CINQUIÈME PARTIE. — £ I 1 ÏT
l'état ecclésiastique, sans vocation de Dieu. C'est usurper son autorité, c'est lui ravir sa royauté et sa qualité de souverain gouverneur, pour se l'approprier, en se régissant et gouvernant soi-même par un attentat impie et sacrilège, dans les plus saints et sacrés» offices de sa maison. Si un criminel de lèse-majesté, qui aurait été condamné au feu ou à la roue, et à qui le roi aurait fait grâce, venait ensuite de cela à usurper quelqu'une des premières dignités de sa cour, de quel forfait serait-il coupable, et quel supplice mériterait il? Jugez de là combien est condamnable un pécheur, qui a mérité les roues elles feux éternels de l'enfer, lorsque, de son mouvement et sans y être appelé de Dieu, il veut ■ prendre place parmi les premiers officiers de sa couronne, les principaux ministres de son état, les plus nobles chefs de son armée, et les plus clignes membres de son corps, tels que sont les prêtres.
Ce n'est pas seulement un péché, mais c'est une source de plusieurs crimes et d'une infinité de désordres. Car il est certain que, lorsque Dieu nous appelle à une profession, ij nous donne les lumières et les grâces qui nous sont requises pour l'y honorer et pour y faire notre salut. Mais lorsque nous entrons dans une condition à laquelle il ne nous appelle point, il n'est pas obligé de nous y communiquer ses grâces. D'où il s'ensuit nécessairement que nous tombons dans l'abîme du péché et de la perdition. Car, hélas ! qu'est-ce que l'homme, "s'il n'est éclairé. conduit, appuyé et fortifié par la grâce de son Dieu, sinon un gouffre de ténèbres, de puanteur et d'abomination?
C'est pourquoi, si vous êtes engagé dans l'état ecclésiastique, priez Dieu qu'il vous fasse connaître de quelle façon vous y êtes enti'é. Examinez-vous sérieusement et sans vous flatter, pour connaître si c'a été par vocation de
Dieu ou de l'esprit malin. Car si vous y êtes entré par des molifs d'avarice, ou d'ambition, ou de paresse, ou par l'induction de vos parents, pour avoir quelque bénéfice ou dignité ecclésiastique, ou pour mener une vie oiseuse el fainéante, ou pour éviter les misères et les charges du siècle, ou pour accommoder votre maison, ou n'ayant pas la science, la probité et les autres qualités qui sont requises, tant pour l'extérieur que pour l'intérieur, votre vocation n'est pas venue de Dieu, mais de la chair et du sang, de la superbe ou du propre intérêt, et par conséquent de l'esprit malin.
Ce qui vous doit porter à vous humilier devant sa divine Majesté, à lui demander pardon de celte faute qui <>st très-grande, et à chercher les moyens de l'expier et réparer autant qu'il vous sera possible. En voici quatre dont vous devez vous servir, si vous désirez pourvoir comme il faut à votre salut :
Le premier est de faire une confession générale, depuis le temps que vous êtes entré dans l'état ecclésiastique, mais avec une préparation et une contrition la plus grande qu'il vous sera possible.
Le second, de protester à Dieu que vous renoncez de tout votre cœur aux motifs humains et terrestres qui vous ont poussé à embrasser la profession du sacerdoce, et que, si c'était à recommencer, vous ne le feriez jamais par de semblables considérations ; mais que, si vous le faisiez, vous ne le voudriez faire que pour l'amour de lui, et après avoir reconnu sa sainte volonté là-dessus.
Le troisième,' de prendre une puissante résolution de vivre désormais en véritable prêtre, el de ne faire aucune fonction ecclésiastique que pour- la^ seule gloire de Dieu, et avec tout le soin et la perfection que vous pourrez, moyennant la grâce de .Notre Seigneur.
Le quatrième, de supplier le souverain Prêtre Jésus- Christ, sa très sainte Mère, tous les Anges, tous les Saints ,