I-ARTIE CINQUIEME. — CHAPITRE VII
et un verre ou deux de cidre, selon leur besoin ; et aux frères domestiques qui seront dans le travail, on leur donnera davantage de pain.
Au dîner et au souper, le pain ne sera point limité, et on servira toujours du potage à ceux qui en auront besoin, excepté au souper des jours maigres.
On aura un tiers de cidre, et la portion de chair sera de demi-livre pour chacun également, et sans différence, sinon des infirmes.
On n'usera point d'épices, ni de moutarde, non plus que de confitures, ni de sucre, ni de beurre au matin, ni d'autres semblables délicatesses, qui sont plus propres à repaître la friandise qu'à donner une bonne et solide nourriture ; excepté néanmoins ceux qui seront malades.
Un chacun se souviendra de se mortifier toujours en chaque repas, de quelque peu de chose en l'honneur de la passion de Notre Seigneur.
On ne sera ni trop peu, ni trop longtemps au réfectoire mais trois quarts -d'heure ou environ.
On pourra inviter quelquefois les amis particuliers de la maison à manger avec la Communauté ; mais cela ne se fera point aux ietes solennelles, afin d'éviter en ces jours tout ce qui peut causer de la distraction, et de conserver la sainte récollection.
On ne fera jamais de festins à qui ce soit, de peur d< rendre coupables devant Dieu, du péché qui se commet par les grands excès qui se font en ceci dans le monde, en les approuvant et autorisant par ce moyen ; niais lorsqu'on priera quelqu'un de manger dans la maison, on Lui servira seulement, outre l'ordinaire de la Communauté, un plat extraordinaire ei un de dessert, et tout le reste comme à la Communauté, et au réfectoire avec la Communauté et non ailleurs.
On donnera quelque chose d extraordinaire à dtner aux jours suivants, à savoir : aux fêtes de Noél, de
Pâques, de la Pentecôte et du très saint Cœur1 de Jésuset de Marie.
Penser aux viandes et à la mangeaille avant le temps du repas, et s'en entretenir après par pensées et par paroles ; tenir son esprit dans les marmites avant le dîner, et après le dîner dans les plats ; prendre son repas avec avidité, se plongeant dans le plaisir que la sensualité y trouve, et manger plus des yeux et du cœur que de la bouche ; parler avec estime et affection des choses qu'on a mangées, ou faire des murmures sur la quantité ou qualité des viandes, se plaignant qu'il n'y en avait pas assez, et qu'elles n'étaient pas bien assaisonnées : ce sont toutes marques d'un esprit truand, vilain, gourmand, friand et brutal.
C'estpourquoi ces désordres seront en horreur aux enfants de la Congrégation, lesquels ne penseront à la table qu'en s'y mettant ; s'y comporteront avec sobriété, modestie et mortification, non seulement du goût, mais aussi de la vue, ne tournant jamais la tète ni les yeux de côté ni d'autre, sinon pour regarder s'il manque rien à leurs voisins, afin d'en avertir ceux qui servent, parce que personne étant à table, ne doit rien demander pour soi, excepté ce qui est absolument nécessaire, comme le pain ; et après le repas, ils oublieront entièrement ce qu'ils ont bu ou mangé, et s'entretiendront des viandes spirituelles et célestes qu'on leur a servies par la lecture.
Surtout, il ne sera jamais permis à personne d'aller à la cuisine, soit pour demander quelques particularités, soit pour se recommander au cuisinier, soit pour se plaindre de n'avoir pas eu une bonne portion, ou de choses semblables; car telles façons de faire sont plus dignes d'un souillard de cuisine et d'un homme qui fait un Dieu de son ventre, que d'un honnête et vertueux ecclésiastique.
I. « De la bienheureuse Vierge » : rédaction primitive ; le- P. rJudes a écrit : « de Jésus et de Marie. »