CHAPITRE I
De la Charité fraternelle que tous ceux de la Congrégation doivent avoir les uns pour les autres.
La règle des règles c'est la charité. Ce doit être l'âme de la Congrégation, qui anime, conduise et règle tout ce qui s'y passe.
Que chacun donc s'étudie avec une affection spéciale de la conserver plus précieusement que la prunelle de ses yeux, et qu'il craigne par-dessus toutes choses de la blesser pour peu que ce soit. Si par malheur il le fait, qu'il répare promptement, humblement et géréreusement cette faute, pour l'amour de celui qui est tout charité.
Quils se regardent les uns les autres comme membres d'un même chef et d'un même corps, et comme enfants d'un même Père et d'une même Mère; et que, dans cette vue, ils s'aiment mutuellement d'une dilection sainte, forte, cordiale, tendre et accompagnée de respect : supportant et excusant les défauts, humeurs et infirmités les uns des autres ; et chacun se rendant prompt à servir et aider ses frères dans les occasions, en esprit de charité.
Un des plus grands soins des Supérieurs doit être de
veiller a la conservation de la charité, de l'union et de la paix, et de faire en sorte qu'il n'y ait qu'un cœur et qu'une àme entre ceux qui sont sous leur conduite, et de détruire tout ce qui pourrait s'y opposer.
On ne souffrira jamais de procès, pour quelque cause que ce soit, entre ceux de la Congrégation ; et s'il arrive entre eux quelque occasion de plaider, ils conviendront de juges dans la Congrégation même, au jugement desquels ils se soumettront absolument ; à faute de quoi, celui qui se rendra rebelle à ce statut sera retranché.
Que tous aient en délestation et horreur les railleriesr les moqueries, les reproches des imperfections naturelles, les murmures et les médisances; et qu'ils se gardent de dire aucune parole piquante, ou qui soit capable de blesser tant soit peu la charité, quand même on ne la dirait qu'en riant et par récréation.
Que chacun avertisse le Supérieur, par esprit de charité, des désordres qu'il connaîtra dans la maison, auxquels il ne pourra pas remédier par autre voie S'il ne le fait pas, qu'il sache qu'il en répondra devant Dieu.
Quand quelqu'un fera quelque faute légère, les autres ne le reprendront point ; mais en cas qu'il continuât, ils en avertiront le Supérieur, afin qu'il y mette ordre.
Si la faute est d'importance et qu'elle ne soit pas secrète, ils en avertiront le Supérieur sitôt qu'ils en auront connaissance.
Si elle est secrète, celui qui l'aura aperçue fera doucement et amiablement la correction fraternelle une ou deux fois ; après quoi, si le défaillant persévère en son mal, il sera déféré au Supérieur, afin que par tous les moyens possibles il y remédie.
Si la faute qui est découverte est telle qu'elle tire après soi quelque conséquence dangereuse, quelque dommage notable ou péril de scandale, celui qui l'aura vue ou sue enavertira promptement le Supérieur, quoiqu'elle fût secrète.