CHAPITRE X Sur la conservation de la santé des corps
-\totre corps, notre vie, notre santé et nos forces -L™ n'étant pas à nous, mais à celui qui nous a tout donné, et qui nous a achetés au prix de son sang, c'est une chose bien agréable à sa divine Majesté de les conserver, afin de les employer à son service. Mais il* faut éviter en ceci deux extrémités qui sont fort dangereuses.
La première est un excès d'amour et de soin que plusieurs ont pour leur corps, qui les porte dans une si grande sensibilité, délicatesse et tendreté au regard d'eux-mêmes, que les moindres maux qui leur arrivent leur semblent toujours fort grands, qu'ils en font des plaintes et des doléances à tout le monde, et souvent avec beaucoup d'exagération, et qu'ils voudraient avoir sans cesse des médecins à leurs côtés, et user à toute heure de remèdes pour de légères infirmités que le temps et la patience surmontent facilement.
Pour éviter cette extrémité, lorqu'on ressentira quelque infirmité, ou que l'on connaîtra qu'une chose est nuisible à la santé, ou qu'une autre y est nécessaire, soit au vivre, ou au vêtir, ou en la demeure ; soit en l'office qu'on a, ou en l'exercice qu'on fait, ou autrement : on considérera premièrement devant Dieu, en l'oraison, si cela mérite qu'on en parle au Supérieur. Si l'on juge que oui, on le fera simplement et sincèrement, sans rien exagérer. Cequ'ayantfait,on demeurera en paix, sans s'inquiéter ni s'empresser là-dessus, laissant le tout à la disposition de la divine volonté, avec confiance qu'elle en ordonnera en la manière qui sera la plus convenable par l<v Supérieur ' : lequel se doit conduire en ces rencontras
1. « Ut nimia sollicitude- in iis quae ad corpus pertinent î.piehensibilis est, ita cura moderata tuendae ad divinum obsequium vale-
beaucoup de charité, se rendant facile à écouter les plaintes et les besoins d'un chacun, et prompt à les secourir, sans examiner trop sévèrement s'ils font leur mal plus grand qu'il n'est, ou non, de peur de manquer à assister ceux qui en ont une véritable nécessité.
L'autre extrémité est de ceux qui, par des ferveurs indiscrètes, se débilitent la tête et l'estomac, affaiblissent tellement leurs forces corporelles, et ruinent de telle sorte leur santé, qu'ils deviennent tout à fait inutiles, les uns par l'effort et l'application violente qu'ils font dans l'oraison et dans leurs autres exercices, comme si cela se devait faire à force de bras ; les autres par les abstinences, veilles, macérations et autres mortifications et pénitences immodérées.
Pour fuir cette extrémité, premièrement, on doit s'accoutumer à faire son oraison et ses autres exercices doucement et sans violenter son esprit, suivant la conduite et les avis du directeur, qui doit enseigner à un chacun la voie qu'il doit suivre en ceci, selon ses dispositions et la mesure de la grâce de Dieu en lui. Secondement, on ne doit faire aucunes abstinences, ni veilles, ni autres pénitences, sans la permission expresse du Supérieur, qui doit apporter une grande prudence pour discerner ceux à qui il les faut permettre avec modération,, de ceux à qui on les doit interdire entièrement.
On ne fera point d'étude qui demande beaucoup d'application, ni autre exercice corporel qui soit violent, une heure ou deux après le repas, spécialement en été, si on
tudinis ac virium corporis laude cligna et ab omnibus adhibenda est; et ea de causa, cum animadverterint aliquid sibi nocere, vel quid neeessarium esse cirea victum, vestitum, habitationem, officium aut exercitationem, et sic de aliis rébus, admoneant omnes ea de re superiorem, vel quem ad id superior constituerit : duo intérim observantes : Primum, ut antequam ad eum quid référant, se ad orandum recipiant ; et post orationem, si senserint rem deferendam ad superiorem, id faciant; alterum, ut cum verbo aut scripto brevi (ne excidat memoria) superiori rem exposuerint, ei totam curam rei expositte relinquant. » Const. Soc. Jesu, p. 3, c. 2,n. 1.