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308 Dtl-KEIITI&IIR LEÇON.
Ainsi, loi []ue les diréticDs durent se Faire langue, je ne m'utoDoe pas qu'à l'imitalioadc la Bible, ils se lissent une langue figurée, toute pleine de types et de symboles; et quand tes première Pères apustoiiques, saint Clément, saint Barnabe, interprètent les Écritures, l'allégorie surabonde dans leurs œuvres et dans leurs interprétations.
Vers le même temps, un écrivain chrétien, dont riiistoirc est restée inconnue, mais dont le livre a conservé un singulier caractère d'antiquité et de beauté, Herraas, veut instruire les fidèles, el il le fait, à la façon des anciens, par des similitudes. Son livre est divisé en trois parties (I) : les visions, les préceptes et les similitudes. Ses visions lui représentent, par exemple, l'Église sous la ligure d'une ji:une fille, d'une reine ou d'une iiu'-i'e que l'âge a diijà marquée de son caractère, et Il In([uclle il a ajouté aussi un signe d'autorité. ('.\'.s\. louj()ui-.s sous ccUe figure vivante et sensible qui; lui a|iparaisBent les institutions, les vocations auxquelles Dieu a donné l'appui de sa volonté. Aijisi encore, lorsiiu'il veut représenter les diverses conditions humaines, il emploie la corn pal'aison suivante. Ilonnas se promenant un jour dans la campagne vil une vigne el un orme, cl il
s'arrêta pour les considérer. Le Pasteur lui apparut : « Cette vigne, dit-il, porte beaucoup de fruits a et Torme n'en a pas. Mais, si elle n'était ap- « puyée sur lui, la vigne rampante en produirait « peu et de moindre valeur. Ainsi, comme elle ne tf peut avoir du fruit en abondance et de bonne « qualité qu'avec l'orme qui l'appuie, l'orme n'est a pas moins fécond que la vigne. Celui qui est « dans l'opulence est ordinairement pauvre aux c( yeux du Seigneur, car ses trésors le détournent a de Dieu, et sa prière est faible. Mais s'il donne « aux pauvres, le pauvre qui est riche aux yeux a du Seigneur, et dont la prière est puissante, le « pauvre prie pour lui, et Dieu l'exauce. Ainsi le « riche s'appuyant sur le pauvre comme la vigne a sur l'orme, ils deviennent tous deux féconds, « l'un par l'aumône, l'autre par la prière (1). »
Vous voyez que ce langage symbolique pénètre ainsi dans les mœurs chrétiennes ; je dis plus : il y devient nécessaire. Après la liberté dont le christianisme jouit jusqu'aux premières persécutions, les chefs de l'Église reconnurent la nécessité d'envelopper les mystères dans la discipline du secret : ils n'étaient communiqués que peu à peu, et ne devaient pas être livrés et abandonnés immédiate*
(i) Hermas Poitor, 1. m : SimlUudo iecunda.
50a DlX-NËUVIÈlIfi LEÇON.
ment à la profanalion des infidèles. Cette nécessité de tenir les mystères secrets, et cependant de se reconnaître entre chrétiens, devait donner lieu à des signes de ralliement qui ne pussent être intelligibles que pour ceux qui en avaient appris le sens, par conséquent à un système de symboles par lesquels les chrétiens pussent échanger leurs pensées sans les livrer à des esprits sacrilèges. Aussi le nombre des symboles s'augmente à Tinfini, et, dès le troisième siècle, il est devenu tel, qu'un Père de rÉglise grecque, Meliton de Sardes, écrit un livre intitulé la Clef^ destiné à donner déjà, à cette époque si reculée, le sens mystérieux de ces symboles, multipliés au point de rendre nécessaire cette interprétation scientifique.
Au cinquième siècle, saint Euchcr écrira le Livre de% formuler pour l'intelligence spiritrielle de$ Écritures, Liber formularum spiritualis intelligentix, dans lequel il donne précisément le sens mystique des nombres, des fleurs, des figures d'animaux, des plantes, des métaux précieux, qui tous avaient une signification, et dont la valeur et le rapport avaient préoccupé la philosophie ancienne. Ainsi, comme dans un grand dictionnaire symbolique, seront expliqués les signes employés alors dans le langage théologique, les figures du lion, du cerf, de l'agneau, de la colombe^ du pal-
mier, de l'olivier, de la grenade et tant d'autres. C'est, en quelque sorte, le secret des hiéroglyphes chrétiens, mais dévoilé volontairement par le prêtre dès que le danger des persécutions est passé, dès que la nécessité de la discipline du secret s'est évanouie, et que l'Église peut satisfaire à ce besoin, qui est en elle, de tout communiquer, bien différente en cela des sacerdoces anciens, dont la règle et la discipline étaient de tout cacher et de tout ensevelir.
C'est parce que les religions sont nécessairement symboliques qu'elles deviennent le principe et le berceau des arts : tous les arts sont nés à l'ombre d'une religion. Et je ne m'en étonne pas; car, si l'homme, pour dire quoi que ce soit, a besoin d'employer des signes qui, précisément parce qu'ils sont matériels, restent toujours inférieurs à sa pensée, à plus forte raison il doit en être de même quand on entreprend de parler à Dieu, de Dieu, des choses invisibles, de toutes ces concep* tions infinies que l'intelligence n'atteint qu'à peine, qu'elle entrevoit un moment, qui passent comme des éclairs qu'elle voudrait fixer, mais qui ont disparu avant qu'elle ait pu comparer son expression imparfaite avec Tidée même qu'elle voulait rendre. C'est pourquoi, quand l'homme essaye de parler de ces choses életneWe»^ v\t?Mv
Wà DIl-NBUVIÈHB LEÇOS.
signe ne lui suffit, ne le satisfait; tous les moyev sont employés et viennent, pour ainn dire, à h lois sous su main. Mais tout ce que peuvent elb ciseau, et le pinceau, et les pierres éleTées les uib sur les autres jusqu'à des hauteurs inaccessihksel jusque vers le ciel, tout ce que peut produire li parole d'illusion et d'harmonie quand elle al soutenue par le chant, tout est employé ftf riiommo, et rien n'arrive à contenter les juta exigences de son esprit dès qu'il s'agit de ca grandes et immortelles idées. Cependant, maigri (Mîlte impuissance, l'idéal qu'il a poursuivi zfift ralt, se laisse entrevoir avec une sorte de trao^ rencc, et c'est cette transparence de Tidéal à travers les formes dont il est revêtu qui constitue vériUiblemenl la poésie; car la poésie primitive n*esl pas seulement dans les vers, dans la parole rliylhmée, mais dans tout effort de la volonté humaine pour saisir l'idéal et le rendre, que cesoil par la couleur, que ce soit par des pierres ou pai tous les moyens qui lui ont été donnés de frapper les sens et de communiquer à l'intelligence d'au* trui ce que son intelligence a conçu.
Vous comprenez que l'art chrétien aura son be^ ceau au berceau même de la religion chrétienne, c'est-à-dire aux Catacombes. C'est là qu'il faut des* cendre pour voir les origines de cette poésie que
i'ART CHRÉTIEN. 303
nous avons cherchée dans les livres. Mais le peuple (jui se rassemble là est trop fervent, trop ému, pour ]u'un seul ou deux de ces moyens par lesquels l'homme peut traduire sa pensée lui suffisent ; il est d'ailleurs trop pauvre, trop ignorant, il se 3ompose trop des dernières classes de la société [*omaine pour pouvoir porter bien loin la perfecion dans l'emploi des arts : il faudra donc qu'il essaye à la fois de tous les arts, de tous les moyens 3ar lesquels l'idée peut se traduire pour rendre, rune manière bien imparfaite, les émotions dont la bontie nouvelle du christianisme vient de remplir son cœur.
Il faut se représenter les catacombes comme un abyrinthe de galerie^ souterraines qui s'étendent à les distances considérables sous les faubourgs et ous la campagne de Rome. On n'a pas compté noins de soixante de ces cimetières chrétiens, et es circonvallations qu'ils forment autour de l'anienne Rome, à en croire la tradition populaire, ce [ue répètent les pâtres de la campagne, s'éten- Iraient jusqu'à la mer.
Mais, quand on descend dans ces lieux sans lunière, on est encore plus frappé de leur profondeur [ue de l'étendue sur laquelle ils se développent. )n entre communément par d'anciennes carrières le pouzzolane qui ont servi, sans dout^^ i W c»Qi\Vr
struction des monuments de Rome et qui furent l'onvrage des anciens. Mais, au-dessous ou à côté de ces carrières, les chrétiens ont eux-mêmes creusé, dans le tuf granulé, d'autres galeries d'une forme tout à fait différente qui ne pouvaient plus servir à l'extraction de la pierre, mais au seul but qu'ils se proposaient. Toutes ces galeries descendent à deux, trois, quatre étages, au-dessous de la surface du sol, c'est-à-dire à quatre-vingts, à cent pieds et plus encore ; elles serpentent en détours infinis, tantôt montent, tantôt descendent, comme pour fuir les pas des persécuteurs qui y sont engagés, qui pressent la foule des fidèles et qu'on entend déjà venir. A droite et à gauche, les parois de la muraille sont percées de niches oblongues, horizontales, comme les rayons d'une bibliothèque, car je ne trouve pas de comparaison plus juste : chaque rayon forme une sépulture qui sert, suivant sa profondeur, pour un ou plusieurs corps. Une fois la sépulture remplie, on fermait le rayon avec des blocs de marbre, des briques, avec tout ce que le hasard mettait sous la main de ces ouvriers persécutés. De distance en distance, ces longs corridors s'ouvrent sur des chapelles où pouvaient se célébrer les mystères, et sur des salles dans lesquelles l'enseignement se donnait aux catéchumènes et (A s'accomplissaient les exijiaUous des pénitents.
J'ai besain de vous fournir îmmédialement la preuve que ces grands ouvrages sont bien des premiers siècles chrétiens, des siècles persécutés. Nous en avons le témoignage dans Prudence et dans saint Jérôme, qui tous deux y étaient allés, plus d'une fois, vénérer les sépultures des martyrs, et qui en parlent avec autant d'épouvante que d'admiration. Saint Jérôme, jeune étudiant à Rome, avec toute l'ardeur de son âme, descendait chaque dimanche dans ces entrailles de la terre, et nous dit qu'alors revenait sans cesse à son esprit la parole du Prophète : « Descendunt ad infernnm viventeSj » et ce vers de Virgile :
Uorror ubique animos, simul ipsa silentîa terrent,
mêlant ainsi les grandes traditions sacrées aux traditions profanes, image de la double éducation de Jérôme et de ses contemporains (1).
En ejTet, on aperçoit d'abord dans les catacombes l'ouvrage de la terreur et de la nécessité. Mais, si l'on y prend garde, c'est un ouvrage bien éloquent, et si les monuments, si l'architecture môme n'a pas d'autre but que d'instruire les hommes et de les émouvoir, jamais aucune construclion au monde n'a donné de si grandes et si terribles
(1) S. Uieronymus, tn Ezechielem, cAO,
zm i»ix-3iEi:YiEX£ UÇÛ5. ' *";:
leçons. En effet, lorsque tous avez pénébédan ■ profondeurs de la terre, tous appram par fine ce qui est la grande leçon de la Tie, à vous dâicher de ce qui est visible, à tous détacher même de ce par quoi tout est visible, c'estrà-diredeUlmmèK. Le cimetière enveloppe tout, comme la mort enreloppe la vie, et ces oratoires mêmes ouverts adroite et à gauche, par intervalles, sont comme autant de jours ouverts sur l'immortalité, pour consoler un peu l'homme de la nuit dans laquelle il vit icibas. Ainsi tout ce que l'architecture doit faire plv tard, elle le fait déjà; elle instruit, elle émeat, * elle pénètre.
Essayez quelque jour, dans vos pèlerinages de jeunes gens, de descendre dans ces vastes souterrains, et, quand vous en remonterez, vous me direz si vous n'y avez pas trouvé des émotions qu'aucune des grandes constructions antiques, aucun des restes ni du Golisée, ni du Parthénon, ni de ces autres édifices qui se croyaient bâtis pour l'immortalité, n'auraient jamais pu produire dans votre âme.
Ce n'est pas tout : ces oratoires et ces tombeaux sont couverts de peintures souvent sans doute trèsgrossières. Parmi les chrétiens des premiers siècles, parmi ces plébéiens, ces pauvres, que le christianisme avait préférés à tous, il y avait peu de
grands artistes. Les Appelles et les Parrhasius de ce temps restaient au service de Néron et décoraient pour lui la Maison Dorée. C'étaient des artistes de rebut, des misérables qui descendaient là : cependant je ne sais quoi de plus qu'humain se trahit au milieu de toutes les faiblesses et de toute l'impuissance d'un arl dégradé. En remontant surtout aux catacombes qui paraissent avoir été creusées dans les siècles les plus anciens, on reconnaît la tradition fidèle et très-bien observée des arts de l'antiquité. On trouve des peintures desquelles on peut dire, sans exagération, qu'elles ont quelque chose de la beauté antique et qu'elles ne témoignent pas encore de cette décadence de l'art romain qui ne se prononce d'une manière bien déclarée qu'au second siècle.
Ainsi les peintures elles-mêmes rendent témoignage de l'antiquité des murs sur lesquels elles ont été tracées et des croyances qu'elles expriment. En effet, il était impossible que l'art chrétien naissant ne reproduisît pas, à beaucoup d'égards, les traditions de l'art dans l'antiquité. Les païens avaient aussi des sépultures peintes, souterraines même, comme les Scipions, qui avaient coutume d'ensevelir à la façon des chrétiens les morts de leur famille. Dans les tombeaux des Scipions, des Nasons, et ailleurs, on a trouvé aussi des peintures, des images agréables semées sur les murs !jqu\:
consoler la trislesse de la mort : par exemple, des fleurs, des animaux, des victoires, des génies. Quoi d'ctonnant si les humbles fossoyeurs, les fossoret^ comme on les appelait, qui les premiei-s commencèrent à décorer les sépultures des chrétiens et les oratoires, reproduisirent à beaucoup d'égards les procédés, les images, les sujets des artistes anciens? Ainsi les mêmes figures allégoriques et souvent des figures qui sembleraient ne devoir appartenir qu'au paganisme, comme des victoires, des génies ailés, décorent plusieurs tombeaux chrétiens, et dans trois peintures du cimetière de Saint-Callixte, on trouve la figure d'Orphée représentée à la manière des anciens. Mais la science de l'Église, qui veillait derrière l'ignorance et la simplicité de ces pauvres ouvriers, avait soin d'éclairer le symbole, de le purifier, de Télargir, de lui donner un^î signification nouvelle. Elle faisait pour l'art ce qu'elle avait fait pour la langue : il avjit bien fallu qu'elle adoptât la langue ancienne, mais elle l'avait fait en donnant aux termes anciens un sens nouveau qui devait fournir une nouvelle fécondité h la parole. Orphée figurait parmi ces types chrétiens : mais, selon saint Clément d'Alexandrie, il y figurait comme l'image du Christ, qui, lui aussi, attire les cœurs, ébranle jusqu'aux rochers les plus froids du désert et les bêtes les plus féroces
VkHT CllHÉTIbN. 309
des forêts, comme il a figuré plus tard dans Tari chrétien de tous les siècles, juscju'à Caldéron, qui a composé un de ses plus admirables Autos sacramentales sous le tilre du Divin Orphée. De même, lorsque les peintures des catacombes représentent, à la clef de voûte de leurs oratoires, Timage du bon Pasteur, les archéologues, avec beaucoup de raison, disent : Cette image du bon Pasteur est imi« tée des anciens.
Les anciens avaient plus d'une fois représenté, même dans les sépultures et ailleurs, les jeux des bergers, et, parmi ces images gracieuses où se complaisaient la peinture et la sculpture antiques, aucune n'était plus agréable que celle d'un jeune pasteur chargeant un chevreau sur ses épaules. Les chrétiens ont pris à côté d'eux, dans des sépultures, l'image de ce berger avec sa chlamyde et tous les détails de son costume, ont mis sur ses épaules le chevreau traditionnel, infidèles en cela au texte évangélique, qui parle de brebis : mais l'artiste ignorant a, la plupart du temps, copié le chevreau sur l'image ancienne sans s'inquiéter ^ de la conformité au texte de l'Évangile. Voilà ce ^ qu'ont dit tous les archéologues ; mais cette inter- "' prétation est un peu exagérée, et je vais vous faire '^ voir comment une critique plus profonde et plus éclairée peut, tout à coup, illuminer un point mal
compris et faire apparaître toute la profondeur, toute la beauté d'un symbole.
En effet, au moment où les chrétiens creusaient les catacombes de Saint-Cal lixte à Rome, à la fin du deuxième siècle, jl s'agitait dans TÉglise une des questions les plus terribles qu'elle ait remuées: à savoir si le pardon promis au pécheur ne lui était promis que pour une ou pour plusieurs fois, si le pécheur relaps pouvait être admis à la pénitence. Une secte considérable, les montanistes, ayant à sa tôte un des plus illustres déserteurs de l'orthodoxie, Tertullien, soutenait que le pardon s'étend à celui qui a péché une fois, mais non à celui qui I retombe ; que le bon pasteur rapporte bien sur ses I épaules la brebis égarée, mais non le bouc, le che- f vreau qui, au jour du jugement, sera mis à la fi. gauche du juge, tandis qu'à sa droite on verra fin" seulement la brebis. Et, comme les chrétiens lui r^ objectaient la parabole du bon pasteur, il répon* l^r\ dait avec amertume que le bon pasteur s'était m I /^ en quête de la brebis, mais que nulle part onwjîîî voyait qu'il eût couru après le bouc. Et, danssofllîoQ livre de Pudicitia^ il reprochait à l'évêque Al.^ie Rome d'aller à la poursuite des boucs, au lieuAI^Ste ne courir qu'après les brebis égarées. C'est aloffli^jiç que l'Église, dans sa mansuétude, fit cette répoii*Jï5îp; à la fois aimable et sublime à ces hommes impi'l^ce
toyables qui ne voulaient pas de pardon à la faiblesse retombée, en faisant peindre dans les catacombes le bon pasteur, non plus seulement avec une brebis sur ses épaules, mais avec un bouc, avec cette figure du pécheur, qui semblait condamné à jamais, et que le bon pasteur, cependant, rapporte en triomphe sur ses épaules.
Voilà comment, où Ton n'avait vu qu'une erreur d'un ouvrier, copiste malhabile des anciens, se découvre un mystère charmant de grâce et de miséricorde.
Autour de celte image du bon pasteur, qui forme
ordinairement la clef de voûte des catacombes, se
dessinent quatre compartiments, séparés les uns
des autres par des arceaux de fleurs. Dans ces
compartiments sont ordinairement peints quatre
sujets pieux : deux de l'Ancien Testament et deux
du Nouveau, opposés les uns aux autres pour se
r servir de confrontation et de parallèle. Ces su-
. jets ne varient guère : on évalue à une vingtaine
< ceux qui sont représentés le plus habituellement,
^ et on a dit : Ceci tient à l'extrême pauvreté de
ç. génie des artistes de ce temps; ils ne pouvaient
\i:. IÇuère sortir d'un petit nombre de modèles donnés.
o5i ^^ndant ces sujets, si l'on y prend garde, ne
^. sont pas toujours identiques, ils sont Iraités avec
jg^: ^ne certaine liberté^ il n'y a pas de t^çô ^b^oXw.
312 DIX-NEUVlfeME LBÇOM.
Quelques images, celles, par exemple, de la chute originelle, varient singulièrement suivant les ouvriers et suivant les époques, et on s'aperçoit que le nombre des sujets est restreint précisément parce qu'il ne s'agit que d'exprimer un cerlain nombre de dogmes, parce que tous ces sujets sont symboliques et ont un sens au delà de celui qu'ils expriment. C'est ainsi que le serpent, entre nos deux premiers parents, exprime le péché, et que l'eau sortant du rocher nous représente le baptême; c'est ainsi que Moïse, faisant tomber la manne du ciel, est le symbole de l'eucharistie, tandis que le paralytique guéri et emportant son grabat sur le dos est le symbole de la pénitence ; c'est ainsi que Lazare exprime l'idée de la résurrection; que les trois enfants dans la fournaise, Jonas jeté à la mer, Daniel dans la fosse aux lions, sont le symbole du martyre, sous ces trois formes principales, du martyre par le feu, par l'eau, par les bêtes. Mais remarquez qu'il s'agit toujours de martyrs triomphants, couronnés de Dieu, et jamais, excepté saint Hippolyle, de martyrs contemporains. Plusieurs siècles après seulement, les chrétiens ont tracé dans les catacombes quelques images des martyrs; mais jamais les chrétiens des persécutions, ces hommes déclarés par Tacite Thorreur et l'opprobre du genre humain, n'ont voulu peindre ce qu'ils
L'AUT CUHÉTIEN. 313
avaient souffert, ce qu'ils avaient vu souffrir à leurs pères, à leurs enfants, à leurs épouses. Selon moi, ceci est admirable : tandis que l'art païen s'enfonçait dans le réalisme le plus odieux et le plus grossier, et que, pour réveiller les sens de ces hommes blasés, il fallait leur brûler un esclave à la fin de la tragédie d'Hercule au mont Œta, et outrager une femme sur la scène lorsqu'on jouait je ne sais quelle pièce d'Euripide; pendant que ce réalisme grossier s'emparait des théâtres romains, dans cette ville triomphante et maîtresse du monde, voici des hommes délestés, pauvres, impuissants, cachés sous la terre, dans un lieu où ils peuvent, a la rigueur, entendre les trépignements de la foule qui crie : « Les chrétiens aux lions ! » eh bien, ces hommes n'auront à nous donner que le type du martyre dans l'antiquité, jamais de celui qu'ils ont souffert, que les images de la résurrection, que des symboles gracieux, aimables et touchants, nous laissant à la fois le plus bel exemple et de l'art qui n'aime pas le matérialisme, et de la charité qui pardonne et oublie.
Les Catacombes n'avaient pas donné seulement asile à l'architecture et à la peinture : la sculpture, sans doute, devait y tenir moins de place, car cet art était l'art païen par excellence. Les images des dieux étaient plu^ rarement en tableaux c^ii'eiv
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uutnwiv H ."iiHuaii a :nor. \ si aianièi
luî^iam <;ir "w otriv-aux a ."jKunbe r^et: ;
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iu Ciinst, patTîî jrio c JlOl J^r*J . -r-.^ JCl
réunissait les cinq initiales des noms par lesquels on désignait le Christ (1).
Ce signe convenu entre les chrétiens leur avait servi de ralliement, de moyen de se reconnaître entre eux, et d'autre part, le poisson exprimait le ;; chrétien trempé dans les eaux du baptême. Ainsi une sépulture, dont on a recueilli Tinscription, ne portait pas un vers, pas un mol en prose, qui servît à désigner le mort ; on n'y voyait qu'un poisson et les cinq pains de la multiplication ; eh bien, cette inscription disait beaucoup, elle disait : Ici repose un homme baptisé (le poisson), et cet homme baptisé a goûté du pain miraculeux de TEucharistie. C'était là un énergique et admirable langage ! La parole venait aussi lui aider, quelquefois avec une simplicité qui avait sa grâce, comme dans cette inscription si simple : Tottoç ^iXyî/xovoç. D'autres fois c'était un mot plein de tendresse et de douceur sur le tombeau d'un enfant : Florentins felix agnellus Dei. D'autres fois, la terreur des jugements de Dieu s'exprime par une exclamation terrible, comme dans l'inscription du père de Benirosus : Dominej ne quando adumbratur ipiritus veneris.
Enfm l'inscription en vers éclate et se répand
(1) ir.ffoûç Xpioroç, 9mO utoç^ crutrip.
516 DIX-NETTIËIE LEÇ05.
ur les tombeaux, et déjà la poésie véritable, celle qui emploie le rhytbme, met son empreinte sur les pierres des catacombes. Voici quelques vers d'une grande barbarie, mais étonnants par le souvenir classique qu'ils éternisent ; il s'agit d*un enfant de quatre ans :
Hic jacet infelix proprio Cicercula nomen, iQnocens qui yix semper in pace quiescat, Cui cum bis biaos natura ut compleret annos, Abstulit atra dies et funere mersit acerbo.
Assurément, à la fin de ces vers barbares et chrétiens, on ne s'attendait pas à trouver un vers de Virgile. Mais, à part ces souvenirs de l'antiquité qui arrivent ainsi par lambeaux, tout ici est populaire, tout doit être grossier. 11 ne faut donc pas s'élonner de la multitude de fautes d'orthographe et de grammaire, ni de ce grand nombre de mots latins écrits en lettres grecques, ni de tous ces solécismes et de tous ces barbarismes dont ces inscriptions sont pleines. C'est précisément leur gloire, la gloire de ce peuple ignorant, grossier et pauvre, qui devait cependant triompher de la nation riche, puissante, qui était sur sa tête, et qui habitait les palais dorés au-dessous desquels il creusait ces sépultures. Certainement les rhéteurs romains auxquels on aurait porté ces pierres chrétiennes avec ces vers "auraient haussé les épaules et demandé comment
ces misérables Galiléens, qui écrivaient si mal, pouvaient songer à réformer le genre humain. C'était cependant du fond de ces cimetières, de la poésie de ces tombeaux, que devait sortir tout l'art nouveau destiné à changer la face intellectuelle du monde.
Il me resterait à vous montrer la destinée de l'art chrétien à l'époque précise où nous nous sommes placés, c'esi-à-dire après les catacombes ; mais il fallait auparavant vous faire connaître où il avait ses racines. C'est qu'eif effet, quand l'art chrétien sort des catacombes, quand l'ère des persécutions est finie pour lui , on le voit se développer avec plus de liberté, de variété, et ses branches se détachent, quoique cependant toujours nourries de la même sève et chargées des mêmes fleurs.
La sculpture est encore surveillée, contenue ; on doit se défier du statuaire à une époque où l'on a tant de peine à le défendre des périls et de la séduction qu'exercent sur lui les vieux simulacres de Jupiter. Cependant gardons-nous de croire que la sculpture ait été proscrite dans ces premiers siècles du christianisme. Nous trouvons, même du temps des persécutions , une statue de saint Hippolyte, d'une authenticité incontestée, qui remonte au troisième siècle et qui est encore aujourd'hui dans la salle de la bibliothèque du Vatican. Il y a aussi des».
ur»çàii:ris. pe li sd;&Ipaire presd sqk essor et trccrrr M Lie». E^rî y nrpTQdait, &l giinéral, ks KSris 5c;V-5 i'i* ir-zi Trsuzients, que nousa^OK KOiàrriské^ îjlzs l^s- diKijiiibe&. son bot est de i» 4r>^ i:iia pu dfs syinr-j'es. par des figures, la priiîdp^^ix ni;Kêreï i: ehristiaxûaiie. Cependait elié ; £>o:.*wë cœifjiieç sujets noaTeam, comne ïùùi niontré d'^iminti^ études, non encore ad»- Tées, sar les Sarcophages chreiiens des quatriène et cinquième siêcies. On en trouTe on grand nambre au Vatican . mais il faudrait leur comparer ceux de iLiveDre «rt ceux dont nous avons encore à Arles une admirable cûllec'ion : Rome, RaTeDDe et Arles, trois grandes villes impériales au cinquième siècle : Arles, pendant quelque temps la capitale des Gaules, succédant à Trêves dans cette dignité. Dans chacune de ces trois villes se forme, pour ainsi dire, une école diflerentede statuaire chrétienne : toutes ont des règles communes, mais chacune aussi a son originalité propre. Les mêmes sujets ne sont pas également en faveur partout : à Arles par exemple, on trouve traité jusqu'à trois fois, dans les sarcophages de saint Trophime, le passage de la mer Rouge. A la largeur, à Télendue,
au mouvement, on y reconnaît l'habitude d'un ci* seau très-exercé et une imitation des plus belles batailles représentées sur. les bas-reliefs des anciens. A Arles encore, on a trouvé des sujets histo* riques qui ne se rencontrent nulle part ailleurs : ainsi deux guerriers, agenouillés devant le Christ, comme Constantin devant le labarum : c'est-à-dire reconnaissance de la vérité religieuse par le pouvoir temporel, soumission à la vérité de celui qui porte le glaive ; image expressive et simple de ce qui se produit à cette époque où, en effet, le pouvoir temporel s'agenouillait devant cette vérité souvent persécutée. 11 me sufQt d'avoir signalé la présence de ces trois grandes écoles de sculpture, qui eurent des disciples dans les autres grandes villes de l'Italie et de la Gaule, car à Vérone, à Milan et sur les bords du Rhin, on rencontre des sarcophages chrétiens qui n'ont pas le même mérite, mais qui n'en témoignent pas moins d'un état de l'art digne d'être étudié. Il ne faut donc pas se hâter, comme on l'a trop fait, de juger la sculpture de ces temps par l'arc de triomphe de Constantin, élevé à Rome, et de dire que, comme on n'y trouve que quatre ou cinq bas-reliefs de mérite enlevés à des monuments antérieurs, c'est là une preuve de l'impuissance des artistes contemporains, incapables de produire par eux-mêmes quelque
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chose de digne des regards ; ils ont placé sur la frise les figures les plus disproportionnées qu^on puisse imaginer ) et c'est sur cette frise qu'on juge de toute la sculpture du quatrième et du cinquième siècle. Mais est-il donc un temps où les artistes de cour ne puissent, à la faveur d'un caprice de prince, faire parvenir des œuvres malheureuses, grossières, à la place que devait occuper les ouvrages des hommes d'un véritable mérite? Est-ce que tons les temps n'ont pas les mêmes inégalités dans le talent ? Est-ce que le temple de Phigalie, dont les sculptures sont si rudes, n'est pas précisément contemporain du Parthénon, où se déroulent les admirables compositions de Phidias ! Mais à côté de ces compositions triviales, qui déshonorent le monument qui les porte , nous avons des sarcophages d'une incontestable beauté, et, parmi ceux de Ravenne, il en est plusieurs qui attestent une grande pureté de ciseau.
Ainsi n'en doutons pas : la sculpture n'a pas péri ; elle se défendra; elle traversera les siècles barbai>3S et difficiles, et, quand vous lui livrerci les chapiteaux de nos piliers, la façade et les portails de nos cathédrales, vous verrez ce qu'elle saura faiœ.
Après la sculpture, et avec plus de faveur, venait la peinture ; et si quelques-uns se scandali-
saicnt du grand nombre de figures, non-seulement sacre'es, mais profanes, dont elle se plaisait à embellir les églises, elle était défendue par les plus grands esprits de ce temps. On ne conçoit en aucune manière comment on a pu dire que Temploi des images était nouveau dans l'Église, quand tous l^s Pères des quatrième et cinquième siècles sont remplis de témoignages du culte des images et de l'emploi qu'on en faisait dans la décoration de toutes les basiliques, soit en Orient, soit en Occident, à l'exception d'un certain nombre de provinces, comme la Judée, où l'on craignait d'offenser les susceptibilités des Juifs. Hais, à part cela, tous les témoignages sont unanimes, et nous avons du cinquième siècle des lettres de l'anachorète saint Nil à Olympiodore, préfet du prétoire, pour le louer de l'intention où il était de décorer de peintures la basilique qu'il venait de fonder. Nous avons aussi des lettres en vers, une sorte de poëme de saint Paulin, où il explique les ornements dont il a enrichi l'église de Noie, et s'attache à décrire les peintures qu'il a fait tracer sur les portiques (1). Voilà donc la preuve et, en même temps, la justification de l'emploi de la peinture dans les basiliques chrétiennes. Aussi la peinture se per-
( 1 ) Voir les notes à la fin de la leçon, II.
péluera même dans les temps qui paraissent les plus mauvais. J'en donne pour exemple les innomhrables Vierges byzantines qu'on trouve dans toute ritalie, ces peintures très-anciennes et souvent très-effacées, mais que l'on reconnaît encore près de Rome, à Saint-Urbain délia Cafarella, dans l'ancienne église souterraine de Saint -Pierre, à Sainte- Cécile, aux quatre Saints Couronnés, à Saint- Laurent, où il y a une suite de peintures du huitième jusqu'au treizième siècle, c'est-à-dire de l'époque où l'on suppose l'art entièrement éteint. Le génie de la peinture ne se montre guère dans ces essais souvent très-grossiers, mais il n'est pas tout à fait éclipsé ; il reparait sous une autre forme dans les mosaïques qui commencent à décorer les églises dès le cinquième siècle cl se continuent jusqu'au treizième; car di^'à en 424 le pape Célestin 1" orne de mosaïques Téglise de Sainte-Sabine. Sixte III fait exécuter en 455 celles qui subsistent encore aujourd'hui, après mille quatre cents ans, à Sainte-Marie-Majeure: ainsi celle image de la Croix non ensanglantée, couverte de pierreries, sur un trône avec les saints évangiles, et au-dessous de l'image de la Vierge; tout autour l'histoire de Tenfance du Christ, et, sur les deux côtés, vingt tableaux tirés de l'Ancien Testament : tout cela da(e du pape Sixte III. Peu à peu la mosaïque envahit
les grandes basiliques romaines, comme Saint- Pierre et Saint-Paul. Dans la capitale du monde chrétien et dans les grandes cités d'Italie, à Milan, à Ravenne, à Vérone, à Venise, partout enfin l'abside des églises se remplira de cette grande et resplendissante image du Christ et de la Jérusalem céleste, qui rayonne, pour ranimer l'espérance des fidèles, au milieu des périls de ces siècles sanglants.
La mosaïque remplit toute la période romane,' arrive jusqu'à la période gothique, où elle s'empare bientôt des arcades ogivales des églises bâties en Sicile par les Normands. C'est ainsi qu'à Montréal et à la chapelle palatine de Palerme resplendissent encore les figures traditionnelles du Christ, de la Vierge et des saints, telles que les avaient composées les artistes contemporains de Goinstantin et de Théodose. La fidélité aux types anciens est tellement opiniâtre, qu'elle s'étend même à ces images empruntées de l'antiquité, et je cite ceci comme un des nœuds qui rattachent le temps dont je m'occupe au moyen âge dont nous nous occuperons bientôt. A Ravenne, par exemple, dans le baptistère, on a représenté le Jourdain à la manière des païens, sous la figure d'un dieu-fleuve, couronné d'algues marines, appuyé sur son urne, dont les flots se répandent et forment l'onde ç^^^xfek
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dans laquelle se plonge le Rédempteur. Cette imitation est si obstinée, qu'elle se reproduit sans cesse : à Venise, par exemple, les quatre évangélistes sont accompagnés des quatre fleuves du paradis terrestre, auxquels ils correspondent dans le langage symbolique de l'Eglise ; les fleuves sont couronnés d'algues marines et appuyés sur leurs urnes. Charlemagne s'en scandalisait, et, dans les livres carolins, il se plaint de ce qu'au milieu des peintures sacrées on représente les fleuves sous des figures païennes. Charlemagne ne put les faire disparaître, el, dans la calhédrale d'Âutun, dans l'église de Vezelay, vous pouvez voir les fleuves du paradis terrestre représentés toujours sous la figure des anciens dieux, appuyés sur leurs urnes penchantes.
Mais la peinture et la sculpture ne sont encore que des dépendances de rarchiteelure, qui, dans les siècles primitifs, est toujours la science maîtresse. Et en effet, à vrai dire, les bas-reliefs, les fresques, les mosaïques, ne pouvaient être que des dépendances monumentales d'un édifice capable de les soutenir et de les rassembler, d'en former un système qui eût un sens précis, étendu, qui leur donnât le moyen d'instruire véritablement et de toucher les hommes.
Ce n'est ici ni le lieu ni le temps de vous faire
VÂKT CURÈTIEH. 325
l'histoire de Tarchilecture chrétienne depuis les calacombes, ni de remonter complètement à l'origine première des basiliques. Je dirai cependant, en deux mots, que cette origine me parait double. D'une part, les premières églises ne semblent être autre chose qu'un développement, et, si je pouvais m'exprimer ainsi, qu'une germination des chapelles sépulcrales des catacombes. Ces chapelles sont carrées, ou rondes, ou polygonales, presque toujours terminées par une voûte couronnée d'un dôme. Peu à peu elles se divisent en quatre compartiments. Lorsque ces glorieux membres de l'Église, ces chrétiens persécutés sortent de leur obscurité, s'échappent des catacombes, il semble, pour ainsi dire, que leurs tombeaux, faisant effort et soulevant la terre, s'élèvent au-dessus d'elle et la couronnent : car les premières chapelles, les premiers tombeaux chrétiens, les baptistères qui se construisent sur la face du sol, au lieu d'être cachés dans ses profondeurs, affectent cette forme. Les baptistères sont ronds, les premiers tombeaux chrétiens le sont aussi : je citerai, comme exemple, le baptistère de Saint-Jean-de-Lalran à Rome; à Rome aussi, le tombeau de sainte Constance, bâti par Constantin pour sa sœur et d'autres personnes .illustres de sa famille; je pourrais citer encore la cathédrale de Brescia, qui est une rotonde. En
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Orient, cette forme triomphera et formera la coupôle; déjà l'église des Saihls-Apôtres, construite par Constantin, n'était qu'une coupole couronnant le milieu d'une croix grecque. Dans Sainte-Sophie, la coupole se développe encore davantage, et s'étendant de tous côtés, absorbera, en quelque sorte, les bras de la croix. Ce sera là le type du car<ictërè byzantin qui demeurera en Orient.
Mais une autre origine, non moins incontestable, c'est l'emploi que feront les chrétiens des anciennes basiliques romaines. Vous savez qu'il y avait à Athènes un portique, nommé le Portique- Royal, qui servait aux audiences de l'archonte-roi. Rome avait imité cette architecture. Dans les portiques où se rendait la justice, elle enferma ce qu'elle appelait une basilique. C'était un grand et vaste palais divisé en trois nefs par deux colonnades formant différents étages. Au fond était le tribunal sur lequel prenaient place le juge et ses assesseurs. Lorsque le christianisme eut grandi, | qu'il fut devenu puissant, il ne voulut pas emprun- i ter à l'antiquité ses temples, qui eussent été trop petits, il lui emprunta les basiliques. C'est ainsi que furent construites les églises de Tyr et de Jérusalem dont nous avons la description; ainsi Saint- Pierre et Saint-Jean de Latran, bâtis par Constantin ; ^aint-Paul, fondé par Théodose; ainsi la basilique
de NôIe, dont sainl Paulin nous a donné la description.
Mais nous ne savons pas assez ce qu'était une église dans ces premiers siècles chrétiens. Ce n'était pas un lieu où l'on allait seulement une demi-heure par semaine pour accomplir à la hâte un devoir de piété. L'Église devait embrasser toutes les parties de la société chrétienne ; il fallait qu'elle en fût l'image, qu'elle représentât l'Église universelle de la terre dans toute sa hiérarchie, depuis l'évêque jusqu'au dernier des pénitents. C'est pourquoi le trône de l'évêque se trouvait dans l'abside, ayant autour de lui les bancs de son clergé; puis, à droite et à gauche, et séparés dans les deux nefs du Nord et du Sud, les hommes et les femmes admis à la participation des mystères ; au bas de la grande nef se trouvaient les catéchumènes, une partie des pénitents; puis, dans l'atrium, dans le vestibule, ians la cour entourée de colonnes qui séparait l'église de la rue, stationnaient les pénitents des de? jrés inférieurs et une autre partie des catéchumè*' ues. D'après des divisions marquées d^avance, on occupait dans le vaisseau sacré une place comparable à celle que l'on occupait dans les desseins providentiels.
De plus, il fallait que l'Église instruisît les hommes, qu*elle les attirât* qu'ils en sort\^sev\V ^ws^èv*
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gnés, louches, et qu'ils eussent envie d'y revenir comme dans un lieu où ils avaient trouvé la vérité, le bien, la beauté. Voilà pourquoi TËglise était toute eouvertc de peintures symboliques et de ces leçons qu'on écrivait en vers au-dessous ; tous les murs parlaient, comme dans les belles fresques que nous avons vu peindre à Saint-Germain-des-Prés, et il n'était pas une pierre qui n'eût quelque chose à enseigner aux hommes. Ainsi, avec cet ensemble d'architecture, de peintures, d'inscriptions, quelquefois multipliées au point qu'à Saint-Marc de Venise il y a tout un poème de deux cent cinquante vers sur les murs, l'église contenait une théologie, une discipline, unpoëme sacré. Voilà comment se concevait la basilique des premiers siècles cliréliens, tt, ainsi répétée, reproduite, elle est devenue lesyslèmcdominant de l'Occidenl.
Néanmoins, rOrient et rOccidont no sont pas sans rapports, et, pendant toule la période qui sépare Gonslantin de Gharlemagne, ces deux parties rivales et souvent jalouses de l'Eglise n'ont pas rompu. De là bien des échanges et des communications : la coupole byzanlinc fait invasion en Occident et se superpose dans l'Italie septentrionale au type habituel des basiliques romaines. Ce stvle, qu'on a appelé roman, lombard, improprement byzantin, se conlinue surles bords du Rhin, et il
yenades lypesaJmirabIcs à Spire', à Wonns, à Majencc, à Cologne. Ces belles églises dus dixième ' et onzième siècles nous conr-ondent par leur grandeur et leur solennité. C'est toujours la basilique romaine avec son vaisseau divisé en trois nefs, mais la coupole couronne le centre de la croix et souvent l'abside.
EnGn vient l'époque gothique, qui a moins à Iflirequ'on ne pourrait le croire : car déjà l'archlilecturc romaro-bjzantine avait poussé bien loin ct élevé bien plus haut que les contemporains 'Constantin et de Tliéodose n'avaient osé le fairi toutes les parties du vaisseau sacré, surtout dai« ,ees grandes constructions des bords du Rhin, avec leur richesse infinie de détails, leurs clochers qui, de toutes parts, montent au ciel et leurs pyramides qui semblent dcQer ce que l'antiquité avait raoonté des géants. L'architecture gothique fera un lernier effort : comme un mort l'essuseitanl qui^ dans sa sépulture, s'efforcerait de soulever la dalle de son tombeau cL finirait par la briser, de même yarehitecture gothique, à force de soulever l'arcade hyzantine, la brisa par le milieu, cl l'ogive fut trouvée. Et avec elle jaillit ce système d'architecture dont les merveilles ne sont peut-i^lrcpas assez connues et pas assez admirées, car enfin Heims et Chartres sont à deux pas, et on semWe V"\g\\ottï-, \ivï\%
"M mi-SBLTl^K LEÇ05.
on va au Pai'tliéuoi), el on dit qu'on n'a jamais rien vu de pareil, tandis que des merreilltis autrement gramles, autremenl variées, autrement immortelles, nous environnent. Cette archilecluregolliique n'est cependant encore que te développement de la basilique chrétienne, telle que le aitquièmc siècle l'avait faite, et, si on y r^rde de près, on aperçoit toujours la même division, toujours l'idée de la nef (navis) du vaisseau. Seulement, cette nef, ce vaisseau, ressemble à l'arche de Noé dont parle l'Écriture. Mais l'arche du treizième siècle a lellemenL développé la croix, qu'il faut la soutenir par dcsconlre-forls que les anci^is n'avaicnl pas connus : il les faut innombrables pour endissimuler la pesanteur : on les multiplie, on les allège, on les diminue, de sorte qu'ils ne paraissent plus qu'autant de cordages tendus pour retenirsur la terre cette nef du ciel qui semblerait devoir s'éloigner el disparaître.
Telle est l'origine de l'architecture gothique, qui a inarqué aussi l'origine de la Renaissance. Nous verrons cependant que la Renaissance préféra la forme ronde, la coupole, qu'avaient aimée les Ryzantins. La nouvelle église de Saint -Pieire, qu'elle bâtira sur les ruines de l'ancienne, sera encore un grand effort pour élever dans les airs, plus yiut que jamais, la même coupole qui dominai!
r L'ART CIUIÈTIIlN. ^jl
déjà Sainte-Sophie, SainL- Vital de Ravenne et Saint- Marc de Venise.
Seulement, la chapelle sera plus f^rande et plus vaste qu'on ne l'avait jamais vue, elle montera plus •haut qu'elle n'élait jamais montée, parce qu'il y a .au-dessous un tombenu générateur, un de ces tombeaux toujours vivanls, si je pouvais le dire, un de ces germes qui poussent toujours; et ce germe, sous la basilique obscure qui le dissimulail, travail lait sans relâche à ébran 1er ces murs trop étroits pour lui. Âu-tlessus est suspendu ce dôme, le plus relevé qui fui jamais, prgsqiieaussi hautqucla plus grande pyramide d'Egypte, qui n'est après tout qu'un chef-d'œuvre de matérialisme, une masse de pierres entassées, tandis que sous les voùles de Saint-Pierre circulent à grands flots la lumière et Ja vie. Ces pierres spirilua Usées, portées en l'air paria foi, dominent les montagnes voisines. Vous' êtes parti des premières marches de Saint-Pierre, et votre vue était bornée ; vous monte?, des escaliers innombrables-, an-Jessus de l'iilglise et de la coupolo, vous trouvez enfin la plaie-forme, et là les collioes s'aplanissent, disparaissent, ei, par-dessus, vous découvrez la mer, que jamais les triomphateurs romains n'avaient aperçue du haut du Capitole.
352 DlX-KEmiËVE ÙEÇCHI.
LE PASTEUR d'hERMAS.
4* Les visions. — En ce temps-là^ c'est-à-dire sous le pontificat de Clément, vivait à Rome un homme simple et pieux : on l'appelait Hermas. L'Église lui apparaît successivement sous des traits divers. — Un jour il la voit sous les traits d'une femme assise. Six jeunes hommes bâtissent une tour carrée sur les eaux, avec des pierres carrées et luisantes, apportées les unes de la terre, les autres du fond deTeau. Il y avait des pierres rejelées et qui ne pouvaient servir. Les unes restaient au pied de la tour, les autres roulaient dans le chemin. «Getle tour, dit l'Église, c'est moi. Elle est bâtie par les anges, sur les eaux du baptême; les ftmes des martyrs, formées des eaux de la douleur;
iles des néophytes, des terres de l'incrédulité. »
t'ART CnRÉnEN. 533
Pénitence. — Sept femmes soutiennent la tour. La foi, la mortification, la simplicité, l'innocence, la modestie, la discipline et la charité...
2^ Les préceptes. — Hermas venait de prier, il était assis sur son lit. Un homme vénérable, en habit de pasteur, avec un manteau blanc, la panetière et un bâton, enlra et le salua. Il reconnut un ange : a Écris, dit- il, mes préceptes et mes simi- « litudes. »
Croyez en un seul Dieu, créateur, conservateur et maître de toutes choses. Ne dites de mal de personne, donnez à tout pauvre indistinctement. Ceux qui reçoivent rendront compte de ce qui leur est donné; fuyez le mensonge; mentir, c'est nier le Seigneur. Soyez chastes, Tadultère est égal dans l'homme et dans la femme. Ne soyez point inquiets. Quand l'inquiétude aperçoit un homme ou une femme au cœur vide et chancelant, elle se jette dans ce cœur, qui se remplit d'amertume. L'égalité d'âme, au contraire, est puissante et forte. L'inquiétude et l'esprit sain ne peuvent demeurer dans le même vase... Il faut craindre Dieu, il ne faut pas craindre le démon. Dieu seul est fort. Qu'est-ce qu'une goutte d'eau? et pourtant elle creuse le rocher où elle tombe. Ce qui part de la terre a peu de puissance, mais la moindre chose en a beaucoup si elle vient du c\e\.
354 DlX-NEDYiiNB UBÇ09. •
Ces commandements sont faciles, mais tu ne les garderas point si tu te persuades que tu ne fcai
pas les garder...