PROLÉGOMÈNES
A. — Du Besoin, de la Valeur et de la Ricliesse.
I. Si rien ne sollicitait l'homme à se produire au dehors, à entrer en mouvement, il resterait sans cesse en présence de luimême, captif dans sa propre contemplation, à peu près comme le Narcisse de la Fable, qui, penché sur les eaux où se réfléchissait son image, y demeura immobile, y prit racine, et devint fleur. Sa vie ne serait sur la face de la terre qu'une végétation de plus. C'est pourquoi il a été fait en sorte que l'existence humaine dépendit d'un certain nombre de rapports avec les choses extérieures. Cette dépendance où nous sommes à l'égard des
choses qui peuvent concourir à la conservation, au développement, à l'ornement de notre existence matérielle, se nomme
lï. La puissance qu'ont les choses d'apaiser nos besoins s'appelle Valeur (de valere, pouvoir).
Et, en effet, il y a dans la matière une force qui nous attire et qui trop souvent nous retient; elle exerce un empire tyrannique sur l'homme en état de barbarie... peuples chasseurs, nomades. — Changer les rôles, la rendre esclave, la forcer à servir, c'est le triomphe de la civilisation.
III. Les choses, en tant qu'elles ont de la valeur, se nomment Richesse.
La valeur est une propriété de la richesse, comme l'inertie est une propriété de la matière.
IV. Il y a des choses qui ont une valeur actuelle : l'eau, les fruits, l'ombre. Il en est qui n'ont qu'une valeur possible : les semences, les arbres. — Richesses naturelles, Richesses produites.
Ceci est encore dans les conditions essentielles de la destinée humaine. — Même dans l'état de félicité primitive, il y avait lieu à une appropriation quelconque : l'homme réagit sur la matière.
V. Il y a des choses qui, par leur superfluité, perdraient pour nous toute valeur, et d'autres qui, par leur rareté, auraient pour nous une valeur infinie. Les premières peuvent servir de moyen pour procurer les secondes.
Valeur en usage, valeur en échange.
La valeur en échange repose sur la valeur en usage; mais la valeur en usage peut exister sans la valeur en échange. Habit fait, portrait de famille.
Richesse industrielle, richesse sociale.
Rapprochement des hommes entre eux : en se rendant mutuellement utiles, ils apprennent à s'aimer.
R. — De l'Industrie et de ses différentes formes.
I. La production des richesses, la multiplication des valeurs : c'est le but de l'Industrie.
L'homme ne crée pas (c'est la prérogative de Dieu seul), il modifie; il ne donne point naissance à des êtres, mais seulement à
400 llfiUNGES.
de nouvelles manières d'être. La richesse, la valeur, ne sont que des manières d'être, et encore l'homme ne fait-il que les multiplier. 11 lui faut un multiplicande, des matières premières; un multiplicateur, des instruments; et quant à lui, il se borne à rapprocher l'un de l'autre pour obtenir le produit : Terre, Capital, Travail.
IL L'Industrie est l'application systématique des forces productives aux matières données, pour en réaliser la valeur.