‹ Œuvres complètes du vénérable Jean Eudes, missionnaire apostolique (volume 2)Chapitre 182 sur 480 · PARTIE QUATRIÈME. — CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

PARTIE QUATRIÈME. — CHAPITRE VI

On se souviendra que Dieu recommande tant et si souvent, dans ses divines Écritures, les orphelins, les veuves, les étrangers et tous les pauvres. A raison de quoi, on s'efforcera d'exercer la charité vers toutes ces personnes en toutes manières, autant qu'il nous sera possible : conversant plus volontiers avec les pauvres qu'avec les riches ; étant plus prompt à les visiter dans leurs maladies et afflictions, et à se rendre au confessionnal quand on y sera demandé par eux ; et traitant avec eux en toute occasion avec un cœur plein d'amour et de respect vers Notre-Seigneur, que l'on doit regarder en eux, puisqu'il a dit : Ce que vous faites au plus petit des miens, c'est à moi que vous le fui 1rs1.

Entin les vrais enfants de la Congrégation auront une dileclion spéciale pour tous les pauvres, et se rendront en tout lieu et en tout temps, autant qu'ils pourront, leurs protecteurs, leurs avocats, leurs procureurs et leurs pères, se montrant prompts et affectionnés à les assister, instruire. visiter, consoler aux hôpitaux, aux prisons et en leurs maisons particulières.

On n'étrivera point avec les ouvriers et manœuvres, ni avec toutes les autres personnes avec qui on aura à traiter ; mais on agira toujours avec toute sorte de mansuétude, conservant la paix avec tous, autant qu'il sera possible, les édifiant par l'exemple d un procédé charitable, franc et sincère, et ne les laissant point aller sans leur donner quelque instruction touchant leur salut.

S'il arrive des discordes entre des seigneurs ou magistrats ou autres, on n'embrassera point les intérêts des uns au préjudice des autres : mais on aura une charité universelle pour tous, et on priera Dieu qu'il leur donne l'esprit de paix.

On ne sollicitera point de procès pour autrui, sous

i. « Quandiu recîstia uni ex tua fratribna meia minimis, mibî !«• cistis. » M.-.t th. XXV. 40.

prétexte de charité, ni de bouche, ni par lettres, si ce n'est très rarement et pour des causes très importantes, et en faveur des pauvres, des veuves, des orphelins et des indéfendus.

On ne se mêlera aussi jamais de mariages, sous quelque prétexte que ce soit.

On se gardera bien de témoigner, par parole ou par effet, aucun ressentiment contre ceux qui ne se montreront pas affectionnés à la Congrégation, ou qui la mépriseront ou traverseront. Mais on aura soin, à l'imitation de Notre-Seigneur, de prier Dieu particulièrement pour eux; on cherchera l'occasion de leur rendre le bien pour le mal, et de gagner leurs cœurs par les voies de l'humilité et de la charité chrétienne; et on tâchera d'avoir et de témoigner de bouche, par œuvres et en toutes façons, une très particulière charité vers eux, les regardant et traitant comme nos bienfaiteurs signalés, lesquels nous aident à vaincre nos vrais ennemis, qui sont notre orgueil, notre amour-propre et tous nos vices, et nous donnent occasion de nous enrichir par la pratique des plus excellentes vertus.

S'il arrive qu'un ou plusieurs de la Congrégation viennent à offenser ou donner sujet de mécontentement à qui que ce soit, ils l'iront trouver au plus tôt pour réparer leur faute et pour lui donner satisfaction, afin d'accomplir ce commandement du Fils de Dieu : Si offers munus tuum ad altare, et ibi recordatus fueris quia frater tuus habet aliguid adversum te, relinque ibi munus tuum anle altare, et vade prius reconciliari fratri tuo, etc. l

Surtout on craindra et évitera plus que la peste, les émulations, froideurs et divisions au regard des autres communautés, tant ecclésiastiques que religieuses ; et on s'étudiera de conserver par toutes sortes de moyens la paix, l'union et la charité fraternelle et cordiale au re-

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