PROPAGATION DE LA FOI
(/Association de la Propagation de la Foi, longtemps restreinte dans un cercle étroit où ses souvenirs se conservaient sans peine, compte maintenant par toute la terre des milliers de frères venus plus tard, et qui ne savent pas assez à quelle humble tentative leurs efforts réunis ont prêté quelque grandeur. Nos traditions de famille leur appartiennent aussi : ils ont besoin de les connaître. Ils en prendront sujet de ranimer leur amour pour l'institution dont ils auront vu l'origine obscure et bénie. C'est pourquoi on a jugé opportun de raconter dans un simple récit la fondation de l'Œuvre. Et, comme rien de considérable ne s'opère ici-bas sans une préparation conduite de loin, il a paru nécessaire de rappeler d'abord brièvement ce qui s'était fait jusque là pour l'assistance temporelle des Missions.
(1) Extrait des Annales de la propagation de la Foi.
Au moyen âge, l'Europe armée se levait à la voix des souverains Pontifes, pour aller porter la croix sur des rivages infidèles. Plus tard, quand les découvertes modernes ouvrirent la route des deux Indes, le christianisme y passa sur les flottes de l'Espagne et du Portugal. Ces deux couronnes consacraient leurs conquêtes en s'obligeant par un traité solennel à étendre le règne de la Foi. Elles fondaient des évôchés qui devinrent des foyers de lumière. Quels qu'aient été les désordres des premiers aventuriers, la prédication évangélique fit son ouvrage ; et des millions d'indigènes dans l'Amérique méridionale, et les Philippines converties, policées, marquent encore l'empreinte puissante du génie espagnol sur le monde. D'un autre côté les belles colonies françaises du Canada et de la Louisiane avaient pour ainsi dire à leur tête ces Missions qui s'enfoncèrent courageusement dans la vallée du Mississipi, dans les forêts vierges, et le long des grands lacs, pour porter la parole du Grand-Esprit aux tribus sauvages, et souvent pour trouver le martyre sous les flèches ou sur les bûchers. Alors aussi la France envoyait des Missionnaires jusqu'aux extrémités de l'Asie, et fondait à Constanlinople, à Smyrne, dans les îles de l'Archipel, les hospices des RR. PP. Capucins, desservis aujourd'hui par des religieux italiens. Plusieurs princes soutenaient de leurs aumônes et enrichissaient de leurs présents les églises latines de Terre-Sainte, et singulièrement le monastère du Saint-Sépulcre, dernière garde laissée sur le sol conquis des Croisades.
ŒUVRE DE LA PROPAGATION DE Là POT. 25
Il était cependant désirable qu'on moment vînt où le concours des amples fidèles s'exercerait, non plus seulement par la faveur des puissants du monde, mais par la charité de tous. Ainsi les plus petits et les plus pauvres participeraient à l'honneur d'évangéliser ces empires lointains dont ils ignorent même le nom. L'OEuvrc propagatrice, en poussant des racines plus profondes jusque dans les entrailles de la société chrétienne, devait y trouver une nouvelle sève ; parce que plus elle serait marquée de ce caractère universel qui est le caractère même de l'Église, plus elle en emprunterait aussi la force divine.
Cette pensée est ancienne. Elle remonte par une remarquable origine à l'époque même où commence l'ère nouvelle des Missions. En 1504, douze ans après la découverte de l'Amérique, un jeune insulaire des terres australes était amené en France par le navigateur Gonneville ; il y recevait une éducation chrétienne, et oubliait sa patrie. Un arrière-petit-fils de cet homme, l'abbé Paulmyer, chanoine de la cathédrale de Bayeux, louché d'un zèle ardent pour le salut de la race dont il était issu, adressa en 1665 au Pape Alexandre VII des Mémoires touchant l'établissement d'une Mission dans le troisième monde, autrement appelé la terre australe. Il y considérait les difficultés et les moyens de l'entreprise, et tentait d'y pourvoir par une association dont il traçait le dessein. 11 la formait sur le modèle des Compagnies des Indes, c'est-à-dire qu'il demandait le concours libre de tous, jusqu'aux moindres artisans et aux
servantes, sous la direction d'un petit nombre de gens expérimentés, pour contribuer de leurs biens à ce glorieux ouvrage. Il exprimait enfin l'espoir qu'il plairait a Dieu de permettre, sous la bénédiction du saint-siége apostolique, et l'approbation des puissances supérieures, la naissance d'une société pour la Propagation de la Foi, c'est-à-dire la plus excellente de toutes les œuvres.
Cet bomme de bien mourut sans avoir vu s'accomplir son plus cher désir, et le remettant aux mains de Dieu, entre lesquelles rien ne se perd. Souvent c'est après la mort des justes que leurs bonnes inspirations se répandent, comme une odeur suave autour de leur tombeau. On dirait qu'il y eut ici quelque chose de pareil. Un siècle après, une association de prières et de bonnes œuvres s'était établie pour le salut des infidèles. Il est permis de croire que la lecture des Lettres édifiantes contribuait à tourner la piété publique du côté des Missions dont elles popularisaient l'admirable histoire. Mais il fallait encore que les derniers otages du dix-huitième siècle eussent passé* sur la France pour féconder ce germe, déposé dans les esprits. Il devait refleurir d'abord au sein dune ville où la restauration religieuse fut plus décisive et plus éclatante. Le jour où le souverain Pontife Pie Vil, du haut de la colline de Fourvières, bénit la cité de Lyon, il semble que de ses mains étendues descendit la grâce qui devait faire éclore l'OEuvre de la Propagation de la Foi.
Les commencements de l'OEuvre sont obscurs et faibles : telle est la destinée des institutions chrétiennes.