre. Sur quelques-uns brillaient des étoffes « piquées, sur quelques autres des fourrures de « loir. C'est dans cet équipage qu'ils parcourureot « les bois ; aussi revinrent-ils déchirés par les « branches d'arbres, les épines, les ronces, percés « par la pluie et taches par le sang des bêtes faner ves ou par les ordures de leurs peaux. « Qu'aucun « de nous, dit alors le malin Charles, ne change « d'habit jusqu'à l'heure où on ira se coucher; nos <K vêlements se sécheront mieux jsyar nous. » A cet a ordre, chacun, plus occupé de son corps que de « sa parure, se mit à chercher partout du feu pour « se réchauffer... Le soir, quand Ils commencèrent « à ôler ces minces fourrures et ces minces étoffes « qui s'étaient plissées et retirées au feu, elles se « rompirent, et firent entendre un bruit semblable « a celui de baguettes sèches qui se brisent. Les « pauvres gens gémissaient, soupiraient et se plai- « gnaient d'avoir perdu tant d'argent en une seule a journée. Il leur avait été enjoint par l'empereur « de se présenter le lendemain avec les mêmes vête- « ments. Ils obéirent: mais tous alors, loin de briller « dans leurs beaux habits neufs, faisaient horreur « avec leurs chiffons infects et sans couleur. Char-
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« les, plein de finesse, dit au serviteur de sa cham- « bre : a Frotte un peu noire habit dans les mains « et rapporfe-nous-le. » Prenant ensuite dans ses c( mains et montrant à tous les assistants ce véte- « ment qu'on lui avait rendii bien entier cl bien « propre, il s'écria : « 0 les plus fous des hommes! « Quel est maintenant le plus précieux et le plus « ulile de nos babils? Est-ce le mien, que je n'ai « acheté qu'un sou , ou les vôtres, qui vous ont coulé « non-seulement des livres pesant d'argent, mais « plusieurs talents (1)?»
Le moyen AGE. — L'Église ne se déclara point l'ennemie du commerce, elle s'en fit la protectrice. Les conciles proscrivirent la piraterie ; Grégoire Vil, Pascal If, Ilonorius II et Alexandre III se prononcèrent contre le droit de bris et de naufrage ; In-nocent 111 contraint à restitution un seigneur de Montfort qui avait dépouillé des marchands italiens. — Mais surtout elle ranime le génie commercial par les pèlerinages et les croisades. — Pèlerinages aux lemps barbares. — Hôpital des Amalfitains à Jérusalem. — Les croisades. — Pendant qu'elles entraînent par la roule du Danube les populations de la France el de l'Allemagne, elles poussent sur les mers les vaisseaux de Pise, de Gênes et de Venise.
(i) Mon. S. Call., l. H, c. xxvu.
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— Gênes et Venise succèdent au commerce des Grecs et des Romains avec TOrient (1). Elles le font par les mêmes voies. — Voie du Nord. — Gaffa et Tana sur la mer Noire, d'où les caravanes gagnaient Ispahan, Balk et Boukliara. — Voie du Midi. — Alexandrie, où ils trouvaient les marchandises de rinde. — Cependant le prosélytisme chrétien dépassera les limites où s'arrêtera la cupidité romaine. Les missions de Plan Carpin frayeront la route à Marco Polo, et Christophe Colomb, voulant mettre les richesses de l'Asie au service d^une nouvelle croisade, trouvera TAmérique.
l'agriculture.
1. Ici Rome ne doit rien qu'à elle-même. L'agriculture est la gloire de ce peuple, qui prenait ses dictateurs à la charrue, et dont le plus beau poème est l'épopée des champs, les (J^orgiqties . Ah! ne confondez pas ce livre admirable avec les poèmes didactiques des littératures en décadence. Toute une inspiration nouvelle. A l'apothéose de la nr*
(1) V. 13ettmelli, Risorgimento d'Ilalia, t. IV, et Ueeren, Essai sur l'influence des croisades.
LA CIYILlSA'ïlOiN MATÉHIELLE DE VEMMUE. 347
lure s'ajoute Tapothéose du travail. Au lieu de l'âge d'or, Virgile chaule l'âge de fer,
Labor omnia ?iacit
Improbus, et duris uigens ia rébus egestas...
Pater ipse c(Âendi
llaud facilem esse viam voluit, primusque per arteni Movit agros, curis acuens mortalia corda, Nec torpere gravi passas sua rura veterno.
C'est le génie de Rome que le poêle fait passer dans ses vers.
Uanc olim veteres viiam colucre Sabiui, Uanc Renius et frater; sic fortis Ëtruria crevit, Scilicet, et rerum facta est pulcherrima Roina.
II. Cette culture, les Romains la perleront jusqu'aux extrémités du monde que le sort des corabals leur a livré. — Romanus sedendo vincit. — L'empire leur semblait moins couvert par une muraille de pierre que par une ligne de moissons. — Colonies militaires établies par Trajan chez les Daces; par Alexandre Sévère, Probus, Valentinien, sur la frontière germanique; on leur donne des bestiaux, des esclaves, l'exemption de l'iriipôt. Ces récolles, qui doivent lenter les barbares, servent à les repousser. — Établissements romains sur les côtes septentrionales de la Gaule et jusque sur les derniers promontoires du Finistère. — Les paysans du duché de Bade ont encore la charrue romaine. Probus a planté les vignes du Rhin«
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III. Cependant c'est Rome même, c^cst la détestable riscalilé des cni])ercur5, c'est Topulencc de raristocratic qui commence à détruire cette belle économie. D^un côlc. Latifundia perdidere /(oliam; ces domaines immenses abandonnés à des esclaves. D'un autre côlé, exactions du use. Le paysan passe aux Bagaudes et aux barbares. Enfia les barbares paraissent, ils se font livrer le tiers, la moitié, les deux tiers des terres : mais ils retiennent les colons romains.
IV. Cependant, pour relever ces cultivateurs forcés, commençaient à se former des légions de cultivateurs volontaires. — Un jeune homme da Latium, appelé Benedidus, rallie autour de lui un certain nombre de chrétiens ; il leur impose h pauvreté, la chasteté, l'obéissance. Il met ces (rois vertus sous la garde du travail. Six heures de travail des mains chaque jour. 11 embrasse un jour son disciple Maur us, et, lui remettant le poids du pain et la mesure du vin, il l'envoie dans les Gaules. De lu viendront ces colonies monastiques, qui pousseront le défrichement dans les marais de la Flandre, dans l'épaisseur de la forêt Noire, et qui reculeront la limite de la terre cultivée jusqu'à la Baltique.
Ainsi les traditions romaines ne périssent pas. L'agriculture rcfleiiril avec la civilisation sous
U CIVILISATION JIATÉdlEUE DE L'EMPIRE. ZM
Cbarlemagne. — Cnpilulaire rfe ViUis, vers 812.
« Nous voulons que nos serviteurs soient consera vés en bon état et que personne ne les réduise à o la pauvreté : que nos officiers n'aient pas la liara diessc de les allacher à leur service, de leur im- « poser des corvt'es, de recevoir d'eux aucun don, « ni un cheval, ni un bœuf, ni une hrebis, ni un « agneau, ni autre chose que des fruits, des jiou- « Icts ou des œufs.
« Quand nos ofticiers doivent faire cxéeuter les « travaux de nos terres, labourer, semer, moJsson- « ner ou vendanger, que cbacun d'eux pourvoie à « lotit dans la saison, pour que toutes choses fl soient en ordre. Qu'ils aient soin d'entretenir les m vignes confiées à leurs soins, que les vins soient « mis dans des vases de bonne qualité, et qu'on « veille à ce que rien ne se pcide.
« Autant lin officier aura de fermes confiées à ^a 0 surveillance, autant ilaura d'hommes pour enlre- « tenir les abeilles. Les basses-cours de nos grandes « fermes n'élèveront jamais moins décent poulets « et Ircnte oies; les manscs moins considérables « nourrirent au moins douze oies et cinquante « poulets.
« il faut pourvoir avec la plus entière diligence « à ce que tous hs produits de nos fermes, lard, « viaDds.'S sèches, vin, bière, beurre, Iro.iiage,
M miel, cire, farine, soienl toujours préparés avec « la plus grande propreté.
H Nous voulons que dans nos jardins on cultiie n toutes les planles : c'cst-à-dîrc le lis, les roses, a la sauge, le concombre, le melon, In citrouille, a le pois ciiiche, le haricot, lefenouil, les laitue», « le romarin, la menthe, le pavot et la mauve. »
No sourions point en voyant ce grand hommu s'abaisser à ces détails, c'est lu caractèce du géuio d'embrasser les détails dédaignés, par les esprits médiocres, comme Dieu embrasse les lois des astres, sans oublier le grain de sable et l'bjsope,qiii est la plus petite des plantes. Charleniagne saille compte de ses pouleLs, comme il gourmande les chantres à la chapelle et les enfants à l'école : c'est à ce prix qu'il rétablit la culture des champs comoK la culture des lettres.
1. La terre achève do se transformer par la fondation des villes. — Les vilks abritent la vieso<;iaIe et la développent. — Home était une cité qui avait conquis le ^onde, elle ne se crut assurée de te
LA CIVILISATION MATÉRIELLK DE L'EMPIRE. 35i
garder qu'après l'avoir couvert de cités semblables à elle. Ses légions portent avec elles quasi muratam civitatem. La cité militaire, c'est le camp; le camp immobile devient une ville romaine : enceinte carrée, quatre portes, deux rues qui se coupent, au milieu le prsRtorium^ qui xleviendra le palais. Comment prendre possession du sol d'une manière plus forte qu'en emprisonnant l'espace, en forçant les eaux à couler sur les aqueducs, la pierre à monter en portiques pour former des temples, des thermes, des amphithéâtres?
II. Villes romaines de la Germanie : les itinéraires en comptent cent seize. — Dans la Bretagne, vingt-huit villes; Bath et Caer-Ijéon avaient des théâtres, des palais, des bains magnifiques. ADorchester, amphithéâtre; à Londres, Westminster, fondé sur un temple d*Apollon, et Saint-Paul sur un temple de Diane.
III. L'invasion. — Elle est d'abord furieuse, implacable. Gildas décrit Tincendie ravageant l'île de Bretagne tout entière, les édifices croulant sous les coups des béliers. — Dans les Gaules, l'invasion des Suèves, des Alains et des Vandales. — Ruine de Spire, Strasbourg, Reims, Haycnce et' Trêves, qui n'est plus qu'un sépulcre. — En Italie, les soldats d'Alaric mettent le feu aux jardins de Salluste. — Trois jours de pillage. — Çiw^ctwàci^
les tuiles (l'or du Capilole, le bronze da Panthéon. IV. Mais, après ces premières fureurs, les barbares sont touchés de la majesté romaine; ils s'appliquent à conserver les édifices. — Gassiodore: sur l'architecte des édifices publics, au préfet de Rome : a II convient que la beauté des monua ments romains ait un gardien habile, afin que « cette admirable épaisseur de nos murailles soit « conservée par une diligence admirable. Que la « grandeur sache donc que nous avons donné un « architecte aux édifices de Rome. Il verra des œuc( vres plus belles qu'il n'en trouva jamais dans les a livres, qu'il n'en conçut dans sa pensée, desstaa tues qui portent encore tout vivants les traits des « grands hommes. Il verra les veines courir sur le
« bronze, les muscles gonflés, les nerfs tendus
« 11 admirera les chevaux d'airain bouillonnant « d'ardeur sous le métal immobile. Que dire des <( colonnes élancées comme des roseaux , de ces a hautes constructions soutenues par des tiges lé- « gères, de ces marbres si habilement joints, que « la nature semble les avoir jetés d'une seule pièce? « Les historiens des siècles passés ne comptent que « les sept merveilles du monde ; mais qui les tien- « dra désormais pour des merveilles, quand il aura « vu dans une seule ville tant de choses surprc- « nantes? On dira vrai, si l'on déclare que Rome