‹ Œuvres complètes der A.F Ozanam (volume 5)Chapitre 16 sur 25 · I. — Des égoi£8 laïques · texte numérisé non relu

I. — Des égoi£8 laïques

Dangers de Tesprit humain. — Les lettres i Rome da sbdème an septième siècle. — Les études dans les Tilles greeqaes. Ncples et BàfeMe. — Les écoles chei les Lombards : Payie, Lacques, BénéTent.— Ciractères de l'enseignement laïque. — Ordre des études. — Origiiiedes Universités italiennes. — Exercices de l'école. Poésie profime. — De Ganymede et Helena, — Le paganisme littéraire au moyen âge.

Quand les contemporains de l'invasion nous décrivent les ruines qu'elle fit, les terreurs qui raccompagnèrent et les ténèbres où elle parut ense^dir le monde, il n'y a rien à retrancher de leurs récits. Assurément des calamités qui troublèrent la grande âme de saint Grégoire le Grand, jusqu'à ce point qu'il interrompit le cours de ses prédications publiques, pouvaient décourager des intelligences moins fermes et réduire au silence des chaires moins puissantes. Je ne méconnais donc pas les dangers qui menacèrent alors l'esprit humain : j'en donne une preuve de plus. Pendant que les diplômes de la période lombarde font voir à quel degré de corruption était descendu le langage des affaires et de la vie civile; les hymnes que je publie montrent le même désordre pénétrant dans la langue de l'Église, et toutes les règles de la prosodie et de la grammaire violées dans les chants mêmes de

ces monastères qui devaient sauver les lettres (1). Cependant, ni la chute de la monarchie des Goths, ni la désolation de Rome livrée tour à tour aux violences de Totila, de Bélisaire et de Narsès, rien n'avait pu étouffer le goût des jouissances d'esprit chez le peuple romain, aussi attaché à ses plaisirs qu'à ses monuments. A la fin dû sixième siècle, on lisait solennellement Virgile au forum de Trajan : les poètes contemporains y déclamaient leurs ouvrages, et le sénat décernait un tapis de drap d'or au vainqueur de ces combats littéraires (2). Quand la passion des vers était si vive, comment les grammairiens et les rhéteurs eussent-ils fermé leurs éitol es? Parmi leurs disciples on trouve encore, en 590, un jeune Romain nommé Betharius, qui, venu dans les Gaules, y donna une si haute opinion de son savoir et de son éloquence, que Tadmiration publique le porta au siège épiscopal de Chartres. Saint Grégoire le Grand avait été nourri dès l'enfance dans l'étude de la gram-

(1) Voyez ci-après VHymnarium vaticanum, et surtout Thymoe de saint Flayien.

(2) Fortunati Carmina, lib. VI, 8.

Aut Haro Trajano lectus in urbe foro.

Viz modo tam nitido pomposa poemata coltu

Audit Trajano Roma Terenda foro.

Quod si taie decua recitasses aure senatus,

Slravissent plantis aurea fila tuis.

innirc, -clc la rliélorique et de la dialectique. Ses écrits ont tous les défauts de la décadence latine; mais on n'y relève pas ces barbarismes qu'il se vante de ne pas éviter : <x trouvant indigne, dit-il, a de faire plier la parole de Dieu sous la règle de a Donat. » Dans ce passage célèbre, dont on a trop souvent abusé, il ne faut voir que Tinquiétude d'un esprit qui connaît la barbarie de son siède, qui craint de s'en ressentir, et qui se justifie éloquemment, comme saint Paul, en foulant aux pieds l'éloquence (1). Au septième siècle, l'école romaine n'est pas nommée ; mais on ne peut douter que renseignement ne se perpétue quand les ^lises de cette époque, les sépultures des papes sont couvertes d'inscriptions en vers latins, quand l'Anglo-Saxon Biscop, poussé par le besoin de savoir, fait cinq fois le voyage de Rome, et en revient chargé de livres. Si les Pères du concile de Latran, en 680, s'excusent de ne point exceller dans la science des rhéteurs, leurs décrets témoignent que le clergé ne pouvait se détacher des spectacles de

(1) Acla S. Belharii (auclore coœtaneo) apud BoUand., U Augusti Vita S. Gregoriiy auctore Johanne diacono : « Disciplinis vero liberalibus^ hoc est gramniatica, rhctoiica, dialectica, ita a puero est institutus, ut quamvis eo teinpore florerent adhuc Romae studia litterarum, tamen nulli in urbe ipsa secundus esse putaretur. i S. Gregorii Epist. ad Leamlrum : « Barbarismi confusionem non devito, si(us moliisque et praîpositionum casus servare contemno, quia vehementer indignuin cxistimo ut verba cœlestis oraculi restringam sub regulis Donali. »

es du théâtre classique. Un !î» sans prétendre en fixer la e au temps où Rome reeonrainelé de l'empire d'Orient, l doit déployer, si l'empe- !e éternelle : un chœur de 'apitoie en répétant des Uns (1). Plus tard, et à Rome sa premiiTc suite de la ban- ■ons sortis pour ui étudiaient antantdcs liymjient elle ne pouvait ^u'à l'arrivée du grand Iles siècles barbares (2).

ft^ et la politique bienfaife*lt aux lettres un asile pix-s de Rome, elles trou- ^ les cités soumises à la I Kaples, les enfants des pÂaient la grammaire et

F**bbafum.ConciUmnLateranetiie K***n(e : t Quanda auteoi omDium P^is conscenJere voluerit, in mu- ^ïn accijiial, el omnibus generi- R.Rt'tecc et lalitiË fuusU acclaman-

410 DES ÙMXS ES ITAUE

Téloquence. Le duc Sergins, qui goaTernaît cette ville au commenoement du neuTième siècle, ani: poussé Tëlude des langues classiques à ce pcûL que, s'il ouvrait un livre grec, il le lisait eoiramment en latin. Il avait fait donner les mémff soins à réducation de ses deux fils Gr^oire i Athanase, Tun destiné aux armes, Fautre a Tépiscopat (1). Ravenne, séjour des exarques, nép d'une administration dégénérée, mais qui ne poivait se passer ni de luxe ni de lumières, conso^ vait encore avec ses institutions municipales tontes les habitudes de la civilisation antique. S0 églises resplendissaient d'or et de mosaïques; ses tombeaux étaient couverts de sculptures; des inscriptions en vers conservaient la mémoire de ses pontifes. Au sixième siècle, le poète Fortunat y avait étudié la grammaire, la rhétorique el le droit : c'étaient les trois degrés de l'enseignement public (2). Parmi les maîtres les plus vantés

(1) VitaS. Athanasii JSeapolit. episc. apud Muratori, Script,y\i, pars 2, 1045 : « (Sergius ejus pater) litteris tam graecis quam Utinis favorabiliter eruditus, ita ut si casu librum graecis exaratus clcmentis in manibus sumeret, latine hune inoffense cursim legerct... Grcgorius ejus ûlius militum magister, ia grsca lalinaque lingua peritissimus. »

(2) Fabri, le sagre Memorie di Ravenna antica. Ciampini, Veten monumenta, Fortunat, Vita S. Martiniy prolog,

Parvula grammaticse lambens refluamina gultae, lUictoricoi cxiguum pnclibans gurgitis haustum, Cote ex juridica oui vix rubigo recesfit.

ÂtX TEMPS BARBARES. 411

g de ce temps, on distinguait le grammairien Ho- , norius, dont nous avons des vers. A la fin du septième siècle (1), un lettré de Ravenne, nommé Johannice, eut le dangereux honneur d'exciter . d'abord l'admiration, ensuite l'inquiétude de la ^ cour de Constantinople. Plus tard, quand au gou-f^ vernemenl des* exarques succéda la puissance des archevêques, leur historien Agnellus fait assez ; voir^ par les longues harangues dont il enrichit sa chronique, et par ses nombreuses réminiscences de l'antiquité, qu'il a fréquenté les lecens des grammairiens (2). En effet, quatre di- , plômes de Ravenne, de 984 à 1036, mentionnent des maîtres d'école ; et il est permis de . les teniv pour laïques, puisque ces actes ne leur donnent point la qualité de clercs, qu'on ne manquait pas de prendre quand on y avait droit (3). Mais rien ne. montre mieux l'opiniâtreté de renseignement profane que l'aventure du grammairien Vilgard, rapportée par Radulphus Glaber. Vilgard tenait école à Ravenne au onzième siècle; « il enseignait

(1) Rescriptum Honorii Scholastici contra epistolas exhortaiO' fias Senecœ, apud Mabillon, Analecta, t. I, 364, 365.

(2) Agnellus, lib, pontifie., apud Muratori, Script., U, p. i, 151, etc.

(3) Fantttzzi, Monum, Rav,, I, 215, anno 984 : c Hercdes quondara Johannis de Léo magister. i Id., i, 229, anno 1002 : « Filii quondam Johannis magister. » Id,, H, 60, anno 1023 : « Petrus Scholastictts. t Id,, 1, 69, anno 1036 : c Ârardus 8clioU&V.v^>a&% i»

UtS. ÉCOLES EN tTALtE

<t la grammaire avec la passion que I « eurent toujours pour cette étnde.

« dans l'orgueil de son savoir i) allait^ u ([u'au délire, il arriva qu'une nuit les « prirent la figure des poètes Virgile, H R Juvénal, el, lui apparaissant, le remerc: n son ardeur à étudier leurs livres cl à ] H leur autorité : en retour de ses efforts « promenaient de l'associer à leur gloire a par cette ruse de l'enfer, le grammairie « à enseigner beaucoup de points contra H foi, et il affirmait qu'il fallait croire t a choses les paroles des poètes. A la fin il a vaincu d'hérésie, et condamné par l'arc « Pierre : on trouva en Italie plusieurs n infectés des mêmes opinions (1). »

Celle vieille Italie ne pouvait se détache fables. Les traditions littéraires que le chrisi avait sauvées ne devaient pas périr par l't barbares. Au moment où l'invasion lomba

(1) Rii<lii])ihii5 GUber, apud D. Bouquet, X, 35. « If lempore non impar apud Raiemiain exortum est mnlui igitui' Vilgardus diclus, studio artis grammalicae magii quam frequens.sicut llalis semper mos fuit arles négligez iilum seclari, is cum ex scientiu sus nrlia uepissd înflaiu Hlultior appurere, quadam uoutc assunipscre datmonei apccies Virgilii cl lloralii alque liivenalia, apparenteaq retuleruDt grales... cœpît multu turgiile docere 6 ''Clique poetanim per onmia uredenda esse AiSerebatij

«■quia

: cend des Alpes, il semble que ce torrent va tout . entraîner: au bout d'un siècle, on s'étonne de retrouver les villes debout et les écoles ouvertes. Vers Tan , 700, on voit fleurir, àPavie, le grammairien Félix, t ;)onoré du roi Gunibert, qui lui fit présent d'un bâ- / jbn enrichi d'or et d'argent. Son neveu Flavien lui ^ «iaccéda, et devint le maître de Paul Diacre. Maison lapporte de Paul Diacre qu'il fut instruit dans le palais des rois; et il est permis de conclure qu'il y eut chez les Lombards, comme chez les Ânglo- Saxons et chez les Francs, une école du palais où les fils des rois et des grands, entourés d'une élite de jeunes gens studieux, recevaient un enseignement qui les préparait, selon leur vocation, aux devoirs de l'Église ou aux charges de l'État (1). C'est ainsi qu'Ârrichis, prince de Salerne et de Bénévent, avait fait l'honneur de sa race par son savoir et son éloquence, et qu'il fut loué d'avoir embrassé les trois parties de la philosophie an* cienne, <c la logique, la philosophie, et tout ce

(1) Paul. Diacon.y Historia Lang6bar,y 1. Yl, c. 7. EpHaphium Pauli Diaconi apud Mabillon, Appendix ad volum. U. AnnaL Bénédictin., n*" 35:

DÎYino instinctu, regalb protinus aula

Ob decus et lumen pairi» te sumpsit alendnm...

Omnia Sophie cepisti culmina sacre,

Rege mo\ente pio Ratchis, penetrare decenter.

J'ai traité de Técole du palais chez les rois mérovingiens dans mon livre de la Civilisation chrétienne chez les Francs, p. 542.

« qu'enseigne la morale. » Son épouse Àdelpop (( méditait les écrits des sages, tellement que te (( paroles dorées des philosophes et les perles de c( poètes lui étaient toujours présentes, et qu'A « ne pouvait s'arracher à la lecture des histoiitl a sacrées et profanes, d Ces deux barbares fi lettrés voulurent que leur fils Romuald excellât dm la grammaire et dans la jurisprudence (1). De tek exemples honoraient l'école, et multipliaient Ifi. maîtres en même temps que les disciples. Il ne (airt pas s'étonner si l'enseignement de Saleme grandit; si, vers le milieu du neuvième siècle, quand Tenpereur Louis II visita Bénévent, on rapporte tpt cette ville comptait trente-deux philosophes, c'està-dire trente-deux savants professant les lettres profanes (2). Pavie et Bénévent marquent les deux extrémités de la domination lombarde : au centre,

(1) Epiiaphium Arrichîs apud Pertz, Mon. German. 5mp<.,ni,

Quod logos et physis, moderans quod cthica pangit, Omnia condiderat mentis in arce suœ.

Romuald est loué en ces termes :

Grammatica pollens, mundana legc togatas.

Epistoîa Pauîi Diaconi Adiîpergœ, apud ChampoUion-Figeac, Prolegomeiia ad Amatuniy p. XXIV : « Cum ad imitationem excellentissimi comparis..., ipsa quoquc subtili ingenio sagacissimo studio prudentium arcana rimeris, ita ut philosophorum aurata eloquu poetarumque gemmea tibi dicta in promptu sint ; historiis eliam seu commentis tam divinis inhsereas quam mundanis. »

(2) Anonymus Salernitanus, cap. 122. Apud Pertz, III, 534.

on voit Lucques, capitale d'un des ducs barbares dont le nom faisait trembler toute Tltalie, et où cependant toute lumière n'est pas éteinte, puisque deux maîtres laïques y paraissent dans des actes de 737 et de 798. Plusieurs séculiers figurent aussi parmi les dix-sept médecins mentionnés dans des diplômes du neuvième et du dixième siècle. Une charte de 823 est écrite sous la dictée du notaire Gauspert par le scribe Pierre, qui se déclare son disciple; d'où Ton peut conclure que l'étude de la jurisprudence n'était pas abandonnée. Cinq autres documents, dont le plus ancien remonte à l'an 755, désignent des peintres et des maîtres orfèvres. On est moins étonné des traditions d'art qui se conservaient à Lucques, quand on considère ses belles églises, admirées comme des types excellents d'ar« chitecture romane, et comme autant de preuves de ce besoin du beau qui presse encore les peuples d'Italie, au moment même où on ne les croit occupés que de leurs malheurs ou de leurs vengeances (1).

(1) Charte des archives de la cathédrale de Lucques :

Ann. 757. c Signum manus Tendualdi magistri, testis. »

Ann. 798. (Donation d'une terre.) « Caput une tenel in via publica, et alio caput tene in terra Benedicti magistri. »

Les maîtres nommés dans ces deux chartes n*ayant pas la qualité de clercs, on peut les tenir pour laïques. Je remarque dans la seconde les formes déjà italiennes de ce latin barbare : uno, alio, tene.

Ann . 825 . « Ex dictato supradicti Gausperti magister meus scripsi . i

Ann. 755. c Anspertus pictor. »

Ann. 807. • Upinghi homo magistro aurefioe, » etc.

4iG DES iGOLES EN ITALIB

Aussi renseignement ne resta point, comme on l'a cru, confiné dans le sanctuaire et dans le cloître, réservé à une caste qui aurait tenu la vérité captive. C'est ce qui résulte expressément d*une décision synodale de Rathier, évéquc de Vérone, n dixième siècle : il y déclare qu'à l'avenir il n*élèv»i aux saints ordres aucun postulant qui n'ait étudié les lettres ou à l'école épiscopale, ou dans un monastère, ou auprès de quelque maître savant (l).Cei maîtres libres, qu'un vœu n'engageait point au se^ vice des âmes, étaient les véritables héritiers de grammairiens et des rhéteurs de l'antiquité; mais, dépouillés de la dotation que leur assignait la loi romaine et qui avait péri dans la ruine de l'empire, ils étaient réduits à traiter avec leurs disciples et à faire marchandise de leurs leçons. Rathier leur reproche d'avoir vendu plus d'une fois des enseignements qu'il eût fallu ensevelir dans un étemel silence. Benoît de Cluse faisait gloire d'avoir éludié neuf ans chez les grammairiens, mais son savoir lui avait coûté deux mille pièces d'or (2). Dans cet

(1) Ratherius, Opéra 419 : « De ordinandis pro certo scitote quod a nobis nullo modo promoYebuntur, nisi aut in civitate nostra, aut in aliquo monasterio, vel apud quemlibet sapientom, conTersati fuerint et littcris aliquantulum eniditi. »

(2) Ratberius, Opéra 39 : c Multi cuim lucri ambitu tegenda silentio vendunt loquendo. » Mabillon. Annales ordinis S, Benedidi ly, 726. Adémar y fait parler ainsi Benoit de Cluse, dont il combat les prétentions : « Ego sum nepos abbatis de Clusa. Ipse me duxit

AUX lEMPS BARBARES. ^ \ '*-: M '-'^^ t.

âge où la force semblait maîtresse du mondt^iaV ;> science conduisait encore à la fortune. Alfahb dç ' Salerne célèbre la prospérité de Técole d'Averse, . ' « devenue l'égale d'Athènes : » il y salue le gram- *. mairien Guillaume, porté par son savoir au comble ' de l'opulence et des honneurs (1). Les moines forçaient la clôture pour aller grossir le cortège de ces docteurs fameux ; et saint Pierre Daroien s'afflige de les voir, « moins curieux de la règle de saint <« Benoît que des règles de Donatus, se précipiter <c insolemment dans l'audiloire théâtral des grama mairiens, etengager avec les séculiers de bruyants (( discours (2). )> Les séculiers étudiaient donc; et.

per multa loca in Longobardîa et Francia, propter grammaticam. Ipsi jam constat sapientia mea duo millîa solidis quos dédit magistris mcis. Novcm annis jam steti ad grammaticam... In Francia est sapientia, sed parum ; nam in Longohardia, ubi ego plus didici, est fons sapientise. »

(1) Alphani carmina, apud Ughelli, Itaîia sacra, t. X. Ad Godfrit., episcop. Aversan.

Aversam, studiis philosophes tuis Tu tantum reliques Ttncis, ut optimis Dispar non sis Athenis.

Idem, ad Guilieknum grammaticum :

Gui tôt Aversœ studiis adauctum Oppidum census dédit atque dulcis Culmen honoris.

(2) Petrus Damiani de Perfectione monachomm, in capite : de monnchis qui grammaticam discere gestiunt : « Quomodo liceat theatralia grammaticorum gymnasia insolentcr irrumpere, et velut inter nundinales strepitus vana ciun ssecularibus verba conferre? t

418 D£S ÉCOLES E7i ITAUE

s'il faut un dernier témoignage, je le trouve quand le poCte Wippo exhorte l'empereur Henri III à propager en iVllemagnc les bienfaisantes coutumes de l'Ilalie. a Ordonne, lui dit-il, que sur la terre des (K Teutons chaque noble fasse instruire tous ses fils « dans les lettres et dans la science des lois, afin « qu'au jour où les princes tiendront leurs plaids, (c chacun produise ses autorités le livre à la main. a C'est à quoi s'appliquent tous les Italiens aussitôt « qu'ils ont quitté les hochets : toute la jeunesse y « va suer aux écoles. Les Teutons seuls croient ino- « tile ou honteux d'instruire un homme, s*il n'est « clerc (1). »

Ce texte est considérable. Il atteste qu'au onzième siècle se maintenait encore Tordre des éludes, tel que l'avait réglé la loi romaine, en commençant par la grammaire et en finissant par la jurisprudence; tel que l'avait conservé à Rome l'édit d'Athalaric; tel qu'on le retrouve àRavennesous l'administration grecque, et chez les Lombards, quand ces conquérants apprennent à honorer les

(1) Vfi\)\}0,Panegyric, Henrici III :

Tiinc fac ediclum pcr lerram Teutonicorum, Quilibct ut dives sibi natos instnint omncs f.ittcnilis, lepremquc suani pcrsuadrat illis... Hoc servant Itnii post priiri.i «Tcpiindia ciincli, Kt sudarc scliolis mandatiir tota juvenlus.

Dans tour ce .qui précède, j'ai beaucoup eniprunlé au savant travail de M. Giesebrccht : De litterarum siudiis apud Halos.

^ sciences des vaincus. Un diplôme daté de 853, une ^j charte de Bologne (1067), une de Florence (1075), une de Bergame (1 079) , et, à Rome, le traité conclu, . en 964, entre Otlon le Grand et Léon VIII, témoignent que Tétude du droit s*y perpétue, puisque " , plusieurs personnes y comparaissent avec le titre de docteurs. Pierre Damien donne la même qualité , ^ aux jurisconsultes Otto et Moricus. Il montre les légistesde Ravenne, tantôt tenant la férule au milieu de la foule qui encombre les écoles, tantôt se réu- ";' nissanten assemblée générale pour débattre et fixer, *^ aux termes de la loi romaine, les degrés de parenté ' qui font empêchement au mariage.' Au même siè- cle, Lanfranc est instruit, suivant l'usage de sa ^ ' patrie, dans les arts libéraux et dans les lois sécu- ^ lières (1). Un peu plus tard, Irnérius professait la

*^ grammaire à Bologne , avant d'inaugurer cette F

C (1) Tiraboschiy Sloria di Nonantola^ U, n" 38, p. 54. Diplôme . de Milan, 853 : • Ego Hilderatus scriptor hiyus livelli et juris ma* •" gisler. » Goldast, Const. imp., 1221 ; FV, 34. Traité de 964 : c Sy- . Dodum coQstittttam apluribus virig catholids episcopis et abbatibus, insaper judicibus et legis doctoribus. »

-" Pelnis Damiani, Epist., lib. Vni, 7, 10. Id., Opéra, t. Il, p. 18, édition de Rome, 1608. Mm'atori, AntiquU,, I, 969, Florence, 1075 : « Ubertus legis doctor. »

Id., ilnd,y p. 448. Bergame, 1079 : c Radulfus legis doctor. t Sarti, de Cl. Archig. Bonoti. profeêsoribus, t. 1, p. 1, charte de 1067 ; § Âlbertus legis doctor. »

Je conntis les objections de Savigny, et je n^entends pas que le titre de legis doctor désigne toujours un maître qui enseigne le droit, mais du moins un légiste qui l'a étudié.

école qui devait restaurer le droit romain et soumettre à ses décisions les conseils des empereurs. Les jurisconsultes de Bologne siégeaient à la diète de Roncnglia, et signaient à Constance la charte des libertés de l'Italie. Mais ces maîtres savants, coustisés des princes et honorés par les républiques, vivaient encore, comme les anciens grammairiens, des contributions volontaires de leurs élèves. Chaqye année, le professeur désignait deux étudiants pour s'entendre avec les autres, et régler d'un commun accord le prix des leçons. Il est vrai de dire que les disciples finissaient par retourner contre leurs maîtres la science qu'ils en avaient reçue, ettrouvaiert dans le Digeste plus d'un prétexte pour ne poiit payer, selon cet adage déjà populaire :

Scire volunt omnes, mercedem solvere nemo.

Dès lors les villes jalouses de retenir les professeurs qui faisaient leur gloire et leur prospérité durent suppléer à la pauvreté des étudiants ; et en 1280 on voit la république de Bologne engager l'Espagnol Garsias pour commenter le Décret, au prix de cent cinquante livres par année. Ainsi l'enseignement public retrouve les conditions que 1* loi romaine lui avait faites en le mettant à la chargf des cités ; ainsi ces maîtres laïques, dont nousavotf suivi péniblement la trace, forment la chaîne qui

AUX Temps barbâbës* 42i

rattache les écoles impériales aux universités italiennes du moyen âge (1).

Si l'esprit laïque se conserve chez les maîtres, il éclate aussi manifestement dans leurs leçons et dans leurs œuvres. Pendant que les uns s'attachent aux codes de Théodose ou de Justinien, la grammaire, qui fait l'étude des autres, ne se réduit point aux règles élémentaires de la langue latine; elle comprend la lecture, le commentaire et l'imitation des poètes classiques. Au moment où Ton croit tous les esprits occupés des jugements de Dieu, quand il semble que les écrivains ne suffisent pas pour recueillir et publier les miracles des saints, il se trouve des lettrés indisciplinés qui ne s'inspirent ni du silence des cloîtres ni des pieux récits aimés du peuple, qui retournent aux sources profanes, qui font revivre dans leurs compositions non-seulement les fables, mais la sensualité du paganisme.

(1) Savigny, Histoire du Droit romain, t. III, ch. 21, § 88 (de la traduction française). Ibid., § 94. Sarti, pars 1% p. 149, 167, 233, 401, 410, 411. Pars 2% p. 83, 138.

Odofredus, ad L 79 de Verh, obligat, : « Bene scitis quod cum doctores faciunt coUectam, doctor non quîerit a scholaribus, sed eligit duos scholares, ut scrutentur Yoluntates scholarium. Pronnittunt scholares per illos. Mali scholares nolunt solvere, quia dicunt quod per procuratorem non quiBritur actio domino. »

Id.y m fine Digest. « Et dico vobis quod in anno sequenti intendo docere ordinarie bene et legaliter... Extraordinaric non credo légère, quia scholares non sunt boni pagatores, quia volunt scire, sed nolunt solvere, juxta illud : c Nossc velint omnes, mercedem solvere nemo. » — Le ▼ci's est de Juvéual, sal. vu, v. 157.

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