‹ Œuvres complètes du vénérable Jean Eudes, missionnaire apostolique (volume 2)Chapitre 181 sur 480 · PARTIE QUATRIÈME. — CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

PARTIE QUATRIÈME. — CHAPITRE VI

Pour conserver et fortifier en eux cet esprit, ils prendront garde très soigneusement de ne rien faire ou dire qui puisse offenser ou contrister le prochain ; de ne mépriser ou dédaigner personne ; ni de contester ou étriver avec aucun : mais de se rendre bénins, affables et condescendants à tous; et démettre leur contentement à contenter et réjouir un chacun selon Dieu, autant que faire se pourra, suivant ces paroles de l'Apotre : Que chacun s'étudie de plaire à son prochain en bien et pour l'édification ' ; et afin de l'imiter en ce qu'il dit de soi-même : Je me suis rendu le serviteur de tous, et me suis fait tout à tous, afin de les gagner tous à Dieu-.

En leur abord et conversation avec les laïques et externes, ils se rendront doux, gracieux, cordiaux, respectueux, sans toutefois se rendre trop familiers ni se départir de la modestie, discrétion et gravité qui est convenable à un ecclésiastique. L'esprit sec, rigide, austère et trop grave et sérieux doit être tout à fait banni d'entre eux ; comme aussi celui qui serait trop libre, familier, dissolu, dissipé et trop facile à se communiquer ; car cela ressent la légèreté, l'indiscrétion et l'indévotion, surtout quand l'on traite avec des personnes que l'on connaît peu.

La bénignité envers tous leur sera en singulière recommandation, laquelle les doit porter à avoir de douces affections vers le prochain, à le regarder toujours d'un œil et d'un visage serein, à lui parler doucement et afi'ablement, et à condescendre suavement à ses humeurs, encore qu'elles fussent rudes, austères et inciviles.

Quoique, dans la conversation avec le prochain, ils puissent user de quelque complaisance chrétienne et charitable, ils doivent néanmoins se garder de la complai-

1. « Unusquique vestrum proximo suo placent in boDUm ad aedifieationem. » Rom. XV. 'L.

2. « Omnibus me servum feci, ut plures lucrifacerem . .. I Cor. IX, 19. <« Omnibus omnia factus sum, ut omnes facerem salvos. » Ibul. M.

sance déréglée, laquelle flatte les mauvaises inclinations des personnes, excuse leurs fautes, les défend, et quelquefois y prend plaisir.

Ils ne loueront jamais les séculiers pour leurs richesses, ni pour leur noblesse, ni pour toutes les autres choses que le monde estime.

Ils feront le moins de visites qu'ils pourront^ et les feront courtes, et de jour seulement, si ce n'est pour quelque nécessité, et ils ne demeureront jamais présents à des récréations malséantes, comme aux jeux défendus, aux festins et aux comédies, etc.

Si en leur présence, quelqu'un s'échappe à quelques paroles ou à quelques actions trop libres, ou à médire du prochain, ils ne se laisseront pas aller à un respect lâche et pernicieux ; mais ils prendront une sainte et discrète liberté de l'avertir, considérant bien néanmoins les circonstances du temps, l'humeur des personnes, la compagnie présente, afin que la correction profite, et parlant de telle sorte que le ton de la voix, ni le discours n'ait rien qui soit aigre, ou méprisant, ou hautain.

Enfin, conversant avec le prochain, ils se doivent souvenir que la robe du grand Prêtre de l'ancienne loi avait des sonnettes, pour apprendre aux prêtres chrétiens que leur seul marcher, beaucoup davantage leurs actions et leurs paroles, doivent faire retentir partout un son éclatant de sainteté.

On ne rebutera jamais ceux qui se présenteront pour se confesser, ou pour se faire instruire et éclaircir, ou pour demander conseil et assistance en quelque chose; mais on recevra bénignement un chacun, on l'écoutera patiemment, on lui répondra gracieusement, et on fera tout son possible pour le renvoyer content.

Quand on rencontrera quelque personne affligée, on s'appliquera de tout son cœur à la consoler et à lui donner toutes les instructions nécessaires pour la porter à faire bon usage de son affliction.

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