‹ uvres complètes du vénérable Jean Eudes, missionnaire apostolique (volume 4)Chapitre 124 sur 369 · CINQUIÈME PARTIE. — § II · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE. — § II

m était infiniment digne, ayant en souverain degré toutes les qualités qui y sont ('onvenal)les, à savoir une innocence et pureté de vie incomparable, un*' science admirable, une prudence et une sagesse toute divine, un zèle très ardent pour la gloire et pour la maison de Dieu, une forée et une vertu infinie, une autorité et une puissance absolue sur le ciel et sur la terre, une intention très pure, ne cherchant autre chose que de faire la très adorable volonté de son Père ; et que, nonobstant tous ces droits et toutes ces qualités, il ne s'approprie point la dignité de prêtre et de pasteur, il ne s'y appelle point soi même: Chris/us non semelipsum clarificavit ut'pontifex fteret* ; mais qu'il attend que son Père l'y appelle, l'y établisse et lui dise : Tu es sacerdos in xternum s.

Reconnaissez par là que, quand vous auriez (ce qui est impossible) toutes les perfections de Jésus-Christ, vous ne pourriez pas néanmoins vous glorifier vousmême, en vous appropriant l'office de prêtre et de pasteur, sans y être appelé de Dieu, comme il nas'estpas glorifié en usurpant l'honneur du pontificat : Nec qunquam sumit sibi honorent, sed qui vocatur a Deo3.

Jugez donc quel horrible attentat commettent ceux qui, étant nés enfants d'ire et de malédiction, usurpent la plus haute qualité de la maison de Dieu ; qui, ayant mené une vie pleine de péché et de corruption, s'ingèrent dans le ministère le plus saint qui soit au monde ; qui, ne connaissant pas les premières vérités de l'Évangile qui leur défend cette usurpation, se mettent au rang des docteurs ; qui, étant froids comme la glace, présument de s'appliquer à des fonctions qui demandent un homme tout de feu ; qui, ne sachant pas se conduire eux-mêmes prennent la conduite de l'Église de Jésus-Christ, et qui, n'ayant pas les qualités requises pour être bons soldats de

1 Ilebr. \, 5. — » Ilebr. v, (i. — < Ilebr. v, k.

l'armée du Seigneur, y veulent être capitaines. Certainement c'est un crime plus grand qu'on ne pense, et qui est la source de la plus grande partie des désordres qui sont dans l'Église, et de la perdition d'un très grand nombre de prêtres et de laïques.

Concluez de là que quiconque entre dans l'office de pasteur, sans vocation de Dieu, il se précipite dans un abîme de maux et de malheurs; et que, comme il n'y a aucune condition au monde plus noble, plus relevée, plus digne, plus sainte et plus impartante à la gloire de Dieu et au salut des âmes, que celle de pasteur, il n'y en a point aussi qui demande une vocation de Dieu plus forte, plus spéciale, plus certaine et plus visible que celle-là. Priez Notre-Seigneur qu'il vous fasse la grâce de bien connaître l'importance de ces vérités et d'en faire bon usage. 4

Considérez quels ont été les sentiments des Saints en ce sujet, et ce qu'ils ont fait pour ne s'engager point dans les charges ecclésiastiques. Les uns se sont cachés dans les cavernes, où il a fallu que Dieu les ait découverts par miracle, comme saint Grégoire le Grand. Les autres se sont coupé les oreilles, comme fit un saint moine nommé Àmmonius, qui s'allait couper aussi la langue, si ceux qui le voulaient enlever pour le faire évêque, ne l'eussent laissé dans sa retraite1. Saint Thomas dit que saint Marc l'évangéliste se coupa le pouce pour n'être pas évêque, mais que cela n'empêcha pas qu'il ne fût mis sur la chaire d'Alexandrie2. Nilammon, qui était un saint moine, se voyant violenté pour se laisser ordonner, demanda un jour de terme pour se résoudre,

1 Sozom. lib. 5, cap. 3.

* " De beato Marco Hieronvmus dicit, in prologo super Marcum. truod amputasse sibi post fidem pollicem dicitur, ut sacerdotio reprobus baberetur. » 2.2, q. 185. a. 2.

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