PARTIE CINQUIÈME. -- CHAPITRE IX
et à leurs sentiments ; mais au contraire, il faut tâcher charitablement et doucement de les faire entrer dans les nôtres, leur parlant de Dieu et des choses éternelles, et faisant en sorte qu'ils remportent de notre conversation le désir de vivre en sa crainte et de travailler à la grande affaire de leur salut. Car, comme les enfants du monde prennent plaisir à parler et à ouïr parler du moûde: aussi les vrais enfants de Dieu doivent mettre leur contentement à parler et à entendre parler de Dieu : De mundo sunt, ideo de mundo loquuntur et mundus eos audit. Xos autem ex Deo sumus : qui novit Deum, audit nos : qui non est ex Deo, non audit nos1 .
On se gardera de la curiosité des nouvelles du monde ; on n'y prêtera l'oreille que le moins qu'on pourra, et il ne sera point permis d'en faire le rapport à la Communauté, ni de s'en entretenir avec les particuliers, si ce ne sont des choses qui portent instruction et édification.
On ne portera point le deuil en la mort de ses parents, non pas même des plus proches, cela étant défendu aux ecclésiastiques par les saints Conciles.
Toutes les nouvelles modes du monde seront entièrement réprouvées et rejetées, comme les enseignes de sa légèreté, de sa folie de sa curiosité et de sa vanité, qui sont tout à fait contraires à la gravité, sagesse et simplicité ecclésiastiques.
On ne les suivra jamais ni aux habits, ni aux meubles, ni aux choses qui serviront à l'église ou chapelle, ni aux bâtiments, ni aux jardins, ni en la façon de faire le p<>il -. ni en la manière de parler ou d'écrire des lettres, ni en quoi que ce soit ; mais en toutes ces choses et en tout autre sujet, on aimera et pratiquera la simplicité, comme une vertu très agréable à Dieu et qui est le caractère de see véritables enfants : Simplices filii Dei 3.
En toutes choses aussi on s'éloignera de ton! ex
1. I Juan. IV,5, 6.— 2. Les cheveuv ei la barbe. — •'!. Pkilipp. II. 15.
superfluité et curiosité, comme de choses qui sont opposées à la simplicité chrétienne, et dont elle imprime le dégoût et l'aversion dans les cœurs où elle réside ; et an contraire on aimera cordialement les choses communes, simples et médiocres.
La singularité étant encore ennemie de la simplicité, chacun l'évitera soigneusement en tous ses déportements, et même dans ses exercices de dévotion, marchant toujours, tant qu'il pourra, le grand chemin de la communauté; et conservant en tout et partout, spécialement dans les choses extérieures, une parfaite uniformité.
Surtout on s'efforcera de marcher devant Dieu dans une parfaite simplicité d'esprit et de cœur, in simplicitate cordis qitsertte illum* „ qui consiste à retrancher la multiplicité des pensées, des sentiments-, des affections et des désirs qui ne vont pas droit à lui ; et à n'aimer* désirer et rechercher qu'une très simple et très unique chose, qui est de plaire à sa divine Majesté et d'accomplir en tout et partout sa très sainte volonté.
Enfin tous tâcheront de se conduire de telle façon, en leurs discours et en leurs actions, intérieurement et extérieurement, devant Dieu et devant les hommes, qu'ils puissent dire véritablement avec l'apôtre saint Paul : Gloria nostra hœc est, testimonium conscientiœ noslrœ, quod in simplicitate cordis et sinceritate Dei, et non in sapientia camali, sed in gratia Dei conoersati sumus in hoc mundo 2. Et pour cet effet, ils renonceront entièrement à toutes les maximes de la sagesse du monde et de la prudence de la chair, qui sont toutes pleines de duplicité et de tromperie : et feront profession de se gouverner en toutes choses selon les divines maximes de l'Évangile, qui sont remplies de la simplicité et vérité de Dieu.