AU SECOND JOUR
Sur le sacrement de Pénitence.
Considérez la bonté immense et la miséricorde infinie que Notre-Seigneur Jésus-Christ nous a fait paraître, quand il a établi dans son Église le sacrement de Pénitence, par lequel il nous fait trois faveurs très signalées.
Car premièrement, par ce sacrement il nous pardonne nos offenses et efface en nous toutes sortes de péchés, pour énormes qu'ils soient, et quand le nombre en serait innombrable. A raison de quoi nous lui avons autant d'obligations infinies comme il nous a remis de péchés par ce même sacrement : parce que. le péché étant un mal infini, le Fils de Dieu nous fait une faveur infinie de nous le pardonner. Et même à chaque péché véniel qu'il nous pardonne, il nous fait une plus grande grâce que s'il nous délivrait de toutes les afflictions qu'on peut souffrir en ce monde ; puisqu'il est vrai que le moindre mal de coulpe, c'est-à-dire le moindre péché, surpasse tous les maux de peine qui se peuvent imaginer.
Jugez de là quelles sont les obligations que vous lui avez pour tous les péchés dont il vous a délivré par le sacrement de la Pénitence, et lui en rendez toutes les grâces qu'il vous sera possible.
La seconde faveur que Notre-Seigneur nous fait en ce sacrement consiste au moyen dont il se sert pour y effacer nos péchés, qui est la vertu de son précieux sang.
QUATRIÈME PARTÏE. — § VI 127*
Car ce sacrement est comme un bain sacré du précieux sang du Fils de Dieu qu'il nous a préparé, pour y laver les ordures de nos âmes, toutes fois et quantes que nous voulons y entrer. 0 amour, ô excès d'amour ! il pouvait eflacer nos fautes par mille autres moyens ; mais il veut y employer celui-ci, pour nous témoigner la bonté infinie qu'il a pour nous.
La troisième faveur qu'il nous communique encore par ce sacrement, est que non seulement il eflace nos péchés, mais qu'il y augmente sa grâce en nos âmes, si elle y est déjà ; et si elle n'y est pas, il l'y rétablit avec tout son train et sa suite, c'est-à-dire avec toutes les vertus, les dons du Saint-Esprit, les huit béatitudes, et les qualités admirables d'enfants de Dieu, de membres de Jésus Christ, de temples du Saint-Esprit, d'héritiers du Père éternel, de cohéritiers de son Fils, etc.
Remerciez-le, tant que vous pourrez, de toutes ces miséricordes.
Considérez encore qu'il est très important d'apporter à ce sacrement les dispositions requises, parce que faire autrement, c'est changer le remède en poison, la grâce en péché, le salut en perdition, et le saint usage d'un divin sacrement en un horrible sacrilège ; que, plus on se confesse souvent, plus on doit s'y disposer soigneusement, de peur qu'on ne le fasse par routine, négligemment, et sans le vrai esprit de pénitence.
Que les dispositions qu'il y faut apporter sont : 1. De reconnaître que de nous-mêmes nous ne les pouvons pas avoir ; à raison de quoi, il les faut demander à Dieu, et invoquer pour cela le secours de la Mère de giàce et l'intercession des Anges et des Saints. 2. De s'examiner diligemment. 15. Concevoir une véritable contrition de ses péchés, laquelle renferme en soi une solide et profonde volonté de s'en séparer. 4. De les confesser entièrement, clairement et sincèrement. 5. De se soumettre parfaitement aux ordres du confesseur. 6. D'accomplir
fidèlement la pénitence enjointe. 7. Entin de prendre le parti de Dieu contre nous-mêmes, de nous revêtir du zèle de sa justice, pour punir et détruire en nous son ennemi qui est le péché ; et en un mot, de faire chaque confession comme si c'était la dernière, et comme nous la voudrions faire, si nous étions en la dernière heure de notre vie et devant le tribunal du souverain juge, là où rien ne sera caché, là où il faudra rendre compte jusqu'à une parole oiseuse.
Examinez-vous sur les fautes que vous avez faites en vos confessions. Demandez-en pardon à Dieu. Prenez résolution, pour les réparer, de faire une bonne confession extraordinaire, et de vous en garder pour l'avenir ; et priez Notre-Seigneur de vous en donner la grâce.
Si vous êtes prêtre, et que vous ayez été employé à entendre les confessions, faites aussi votre examen sur les fautes que vous y avez faites, et voyez à cette tin l'examen qui est vers la fin du livre du Bon Confesseur, poulies ecclésiastiques.
AU TROISIÈME JOUK.
Sur l'Oraison tant vocale que mentale.
Considérez que faire oraison, soit vocalement, soit mentalement, c'est converser et communiquer avec Dieu, pour lui rendre nos devoirs, pour lui exposer nos besoins, et pour recevoir ses lumières et ses grâces. Que c'est un très grand honneur et avantage à un chélif ver de terre, à un pauvre néant, à un misérable pécheur tel qu'est l'homme, de converser et traiter familièrement avec Dieu ; et qu'il lui fait une faveur infinie de l'admettre en sa communication, de le souffrir en sa présence et de jeter les yeux sur lui : Et dignum ducis super hujuscemodi nperire oculos tuos1.
lJob. XIV, 3.