CHAPITRE XII Du Silence
On doit estimer le silence pour une chose merveilleusement sainte et agréable à Dieu, puisque Notre-Seigneur Jésus-Christ qui est le Verbe et la parole éternelle du Père, et qui est venu en ce monde pour parler aux hommes, pour les prêcher et instruire, et qui avait tant de choses grandes et importantes à dire, et de la bouche duquel il ne pouvait rien sortir qui ne fût très saint et très divin, a voulu néanmoins demeurer si longtemps dans le silence, durant l'état de sa sainte Enfance, durant les trente ans de sa vie cachée, durant les quarante jours de sa retraite dans le désert; et qu'il y est encore depuis plus de seize cents ans, et y sera jusqu'à la fin du monde dans le très saint Sacrement de l'autel.
Certainement ce très adorable Sauveur n'étant venu en la terre que pour glorifier son Père, et pour nous montrer par son exemple les moyens qui sont plus propres pour l'honorer et pour sanetilier nos âmes, et ayant choisi et pratiqué celui-ci si parfaitement, il faut croire qu'il est très excellent et très puissant pour nous conduire à
cette fin. Vu encore que la très sacrée Vierge sa Mère et tous les Saints se sont étudiés spécialement de le suivre dans cette voie, qui est une des plus courtes pour aller à Dieu et à la perfection chrétienne, puisque l'apôtre saint Jacques nous assure que celui qui ne pèche point en ses paroles est parfait, et qu'au contraire celui qui croi t avoir l'esprit de la religion chrétienne, et qui ne sait point retenir sa langue, se séduit soi-même et n'a qu'une vaine et fausse religion.
C'est pourquoi les vrais enfants de la Congrégation qui désireront tenir le chemin que Notre-Seigneur, sa bienheureuse Mère et tous les Saints ont tenu, auront une affection singulière pour le silence, et prendront un soin particulier de le garder exactement aux lieux et aux temps suivants :
Depuis l'examen et les prières du soir, jusques après la méditation du matin.
En tout temps, dans le réfectoire et dans les galeries qui sont proche des chambres.
Surtout on le gardera très exactement dans l'église ou chapelle, là où on ne parlera point à qui que ce soit, ni pour quelque sujet que ce puisse être, non pas même de choses bonnes et saintes, si ce n'est brièvement et en passant, et tout bas, et pour quelque chose nécessaire et pressée.
S'il faut parler quelque temps, on sortira dehors.
On le gardera aussi dans la sacristie, et dans les lieux qui sont si proches de l'église, ou chapelle, ou sacristie, que la voix de ceux qui y parleraient pourrait incommoder ceux qui prieraient Dieu ou qui se disposeraient pour aller à l'autel.
Dans les autres lieux susdits, on n'y parlera point que pour des occasions nécessaires, et encore brièvement et tout bas.
Hors le temps de la conversation d'après le repas, on ne s'entretiendra point les uns avec les autres, si ce n'est