PARTIE SIXIÈME. — CHAPITRE XI
-2. Ayant assemblé ceux qu'il jugera les plus propres pour conférer avec eux sur ce sujet, il les exhortera de se dépouiller de toute sorte d'affections et considérations humaines, et de ne regarder que ce qui est à la plus grande gloire de Dieu, au bien général de la Congrégation, et au bien particulier de celui dont il s'agit ; et après avoir entendu leurs sentiments et avoir bien balancé les raisons de part et d autre, il déterminera s'il doit être renvoyé ou non.
3. Si les causes du renvoi sont connues et manifestes, on le pourra renvoyer manifestement. Si elles sont secrètes, et que Ton craigne quelque inconvénient à les découvrir, on le renverra secrètement s'il se peut ; ou s il ne se peut pas, on le fera avec toute la discrétion et charité possible.
4. En quelque faeon que cela se fasse, on tachera de conduire le tout en sorte que celui qui est renvoyé n'en reçoive aucun déshonneur ni confusion, mais qu'il sorte, autant qu'il se pourra, content et bien affectionné vers la Congrégation.
o. On lui rendra les choses qu'il aura apportées qui seront encore en essence ; et pour celle> qui seront usées ou qu'il aura données à la Congrégation, il sera de la prudence et de la charité de celui qui le renverra de juger si, pour satisfaire à l'équité et à L'édification du prochain, on lui en donnera d'autres ou non ; et au cas qu'on le fasse, ce qu'on lui devra donner.
6. On l'aidera de son conseil <■( de ses prièresà choisir un état de vie auquel il puisse servir Dieu <■[ faire son saint ; et on l'assistera en ceci, et en toute autre chose, avec toute la charité possible.
7. On exhortera ceux de la Congrégation de prendre garde de ne se laisser pas aller a aucun jugemenl téméraire, ni à aucun sentiment de mépris an regard de ceux qui seront renvoyés ou qui sortironl d'eux-mêmes, m a rien dire d'eux qui soit à Leur désavantage : mais de le-
regarder avec compassion, d'avoir charité pour eux, d'en parler avec estime, et de les recommander à Dieu en leurs prières.
8. On aura soin de prévenir et de dissiper les troubleset les tentations que ces rencontres pourraient causeren quelques esprits, tâchant de les satisfaire en leur disant les raisons pour lesquelles on a été obligé de faire ce que l'on a fait ; mais de telle sorte pourtant, que Ton ne manifeste point les défauts de celui qui a été renvoyé, qui ne sont point publics.
9. On se servira aussi de cette occasion pour aider et animer par cet exemple, ceux qui marcheraient lâchement dans les voies de Dieu, leur donnant à entendre qu'ils doivent craindre un pareil accident, et les excitant à embrasser les obligations de leur vocation avec plus de ferveur et de fidélité .
Si quelqu'un ayant les qualités requises pour servir Dieu dans la Congrégation, est tenté d'en sortir, ceux qui en auront connaissance en avertiront aussitôt le Supérieur, qui apportera tout le soin et la diligence possible pour lui aider à vaincre cette tentation.
Si nonobstant cela, il sort, et que par après, reconnaissant sa faute, il demande de rentrer, on le recevra, pourvu qu'il n'ait point pris l'habit de religion ou d'ermite, et qu'il soit disposé à faire la satisfaction qu'on jugera convenable, et à se laisser entièrement conduire à la sainte obéissance. Car s'il n'est en cette disposition, on ne le recevra point ; mais s'il y est, on l'admettra avec joie et cordialité, et il sera renvoyé à la maison de probation pour autant de temps que le Supérieur de la Congrégation le jugera convenable, c'est-à-dire pour trois mois, ou pour quatre, ou pour six, ou pour un an tout au plus.